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Chapitre 18 Par le style

Quant à moi, m’a déclaré mon ami, j’ai adopté, non sans efforts, le style obèse des grosses légumes qui pondent dans les gazettes. Épurer sa syntaxe ne rapporte pas plus que soigner sa conscience. J’ai remarqué que les gens à phrases bedonnantes sont presque tous arrivés. Le verbe en impose toujours, fût-il en baudruche, s’il est énorme. Les mots ont conquis le monde.

L’embonpoint, aux yeux de maints petits esprits, donne du poids à la personnalité. Le plus lourd fait pencher la balance de son côté. Le langage a son excès de graisse comme l’homme, et plus il prend de place, plus il semble important. On encense sa puissance, mais qu’en sort-il ? Du vent !

Faire gros et vivre bien, telle est désormais ma devise.

J’aime l’art de tout mon cœur ; je lui ai consacré le peu d’intelligence que Dieu m’a donnée : il m’a procuré de belles heures, jusqu’au jour où je me suis avisé d’en retirer quelque salaire.

J’étais trop délicat ; on me l’a fait savoir.

Quand je ciselais des vers, je repoussais instinctivement les grands mots, les petits me paraissant contenir une plus fine essence – minuscules flacons de liqueurs choisies. Je traitais ma phrase comme mes habits, – tu sais si je suis méticuleux, – je la brossais jusqu’à la plus parfaite propreté. Bénéfice net : zéro !

Ce résultat m’a encouragé à ne pas persévérer.

Un soir, je mis un baiser au chaste front de ma Muse, en lui disant qu’il fallait nous séparer, – un si gentil ménage ! – que je n’avais pas les moyens de pourvoir à sa douce existence. Naturellement, elle ne comprit rien à mes raisons et m’accusa d’inconstance, – moi qui n’aimais qu’elle ! Je parvins à la persuader ; elle s’en fut, sur promesse solennelle que nous nous remettrons ensemble au premier sourire de la fortune.

Et maintenant, si un travail bête s’accommode d’un style d’idiot, et si un style d’idiot contient implicitement une certitude de succès, je puis dormir sur mes deux oreilles : je serai bientôt quelqu’un !

Faut-il être désabusé !

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