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89. PULCHERIE || Comedie || heroïque. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire || Juré, au Palais, dans la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes, || à la Justice. || M. DC. LXXIII [1673]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 72 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre, avec la marque de G. de Luyne représentant la Justice; 3 pp. pour l'avis Au Lecteur; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour la liste des Acteurs.
Le privilége, daté du 30 décembre 1672, est accordé à Guillaume de Luyne, pour une durée de cinq années. L'achevé d'imprimer est du 20 janvier 1673.
L'idée de composer une pièce dont la soeur de l'empereur Théodose fût l'héroïne dut venir à Corneille alors qu'il écrivait Attila. Il mit dans la bouche du roi des Ostrogoths, Valamir, un éloge de cette princesse, qui prouve bien que le caractère de cette femme, énergique autant que vertueuse, l'avait vivement frappé. Le poëme auquel Pulchérie donna son nom fut achevé longtemps avant la représentation. Mme de Sévigné, dans ses lettres du 15 janvier et du 9 mars 1672, parle de lectures faites par Corneille chez M. de la Rochefoucauld et chez le cardinal de Retz.
Ces lectures, auxquelles Donneau de Visé fait allusion dans le Mercure galant du 19 mars, produisirent un effet des plus favorables. Le poëte avait eu le rare bonheur de trouver des auditeurs à qui les situations de Pulchérie devaient naturellement plaire; il ne recueillit que des approbations. Huit mois s'écoulèrent cependant avant que le nouvel ouvrage se produisît en public; ce ne fut que le vendredi 15 novembre 1672 qu'il fut représenté. Robinet nous dit, le lendemain, dans une Lettre en vers qui n'a pas encore été citée, qu'on a joué au Marais
Hier, certaine Pulchérie En Beautez, dit-on, fort fleurie.
Après certaines équivoques du goût le plus douteux, Robinet ajoute:
Cette charmante Pulchérie Est une belle Comédie Qu'on joua, pour le premier coup, Et qui plût, m'a-t'on dit, beaucoup.
Or point je ne m'en émerveille, Car elle est de l'Aîné Corneille, Et c'est à dire de celui, De qui tout Autheur d'aujourd'hui, Doit, certe, le Théatre apprendre, S'il veut, au Mêtier, se bien prendre.
En ce Dramatique nouveau, Sorti de son sçavant Cerveau, On m'a dit, aussi, que la Troupe Sembloit avoir le Vent en poupe, Et qu'enfin, il n'y manquoit rien, Ce qu'encore je croi trés-bien, Mais c'est tout ce que j'en puis dire, Attendant que, pour en êcrire, Et plus asseurement, et mieux, De mes Oreilles, et mes Yeux, Je puisse avoir le Témoignage, Que j'aime, toûjours, davantage.
Robinet ne manqua pas, en effet, d'aller au théâtre du Marais. Sa Lettre en vers du 17 décembre contient un compte-rendu complet de la représentation:
J'ai trouvé toutes les beautez Que l'on en dit de tous côtez: Et cette belle Pulchérie, A part, ici, la Flaterie, M'en fit mêmes, voir, encor, plus. Par où je connus que Phoebus Conserve, dans le grand Corneille, La même vigueur nompareille, Et tout le beau Feu qu'on lui veid Dans son tendre et [tres] fameux Cid; Et qu'il a, depuis, fait paraître En tous ses Ouvrages de Maître, Par lesquels, jusques aujourd'hui Il tire l'Echelle après lui. O que ladite Pulchérie Est, par tout, brillante, et fleurie, Et qu'en ce Sujet, bien écrit, On void de ces beaux trais d'Esprit, Particuliers à ce Corneille, Dont je dirai, toûjours, merveille, Tant je suis épris justement De son Cothurne si charmant!
Voici maintenant les noms des acteurs, que M. Marty-Laveaux n'avait pas retrouvés:
Primò, l'agréable Dupin, Dont le Corsage est si poupin, Et si chargé de Pierrerie, Y fait fort bien, la Pulchérie.
Mademoiselle Desurlis, L'un des Objets les plus accomplis, Que l'Amour, nôtre commun Sire, Fasse briller dans son Empire, Y joue un grand Rôle, et des mieux, Avec son Air majestueux.
Item, Mad'moiselle Marote, Que pour bonne Actrice, l'on note, D'une Justine, y fait, aussi, Le Rôle, non coussi, coussi.
Léon, Amant de Pulchérie, Qui n'est pas assez attendrie, Pour lui présenter la Main, quand Il ne quadre pas à son Rang, Par Douvilliers, se représente, D'une façon, certe, excellente, Et montre, ne manquant en rien, Qu'il est un bon Comédien.
Martian qui, par Pulchérie, Sent, encor, d'Amour, la furie, Mais qu'il reprime comme il faut, Ainsi que je l'ay dit plus haut, Ce Vieillard, que, par politique, Cette Princesse qui s'en pique, Choisit, pour son Epous de Nom, En donnant sa Fille, à Léon, Est désigné fort bien encore Par Verneuil, je m'en remémore: Et le sieur Désurlis, enfin D'un Rôle politique et fin, Trés-méritoirement, s'acquite. Voila, donc, la Piéce dêcrite Tant bien que mal, de bout, en bout: Mais qui voudra mieux sçavoir tout, Aille la voir dessus la Scéne, Elle en vaut, ma foy, bien la peine.
Corneille, nous l'avons rappelé à propos de Sertorius (no 80), avait pour Mlle Marotte, qui remplissait le rôle de Pulchérie, une estime particulière, mais cette actrice et le théâtre du Marais en général n'étaient pas en grande faveur auprès du public. «Je me contenteray de vous dire, ajoute le poëte, à la fin de son avis Au Lecteur, que bien que cette Piéce aye été réléguée dans un lieu, où l'on ne vouloit plus se souvenir qu'il y eust un Théatre, bien qu'elle ait passé par des bouches pour qui on n'étoit prévenu d'aucune estime, bien que ses principaux caractéres soient contre le goust du temps, elle n'a pas laissé de peupler le Desert, de mettre en crédit des Acteurs dont on ne connoissoit pas le mérite, et de faire voir qu'on n'a pas toujours besoin de s'assujettir aux entestemens du Siécle pour se faire écouter sur la Scene.»
Le succès dont parle Robinet et dont Corneille lui-même se félicite ne fut pourtant pas très-vif. Le 24 février 1673, Mme de Coulanges écrit à Mme de Sévigné que «Pulchérie n'a point réussi». La pièce fut abandonnée par les acteurs qu'elle avait mis en crédit et n'a jamais été représentée après la mort de l'auteur.
Vendu: 50 fr., cart., Potier, 1870 (no 1236).