‹ Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre CorneilleChapitre 8 sur 205 · VIII

VIII

8. L'ILLVSION || COMIQVE || Comedie. || _A Paris, || Chez François Targa, au || premier pillier de la grand'Salle du Palais, || deuant la Chapelle, au Soleil d'or._ || M. DC. XXXIX [1639]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 124 pp.

Les feuillets prélim. contiennent: 1 f. de titre; 3 pp. pour la dédicace à Madamoiselle M. F. D. R.; 1 p. pour l'errata, et 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_ et les noms des _Acteurs_.

Le privilége est accordé à François Targa, à la date du 11 février 1639, pour une durée de sept ans. L'achevé d'imprimer est du 16 mars 1639, comme celui de _Médée_, imprimée en vertu du même privilége.

«Si _Médée_, qui fait honneur au jeune talent de Corneille, fut froidement accueillie, dit M. Taschereau, une composition extravagante, que les admirateurs de son génie voudraient pouvoir rayer du catalogue de ses pièces, fut peu après reçue avec enthousiasme: nous voulons parler de l'_Illusion_, représentée en 1636. Il la déclare lui-même un _monstre étrange_, et ce jugement n'est que juste. Toutefois, on peut s'expliquer, par le mouvement qu'elle présente, par une grande supériorité de style sur tous les précédents ouvrages du même auteur, et par la nouveauté du personnage de _Matamore_, imité du _Miles gloriosus_ de Plaute et du Capitan du théâtre espagnol, l'avantage qu'elle eut de se maintenir pendant plus de trente ans à la scène.»

Malgré ce jugement sévère, M. Taschereau lui-même cite un fort beau passage de l'_Illusion_ (c'est le titre que porta la pièce à partir de 1660), le passage où Corneille prend à tâche de relever la profession de comédien, comme s'il ne voulait pas qu'on pût confondre un jour les interprètes du _Cid_ avec les saltimbanques ou les faiseurs de parade. M. Marty-Laveaux cite d'autres vers, placés dans la bouche de Matamore, mais qui ne sont pas empreints de l'exagération comique propre à ce personnage; on les dirait empruntés au récit de Rodrigue dans le _Cid_. Ajoutons que certains vers de l'_Illusion_ sont dans toutes les mémoires, ceux-ci par exemple:

Ainsi de nostre espoir la Fortune se joue; Tout s'esleve ou s'abaisse au bransle de sa roue, Et son ordre inégal qui regit l'Univers Au milieu du bonheur a ses plus grands revers. (Acte V, scène VI, de l'édition originale.)

Il ne s'agit pas ici de défendre le sujet de l'_Illusion_, ni d'y chercher, à l'exemple de M. Aimé-Martin, l'histoire de Corneille et de Mondory; mais nous pouvons nous étonner du mépris avec lequel M. Taschereau parle du rôle de Matamore. Ce personnage pouvait ne pas être goûté en 1829, mais il est étrange que M. Taschereau ne l'ait pas traité avec plus d'indulgence en 1855, dans sa seconde édition. Lors de la timide reprise de l'_Illusion comique_, faite par M. Édouard Thierry, en 1861 et en 1862, pour l'anniversaire de la naissance de Corneille, l'artiste de talent chargé d'interpréter le rôle de Matamore a su montrer que, pour ne pas appartenir au genre élevé, la figure du spadassin gascon n'est pas moins d'un effet véritablement comique. Corneille, plus encore que Mareschal ou que Scarron, a fait passer en proverbe le nom de Matamore, sous lequel fut longtemps connu l'acteur Bellemore.