III
95. PSICHÉ, || Tragedie-Ballet. || Par I. B. P. Moliere. || Et se vend pour l'Autheur, || A Paris, || Chez Pierre Le Monnier, au Palais, || vis-à-vis la porte de l'Eglise de la S. Chapelle, || à l'Image S. Louis, & au Feu Divin. || M. DC. LXXI. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff., 90 pp. et 1 f.
Les 2 ff. prélim. comprennent le titre et un avis du Libraire au Lecteur.
Le privilége dont un extrait occupe le dernier f., est accordé, pour dix ans, à Jean-Baptiste Pocquelin de Molière, «l'un des Comediens de Sa Majesté»; il est daté du 31 décembre 1670. L'achevé d'imprimer est du 6 octobre 1671.
Le libraire nous explique dans son avis Au Lecteur comment fut composée la tragédie-ballet de Psyché; Molière choisit le sujet et disposa le plan de la pièce, mais ne put achever qu'une partie de la versification: le prologue, le premier acte et la première scène des deux actes suivants. Le reste de l'ouvrage fut écrit par Corneille, à l'exception des paroles destinées à être chantées, qui furent composées par Quinault. Le vieux Corneille écrivit plus de 1,100 vers en quinze jours. Il avait conservé par intervalle une ardeur toute juvénile; il eût pu s'écrier comme autrefois:
Cent vers me coustent moins que doux mots de Chanson.
Grâce à la collaboration des trois auteurs et de Lully, Psyché fut achevée dans le délai fixé par le roi. La représentation eut lieu le 16 janvier 1671, dans une grande salle neuve construite au Louvre, sur les plans de Vigarani.
L'abbé de Pure (Idées des spectacles anciens et nouveaux; Paris, 1668, in-12, pp. 311 sqq.) et le programme de Psyché nous fournissent des renseignements précis sur cette salle; nous avons aussi par la Gazette et par le Registre de Lagrange des détails circonstanciés sur la représentation. Voici, d'après le programme, quelle était dans le principe la distribution des rôles:
Jupiter Du Croisy.
Venus Mlle de Brie.
L'Amour Baron.
Ægiale } Graces { Les petites La Phaëne } { Torilliere et du Croisy.
Psiché Mlle Moliere.
Le Roy, Pére de Psiché La Torilliere.
Aglaure } Soeurs } Mlles Marotte et Boval. Cidippe } de Psiché }
} Princes, } Cleomene } Amans } Hubert et La Grange. Agenor } de Psiché }
Le Zephire Moliere.
Lycas Chasteauneuf.
Le Dieu d'un fleuve De Brie.
Le Registre de Lagrange nous fait connaître les artistes chargés des parties de chant: c'étaient Mlles de Rieux, Turpin, Grandpré, MM. Forestier, Mosnier, Champenois, Ribou, Pouffin. La même source nous donne le détail des dépenses faites pour monter la pièce, dépenses qui s'élevèrent à 4,359 livres, 15 sols. Pendant les représentations, Beauchamps, qui avait réglé les ballets, reçut 1,100 livres, plus 11 livres par jour pour conduire l'orchestre et entretenir les ballets.
Après plusieurs représentations réservées à la cour, la tragédie-ballet fut enfin jouée en public le 24 juillet 1671. Le succès répondit à l'attente des auteurs et des acteurs. La troupe de Molière donna de suite 38 représentations qui lui valurent de belles recettes. Elle reprit la pièce le 11 novembre 1672 et la joua de nouveau 32 fois sans interruption. Nous avons recueilli sur cette reprise un document qui n'a pas encore été signalé; c'est un passage d'une Lettre en vers de Robinet datée du 26 novembre 1672. Bien que ce morceau soit un peu long, nous ne croyons pas sans intérêt de le reproduire ici. Il nous paraît compléter heureusement les informations de M. Marty-Laveaux. On y voit quelques changements dans la distribution; ainsi le rôle du Zéphire est tenu non plus par Molière, mais par Mlle du Croisy la jeune.
Après avoir dit dans des termes très-singuliers que la première représentation de Pulchérie avait eu lieu la veille au théâtre du Marais, Robinet continue ainsi:
Cependant, ajoûtons ici Encore, ce petit mot-ci, Que l'Autheur a fait ce Poëme, Par l'effet d'une estime extrême Pour la merveilleuse Psiché, Par qui chacun est alléché, Ou Mad(e)moiselle de Moliére, Qui, de façon si singuliére, Et, bref, avecque tant d'appas, Qui font courir les Gens, à tas, Encor, maintenant, represente Ladite Psiché si charmante.
Dimanche, encore, je la veis, Et tous mes sens furent ravis A ce plus rare des Spectacles, Et lequel, rempli de Miracles, Surpasse tous les Opera Qu'on voit et, je croi, qu'on verra.
Ah! que Venus dans sa Machine, Mlle de Brie. Me parut, encore, divine: Et que je fus charmé des Airs, Et des admirables Concerts Par qui, sur la Terre, on l'appelle, Ayant les Graces avec Elle!
Que ces petites Grâces là, les petites La Torilliere, Encor, aussi, me plûrent là, et de Beauval. Par leurs discours, et par leurs gestes, Qui paressent, vrayment celestes!
Que les Amours, pareillement, le petit la Torilliere, Qui sont de l'Accompagnement, et Barbier. Encore, aimables me semblérent, Et, tout de même, me charmèrent!
Qu'encor, de Psiché, les deux Soeurs, Mlles de Beauval, et de Faisant, si bien, les Rôles leurs, la Grange. Me délectèrent, et ravirent, Ainsi que tous ceux qui les virent!
Que les deux Princes, ses Amans, les Srs Hubert et de Par leurs honnêtes Complimens, la Grange. Soit qu'ils soyent morts, ou bien en vie, Me rendoyent l'Ame, encor ravie!
Que le Père, aussi de Psiché, Le Sr de la Torilliere. Qu'on voit, pour elle, si touché, M'attendrit avecque ses Larmes, Et qu'il leur sçait donner de charmes!
Qu'encore, je fus satisfait De l'Amour si beau, si parfait, le Sr Baron. Alors que, pour le dire en somme, Il devient là, grand comme un Hôme!
Que son Zéphir, des plus Galans, Mlle du Croisi la jeune. Des plus jeunes, des plus brillans Qui soyent sous l'Empire de Flore, Me donna de Plaisir, encore!
Que de même, encore, Psiché, Par qui maint coeur est ébréché, Me sembla bien digne d'Hommages, Dans ses trois divers Personnages!
Qu'encore, encore, aussi, Venus Me plût, voire tant que rien plus, Soit qu'éclatast sa Jalousie, Soit qu'elle parust radoucie!
Qu'encore, le tonnant Jupin, Qui les holas vient mettre, enfin, Qui nôtre Psiché dêifie, Et bref, à l'Amour la marie, Me sembla fermer dignement, Ledit Spectacle si charmant!
Qu'encor j'admiray les Machines, Oû ces Personnes célestines, Sçavoir Venus, Psiché, l'Amour, Vont en l'Olympien Séjour!
Qu'encor les Airs, et la Musique, Que, de bien goûter, je me pique, Qu'encor la jeunette Turpin, Qui chante d'un air si poupin, Qu'encor le Sauteur admirable, Qu'on croid favorisé du Diable, Pour faire les Sauts surprenans, Dont il étonne tous les Gens, Qu'encor les diverses Entrées, Qui sont là, si bien incérées, Où l'incomparable Beauchamp, A le loüer, donne un beau champ, Qu'encor, enfin, toutes les choses, Dedans cette Merveille, encloses, Sçavoir les décorations, Et diverses Mutations. De la claire, et pompeuse Sçene, Me rendirent, chose certaine, Extasié, charmé, contant! Ah! jamais, je ne le fus tant.
Robinet, dans son langage burlesque, témoigne naïvement de l'admiration que Psyché avait le don d'exciter dans le public; aussi cette tragédie-ballet laissa-t-elle des souvenirs durables. En 1703, Mlle Desmares et Baron fils firent le succès d'une nouvelle reprise; la pièce fut donnée 29 fois, du 1er juin au 1er août suivant.
Le 19 août 1862 la Comédie-Française a donné une très-curieuse représentation de Psyché. Les principaux rôles étaient tenus par Mlles Devoyod, Fix, Rose Deschamps, Favart, Tordeus, Ponsin, Rose Didier; MM. Maubant, Worms, Ariste. C'est à des femmes qu'était confiée l'interprétation des rôles créés par Molière et par Baron.
96. PSICHÉ, || Tragedie-Ballet. || Par I. B. P. Moliere. || A Paris, || Chez Claude Barbin, au Palais, sur || le Second Perron de la S. Chapelle. || M. DC. LXXIII [1673]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff., 90 p. et 1 f.
Les 2 ff. prélim. contiennent le titre et l'avis du Libraire au Lecteur; le dernier f. contient l'Extrait du Privilége. Cet extrait est semblable à celui de l'édition de 1671, sauf qu'il contient la mention suivante: «Ledit Sieur Moliere a cedé son droit de Privilege à Anne David, Femme de Jean Ribou, ainsi qu'il apert par sa Cession; et ladite David a cedé du droit de Privilege des OEuvres dudit Sieur Moliere à Claude Barbin, suivant l'accord fait entre eux.» L'achevé d'imprimer est du 12 avril 1673.
Nous n'avons relevé dans le texte des deux éditions que quelques variantes orthographiques sans importance.
97. PSICHÉ, || Tragedie-Ballet || Par I. B. P. Moliere. || Suivant la Copie imprimée || A Paris. || M. DC. LXXI [1671]. In-12 de 82 pp. (y compris le titre), et 1 f. blanc, signé A.-D.
Édition imprimée par Daniel Elzevier, à Amsterdam, avec une sphère sur le titre. M. Pieters (Annales des Elzevier, 2e édit., Gand, 1858, in-8, p. 346) en cite des réimpressions datées de 1675 et 1680.
Pour une édition moderne de Psyché et pour les ballets qui en ont été tirés, nous renverrons à la Bibliographie moliéresque, nos 171, 202 et 203.
III.--ÉDITIONS COLLECTIVES DU THÉATRE DE CORNEILLE
PUBLIÉES PAR LUI-MÊME.