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Chapitre 12 Encore ma chatte

Daigne le patient lecteur me pardonner en faveur de l’intention.
Il m’est revenu, en zigzags, que des personnes peu réfléchies avaient émis plus que des doutes sur la perfection physique et morale – si l’on peut dire – de ma chatte. Peut-être ne sont-ce là que des commérages méprisables, car je ne puis imaginer qu’ont ait tenu des propos vraiment malicieux à l’endroit d’une si gentille bête. Quoi qu’il en soit de ces remarques et réflexions malhonnêtes, ma chatte et moi restons ce que nous sommes, – et c’est assez.

J’ai vanté ses manières polies : qu’y a-t-il de si extraordinaire à cela ? Sainte-Beuve les aurait expliquées tout de suite par l’influence du milieu. Mais qui donc médite encore sur les théories du grand critique ? L’auteur des « Origines de la France contemporaine », qui aimait les chats, leur a consacré de superbes sonnets ; en les lisant, beaucoup de vieilles filles ont dû caresser leurs matous galeux et penser que Taine ne se connaissait guère en beaux spécimens de félins domestiques, – les leurs, les seuls admirables !

La jalousie est la peste de l’âme ; presque tout le monde en est atteint. La médisance et la calomnie naissent d’elle comme les vers de la pourriture. Célébrer son chat, c’est déprécier celui de sa voisine et s’exposer, par le fait, à des rancunes plus dangereuses que des griffes acérées !

Car ce sont des femmes, paraît-il, qui ont glosé sur le précieux animal qui fait la moitié de ma gloire, – pas à ma face, ainsi que je l’ai noté, mais dans l’ombre, bassement et tortueusement ! Le procédé m’a blessé davantage que les ironies déplaisantes échangées à voix basse. Ayez un beau chat, mais gardez-vous d’en instruire le peuple ; pensez-y toujours, n’en parlez jamais ! Ne chantez pas ses louanges devant les dames qui ont quelque inclination pour sa fourrure épaisse et ses yeux vagues, c’est très imprudent : j’en ai fait l’expérience. J’ai passé pour un menteur ; on a affirmé que j’avais magnifié outrageusement une bête d’apparence chétive, sale même, sans le plus petit bout de ruban à la queue ou à l’encolure, enfin quelque marcou de gouttières, efflanqué, hagard et louche ! Quand ce serait le cas, il n’en resterait pas moins vrai que ma chatte, elle, c’est moralement qu’elle a ses élégances ! Mais ce n’est pas le cas, elle est grasse, souple et blanche ; j’en prends les dieux à témoins !

Il m’est souvent arrivé, comme à mes confrères, d’écrire que la femme que j’aimais, dans le temps, était la plus belle du monde, et je n’ai jamais suscité pareilles contestations. C’est peut-être que personne n’a vu mes bien-aimées et que beaucoup de gens envieux ont vu ma chatte… Pour couper court à ces discussions qui ne laissent pas de me mortifier suffisamment, pendant toute la semaine prochaine, ma chatte sera exposée dans la vitrine de la « Presse ». On pourra ainsi juger par soi-même si j’exagère le moindrement quand j’écris ; de plus, par ce moyen, je dégage la responsabilité du journal qui a publié mon article, confiant en la sincérité reconnue de ma plume.

Et ce sera une belle jouissance, j’ose l’assurer, pour les amateurs de chats supérieurement racés, en même temps qu’une douce vengeance à mon cœur ami des animaux et de la vérité !

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