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Chapitre 16 Les bons Pères

Dieu merci, je ne suis pas un calotin, mais j’aime la compagnie de religieux : c’est un goût comme un autre, et j’ai souvenir que Victor Hugo en a dit du bien. J’en connais quelques-uns appartenant à des ordres monastiques différents ; tous se ressemblent par une gaîté sereine et une grande douceur. Les fils de Saint-Dominique et ceux de Saint-François d’Assise m’agréent particulièrement. De leur commerce quotidien avec Dieu ils rapportent des certitudes qui leur dispensent un calme contagieux, une paix communicative. Pour moi, je sors toujours d’une conversation avec l’un de ces serviteurs de Jésus-Christ comme d’une promenade en forêt, l’âme allégée, meilleure et plus courageuse. Ces bons Pères sont modestes et savants, non seulement en Écritures Saintes, mais en littérature profane aussi : ils ne sont plus du monde, et ils en sont par ce qu’il s’y trouve de noble et de beau.

Les religieux sont, en général, des hommes intéressants et charmants. Ayant plus que nous le temps de méditer, ils ont, sur beaucoup de questions, des aperçus qui nous échappent. Le loisir leur est donné d’approfondir ce qu’ils étudient. On n’en est pas moins intelligent parce qu’on porte une robe blanche ou brune par-dessus ses pantalons. Rien n’est de surface chez eux, pas plus que leur rire, car ils rient mieux que nous, du fond du cœur, et dans leur rire on voit passer leur âme, qui est claire.

En un mot, ils me plaisent.

Pour vivre une vie logique, pour apprendre à me priver des choses inutiles, – celles qui me tourmentent le plus, – pour n’aspirer qu’à l’indispensable, si j’avais la vocation, je n’hésiterais pas à me faire moine. Sous la règle sévère, je marcherais droit et je ne ferais que les pas nécessaires vers le but suprême. Je serais gardé des tentations et des écarts ; quelqu’un me conduirait à mon salut comme par la main, et c’est ce qui importe, après tout.

Les religieux sont des sages, ils ont choisi la meilleure part. Ils accomplissent le bien, – occupation délicieuse. Dites-moi lequel de vous refuserait d’en faire autant ?

Je connais un dominicain que je voudrais être : il se nomme le P. Lamarche et il prononce de beaux sermons patriotiques. Mais c’est un vœu stérile que j’émets là : le blanc prêcheur n’échangera pas sa « place » contre la mienne ! D’ailleurs, je ne la mérite guère.

En lisant ces lignes, certains seront peut-être tentés de dire : « En voilà un qui a manqué sa vocation ! » C’est fort possible, mais ceux qui me fréquentent assurent que non.

D’autres vont s’écrier : « C’est du cléricalisme, à bas l’ennemi ! »

À leur aise…

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