‹ Bibliographie Cornélienne, Description raisonnée de toutes les éditions des œuvres de Pierre CorneilleChapitre 15 sur 205 · XV

XV

40. LA SVITE || DV || MENTEVR, || Comedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || Au || Palais. || Et || Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme. || M. DC. XLV [1645]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff. et 136 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre avec un fleuron représentant une tête coiffée de plumes, de laquelle se détachent des rinceaux et des guirlandes (on remarque les initiales de Laurens Maurry entre les guirlandes); 7 pp. pour l'Epistre; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour les Acteurs.

Le privilége reproduit in extenso occupe une page et demie. Il est donné à «nostre cher et bien amé le sieur Corneille» pour un espace de cinq ans, à compter du jour que la pièce sera achevée d'imprimer pour la première fois, et porte la date du 5 août 1645. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois à Roüen, par Laurens Maurry, ce dernier Septembre 1645. Il n'est pas fait mention de la cession faite par l'auteur aux libraires.

Le texte est imprimé en caractères italiques avec manchettes aux pp. 14, 24, 68, 99, 101, 102, 128 et 132.

La comédie, présentée par Corneille comme une Suite du Menteur, ne se rattache nullement à cette pièce. Le poëte lui-même nous avertit qu'elle est tirée d'une comédie de Lope de Vega, intitulée: Amar sin saber à quien, qui est très-probablement antérieure à celle d'Alarcon. Les deux ouvrages se trouvent, il est vrai, réunis dans le recueil qu'un libraire de Saragosse donna, en 1630, sous le nom de L. de Vega (Parte veynte y dos de las comedias del Fenix de España, Frey Lope de Vega Carpio; Çaragoça, Vedro Verges, 1630, in-4); mais, en 1635, quelques mois avant la mort de Lope, Luis de Usátegui, son gendre, publia le véritable tome XXIIe des comédies du «Phénix de l'Espagne» où l'on ne retrouve plus la Verdad sospechosa, désormais rendue à Alarcon (voy. le no 35). Il est assez vraisemblable que la réunion fortuite des deux comédies dans un même volume aura seule inspiré à Corneille l'idée de les compléter l'une par l'autre. Presque tous les ouvrages qui obtinrent un grand succès au XVIIe siècle, à quelque genre qu'ils appartinssent, donnèrent lieu à des suites. On eut la Suite de Don Quichotte, la Suite du Cid, la Suite des Lettres portugaises, etc. Le Menteur ayant réussi à la scène, Corneille aima mieux lui donner une suite que d'en laisser composer une par Chevreau ou par Desfontaines. Il voulut seulement que le public retrouvât dans la pièce nouvelle les principaux personnages du Menteur. Mais, quelque soin que prenne Cliton, dès les premières scènes, d'exposer les incidents qui servent de lien entre les deux pièces, il n'en faut pas moins reconnaître que le caractère de Dorante est singulièrement changé.

La Suite du Menteur fut jouée à la fin de l'année 1643, sur le théâtre du Marais, par les mêmes acteurs que le Menteur. Jodelet lui-même, qui avait contribué au succès de la première pièce, dans le rôle de Cliton, récita le portrait peu flatté que le poëte traçait de lui. Les frères Parfaict (Histoire du Théatre François, t. VIe, pp. 237 sqq.) et M. Marty-Laveaux (t. IVe, pp. 123 sqq.) nous ont donné quelques détails sur ce comédien qui entra au Marais en 1610 et mourut à la fin de mars 1660, ainsi que nous l'apprend la Muse historique de Loret.

Jodelet divertit le parterre pendant cinquante ans, aussi fut-on surpris de le voir en 1649 et en 1650 prendre une part active à la Fronde. Une mazarinade de 1649 contient le passage suivant:

«Il n'est pas jusque(s) à Jodelet Qui n'ait en main le pistolet, Ayant adjoint à sa cabale Les gens de la Troupe Royale; Si bien qu'eux tous jusqu'aux Portiers Ont cuirasse et sont cavaliers, Tesmoignant bien mieux leur courage En personne qu'en personnage.»

Le Courrier françois dit encore en 1650:

«L'hostel de Bourgogne ferma. La trouppe du Marais s'arma. Jodelet n'eut plus de farine Dont il put barbouiller sa mine.»

Voy. Choix de Mazarinades, publié par C. Moreau; Paris, 1853, 2 vol. in-8, t. Ier, p. 300 et t. IIe, p. 167; voy. aussi la Bibliographie des Mazarinades du même auteur, nos 1080, 1257, 1736.

Malgré les efforts de Jodelet et de ses camarades, la Suite du Menteur échoua; Corneille l'avoue lui-même, dans son Epistre et dans son Examen, sans se rendre bien compte des causes de son insuccès. Sans parler des défauts de la pièce, qui, malgré d'excellentes scènes, n'est pas d'un intérêt véritablement dramatique, on peut dire qu'il est sans exemple dans la littérature que la suite d'un ouvrage ait jamais participé à la vogue que l'auteur se proposait d'exploiter. «Bien que d'abord cette Pièce n'eut pas grande approbation, ajoute Corneille, à la fin de son Examen, quatre ou cinq ans après la Troupe du Marais la remit sur le Théatre avec un succès heureux, mais aucune des Troupes qui courent les Provinces ne s'en est chargée.» Cette reprise dut avoir lieu peu de temps avant que Jodelet se joignît aux frondeurs; ce fut la dernière. Le Registre de Lagrange ne mentionne aucune représentation de la Suite du Menteur; ce n'est qu'au commencement de ce siècle qu'Andrieux essaya les retouches conseillées par Voltaire. La pièce, réduite en 4 actes, fut jouée sur le Théâtre-Français, où elle obtint 7 représentations. Andrieux, mécontent de son ouvrage, la remit en 5 actes et la donna sous cette nouvelle forme sur le Théâtre de l'Impératrice, l'Odéon actuel (voy. notre chapitre XIV).

On joua en 1645 une pièce de d'Ouville, dont le titre reproduisait celui de la comédie de Lope de Vega, dont Corneille a tiré la Suite du Menteur: Aymer sans savoir qui (à Paris, chez Cardin Besongne, 1647, in-4). L'analyse que les frères Parfaict ont donnée de cette pièce (Histoire du Théatre François, t. VIe, pp. 411-415) permet de dire qu'elle n'a aucun rapport avec l'ouvrage espagnol.

Vendu: 40 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (no 595);--170 fr., même exempl., Potier, 1870 (no 1231).

41. LA SVITE || DV || MENTEVR, || Comedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez || Antoine de Somma-|| uille en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu || de France. || Au || Palais. || Et || Augustin Courbé, || en la mesme Gallerie, || à la Palme. || M. DC. XLV [1645]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 93 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: titre; 7 pp. pour la dédicace; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour les noms des Acteurs. Le privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition in-4.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

42. LA || SVITE || DV || MENTEVR, || Comedie. || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, || au Palais, dans la petite Salle, sous la montée || de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, dans la petite salle des Merciers, || à l'Escu de France]. || M. DC. XLVIII [1648]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 93 pp.

La collation est la même que dans l'édition in-12 de 1645, mais les caractères sont plus fins et la justification plus petite (109 mm. sur 56). Le privilége est le même, mais il n'y a pas d'achevé d'imprimer.

Cette édition fut sans doute publiée lors de la reprise, dont parle Corneille à la fin de son Examen. Nous en avons vu des exemplaires à la Bibliothèque Cousin, chez M. L. Potier et à la librairie Techener.

43. LA SUITE DU MENTEUR, Comedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682], Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien que nous ne l'ayons pas vue. Elle doit se composer de 2 ff. et 84 pp. Voy. ci-dessus no 25.

Page 1