‹ Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre CorneilleChapitre 184 sur 205 · IX

IX

1349. L'AVTEVR || DV VRAI CID || ESPAGNOL, || A ||SON TRADVCTEVR || FRANÇOIS. || Sur vne Lettre en vers qu'il a fait Imprimer,||intitulée, Excuse à Ariste, Où, après cent || traicts de vanité, il dit de soy-mesme, ||Ie ne dois qu'à moy seul toute ma renommée. [_Paris, 1637_]. In-8 de 2 ff., caract. ital.

Ce pamphlet, attribué par Corneille à Mairet, paraît avoir été le premier factum dirigé contre le _Cid_, après l'imprudente _Excuse à Ariste_ (voy. le no 141); il se compose de six strophes de six vers signées: _Don Baltazar de la Verdad._ Voici les deux premières strophes:

_L'Espagnol._

Je parle à toy vanteur, dont l'audace achevée, S'est depuis quelques jours dans le Ciel eslevée, Au mespris de la terre, et de ses habitans, A toy dont l'insolence en tes escrits semée Et bien digne du fast des plus foux Capitans, Soustient que ton merite a fait ta renommée. Les noms de deux ou trois, dont tu veux faire acroire, Qu'en les traittant d'esgaux tu les combles de gloire Dans l'Espagne, et plus outre avoient déja couru, Mais de ton froid esprit qui se paist de fumée, Rien certes dans Madrid n'avoit jamais paru, Et le _Cid_ seulement y fait ta renommée.

1350. OBSERVATIONS || SVR || LE CID. || _A Paris. || Aux despens de l'Autheur_ || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 2 ff., dont le premier est blanc, et 96 pp.

Première édition de la célèbre critique de Scudéry; elle se reconnaît aux _Fautes d'Impression_ indiquées au verso du titre:

Page 12, ligne 3: _euenemeut_, lisez _euenement_. Page 14, ligne 8: _ses_, lisez _ces_. Page 14, ligne 11: _Sopocle_, lisez _Sophocle_. Page 44, ligne 6: _Mone_, lisez _Monsieur_.

Dans certains exemplaires, on a retourné le f. blanc et l'on a encarté entre ce f. et le f. de titre l'édition de l'_Excuse à Ariste_, décrite ci-dessus (no 142).

1351. OBSERVATIONS || SVR || LE CID. || Ensemble l'excuse à Ariste & || le Rondeau. || _A Paris, || Au_ [sic] _despens de l'Autheur_. || M.DC.XXXVII, [1637]. In-8 de 4 ff. et 96 pp.

Collation des feuillets préliminaires: titre avec un fleuron composé de rinceaux dans le milieu desquels se trouve une tête coiffée de plumes; 3 ff. pour l'_Excuse à Ariste_ et le _Rondeau_.

Cette édition se distingue facilement de la précédente, même si elle est incomplète des feuillets préliminaires, parce que les fautes d'impression y ont été corrigées.

1352. OBSERVATIONS || SVR || LE CID. || Ensemble l'excuse à Ariste & || le Rondeau. || _A Paris. || Au_ [sic] _despens de l'Auteur_. || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 4 ff., 94 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets préliminaires: titre;--5 pp. pour l'_Excuse à Ariste_;--1 p. pour le _Rondeau_.

1353. LES || FAVTES || REMARQVEES || EN LA || TRAGICOMEDIE || DV CID. || _A Paris,|| Aux despens de l'Autheur._ || M.DC.XXXVII. In-8 de 43 pp., y compris le titre.

Même ouvrage que le précédent sous un autre titre. Le titre de départ, p. 3, porte: _Observations sur le Cid._

C'est au factum de Scudéry que Corneille répondit dans sa _Lettre apologétique_ (voy. le no 144).

1354. LA || DEFFENSE || DV CID. || _A Paris_, || M.DC.XXXVII [1637]. In-4 de 28 pp., y compris le titre.

Le titre porte un fleuron qui nous paraît être celui de _L. Maurry_, de Rouen. Ce détail a son importance, parce qu'il prouverait que la _Deffense du Cid_ aurait été écrite, sinon par Corneille lui-même, du moins sous son inspiration, par un de ses compatriotes.

Voici en quels termes M. Taschereau (_Hist. de Corneille_, 2e édit., p. 301) a parlé de cette pièce:

«Cette _Défense du Cid_, à laquelle il est fait allusion dans plusieurs des pamphlets dont nous aurons bientôt occasion de parler, notamment dans la _Lettre apologétique du sieur Corneille_ (1637), est mentionnée t. I, p. lxxix, du _Théâtre de Corneille_, édit. de 1747, et t. V, p. 256, de l'_Histoire du Théâtre-Français_ (par les frères Parfaict), et, avant cela, dans les _Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres_ (voir t. XX, p. 88 et suiv.). Nous devons avouer qu'elle a échappé à toutes nos recherches, et nous ne l'avons même vu mentionner nulle part, de manière à croire que ceux qui en ont parlé aient été plus heureux que nous. Ainsi Niceron, qui, en citant la plupart des pamphlets publiés à l'occasion du _Cid_, donne exactement le nombre de pages de chacun de ceux qu'il cite, ne le fait pas pour la _Défense du Cid_, et, s'il en indique le format, c'est qu'en indiquant celui dans lequel furent imprimées toutes les autres pièces de cette discussion, il aura cru pouvoir donner comme une certitude une conjecture assez vraisemblable.»

Les recherches de M. Marty-Laveaux n'ont pas eu plus de succès que celles de M. Taschereau; mais du moins le savant éditeur a donné, d'après des notes manuscrites de Van Praet, une description assez exacte de la pièce (il indique cependant 32 pp. au lieu de 28). Nous avons eu la bonne fortune de trouver enfin un exemplaire de la _Deffense du Cid_ à la bibliothèque Sainte-Geneviève (Y. 458 (1) Rés.), et, comme la même collection possède plusieurs autres pièces sur le _Cid_, qui n'ont été décrites que par Van Praet et qui ne sont nulle part ailleurs, nous croyons que cet exemplaire est celui que le célèbre bibliographe aura eu entre les mains.

Pour donner une idée de ce factum, nous en transcrivons fidèlement le début:

La Deffense DV CID.

Ces iours passez voyant paroistre vn liuret contre le sentiment commun, et contre l'approbation generale que tous les bons Esprits auoi[=e]t d[=o]nee à la Tragicomedie DV CID, et remarquant que ce liuret poussoit vne si foible voix qu'on empruntoit tous les Echos de la Gazette pour la faire mieux retentir, et que d'ailleurs il se presentoit hors de saison apres auoir souffert sans resistance que son ennemy fist la conqueste et triomphast de la creance de tout le monde: ie iugeay que son effet seroit pareil à celuy d'vne troupe de picoteurs qui n'osant affronter vn regiment le laissent librem[=e]t passer pour venir fondre apres sur la queuë et se ruer sur le bagage. Et me sentant pressé par la clameur importune de ces Gazettons du Pont-Neuf pendant une semaine ne voyant point de iour à me mettre en colere contre eux mon despit s'auança iusqu'au liure que l'achetay tout indigné de ce qu'il troubloit le plaisir que l'auois eu à lire quelques Scénes DV CID, à l'ouuerture du premier feuillet ma veuë tomba sur ces mots AVX DESPENS DE L'AVTHEVR: certes pensay-ie en moy, cet esprit prognostique, comme vn fidele Almanach, l'euenement de son liure qui aura cours au despens de sa reputation. Et me mettant à lire pour entreuoir le dessein de l'Autheur dedans le cours de ses paroles. Ie fis iugement que cet oeuvre estoit la descharge de sa melancolie, me persuadant par la suite de son discours que le grand esclat de l'ouurage fait pour LE CID, auoit produit sur l'ame de ce personnage ce que le Soleil fait quand il est joint à la canicule à l'endroit de nos corps qu'il desseiche et recuit, et faisant bo[=u]illir au dedans la melancolie, rend la ratte où elle se retire fort dure et importune. Ie le leuz donc en paix, et permis le libre cours à cet esprit qui se purgeoit, dont ie ne m'offensois non plus que des plaintes d'vn malade de qui le mal cautionne et excuse l'impatience, me promettant que cet homme seroit desormais bien gay apres auoir mis hors tant de mauuaises humeurs, ce qui me fait croire que ie pourrois par vne Response l'aborder seurement sans craindre son indignation, pensant bien qu'il n'y en pourroit plus auoir, ayant jetté tant de bile noire: En tout cas ie me suis persuadé qu'il ne sera pas plus mauuais à la recharge qu'à l'attaque, où son plus grand feu est employé. Et comme le grand zele qui l'anime à l'honneur des Poëtes luy a fait pr[=e]dre la plume, le desir de mettre paix entre deux combatans, me porte à en arrester le cours en luy monstrant tout doucement que sa veuë est préoccupée, et son organe vicie comme d'un fievreux à qui le vin semble amer à cause du fiel qui s'amasse sur sa langue et sur son palais. Des esprits plus au[=a]tageux que le mien eussent renuoyé son liure à la jalousie conceuë à l'encontre DV CID, comme vn effet naturel a sa cause propre, mais ie me suis volu efforcer d'auoir de luy de plus hauts sentimens, et croire quoy qu'à peine qu'vne grande ame comme la sienne ne se laisse pas toucher, ny mesme abborder par l'enuie qui est la plus basse de toutes les passions de l'homme, et le plus fort argument qu'il est esloigné de la vertu, puisque par elle le bien luy desplaist mesme en autruy, où il ne le peut contraindre à aucune subjection, mais en voulant le refuter, i'ay bien rencontré de l'obstacle, trouuant son ordre si confus qu'il offusque son dessein: Sa p[=e]see est de frapper sur celuy qui nous a fait parler François, cette belle Tragicomedie, mais n'y trouuant que peu ou point de prise il s'est fait de l'Autheur et du Traducteur vn seul objet de son mespris, les meslant confusément tous deux comme vn sujet vnique de la Satire qu'il en fait, mais par ce que l'ordre me plait, ie traitteray à part ce qu'il dit contre l'Autheur et separement, aussi les deffauts qu'il allegue contre son Traducteur faisant ainsi de ce discours deux parties sans obmettre pourtant la suite des cinq poincts où se reduit sa censure lesquels ie cite mot à mot:

1. Que le sujet n'en vaut rien. 2. Qu'il choque les principales reigles du Poëme Dramatique. 3. Qu'il manque de iugement en sa conduite. 4. Qu'il a beaucoup de meschans vers. 5. Que presque tout ce qu'il a de beautez sont empruntées.

De ces cinq articles, les trois premiers ne peuvent regarder que l'Autheur, le Traducteur n'y a point de part, il n'a qu'à ne deffendre des derniers où l'imposition qu'on luy fait est si legere qu'elle ne merite pas son courroux, vne moindre plume de beaucoup que la sienne pourra bien destourner le coup.

(Suit la première partie.

1355. LA VOIX || PVBLIQVE. || A || MONSIEVR DE || SCVDERY sur les || Obseruations du Cid. || _A Paris._ || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 7 pp.

1356. L'INCOGNV || ET || VERITABLE AMY || DE MESSIEVRS DE || SCVDERY ET || CORNEILLE. || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 7 pp., y compris le titre.

L'auteur, qui signe D. R., et que le P. Niceron a cru être Rotrou, voudrait concilier Scudéry et Corneille.

1357. LE || SOVHAIT || DV CID || EN FAVEVR || DE SCVDERI. || Vne Paire de Lunettes || pour faire mieux ses Obseruations. M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 36 pp.

Pamphlet favorable à Corneille; on lit à la fin: MON RIS.

1358. LETTRE || DV Sr || CLAVERET, ||AV Sr || CORNEILLE, || soy disant Autheur || du Cid. || _A Paris._ || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 15 pp., y compris le titre.

Le titre de départ, p. 3, porte: _Lettre || contre vne || inuectiue || du Sr || Corneille, || soy disant Autheur du Cid._

«Monsieur, dit Claveret en commençant, j'avoue que vous m'avez surpris par la lecture de vostre lettre apologitique, et que je n'attendais pas d'un homme, qui faisoit avec moi profession d'amitié, une si ridicule extravagance, que celle qui vous fait dire à l'observateur du _Cid_ (au lieu de vous défendre contre luy par de bonnes raisons), _Il n'a pas tenu à vous que du premier lieu ou beaucoup d'honnestes gens me placent_, _je ne sois descendu au dessous de Claveret_. Ces termes si pleins de vanité, et dont vous vous servez vous-mesme pour embellir votre apologie, devoient (ce me semble) estre escris d'une autre main que de la vostre; et bien que l'esprit soit un legitime heritage, ou tout le monde croit avoir sa part, j'estois tout prest de vous signer que vous estes plus grand poete que moy, sans qu'il fust necessaire que vous empruntassiez les voix de tous les colporteurs du Pont-Neuf, pour le faire esclater par toute la France. Apres m'estre informé d'où pouvoit proceder une animosité si lasche et si extraordinaire, j'ay descouvert enfin qu'on vous avoit fait croire que j'avois contribué quelque chose à la distribution des premiers vers, qui vous furent adressez sous le nom du vray Cid Espagnol, et qu'y voyant vostre vaine gloire si judicieusement combattue, vous n'aviez pu vous empescher de pester contre moy, parce que vous ne saviez à qui vous en prendre.»

«Les frères Parfaict, t. Ve, p. 267 de leur _Histoire du Théâtre François_, disent que Claveret fit paraître une seconde lettre. Nous avons lieu de croire que cet écrit, dont ils ne donnent pas le titre, n'existe pas. Il est évident d'ailleurs, par le compte qu'ils en rendent, que ces historiens n'ont pu se procurer qu'un très-petit nombre de ces pamphlets.» TASCHEREAU, _Hist. de Corneille_, 2e édit., p. 407.

1359. L'AMY DV CID || A< || CLAVERET. || _A Paris._ || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 8 pp., y compris le titre.

Pièce attribuée à tort à Corneille par la P. Niceron. Elle a été réimprimée par M. Marty-Laveaux, t. IIIe, pp. 53-56.

On trouve à la suite de l'_Epitre familiere du sieur Mairet_, une _Réponse à l'Amy du Cid_.

1360. LA VICTOIRE DV SR [SIC] CORNEILLE, SCVDERY ET CLAVERET, auec vne Remontrance par laquelle on les prie amiablement de n'exposer ainsi leur renommée à la risée publique. _Paris_, M.DC.XXXVII (1637). In-8 de 7 pp.

Cette pièce, que M. Marty-Laveaux n'a pu retrouver (voy, t. IIIe, p. 29), avait été citée par Van Praet. Nous avons eu la bonne fortune d'en rencontrer un exemplaire au Musée britannique (840. C. 22). / 4.

1361. LETTRE || A *** || SOVS LE NOM || D'ARISTE.

Ce n'est donc pas assez, & de la part des Muses, Ariste, C'est en vers qu'il vous faut des excuses, Mais la mienne pour vous n'en plaint pas la façon. Cent vers lui coustent moins que deux mots de || chanson, &c.

_S. l. n. d._ [_Paris_, 1637]. In-8 de 8 pp.

Cette lettre est attribuée par Niceron à Mairet, mais sans fondement sérieux. Nous avons eu l'occasion d'en citer un passage sous le no 4.

1362. RESPONCE || DE *** || A *** || SOVS LE NOM D'ARISTE. || _A Paris_, M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 8 pp., y compris le titre.

Cette pièce, attribuée à tort à Corneille par Niceron (voy. Taschereau, _loc. cit._, p. 306), a été reproduite en entier par M. Marty-Laveaux (t. IIIe, pp. 59-62). On y trouva des détails très-curieux sur les pièces de théâtre contemporaines du _Cid_.

1363. LETTRE || POVR MONSIEVR || DE CORNEILLE, || contre les mots de || la Lettre sous le nom || d'Ariste. || Ie fis donc resolution de guerir ces idolatres. _S. l. n. d. [Paris, 1637]._ In-8 de 3 ff. et 1 f. blanc.

Cette lettre, que Niceron a voulu attribuer à Corneille lui-même, n'est pas exempte de critiques contre lui; elle occupe les 3 premières pp. de la pièce; la p. 4 contient l'épigramme suivante de Martial, imitée en français:

_Martialis_

Epig. L. 9. Epi. 83.

Lector et Auditor nostros probat, Aule, libellas, Sed quidam exactes esse Poeta negat: Non nimium curo, nam coenæ fercula nostræ Malim conviviis quam placuisse coquis.

_Traduction à Monsieur Corneille._

Les vers de ce grand Cid que tout le monde admire, Charmant à les entendre, et charmant à les lire, Un Poëte seulement les trouve irreguliers: Corneille, mocque toy de sa jalouse envie, Quand le festin agrée à ceux qua l'on convie, Il importe fort peu qu'il plaise aux Cuisiniers.

Ces vers, qui se trouvent déjà à la fin de la _Lettre apologétique du Sr Corneille_, sont accompagnés ici de l'épigramme suivante:

Si les vers du grand Cid, que tout le monde admire, Charment à les ouyr, mais non pas à les lire, Pourquoy le traducteur des quatre vers Latins Les a-t'il comparez aux mets de nos festins? J'advoue avec luy, s'il arrive Qu'un mets soit au goust du convive, Qu'il importe bien peu qu'il plaise au cuisinier; Mais les vers qu'il deffend d'autres raisons demandent, C'est peu qu'ils soient au goust de ceux qui les entendent, S'ils ne plaisent encore aux maistres du mestier.

M. Marty-Laveaux a reproduit cette lettre _in extenso_ (t. IIIe, p. 56).

1364. LETTRE || DE || Mr DE SCVDERY, || A || L'ILLVSTRE ACADEMIE. || _A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, à l'Escu de France._ || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 11 pp. (y compris le titre) et 2 ff. blancs.

«Messieurs, dit Scudéry au début de ce factum, puis que Monsieur Corneille m'oste le masque, et qu'il veut que l'on me connoisse, j'ay trop accoutumé de paroistre parmy les personnes de qualité, pour vouloir encor me cacher: Il m'oblige peut-estre en pensant me nuire; et si mes Observations ne sont pas mauvaises, il me donne luy-mesme une gloire dont je voulois me priver. Enfin, Messieurs, puis qu'il veut que tout le monde sçache que je m'appelle SCUDERY, je l'advoue. Mon Nom, que d'assez honnestes gens ont porté devant moy, ne me fera jamais rougir: veu que je n'ai rien fait non plus qu'eux indigne d'un homme d'honneur. Mais comme il n'est pas glorieux de frapper un ennemy, que nous avons jetté par terre, bien qu'il nous dise des injures, et qu'il est comme juste de laisser la plainte aux affligez, quoy qu'ils soient coupables, je ne veux point repartir à ses outrages par d'autres, ny faire comme luy, d'une dispute Academique, une querelle de crocheteurs, ny du Licée un marché public.»

Scudéry continue sur ce ton si voisin du comique et s'échauffe peu à peu au point d'écrire cette phrase dont son adversaire ne manque pas de se moquer (voy. le no 244):

«Qu'il vienne, qu'il voye, et qu'il vainque, _ce trois fois grand Autheur du Cid_: soit qu'il m'attaque en soldat, maintenant qu'il est obligé de l'estre, soit qu'il m'attaque en escrivain, il verra que je me sçay defendre de bonne grace, et que si ce n'est en injures, dont je ne me mesle point, il aura besoin de toutes ses forces. Mais s'il ne se defend que par des paroles outrageuses, au lieu de payer de raisons, prononcez, _O mes juges_, un arrest digne de vous, et qui face sçavoir à toute l'Europe que le _Cid_ n'est point le chef-d'oeuvre du plus grand homme de France, mais ouy bien la moins judicieuse Piece de Monsieur Corneille mesme.»

Comme on le voit par la première phrase que nous avons citée, cette lettre est une réponse à la _Lettre apologétique_, dans laquelle Corneille dénonçait Scudéry comme l'auteur des _Observations_.

1365. LA || PREVVE || DES PASSAGES || ALLEGVEZ DANS || LES OBSERVATIONS || SVR LE CID. || A Messieurs || de l'Academie. || Par Mr de Scudery. || _A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, à l'Escu de France._ || M.DC.XXXVII. In-8 de 14 pp. (y compris le titre) et 1 f. blanc.

Scudéry cite ces paroles du Tasse: «Io non mi dolgo, che habbiano cercato d'impedirmi questo honore, che m'era fatto d'al vulgo, perche di nissuna cosa ragionevole mi debbo dolere: piu testo dovrei lamentarmi di colero, che inalzandomi dove non merito di salire, non hanno riguardo al precipitio,» puis il ajoute: «Ce sont les modestes paroles, par où le Tasse, le plus grand homme de son siècle, a commencé l'Apologie du plus beau de ses Ouvrages, contre la plus aigre et la plus injuste Censure, qu'on fera peut-estre jamais. Mr Corneille, tesmoigne bien en ses Responses, qu'il est aussi loing de la modération, que du merite de cet excellent Autheur, puisqu'au lieu de se donner l'humilité d'un Accusé, il occupe la place des Juges, et se loge luy-mesme à ce premier lieu, ou personne n'oseroit seulement dire qu'il pretend. C'est de cette haute region, que sa plume, qu'il croit aussi foudroyante que l'eloquence de Pericles, luy a fait croire, que des injures estoient assez fortes, pour destruire tout mon Ouvrage, et que sans combattre mes raisons par tant d'autres, il lui suffisait seulement de dire que j'ay cité faux.»

1366. EPISTRE || AVX POËTES || DV TEMPS, || sur leur querelle || du Cid. || _A Paris_, || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 14 pp. et 1 f. blanc.

1367. POUR LE SIEVR CORNEILLE contre les ennemis du Cid. _A Paris_, M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 7 pp.

Sonnet. (Bibliothèque de l'Arsenal.)

1368. DISCOVRS || A || CLITON. || SVR LES || OBSERVATIONS || DV CID. || Auec vn Traicté de || la disposition du Poëme Drama- || tique, & de la prétenduë Regle || de vingt-quatre heures. || _A Paris, || Imprimé aux despens de l'Autheur._ [1637]. In-12 de 103 pp., y compris le titre.

L'auteur de ce traité, que les frères Parfaict ont mal à propos attribué à Claveret (_Histoire du Théâtre-François_, t. Ve, p. 257), affecte de montrer une grande impartialité en faveur du _Cid_. «Je me suis trouvé une fois dans le parterre, dit-il, et une autre fois dans les galleries, à la représentation de ce nouveau Poëme; et je suis tesmoin de ce qu'en disent encore les sçavants et les ignorants, la cour et le bourgeois, comme remarque notre Observateur: je n'en connois l'Autheur que de nom, et par les affiches des Comediens. Or à cause que je fais quelques fois des vers, et que je favorise ceux qui s'en meslent, j'ay inclination pour luy, et je panche desjà du costé de ses Approbateurs...» Il ajoute que le _Traité de la disposition du Poëme dramatique_ était écrit cinq ou six ans avant la querelle du _Cid_ et qu'il n'y a rien changé. «Comme ce Traicté, dit-il en terminant, estoit sous la Presse mesme auparavant la _Lettre apologitique_ du Sieur Corneille, je ne sçay combien de feuilles volantes ont été jettées en public presque en mesme temps, sur le sujet du _Cid_, et de son Observateur. Apres quoy, il semble que je serois obligé de signer cet escrit, si je voulois prendre la qualité d'intervenant, au procés qui s'instruict en l'illustre Academie, sur la requeste du Sr de Scudery. Mais plustost que de plaider (qui est un mestier que je m'empesche de faire autant que je puis), j'ayme mieux que ce petit ouvrage s'en aille avec les vagabons et gens sans adveu, ou qu'il soit mis aux Enfermez comme un enfant trouvé. Cliton en aura du soin comme son parrain, et ma pauvre Muse, apres avoir couru le pont neuf et s'estre ainsi prostituée aux colporteurs, sera possible receue aux filles repenties.»

1369. EXAMEN || DE CE QVI || S'EST FAIT POVR || ET CONTRE LE CID; || auec vn Traicté || de la Disposition du Poëme || Dramatique, & de la || pretenduë Regle de || vingt-quatre heures. || _A Paris, || Imprimé aux despens de l'Autheur, [1637]._ In-8 de 103 pp.

Cette édition porte, comme la précédente, au titre de départ: _Discours à || Cliton, || sur les || Obseruations || du Cid, || avec vn Traicté de || la disposition_, etc.

1370. LE IVGEMENT || DV CID, || Composé par vn Bourgeois de || Paris, Marguillier de sa || Paroisse. [_Paris, 1637_ ]. In-8 de 24 pp.

La pièce n'a qu'un simple titre de départ, p. 1.

Cette édition, que M. Marty-Laveaux n'a citée que d'après les notes manuscrites de Van Praet, est conservée à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (Y. 2538 (3) Rés.). Malheureusement l'exemplaire qu'elle en possède est incomplet des deux ff. paginés 3-6.

1371. LE IVGEMENT || DV CID. || Composé par vn Bourgeois de || Paris, Marguillier de sa || Paroisse. _S. l. n. d. [Paris, 1637]._ In-8 de 16 pp.

Cette édition n'a pas de f. de titre, mais un simple titre de départ. La pièce a été réimprimée dans le _Recueil de Dissertations sur plusieurs tragédies de Corneille et de Racine_ (no 1336), dans l'_Esprit du grand Corneille_, par François de Neufchâteau (no 792), et dans le _Tableau de la littérature française au seizième siècle_, par M. Sainte-Beuve, 2 vol. in-8; M. Marty-Laveaux en a donné un extrait (t. Xe, p. 502).

1372. L'ACOMODEMENT || DV CID & DE SON || CENSEVR. || _A Paris_, || M.DC.XXXVII [1637], Pet. in-8 de 7 pp. de 14 lignes, impr. en gros caractères.

Cette pièce, dont nous avons trouvé un exemplaire au Musée britannique (840. C. 22), n'a pas encore été signalée. C'est un tissu de violentes injures contre Corneille; mais, comme elle est très-courte, nous ne croyons pas inutile de la transcrire:

«Monsieur du _Cid_, vous n'avés fait que deux fautes, qui ne se puissent reparer: l'une, d'avoir fait imprimer vostre piece, qui avoit esté si bien approuvée sur le Theatre. Et l'autre, d'avoir répondu à celuy qui l'a censurée; Parce que vous ne vous deviés pas ennyvrer de la gloire du Theatre, pour montrer que vous n'en pouviez pretendre hors de là: Et que pour répondre à un ennemy déclaré et conneu, il faloit faire mieux de la plume ou de l'espee. Vous ne sçauriez mei [_sic_] que dans le détail de vostre Piéce, vous ne soyez imbecile dans le sentiment des Roys, de la Nature, de la Vertu, des Grands, des Sages, des Capitaines, des Fanfarons et des Modestes: Et que vous ne soyez extrémement plat et fade dans vos Vers, pour estre si presomptueux, si foible et si extravagant en l'Epistre d'Ariste, qu'on ne peut comprendre quel mouvement vous l'a dictée. Mais si l'on vous reproche qu'en vostre lettre Apologitique au Sr Scuderi, l'on ne sçauroit deviner si vous voulez passer pour Vaillant, pour Poltron, pour Ecolier ou pour Maistre: Et qu'on doute si vous connoissez vous mesme ce que vous estes (si ce n'est un Suppliant qui voudroit bien faire le Rodomont) Consolez-vous, que celuy qui vous a deffaict en une moitié de son Livre s'est deffaict en l'autre, et vous accordez tous deux. _Fin._»

1373. EPISTRE || FAMILIERE || DV Sr MAYRET. || AV Sr CORNEILLE. || Sur la Tragi-comédie du Cid. || _A Paris, Chez Anthoine de Sommauille, || au Palais, dans la petite Sale_, || _a l'Escu de France._ || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 48 pp. (la dernière chiffrée par erreur 38).

«Monsieur, dit Claveret au début de sa lettre, si je croyois le bruit commun, qui vous declare desja l'Autheur de ces mauvais papiers volants qu'on void tous les jours parestre à la deffense de vostre Ouvrage; Je me plaindrois de vous à vous-mesme, de l'injustice pue l'on me fait en un libelle de vostre style, et peut-estre de vostre façon [dans la _Lettre apologétique_ de Corneille]: Mais comme l'action est trop indigne d'un honneste homme, je suspendray pour quelque temps ma creance en vostre faveur; et me contenteray (puisque la querelle de vostre _Cid_ vous a rendu chef de party), de vous demander seulement raison de l'impertinence d'un de vos lanciers qui m'est venu rompre dans la visiere mal à propos; mais d'autant que je n'ay pas l'honneur de connoistre le galant homme, et qu'il ne seroit pas raisonnable que je me commisse avec un masque, je vous addresseray, s'il vous plaist, ce petit discours, comme si vous estiez luy-mesme.»

Cette lettre, dans laquelle Claveret nous donne un grand nombre de détails curieux pour l'histoire littéraire du temps, est datée de Paris le 4 juillet 1637. Elle est suivie d'un post-scriptum ainsi conçu:

«Si je ne craignois d'abuser de vostre bonté je vous prierois de faire tenir la cy-jointe à vostre Amy, que vous empescherez s'il vous plaist de plus outrager le mien: autrement nous userons du droict de représaille sur un des vostres, qui n'a desjà que trop souffert pour vos interests, et ceux de vostre Chef-d'oeuvre. J'aime mieux paroître obscur que satyrique.»

Vient ensuite la _Response à l'Amy du Cid sur ses invectives contre le Sieur Claveret_, qui occupe les pp. 30 à 48.

1374. LETTRE || DV || DES-INTERESSÉ, || AV SIEVR MAIRET. _S. l. n. d. [Paris, 1637]._ In-8 de 7 pp.

Cette pièce, que le P. Niceron attribue à tort à Corneille, a été reproduite par M. Marty-Laveaux (t. IIIe, pp. 62-67); l'imprimé n'a qu'un simple titre de départ.

1375. ADVERTISSEMENT || AV BESANÇONNOIS || MAIRET. || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 12 pp. (y compris le titre) et 22 ff. blancs.

Cette pièce, reproduite en entier par M. Marty-Laveaux (t. IIIe, pp. 67-76), est attribuée à Corneille lui-même par les frères Parfaict.

1376. RECVEIL || DES BONNES || PIECES QVI ONT ESTÉ || FAITES POVR & CONTRE || LE CID. || Par les bons esprits de ce temps. || _A Paris, || Chez Nicolas Trabo[=u]illet, au Palais, || en la Gallerie des prisonniers, à || la Tulippe_; [ou _Chez Cardin Besongne, au Palais, au haut de la montée de la Ste Chapelle, aux Rosés vermeilles_]. || M.DC.XXXVII [1637]. In-12.

M. Taschereau s'est borné à citer ce _Recueil_ d'après une _Vie de Corneille_, «manuscrit d'une date ancienne qui faisait partie de la bibliothèque de M. de Soleinne», sans vérifier si c'était une réimpression ou un recueil factice d'un certain nombre de factums publiés dans la querelle du _Cid_. Nous avons été plus heureux que M. Taschereau, et nous avons pu constater que le volume dont nous venons de transcrire le litre n'est qu'un recueil factice pour lequel les libraires _Trabouillet_ et _Besongne_ avaient fait imprimer un titre. Voici l'indication des pièces que contient l'exemplaire de M. le baron James de Rothschild, en tout conforme à l'exemplaire au nom de _Besongne_, décrit au catalogue Soleinne (t. Ve, no 428). On remarquera que les libraires ne se sont pas appliqués à les ranger d'une manière absolument méthodique:

1º Titre;

2º _Observations sur le Cid_ (no 1350);

3º _Excuse à Ariste_ (no 142); cette pièce est encartée entre le titre des _Observations_ et le f. blanc qui suit ce titre;

4º _Lettre apologétique du Sr Corneille_ (no 145);

5º _La Voix publique à Monsieur de Scudery_ (no 1355);

6º _L'Amy du Cid à Claveret_ (no 1359);

7º _La Preuve des Passages alleguez dans les Observations sur le Cid_ (no 1365);

8º _L'Incognu et véritable Amy de Messieurs de Scudery et Corneille_ (no 1356);

9º _Lettre à *** sous le nom d'Ariste_ (no 1361);

10º _Responce de *** à *** sous le nom d'Ariste_ (no 1362);

11º _Lettre pour Monsieur de Corneille contre les mots de la Lettre sous le nom d'Ariste_ (no 1363);

12º _Discours à Cliton sur les Observations du Cid_ (no 1368);

13º _Epistre familière du Sr Mayret au Sr Corneille_ (no 1373);

14º _Le Souhait du Cid en faveur de Scuderi_ (no 1357);

15º _Lettre du des-interessé au Sieur Mairet_ (no 1374).

1377. APOLOGIE || POVR MONSIEVR || MAIRET, contre || les calomnies du Sieur Corneille de Roüen. || M.DC.XXXVII [1637]. In-4 de 32 pp.

Cette pièce, que ni M. Taschereau ni M. Marty-Laveaux n'ont pu voir, existe à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (Y. 458 (3) Rés.).

1378. LETTRE de M. l'abbé de Bois-Robert à M. Mairet.

Cette lettre, relative à la querelle du _Cid_, et datée du 5 octobre 1637, a été imprimée pour la première fois dans le _Recueil de Dissertations sur plusieurs tragédies de Corneille et de Racine_ (no 1336), t. Ier, pp. 114 sqq.

1379. LETTRE DE || Mº DE BALZAC, || A Mº DE SCVDERY, || SVR SES OBSERVATIONS || DV CID. || Et la Response || de Mº de Scudery, || à Mr de Balzac. || Auec la Lettre de || Mr de Scudery à Messieurs || de l'Academie Françoise, || sur le iugement qu'ils ont fait du Cid, || & de ses Obseruations. ||_A Paris, || Chez Augustin Courbé, Libraire || & Imprimeur de Monseigneur frere du Roy, || dans la petite Salle du Palais, à la Palme_; [ou _Chez Antoine de Sommauille || au Palais dans la petite Sale_ [sic], || _à l'Escu de France_] M.DC.XXXVIII [1638]. In-8 de 34 pp.

_La Lettre de M. de Balzac à M. de Scudery_ occupe les pp. 3-14; ensuite vient 1 f. blanc, qui n'est pas compris dans la pagination et qui termine le cahier B.--La _Response de Mr de Scudery à Monsieur de Balzac_ remplit les cahiers C et D, dont les pp. sont chiffrées de 15 à 39.--La _Lettre de Mr de Scudery à Messieurs de l'Académie Françoise_ n'occupe que 2 ff., signés E et paginés de 31 à 34.

Bibliothèque nationale (Y. 5665 (5) Rés.) 2 exempl.

1380. LES SENTIMENS || DE || L'ACADEMIE || FRANÇOISE || SVR || LA TRAGI-COMEDIE || DV CID. || _A Paris, || Chez Iean Camusat, ruë sainct || Iacques, à la Toyson d'Or._ || M.DC.XXXVIII. || Auec Privilege du Roy. In-8 de 192 pp.

L'extrait du privilége se trouve à la fin de la p. 192. Il est daté du 26 novembre 1637 et donné à _J. Camusat_ pour dix ans.

La Bibliothèque nationale possède le manuscrit original de Chapelain, avec des notes autographes du cardinal de Richelieu. Voy. les détails que M. Marty-Laveaux donne à ce sujet (t. IIIe, p. 34, note 1).

1381. LES SENTIMENS || de || L'ACADEMIE FRANÇOISE || SUR || LA TRAGI-COMEDIE DU CID. || _A Paris || En la boutique de G. Quinet au Pa- || lais à l'entrée de la Gallerie des || Prisonniers à l'Ange Gabriel._ || M.DC.LXXVIII [1678]. || Avec Privilege du Roy. || Pet. in-8 de 183 pp.

Au verso du dernier feuillet, chiffré 183, se trouve le privilége daté du 26 novembre 1637, et portant deffences à tous autres qu'à _Jean Camusat_ d'imprimer le présent volume pendant l'espace de dix ans.

1382. OBSERVATIONS sur les Sentiments de l'Academie Françoise. Msc. de 35 ff. non chiffr. et 1 f. blanc, à la Bibliothèque Sainte Genevieve (Y. 458 (3), in-4, Rés.).

Il est possible que ces _Observations_ aient été imprimées, et que l'Académie, à l'adresse de qui elles contiennent une assez vive critique, ait obtenu la suppression de l'édition. La copie que nous citons est d'une belle écriture de la première moitié du XVIIe siècle et fait partie d'un recueil qui a dû être formé vers 1650 (il contient une pièce de 1643). Voici le début de cette apologie du _Cid_:

_«Observations sur les Sentiments de l'Academie Françoise._

«Ceux qui par un désir de gloire se veulent rendre les Censeurs des ouvrages qui sont donnés au public ne doivent pas trouver mauvais que le public mesme se rende le juge de leur censure, et comme ils entreprennent librement de corriger les oeuvres d'autruy, et de soumettre à leur jurisdiction les Livres et les Autheurs, ainsi est-il raisonnable que leurs ouvrages souffrent la mesme correction et qu'à leur exemple chacun se donne la liberté de les examiner par les regles de sa propre raison, puisque sans authorité ils exercent une espece d'inquisition sur les Lettres, il est bien juste que ceux qui en font commerce soient aussi les inquisiteurs de leurs jugements, qu'ils corrigent leurs corrections, et qu'ils facent voir à ces nouveaux critiques que leur censure mesme n'est pas exempte de reprehension.

«Si, en la correction de la Tragicomedie du _Cid_, les censeurs académiques eussent suivy les regles communes et ordinaires d'une juste censure, et si balançant leur jugegement entre les loix de la justice et celles de la grace, ils eussent corrigé les deffauts qui estoient reprehensibles et pardonné à ceux qui estoient remissibles, leurs _Sentiments_ eussent passé sans reproche, et tant de belles observations qu'ils contiennent eussent eu les louanges et les couronnes qu'elles pouvoient meritter. Certes nous leur rendons ce témoignage que l'élégance et la beauté du style relevé de poinctes égyptiennes et les raisons revestues de belles et specieuses apparences pouvoient porter cet ouvrage jusques au dernier degré de l'admiration. Mais quand on vient à l'examiner comme l'Académie a examiné la Tragicomedie du _Cid_, c'est à dire à la rigueur et par des regles severes et tyranniques, par chiquaner et pointiller comme elle a faict jusques aux moindres et plus legeres particules, combien de taches dans cette belle piece, que de nuages parmy ces brillans, et que de plates peintures entresemées parmy ces images de relief.

«Que les criticques en jugent sur nos indices, et qu'à nostre déclaration ilz examinent d'abord la premiere periode de ces beaux sentiments academiques, periode qui devroit estre ornée et embellie comme l'entrée et le frontispice d'un ouvrage corinthien et qui cependant n'est rien qu'un amas de paroles rudes, confuses, sans raison ni liaison. Mais pour en bien juger, il la faut considerer en son jour et en sa propre situation:

«_Ceux qui par quelque desir de gloire donnent leurs ouvrages au public ne doibvent pas trouver estrange que le public s'en face le juge. Comme le present qu'ilz luy font ne procede pas d'une volonté tout a faict des-interessée et qu'il n'est pas tant un effect de leur libéralité que de leur ambition, il n'est pas aussi de ceux que la biensceance veut qu'on reçoive sans en considérer le prix._»

Cette seule phrase fournit à l'auteur quatre observations dans lesquelles il ne ménage pas l'Académie.

1383. L'INNOCENCE ||ET LE || VERITABLE AMOVR || DE || CHYMENE. || Dedié aux dames. || _Imprimée cette Année_ || M.DC.XXXVIII [1638]. Pet. in-8 de 47 pp.

Cette pièce, dont un exemplaire est conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal (13826. B), contient la défense de Corneille, en même temps que celle de Chimène. «Nostre divin poëte, y est-il dit p. 47, n'a eu autre intention que de contenter les plus gentils esprits, il les a non-seulement contenté, mais ravy; que son poëme soit regulier ou irregulier, cela luy doit estre indifferent, il n'enviera jamais à son censeur la premiere chaire dans les ecoles pendant qu'il sera regardé et consideré dans la Cour, comme l'unique et le plus ravissant des poëtes.»

1384. LA SVITE || ET LE || MARIAGE || DV CID, || Tragi-Comedie. || _A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais sous || la montée de la Cour des Aydes._.|| M.DC.XXXVIII [1638]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 108 pp.

Collation des ff. prélim.: titre, avec un fleuron qui représente une fontaine jaillissante éclairée par le soleil; on lit au-dessus de cette fontaine, sur une banderole qui s'enroule dans la bordure, cette devise: _Heureux qui naist ainsi_;--3 pp. pour la dédicace _A Madame la Duchesse de Lorraine_, dédicace signée C.;--1 p. pour le _Privilége_ (accordé pour dix ans à _Quinet_, à la date du dernier jour de juillet 1637, et suivi d'un achevé d'imprimer du dernier octobre 1637);--1 p. pour l'_Argument du premier acte_;--1 p. pour les _Acteurs_.

Cette pièce, en cinq actes et en vers, est l'oeuvre de Chevreau, qui espérait peut-être, en signant seulement de son initiale, que le public l'attribuerait à Corneille.

1385. LA SVITTE || ET LE || MARIAGE || DV CID. || Tragi-comedie. || _A Paris || Chez Toussainct Quinet || au Palais._ Auec Privilege. || 1638. || Pet. in-12 de 4 ff. et 83 pp.

Cette édition, faite sur le modèle de la petite édition in-12 du _Cid_, est précédée d'un frontispice, gravé par _Briot_, qui sert de titre. Elle est dédiée par Chevreau à Madame la Duchesse de Lorraine. La dédicace est signée d'un C.

Vendu: 20 fr. mar. r. (_Capé_), Giraud, 1855 (no 1651).

1386. LE< || MARIAGE || DV CID. || Tragi-Comedie. || _Iouxte la Copie Imprimee || A Paris._ || C[I][C] [I][C] CXXXVIII [1638]. Pet. in-8 de 88 pp. (y compris les 4 ff. prél. non chiffr.), caract. ital.

Cette édition de la pièce de Chevreau est imprimée avec les mêmes caractères et avec les mêmes fleurons que l'édition du _Cid_ portée sous le no 274. M. Pieters, qui ne l'a pas vue, s'est borné à la décrire d'après le catalogue Lambert (_Annales de l'Imprimerie des Elzeviers_, 2e édit., p. 190). Nous avons vu à la bibliothèque Cousin le recueil qui a figuré à la vente Lambert (1850), et nous avons pu vérifier la parfaite exactitude des renseignements fournis par le rédacteur du catalogue. Un autre exemplaire, joint au _Cid_ Elzevier de 1638, nous a été communiqué par M. Tandeau de Marsac.

1387. LA SVITE || ET || LE MARIAGE || DV CID. || Tragi-Comédie. || _Iouxte la Copie imprimée || A Paris._ || M.DC.XXXX [1640]. In-8 de 78 pp. (y compris le titre), plus 1 f. caract. ital.

Au verso du titre, un bois grossier représentant le _Cid_.

Le f. non chiffré qui se trouve à la fin contient un carton, qui doit se placer à la page 46. On y trouve l'argument du quatrième acte.

On trouve cette édition jointe à une réimpression du _Cid_, qui porte la même date (no 275).

1388. LA || SVITTE || ET LE || MARIAGE|| DV || CID. || Tragi-Comedie. || _A Paris_, || _Chez Antoine de Sommauille, au || Palais, dans la petite salle, à l'Escu de France._ || M.DC.XXXXVI [1646]. || Auec Privilege du Roy. In-12 de 82 pp. et 1 f. blanc.

Les 8 premières pp. de cette édition contiennent les préliminaires: le titre, la dédicace signée C, le privilège où ne figure que le nom de _Toussainct Quinet_ et les noms des _Acteurs_.

1389. LA SUITE || ET LE || MARIAGE || DV CID. || Tragi-Comedie. || _A Caen, || Chez I. Iacques Godes, Impr. & March. Lib. || proche les RR. Peres Iesuittes_[sic]. || M.DC.LXXXII [1682]. In-12 de 60 pp.

Édition mal imprimée, sur mauvais papier. On lit au titre de départ, p. 3: _La Suitte et le Mariage du Cid._

Nous avons cité, no 1016, une pièce française traduite en allemand par Isaac Clauss, en 1655, qui n'est autre, croyons-nous, que la pièce de Chevreau.

1390. LA VRAIE SVITE DV CID, Tragi-Comedie. _A Paris, Chez Antoine de Sommauille, 1638._ In-4.

Pièce en cinq actes et en vers, par Desfontaines; elle fut représentée en 1637.

1391. LA VRAYE SVITTE DU CID. _A Paris, Chez Antoine de Sommanuille_, 1638. Pet. in-12.

Vendu: 8 fr., demi-rel., Solar, 1860 (no 1694).

1392. THE || SECOND PART OF || THE || CID. || _London, || Printed by I. Okes, for Samuell || Browne, and are to be sold at his || shop in St. Pauls Church-yard || at the signe of the white Lion._ || M.DC.XXXX [1640]). In-12 de 35 ff. non chiff. et 1 f. blanc.

Traduction en vers de la _Vraie Suite du Cid_. La dédicace «to the truely Noble the Ladie Theophila Cooke» est signée RUTTER. Le traducteur prétend qu'il n'a mis cette suite sur la scène anglaise qu'à la demande du roi Charles Ier.

1393. L'OMBRE DV COMTE DE GORMAS ET LA MORT DV CID, Tragi-Comedie par Chillac, Juge des Gabelles de S. M. en la ville de Beaucaire en Languedoc. _Paris, Cardin Besongne, 1639._ In-4.

1394. L'OMBRE DV COMTE DE GORMAS ET LA MORT DV CID, Tragi-Comedie [par Timothée de Chillac], Sur l'imprimé A Paris, Chez Cardin Besongne, 1645. Pet. in-8 de 98 pp.

Cat. Soleinne, no 1181.

1395. L'OMBRE DV COMTE DE GORMAS ET LA MORT DV CID. Tragi-Comedie, _Iouxte la Copie imprimée A Paris, 1646._ In-8.

1396. L'OMBRE DV COMTE DE GORMAS ET LA MORT DV CID, Tragi-Comedie par M. Timothée de Chillac; _A Caen, Chez Jacques Godes, 1682._ In-12.

1397. L'OMBRE DV COMTE DE GORMAS ET LA MORT DV CID, Tragi-Comedie par M. Timothée de Chillac. _A Caen, Chez Jacques Godes, 1696._ In-12.

La pièce de Chillac a été traduite en allemand par Isaac Clauss, en 1655, à la suite du _Cid_ (voy. le no 1016).

1398. CHAPELAIN DÉCOIFFÉ, OU PARODIE DE QUELQUES SCENES DU CID. _S. l., 1665._ In-12.

Cette parodie bien connue, de Furetière, figure dans un grand nombre d'éditions des _OEuvres de Boileau_.

1399. RÉCIT tiré des Mémoires de Michel Turretini, pasteur et professeur, de la discussion qui eut lieu entre le Conseil et la vénérable Compagnie, en 1681, au sujet de la représentation du Cid.

Inséré dans les _Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève_, t. Ier, pp. 80 sqq.

1400. ODE DE Mr BOILEAU DESPREAUX SUR LA PRISE DE NAMUR. Avec une Parodie de la mesme Ode par le Sieur P. Motteux. Et une Parodie d'une Scene du Cid, sur ce sujet. Par Messieurs D. A. & H. _A Londres, Chez R. Bentley Libraire, à la Poste au Covent-Garden; R. Parker, à la Licorne sous la Bourse Royale, & tous les Libraires François. S. d._ [1683?], pet. in-8 de 15 pp.

Musée britannique: 1073. d. 30.

1401. CRITICA Á FAMOSA TRAGEDIA DO CID, composta por Pedro Corneille, e Reparos a ella, por D. Francisco Paulo de Portugal e Castro. _Lisboa, por Miguel Rodrigues, 1747._ In-4 de 18 pp.

Le comte de Vimosa, marquis de Valença, auteur de cette critique, est presque un contemporain de Corneille; il naquit à Lisbonne en 1679 et y mourut en 1749. Sa critique a donné lieu à la réponse suivante:

NOTAS á Critica que o snr. Marquez de Valença fez á Tragedia do Cid composta por Mr. Corneille.

Nous ne savons si cette pièce a été imprimée; il en existe une copie manuscrite à la Bibliothèque nationale de Lisbonne, dans un volume de Mélanges (_Miscellaneas_) d'Alexandre de Gusmão.

Le marquis de Valença fit paraître à son tour une contre-critique dont voici le titre:

RESPOSTO do Marquez de Valença aos Reparos de um anonymo á Critica que fez o mesmo Marquez á famosa Tragedia do Cid. _Lisboa, por Miguel Rodrigues, 1748._ In-4 de VIII et 23 pp.

1402. DU CID DU GRAND CORNEILLE, par A. La Beaumelle.

_Chefs-d'oeuvre des Théâtres étrangers; Chefs-d'oeuvre du Théâtre espagnol, Torres Naharro, Cervantes Saavedra, Guillem de Castro_ (Paris, Ladvocat, 1823, in-8), pp. 309-331.

La Beaumelle compare le _Cid_ de Corneille à celui de _Diamante_, et reconnaît dans ce dernier une simple imitation, contrairement à l'opinion de Voltaire et à celle de la Harpe.

· · ·

Ici devraient figurer, dans l'ordre chronologique, deux pièces de circonstance, jouées à Rouen le 29 juin 1823 et le 29 juin 1827, et qui sont relatives au _Cid_. On les trouvera dans notre chapitre XXIe (nos 1559 et 1565).

1403. LE CID, par Génin.

_Le National_ du 11 avril 1841.

Génin fournit de nouveaux arguments à l'appui de l'opinion développée pour la première fois par La Beaumelle.

1404. _Commentaire sur le Cid_, tragi-comédie de Pierre Corneille, par M. Walras. _Caen, imprimerie d'Hardel, 1843._ In-8.

1405. LE CID, par Paul de Musset.

_Revue de Paris_, IVe série, t. XXVIIe (mars 1844).

1406. L'ACADÉMIE ET LA CRITIQUE DU CID, par Charles Loubens.

_Revue indépendante_, t. XVIIIe (1845). pp. 375 sqq.

1407. DE PETRI CORNELII TRAGOEDIA CID. Dissertatio quam scripsit Ulricus Petri, Brunopolitanus. _Brunsvigae, typis exscripsit Fr. Otto_, M.DCCCXLVII [1847]. In-8 de 40 pp.

1408. LE CID, esquisse littéraire, par M. Walras, inspecteur de l'Académie du Nord. _Douai, Adam d'Aubers, imprimeur-éditeur, 1853._ In-8 de 4 ff. et 264 pp.

Cette esquisse est le développement du _Commentaire_ publié par le même auteur en 1843. M. Walras, chargé, en 1846, du cours de littérature française à la faculté des lettres de Caen, prit pour sujet de ses leçons le _Cid_, s'attachant à déterminer les emprunts faits par Corneille à Guillen de Castro et au Romancero du Cid. Comme La Beaumelle et Génin, il s'est attaché à prouver que Diamante n'avait fait que traduire l'original français.

1409. DOCUMENTS RELATIFS A L'HISTOIRE DU CID. Par M. Hippolyte Lucas, de la Bibliothèque de l'Arsenal. _Paris, Alvarés, libraire-éditeur, 24, rue de la Lune_, [_Lagny, Typographie de A. Varigault et Cie], 1860._ Gr. in-12 de 2 ff. et 211 pp.

Il existe quelques exemplaires de ce livre tirés sur papier de couleur, dans le format in-8.

Voici comment s'exprime l'auteur au début de sa préface:

«Nous avons pris à tâche, dans ce volume, de bien faire connaître les principales transformations de l'histoire ou de la légende du Cid; de montrer que les sources auxquelles Corneille a puisé ne sont autres que celles qu'il a indiquées lui-même, et que c'est à tort que Voltaire, la Harpe et Sismondi l'ont accusé de plagiat, lorsque son génie n'a fait que s'inspirer du _Romancero_ et de la première des deux comédies de Guillen de Castro, intitulées: _la Jeunesse du Cid._ La traduction complète et littérale de la pièce de Diamante (_Celui qui honore son père_) ne laissera aucun doute, dans l'esprit du lecteur, sur l'imitation faite par ce dernier du chef-d'oeuvre de notre scène en le recomposant à la mode espagnole, et en y introduisant l'élément comique; nous n'avons point inséré les nombreux documents qui concernent notre _Cid_, et la querelle que firent à son auteur Scudéry, l'Académie, Mayret, Claveret, etc., parce que ces documents se trouvent dans presque toutes les éditions de Corneille; nous en avons seulement esquissé les principaux traits. Nous nous sommes servi principalement de matériaux empruntés aux auteurs espagnols, pour combler une espèce de lacune dans notre histoire littéraire, et, à ce point de vue, nous croyons que notre travail sera utile aux aristarques futurs et aux éditeurs qui s'occupent du premier et du plus durable chef-d'oeuvre de notre littérature dramatique.»

Cette étude contient la traduction complète de la pièce de Guillen de Castro (_Las Mocedades del Cid_) et de colle de Diamante (_El Honrador de su Padre_).

1410. PIERRE CORNEILLE ET JEAN-BAPTISTE DIAMANTE, par M. Antoine de Latour.

Article Inséré Dans le _Correspondant_ Du 25 Juin 1861 Et Reproduit Dans l'_Espagne religieuse et littéraire_ (Paris, 1863, in-8, pp. 113-144); M. de Latour y donne la date exacte de la naissance de Diamante, d'après des recherches faites par D. Cayetano Albertano de la Barrera. L'auteur espagnol n'etant né qu'en 1626, la question si souvent discutée depuis Voltaire de la vraie paternité du _Cid_ est définitivement résolue.

1411. CID I DE SPANSKA ROMANSERNA, HOS CORNEILLE OCH HERDER, Afhandling som framställes till offentlig granskning, af J. Oskar I. Rancken, i hist.-filolog. lärosalen den 12 october 1861, p. v. t. f. m. _Helsingfors, J. C. Frenckell & Son, 1861._ In-8 de 49 pp.

Thèse sur le Cid dans le Romancero espagnol, chez Corneille et chez Herder.

1412. CORNEILLE. LE CID.

Articles de M. Sainte-Beuve insérés dans le _Constitutionnel_ des lundis 2 février et 7 mars, du mardi 8 mars, du lundi 14 mars, du mardi 15 mars et du lundi 22 mars 1864; reproduits dans les _Nouveaux Lundis_, t. VIIe (Paris, Michel Lèvy frères, 1867, in-12), pp. 199-306.

L'auteur parle, dans le premier article, du _Lexique_, de M. Godefroy, de la _Langue de Corneille_, de M. Marty-Laveaux, et de l'édition des _OEuvres de P. Corneille_, donnée par ce savant chez MM. Hachette et Cie, de _Corneille et son temps_, par M. Guizot, du _Grand Corneille historien_, par M. Ernest Desjardins, et de _Corneille à la Butte-Saint-Roch_, de M. Édouard Fournier; il s'occupe, dans les autres articles, du _Poëme du Cid_, de M. Damas-Hinard, et des _Recherches sur l'Histoire et la Littérature de l'Espagne pendant le Moyen-Age_, par M. Reinhart Dozy.

1413. EST-IL VRAI, comme l'ont affirmé Voltaire, Laharpe et Sismondi, que Corneille ait pris le sujet et les principales scènes du Cid dans une pièce espagnole de Diamante, qu'il aurait imitée et traduite sans l'indiquer et en l'adaptant à la scène française? Dissertation par M. Molinier, professeur à la Faculté de droit de Toulouse.

_Mémoires de l'Académie impériale des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse_, 6e série, t. IIIe, 1865, pp. 410 sqq.

Sismondi, que M. Molinier, à l'exemple de M. H. Lucas, cite parmi les détracteurs de Corneille, n'a soumis la question à aucun examen; il s'est contenté d'indiquer d'un mot, sans aucune preuve à l'appui, que Diamante était le véritable auteur du _Cid_: «L'ancien poëte Diamante, dit-il, et peu après lui Guillen de Castro, ont pris dans les premières romances leur tragédie du _Cid_; tous deux ont servi de modèle à Corneille.» Sismondi, _Histoire de la littérature du Midi de l'Europe_, 3e édit. (Paris, 1829, 4 vol. in-8), t. IIIe, p. 201.

1414. CORNEILLE ET LE CID, par A.-E. Chaignet. _Saint-Maixent, 1868._ In-8 de 31 pp.

_Conférences scientifiques et littéraires des Facultés de Poitiers._

1415. THE FRENCH CID AND HIS SPANISH PROTOTYPE; by C. Collmann. _Mezeritz, 1869._ In-4 de 32 pp.

Programme de gymnase.

1416. LES DIFFÉRENCES ENTRE LA LANGUE MODERNE, ET CELLE DE CORNEILLE, étudiées dans le Cid par Dr. [_sic_] Woldemar Richter. Dissertation doctorale, approuvée par la Faculté philosophe de l'Université de Rostock. _Torgau, 1872. Imprimerie de E. Tragmann._ In-4 de 12 pp.

1417. LE CID D'ANDALOUSIE, par M. Alexandre Dumas fils.

M. Dumas fils a longuement parlé du _Cid_ dans son _Discours de réception à l'Académie française_ (Paris, Typographie de Firmin Didot frères, fils et Cie, 1875, in-4; _Journal officiel de la République française_ du 12 février 1875). M. Dumas, qui se flatte de savoir lire entre les lignes, a voulu donner une explication nouvelle de la jalousie inspirée à Richelieu par le succès du _Cid_. Il prétend que le cardinal ne fut pas atteint dans sa vanité d'écrivain, mais dans ses conceptions politiques.

«Il y avait dans le _Cid_, pour Richelieu, une faute capitale, qui heurtait les idées, qui contrariait les projets de ce grand homme d'État, lequel entreprenait, au milieu des plus grands obstacles, de constituer non-seulement la monarchie, mais l'unité française.» Cette faute, c'était de célébrer les héros de l'Espagne, au moment où les armées espagnoles venaient de remporter contre la France des avantages signalés. M. Dumas met en scène Richelieu lui-même et lui prête un long discours, qui rappelle par certains côtés les entretiens de d'Artagnan et de Mazarin: «Prends un siége, Corneille, et écoute-moi. Tu es tout à la joie de ton triomphe; tu n'entends que le bruit des bravos, et tu ne t'expliques pas pourquoi je ne joins pas mes applaudissements à ceux de toute la ville; tu ne comprends pas pourquoi même je proteste contre ton succès. Je vais te le dire. Quoi! c'est au moment où j'essaye de refouler et d'exterminer l'Espagnol, qui harcèle la France de tous les côtés; qui, vaincu au Midi, reparaît à l'Est; qui, vaincu à l'Est, menace au Nord..., c'est en un pareil moment que tu viens exalter sur la scène la littérature et l'héroïsme espagnols!...»

Le paradoxe peut être ingénieusement soutenu, mais ce n'est là qu'un paradoxe. Il vaut beaucoup mieux écrire l'histoire preuves en mains, que de chercher à «lire entre les lignes». La persécution du _Cid_ n'est pas une «légende», mais un fait certain, dont presque tous les détails sont connus, et dont on ne peut arbitrairement changer le caractère. Il est hors de doute que Richelieu travailla lui-même à des pièces de théâtre, et que, par un travers qui se rencontre souvent chez les grands hommes, il se crut aussi habile ecrivain qu'habile politique. S'il en était autrement, et si le _Cid_ n'avait été persécuté que par la raison d'État, comment expliquerait-on l'intervention de l'Académie et les corrections mises de la main même du cardinal sur le manuscrit de Chapelain?

Au moment de la représentation du _Cid_, les Espagnols n'avaient pas encore remporté de succès qui pussent inquiéter Richelieu. Il est difficile, d'ailleurs, de voir un rapport direct entre les troupes impériales et le héros qui défait les Mores. Corneille, loin de dissimuler ses emprunts à la littérature espagnole, n'hésita pas à les faire connaître en détail. Il continua de lire les ouvrages de Lope de Vega, d'Alarcon et des autres auteurs de la Péninsule; quatre ans après le _Cid_, il écrivit le _Menteur_.

Si quelque considération politique put porter Richelieu à combattre le _Cid_, ce ne fut pas l'éloge des Espagnols, mais l'éloge du duel que Corneille avait imprudemment placé dans la bouche du comte de Gormas; mais, sur ce point encore, la querelle ne dut pas être de longue durée, puisque, dès les premières représentations, le poëte changea les vers qui pouvaient blesser le ministre (voy. _Lettre à Mylord *** sur Baron et la demoiselle Le Couvreur_ [par d'Allainval]; Paris, 1730, in-12, p. 21).

1418. A PROPOS DE LA RÉCEPTION DE M. ALEXANDRE DUMAS FILS A L'ACADÉMIE FRANÇAISE, par M. Charles Livet.

_Le Moniteur universel_ du 21 février 1875.

A propos du _Discours_ de M. Dumas, M. Livet s'est efforcé de démontrer que Richelieu n'avait jamais conçu de jalousie contre le _Cid_, et qu'en chargeant l'Académie de lui présenter des observations sur une pièce qui attirait alors l'attention générale, il avait voulu simplement fournir à l'assemblée littéraire qu'il venait de fonder l'occasion de déterminer les règles essentielles de l'art théâtral.