XX
60. D. SANCHE || D'ARRAGON, || Comedie heroique. || _Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, en la petite || Salle des Merciers, à la Palme._ || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff. et 116 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre sur lequel se voit un fleuron avec le monogramme de _L. Maurry_; 11 pp. pour l'_Epistre_ dédicatoire à M. de Zuylichem; 3 pp. pour l'_Argument_ et les noms des _Acteurs_.
Le privilége, qui occupe la page 116, est donné à Corneille pour _Andromède et D. Sanche_, dont il lui reconnaît la propriété pendant dix ans. Il est daté du 11 avril 1650. On lit à la fin: _Acheué d'imprimer à Roüen par Laurens Maurry, le quatorziéme de May mil six cens cinquante_.
Après avoir imité Guillen de Castro, Alarcon et Lope de Vega, Corneille crut s'être assez pénétré de l'esprit espagnol pour inventer lui-même un sujet, à la manière des auteurs dramatiques de la Péninsule. «Cette Piéce, dit-il, dans l'_Examen de D. Sanche_, est toute d'invention, mais elle n'est pas toute de la mienne. Ce qu'a de fastüeux le prémier Acte, est tiré d'une Comédie Espagnole intitulée: _El Palacio confuso_, et la double reconnoissance qui finit le cinquième est pris du Roman de _Don Pelage_.» Le poëte indique avec sa franchise ordinaire les sources auxquelles il a puisé; mais on peut dire qu'il ne leur doit que peu de chose. La comédie intitulée _El Palacio confuso_, comédie dont la scène est en Italie et non pas en Espagne, a paru pour la première fois dans la _Parte veynte y ocho de Comedias de varios Autores_; en Huesca, por Pedro Bluson, 1634, in-4. Elle a été réimprimée dans la _Parte veynte y ocho de las Comedias de Lope Felix de Vega Carpio_, Çaragoça, 1639, in-4; dans la _Parte veynte y cuatro de las Comedias de Lope Felix de Vega Carpio_, Madrid, 1640 (?), in-4; dans la _Parte veinte y ocho de Comedias nuevas de los mejores ingenios d'esta corte_, Madrid, Joseph Fernandez de Buendia, 1667, in-4. Dans ce dernier recueil, la pièce est attribuée à Mira de Amescua; mais, comme elle figure dans les oeuvres _authentiques_ de Lope de Vega, il n'est pas douteux qu'elle ne soit de lui.
L'autre livre dont Corneille avoue s'être servi, _Dom Pelage, ou l'Entrée des Maures en Espagne, par le Sieur de Juvenel_ (à Paris, chez Guillaume Macé, 1643, 2 vol. in-8), n'offre que de bien faibles analogies avec _Don Sanche_; M. Marty-Laveaux, qui a pris la peine de le lire, n'a pu en rapprocher que deux courts passages (_OEuvres de Corneille_, t. Ve, pp. 483 et 489).
On remarquera que la pièce est annoncée non pas comme une tragédie, mais comme une comédie héroïque. Le poëte nous en dit lui-même la raison dans son _Épitre_ dédicatoire.
La représentation de _Don Sanche_ dut avoir lieu presque en même temps que celle d'_Andromède_; on a même supposé qu'elle avait précédé celle de l'opéra. Immédiatement après la phrase de l'_Examen_ que nous avons citée plus haut, Corneille dit, en parlant de sa pièce: «Elle eut d'abord grand éclat sur le Théatre, mais une disgrace particuliére fit avorter toute sa bonne fortune. Le refus d'un illustre suffrage dissipa les applaudissemens que le Public lui avoit donnez trop libéralement, et aneantit si bien tous les Arrests que Paris et le reste de la Cour avoient prononcez en sa faveur, qu'au bout de quelque temps elle se trouva reléguée dans les Provinces, où elle conserve encor son prémier lustre.» La Monnoye (_Jugements des Savants sur les principaux ouvrages des Auteurs_ [par Adrien Baillet; Paris, 1722, 7 vol. in-4], t. Ve, p. 354 en note), Joly (_Théatre de P. Corneille_; Paris, 1747, t. Ier, p. xxxix), Voltaire (_Théatre de Corneille_; Genève, 1764, t. Ve, p. 305), Guizot (_Corneille et son temps_; Paris, 1852, in-8, p. 204) et M. Marty-Laveaux (_OEuvres de Corneille_, t. Ve, p. 400), ont cru que l'«illustre suffrage» refusé à _Don Sanche_ était celui du prince de Condé; or, l'arrestation de Condé ayant eu lieu le 18 janvier 1650, il faut de toute nécessité, si l'on admet cette opinion, placer la représentation de _Don Sanche_ avant la fin de l'année 1649. Malgré les autorités sur lesquelles cette explication est appuyée, elle nous paraît peu probable. Condé devait être trop occupé des événements politiques pour s'arrêter à critiquer une pièce de théâtre. Nous avons peine à croire que les comédiens aient donné un ouvrage nouveau alors que la rivalité de Mazarin et de Condé mettait tout Paris en feu. Ce ne fut qu'après l'arrestation du prince que la cour put songer aux fêtes et aux spectacles. Alors sans doute, mais alors seulement, furent joués _Andromède_ et _Don Sanche_. Nous croyons que le suffrage refusé à Corneille fut celui de la reine. Anne d'Autriche avait aimé _le Cid_, qui lui avait montré un véritable héros espagnol; elle ne dut voir dans _Don Sanche_ qu'un héros de roman d'une origine trop humble pour qu'une princesse pût s'éprendre de lui.
Ce fut peut-être pour consoler le poëte du chagrin que lui causa le mauvais succès de sa pièce que la reine, profitant d'un voyage de la cour à Rouen, le fit nommer procureur des états de Normandie (15 février 1650).
Corneille fait hommage de _Don Sanche_ à Huyghens, seigneur de Zuilychem, homme d'État hollandais, né en 1596. Ce personnage, qui a laissé divers ouvrages, était un homme fort lettré; il professait une estime particulière pour l'auteur du _Cid_, et nous aurons l'occasion de citer, dans notre chapitre VIIe, les deux pièces de vers ajoutées par lui à l'édition elzévirienne du _Menteur_. M. Éd. Fournier a publié, dans la _Revue des Provinces_ du 15 février 1865, deux lettres de Corneille à Huyghens qui viennent fort heureusement compléter la dédicace imprimée. Nous y voyons que l'_Argument_ ajouté à _Don Sanche_ et à _Andromède_ est une concession faite aux idées du savant hollandais.
Corneille répète dans la dernière édition de ses oeuvres, publiée en 1682, la phrase qu'il écrivait en 1660, que _Don Sanche_ est «relégué dans les provinces». On peut en conclure que les théâtres parisiens ne reprirent pas _Don Sanche_ avant 1682, mais à cette date, sinon un peu plus tôt, la pièce fut remise à la scène. Un manuscrit de la Bibliothèque nationale (msc. franç. no 24.330) nous fournit une liste des pièces qui composèrent le répertoire du théâtre du Faubourg Saint-Germain de 1673 à 1685, et l'on y voit figurer _Don Sanche_. Cependant cette pièce n'est pas mentionnée dans le manuscrit du Dauphin (voy. ci-dessus no 9).
De 1680 à 1715, la Comédie française en donna 14 représentations à la ville et 3 à la cour. Sous Louis XV, _Racot de Grandval_ interpréta _Don Sanche_ avec un grand succès (1753); la pièce de Corneille eut alors 35 représentations, dont 4 à la cour.
En 1833, la Comédie française a donné un arrangement de _Don Sanche_ dû à M. Planat (voy. notre chapitre XIIe). C'est sous cette forme réduite que _Mlle Rachel_ l'a joué en 1844.
61. D. SANCHE || D'ARRAGON, || Comedie heroique. || _Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au || Palais, en la petite Salle || des Merciers, à la Palme._ || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 8 ff. et 83 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 5 ff. pour l'épître dédicatoire; 2 ff. pour l'_Argument_ et les noms des _Acteurs_.
Le privilége occupe les pp. 82 et 83; il contient les mêmes mentions que le texte contenu dans l'édition in-4o. L'achevé d'imprimer est du 14 mai 1650, _à Rouen par Laurens Maurry_.
62. D. SANCHE || D'ARRAGON, || Comedie heroique. || _A Paris, Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Salle des Merciers, à la Palme_; [ou _Chez Guillaume de Luyne, || au Palais, en la Gallerie des || Merciers, sous la montée de || la Cour des Aydes_]. || M. DC. LIII. [1653]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. prél. sign. ê, et 72 pp. sign. A-F.
Au verso du titre, l'extrait du privilége accordé pour dix ans au Sieur de Corneille, à la date du 11 avril 1650. Il n'y est pas fait mention des libraires à qui l'auteur l'a cédé. On lit au-dessous: _Acheué d'imprimer à Paris le 15. Septembre 1653_. Les 5 ff. suivants sont occupés par l'épître dédicatoire, l'_Argument_ et les noms des _Acteurs_.
63. D. SANCHE || D'ARRAGON, || Comedie heroique. || _A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France_; [ou _Chez Edme Pepingué, en || la grand'Salle du Palais, du Costé || de la Cour des Aydes_; ou _Chez Loüys Chamhoudry, || au Palais, deuaint la Saincte || Chappelle_]. || M. DC. LV. [1655] || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 72 pp.
Au verso du titre, l'extrait du privilége, comme dans l'édition précédente, mais sans achevé d'imprimer. Les caractères sont un peu plus petits, et l'impression est plus nette que dans l'édition de 1653. Le nombre des pages est le même, bien qu'il y ait souvent un nombre de vers différent dans les pages qui se correspondent. Quant au texte, nous n'y avons relevé que de légères variantes orthographiques, par exemple, p. 13:
_Éd. de 1653_:
Et bien, seigneur Marquis, qu'est-il besoin qu'on _face_?
_Éd. de 1655_:
. . . . . . . . qu'est-il besoin qu'on _fasse_?
64. D. SANCHE D'ARRAGON, Comedie heroïque. Par P. Corneille. _A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests._ M. DC. LXXXII [1682]. In-12.
Nous n'avons pas vu cette édition, qui doit se composer de 2 ff., 69 pp. et 1 f. Cf. ci-dessus, no 25.