Chapitre 24 Le miroir
Le miroir double la réalité d’une ressemblance irréprochable. Quand j’ai des fleurs, je les pose devant, de sorte que j’en vois deux fois plus. Et je vais parfois jusqu’à me demander de quel bouquet émane le parfum, tant l’apparence trompe les sens.
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Pour ma chatte, le miroir est une chose bien mystérieuse. Lorsqu’elle saute sur un meuble et qu’elle aperçoit dans le verre magique une chatte qui lui ressemble comme une sœur, sa première idée est de vouloir passer par derrière, mais c’est impossible. Alors, elle se griffe sur la vitre sans se faire aucun mal, ce qui me semble l’étonner beaucoup. Pour une chatte, un miroir est un objet incompréhensible ; avouez qu’à sa place vous n’y verriez pas davantage.
Le miroir procure du plaisir aux belles femmes et cause du chagrin aux laides. S’il est méchant, ce n’est pas faute de réflexion. Il est tout à fait objectif, c’est-à-dire neutre. Bien qu’incolore, il n’est pas sans teint : regardez-vous. Il sait mirer sans admirer, et se fait ainsi une impression juste. Pour les vérités autant que pour les mensonges, il est de glace, contrairement à l’espèce humaine. Il est tout en images, comme le poète, et très représentatif.
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Le miroir est une photographie éphémère, – et c’est heureux !
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Au-dessus du piano, le miroir est indispensable aux personnes qui aiment les morceaux à quatre mains.
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Si le miroir était transparent, rien n’y paraîtrait ; il ne serait qu’une vitre inexpressive, tel un regard où il n’y a pas de pensée.
Le miroir est le plagiaire par excellence, mais il a cela pour lui qu’il est sans mémoire, de sorte qu’il a toujours la conscience tranquille. Combien de gens l’envient !
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Le miroir ne se moque jamais des hommes ; le pire outrage qu’il puisse leur infliger est de leur renvoyer fidèlement leur figure.
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Le miroir de poche est une vérité portative. Toutes les femmes en ont une dans leurs sacoches, – et la plupart n’ont que celle-là.
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Les petits jeunes gens à cravates nouvelles sont chez eux au miroir. (C’est bête, mais naturel !)
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