XXI
65. NICOMEDE || Tragedie. || A Roüen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LI [1651]. || Et se vend A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, dans la Salle || Dauphine, à la bonne Foy Couronnée. In-4 de 4 ff. et 124 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.
Le privilége, daté du 12 mars 1651, est celui dont nous avons déjà parlé à la fin de l'édition originale in-4o d'Andromède (no 51). Il n'y est pas fait mention du libraire ou des libraires à qui Corneille en a fait cession.
On remarquera que l'édition in-12, que nous décrivons ci-après, parle d'une cession faite, non pas à Charles de Sercy, mais à Guillaume de Luyne. On lit à la fin: Achevé d'imprimer le vingt-neufiéme de Nouembre mil six cent cinquante & un.
Le faible succès qu'avait eu Don Sanche décida Corneille à s'éloigner des Espagnols et à revenir à l'antiquité. Un court passage de Justin lui fournit le sujet d'une tragédie qui doit être comptée parmi ses plus beaux ouvrages. Ainsi qu'il le déclare lui-même dans l'Examen de Nicomède, il a voulu faire une pièce dans laquelle «la tendresse et les passions» ne tinssent aucune place. «Mon principal but, ajoute-t-il, a été de peindre la Politique des Romains au dehors, et comme ils agissoient impérieusement avec les Rois leurs alliez; leurs Maximes pour les empescher de s'accroistre, et les soins qu'ils prenoient de traverser leur grandeur, quand elle commençoit à devenir suspecte, à force de s'augmenter, et de se rendre considérable par de nouvelles conquestes.»
On ne sait rien ni des acteurs qui jouèrent Nicomède à l'origine, ni même du théâtre sur lequel la pièce fut donnée. Jolly (Théatre de Corneille; Paris, 1738, t. Ier, p. LII; Paris, 1747, t. Ier, p. XL) rapporte seulement que la représentation eut lieu avant que le prince de Condé et son frère eussent été remis en liberté (13 février 1651); quelques-uns donnèrent ainsi matière à des allusions qui en augmentèrent le succès.
Les troupes qui parcouraient les provinces, la troupe de Molière en particulier, jouèrent à leur tour Nicomède. Dans l'avertissement placé par Lagrange en tête de l'édition des OEuvres de Monsieur Moliere (Paris, Denis Thierry, 1682, 8 vol. in-12), on trouve des détails très-curieux sur une représentation qui décida du sort de Molière et de ses camarades. «Le 24. Octobre 1658, dit Lagrange, cette Troupe commença de paroistre devant Leurs Majestez et toute la Cour, sur un Théatre que le Roy avait fait dresser dans la Salle des Gardes du vieux Louvre. Nicomede, Tragedie de Monsieur de Corneille l'aisné, fut la Piece qu'elle choisit pour cet éclatant debut. Ces nouveaux Acteurs ne déplurent point, et l'on fut surtout fort satisfait de l'agrément et du jeu des Femmes.» Molière remercia le Roi de sa bienveillance, et fit ingénieusement l'éloge de la troupe royale, ce qui ne l'empêcha pas de la tourner en ridicule, cinq ans après, à propos de cette même pièce de Nicomède.
«J'avois songé, dit Molière, dans l'Impromptu de Versailles, une Comedie, où il y auroit eu un Poëte que j'aurois représenté moy-mesme, qui seroit venu pour offrir une Piece à une Trouppe de Comediens nouvellement arrivez de la campagne. Avez-vous, auroit-il dit, des Acteurs et des Actrices, qui soyent capables de bien faire valoir un Ouvrage, car ma piece est une piece... Eh! Monsieur, auroient répondu les Comediens, nous avons des Hommes et des Femmes qui ont esté trouvé raisonnables par tout où nous avons passé. Et qui fait les Roys parmy vous? voilà un Acteur qui s'en démesle par fois. Qui! ce jeune Homme bien fait? vous mocquez-vous! Il faut un Roy qui soit gros et gras comme quatre. Un Roy, morbleu, qui soit entripaillé comme il faut! un Roy d'une vaste circonférence, et qui puisse remplir un Throsne de la belle manière! La belle chose qu'un Roy d'une taille galante! voilà déjà un grand défaut; mais que je l'entende un peu réciter une douzaine de Vers. Là-dessus le Comedien auroit récité, par exemple, quelques Vers du Roy de Nicomede:
Te le diray-je Araspe, il m'a trop bien servy, Augmentant mon pouvoir....
Le plus naturellement qui luy auroit esté possible. Et le Poëte: Comment vous appelez cela reciter? C'est se railler; il faut dire les choses avec emphase. Ecoutez-moy:
Te le diray-je, Araspe, etc.
Imitant Monfleury excellent Acteur de l'Hostel de Bourgogne. Voyez-vous cette posture? remarquez bien cela, là appuyez comme il faut le dernier Vers. Voilà ce qui attire l'approbation, et fait faire le brouhaha, etc.»
Le Registre de Lagrange ne mentionne que cinq représentations de Nicomède, deux en 1660: le 13 avril et le 30 mai, et trois en 1661: les 29 et 31 juillet et le 21 août. A chacune de ces représentations, Molière ajouta une de ses comédies: les Précieuses ridicules, le Cocu imaginaire et l'École des maris. Cette addition, qui assurait la recette, est un indice que la tragédie n'avait plus beaucoup de vogue auprès du public. Peut-être la foule se pressait-elle à l'hôtel de Bourgogne, où régnait l'emphatique Montfleury.
Dans sa Lettre en vers à Madame, du 17 novembre 1668, Robinet nous rend compte en ces termes d'une représentation de Nicomède:
Achevant de verbaliser, Gazetiser, nouvelliser, D'un Monsieur d'assez bonne mine, J'apprend que chez mon Héroïne, [Madame.] Jeudy, la Troupe de l'Hôtel, Par un Poëme, non tel quel, Charma très-nombreuse Assemblée, De Beaux, et de Belles, comblée, Frisez et musquez, comme il faut, Et braves par bas, et par haut, Nicoméde, étoit ce Poëme, Digne d'une loüange extréme. Il est de Corneille, l'Aîné, Qui fut, je croi, prédestiné, Pour emporter, dans le Tragique, Tout seul l'Honneur du Dramatique.
Parmi les interprètes de Nicomède, il convient de citer au premier rang Baron qui sut donner un grand caractère au prince de Bithynie. Le Manuscrit du Dauphin nous donne la distribution complète de la pièce au commencement de l'année 1685:
DAMOISELLES.
Laodice: le Comte. Arsinoé: Beauval. Cleone: Poisson.
HOMMES.
Attale: de Villiers. Flaminius: la Tuillerie. Nicomede: Baron. Prusias: Chanmeslé. Araspe: Beauval.
Baron prit sa retraite en 1691; il fut remplacé dans le rôle de Nicomède par Beaubourg (17 décembre 1691), puis par Dufer (2 mai 1694). Au dix-huitième siècle, Grandval (1754) et Lekain (1771) tinrent ce même rôle avec un talent qui frappa vivement leurs contemporains. Dans ces dernières années, M. Beauvallet l'a rempli non sans éclat (6 juin 1861).
Quant au rôle de Laodice, il suffit de rappeler qu'il a été joué par Mlle Lecouvreur, Mlle Clairon, Mme Vestris et Mlle Rachel.
La Comédie française a donné, de 1680 à 1870, 314 représentations de Nicomède, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 138; à la cour, 12;--sous Louis XV: à la ville, 48; à la cour, 2;--sous Louis XVI: à la ville, 3;--sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 74; à la cour, 3;--sous la Restauration: 27;--sous Louis-Philippe: 3;--sous le second Empire: 4.
66. NICOMEDE. || Tragedie. || A Paris, || Chez Guillaume de Luine, || au Palais, en la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes. || M. DC. LII. [1652]. || Auec Priuilege du Roy.
66. bis. NICOMEDE. || Tragedie. || A Paris, || Chez Guillaume de Luine, au || Palais, en la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la salle des Merciers, à la || Palme]. || M. DC. LIII. [1653]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 80 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.
On trouve à la fin du privilége (le même que dans l'édition in-4o) mention de la cession faite par Corneille à Guillaume de Luine (sic).
Première édition in-12 de Nicomède, comme le prouve la double date de 1652 et 1653. Elle paraît avoir été exécutée à Paris et ne doit pas être confondue avec la suivante.
Vendu: 70 fr., vélin, Potier, 1870 (no 1232).
67. NICOMEDE || tragedie. || A Rouen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LIII [1653]. || Et se vend A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, || au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes. In-12 de 4 ff. et 80 pp., sign. A-G.
Les ff. prél. comprennent: 1 f. de titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur et 1 f. pour le privilége et les noms des Acteurs.
Le privilége est donné par extrait comme dans l'édition précédente et se termine par une mention de la cession faite à Guillaume de Luyne.
La collation de cette édition est la même que celle de l'édition que nous croyons avoir été imprimée à Paris, mais les caractères et fleurons sont différents, ainsi que le contenu d'un certain nombre de pages. On distinguera facilement les deux éditions en tenant compte des détails suivants:
A (édition de Paris), dernière ligne du 2e f. ro:
dessein de faire assassiner sõ fils Nicomede pour
B (édition de Rouen) ibid.:
dessein de faire assassiner son, etc.
A, p. 3, dernière ligne:
Qui liuroit Annibal pourra bien vous contraindre.
B, ibid.:
Qui liuroit Annibal pourra bien vous cõtraindre.
A, p. 33 (chiffrée par erreur 36), 1er vers:
Alors peut-estre, alors vous le prierez en vain.
B, ibid.:
Ma vie est en vos mains, mais non ma dignité.
(Le vers qui commence la page dans A n'est ici que le 5e).
Toutes les pages présentent de petites différences analogues à celles que nous venons de signaler.
Il doit exister une édition de Nicomède publiée par Sommaville et ses associés Pepingué et Chamhoudry, en 1655, dans le format in-12. Voy. le no 103.
68. NICOMEDE, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune, proche le Greffe des Eaux et Forests. M. DC. LXXXII. [1682]. In-12.
Cette édition, que nous n'avons pas vue, doit se composer de 2 ff. et 72 pp. Cf. ci-dessus, no 25.