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Chapitre 13 Ces savants !

Je lis parfois les Revues scientifiques ; il m’arrive de parcourir une chronique médicale sans en être trop incommodé. Il faut bien se meubler l’esprit de recettes en prévision des maux du corps.

Hier, j’écoutais un savant docteur, dont le nom s’écrit avec beaucoup de « w » et quelques « sh », énumérant les causes principales de la calvitie. Après avoir fendu les cheveux en quatre pour voir ce qu’il y a dedans, réfuté les théories de ses confrères et prôné les siennes avec chaleur, le grand homme se résumait ainsi. Nous croyons, disait-il, que la pensée influence le mouvement de la sève capillaire, l’affaiblit ou l’annihile, et que, par conséquent, le surmenage intellectuel peut déterminer la chute précoce des cheveux. Et, à l’appui de sa thèse, le docteur allemand citait une dizaine de penseurs au chef dénudé, dont un jouit d’une superbe chevelure, d’après sa photographie, – à moins que ce soit une perruque.

Tout ignorant que je me reconnaisse en la matière, ce raisonnement me trouva fort incrédule. Je sais des gens qui ne pensent pas outre mesure, – loin de là ! – et dont le crâne est aussi poli qu’un marbre usé, et d’autres qui travaillent beaucoup de l’esprit et qui peuvent sortir nu-tête sans prendre le rhume. Bref, j’étais sceptique.

Quand j’eus terminé ma lecture, je fus m’asseoir à la fenêtre. Je regardais passer les hommes et les chevaux, surtout les derniers. Soudain, j’en aperçus un à la queue minable et toute petite, absolument dépourvue de crin ! Cette découverte me déconcerta.

— Est-ce que les chevaux penseraient d’une façon exagérée ? Et s’ils pensent, pensent-ils par la queue ? songeai-je.

Idées qui me bouleversèrent, car elles heurtaient les principes les mieux fondés de la philosophie. Le siège de la pensée est dans la tête, et cet animal possédait une crinière abondante, tandis que son appendice caudal s’agitait nu comme un ver !

Cette constatation m’a raffermi dans mon doute à l’endroit des savants allemands et de la science en général.

Je ne connais pas l’auteur de l’article en question ; qu’il soit hirsute ou chauve, cela ne fait aucune différence. Aussi, pour le seul plaisir de l’embarrasser, je vais lui adresser ces réflexions aux soins de la Revue où il écrit des articles si vraisemblables !

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