‹ Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre CorneilleChapitre 34 sur 205 · II

II

93. L'AVEVGLE || DE || SMYRNE. || Tragi-Comedie. || Par les Cinq Autheurs. || _Chez Augustin Courbé, Imprimeur & || Libraire de Monseigneur Frère du Roy, dans la || petite Salle du Palais, à la Palme._ || M. DC. XXXVIII [1638]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 146 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre, avec la marque de _Courbé_; 3 pp. pour la dédicace «A Monseigneur le Marquis de Coualin, Colonel des Suisses, etc.,» dédicace signée _Baudoin_; 3 pp. pour l'avis _Au Lecteur_; 1 p. pour les _Acteurs_ et l'_Extrait du Privilége_.

Le privilége, daté du 28 mai 1638, comme celui de la _Comédie des Tuileries_, est accordé pour sept ans à _Augustin Courbé_. L'achevé d'imprimer pour la première fois est du 17 juin 1638. Comme on le voit, cette pièce, postérieure de deux ans à la précédente, fut imprimée deux jours auparavant; c'est ce qui l'a fait placer la première dans les recueils qui contiennent le théâtre des Cinq Auteurs.

Nous faisons figurer l'_Aveugle de Smyrne_ dans ce chapitre, parce qu'il appartient au théâtre des _Cinq Auteurs_, mais il n'est pas certain que Corneille y ait eu la moindre part. Comme l'a fait remarquer M. Livet (_Histoire de l'Académie françoise, par Pellisson et d'Olivet_, t. Ier, p. 83, note 1), on lit dans l'avis _Au Lecteur_ qui suit la dédicace: «Vous pourrez juger de ce que vaut cet Ouvrage, soit par l'excellence de sa Matiére, soit par la forme que lui ont donnée _quatre_ célébres Esprits.» Ce passage semble bien indiquer que les cinq auteurs étaient réduits à quatre. L'absent ne pouvait être que Corneille à qui semblable collaboration était certainement à charge, et qui, dit Voltaire, avait prétexté «les arrangements de sa petite fortune» pour se retirer à Rouen. Bien que cette explication ait toutes les chances de probabilité, on pourrait à la rigueur soutenir que l'auteur de l'avis _Au Lecteur_ a voulu distinguer la matière et la forme de l'ouvrage. On admettrait alors que l'un des cinq auteurs avait prêté son nom à Richelieu pour l'invention du sujet, tandis que les quatre autres poëtes s'étaient chargés de l'exécution. Dans le doute, nous avons cru que l'_Aveugle de Smyrne_ devait être mentionné dans notre Bibliographie.

La _Gazette_ du 28 février 1637 nous apprend que cette pièce fut représentée le 22 de ce mois dans l'hôtel de Richelieu, par les deux troupes de comédiens qui existaient alors, «en présence du Roi, de la Reine, de Monsieur, de Mademoiselle sa fille, du prince de Condé, du duc d'Enghien son fils, du duc Bernard de Weimar, du maréchal de La Force et de plusieurs autres seigneurs et dames de grande condition».

Richelieu avait fait de grands frais pour la représentation. _Mondory_, qui l'année précédente avait été frappé d'apoplexie en jouant le rôle d'Hérode dans la _Marianne_ de Tristan l'Hermite, avait dû remonter sur la scène pour interpréter le rôle de l'aveugle; «mais il n'en put représenter que deux actes, et s'en retourna dans sa retraite avec une pension de deux mille livres que le cardinal lui assura. Les Seigneurs de ce temps-là se signalèrent aussi en libéralités; ils lui donnèrent presque tous des pensions, ce qui fit à Mondory environ huit à dix mille livres de rentes, dont il jouit jusqu'à sa mort, et dans un âge fort avancé.» (_Anecdotes dramatiques_, t. Ier, pp. 520 sq.)

Vendu: 10 fr., v. m., avec la _Comédie des Tuileries_, Giraud, 1855 (no 1655).

94. L'AVEVGLE || DE SMYRNE || Tragicomedie. || _S. l. n. d._ [_A Paris, Chez Augustin Courbé, 1638_]. Pet. in-12 de 3 ff. et 92 pp.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé représentant l'aveugle qui descend les degrés d'un perron, appuyé sur l'épaule d'un enfant; il porte un costume presque entièrement semblable à celui des gentilshommes de la fin du règne de Louis XIII; le frontispice, qui tient lieu de titre, est signé: _C. le Brun I.--Daret Sc._; 1 f. pour la dédicace; 1 f. qui contient au recto l'avis _Au Lecteur_, et au verso les _Acteurs_ et l'_Extrait du Privilége_.

On trouve à la fin un rappel de l'achevé d'imprimer du 17 juin 1638.

Cette édition est imprimée avec les petits caractères dont nous avons parlé ci-dessus; elle est très-jolie et peut-être plus rare que l'édition in-4. Nous en avons trouvé un exemplaire relié avec la _Comédie des Tuileries_, à la Bibliothèque municipale de Versailles. (E. 457. d.)

Vendu: 160 fr., mar. citr. (_Trautz-Bauzonnet_), Chédeau, 1865 (no 715).