‹ Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre CorneilleChapitre 7 sur 205 · VII

VII

7. MEDEE || Tragedie. || _A Paris, || Chez François Targa, au || premier pillier de la grand'Salle du Palais, || deuant la Chapelle, au Solier_ [sic] _d'or._ || M. DC. XXXIX [1639]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 95 pp.

Les feuillets prélim. contiennent: 1 titre; 2 ff. pour la dédicace à Monsieur P. T. N. G. et 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_ et les noms des _Acteurs_.

Le privilége, daté du 11 février 1639, est accordé à _François Targa_, pour sept ans. L'achevé d'imprimer est du 16 mars 1639.

_Médée_ dut être représentée dans les premiers mois de l'année 1635, mais ne fut imprimée que deux ans après le _Cid_, en même temps que l'_Illusion comique_. Corneille, obligé de répondre aux attaques furieuses de ses ennemis, ne se pressa point de donner un nouvel aliment à leurs critiques, en faisant imprimer les deux pièces qui n'avaient pas été comprises dans le privilége du _Cid_. Après avoir obtenu ce privilége pour vingt ans, son libraire n'obtint que sept ans pour _Médée_ et l'_Illusion comique_. On dirait ainsi que les injures des Mairet et des Claveret produisirent impression sur les Conseils du roi.

Jusqu'ici Corneille n'est connu que comme poëte comique; il se révèle maintenant comme poëte tragique, en faisant choix d'un sujet déjà traité par Euripide et par Sénèque. Il y a de beaux vers dans sa _Médée_, et, malgré des faiblesses et des longueurs, on y sent déjà l'auteur du _Cid_. Cette première tragédie n'eut pourtant pas de succès, et l'indifférence du public peut expliquer qu'elle n'ait vu le jour qu'après _le Cid_. La troupe de Molière, qui avait repris la pièce donnée au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, plus de vingt-cinq ans auparavant, ne l'en conserva pas moins au répertoire, mais ne la joua jamais seule. Le Registre de Lagrange en mentionne 13 représentations, de 1665 à 1677. Le 2 octobre 1665, elle fut donnée avec l'_Alexandre_ de Racine; le 7 et le 9 novembre 1666, elle reparut avec _le Menteur_, etc.

M. Marty-Laveaux dit que la _Médée_ de Longepierre, représentée en 1694, fit oublier celle de Corneille, ce qui n'est pas absolument exact. Longepierre s'était plus ou moins inspiré de son devancier et, loin de s'appliquer à éviter ses défauts, les avait encore exagérés. Il est vrai que sa _Médée_ resta au théâtre pendant tout le cours du XVIIIe siècle, «parce que le rôle principal, ainsi que le remarque M. Taschereau, offrait l'occasion de briller à une actrice imposante»; mais la pièce de Corneille ne fut pas entièrement oubliée.

Un curieux travail placé à la fin de l'édition de Racine, publiée par M. Ménard, nous apprend qu'elle fut reprise en 1763. Quelques scènes en ont été représentées au Théâtre-Français dans ces dernières années, notamment en 1871, et les spectateurs ont témoigné leur intérêt pour l'oeuvre de Corneille.

Vendu: 170 fr. vél., Huillard, 1870 (n° 589).