Chapitre 25 L’heure silencieuse
Le jour est clair comme un regard de joie. L’espace semble un amas de lumière frissonnante sous le ciel vertigineux. La neige d’un toit carré luit, pareille à quelque épaisse nappe fraîchement lessivée, que saupoudre une farine d’argent. Couverte de verglas, à la suite d’une pluie indécise et fine, la rue a l’air d’une rivière arrêtée pour jusqu’au dégel d’avril.
Midi sonne dans les rayons.
L’heure éclatante bourdonne comme une guêpe affairée. Par le transparent chemin des vitres, la splendeur du dehors entre dans la chambre aux rideaux écartés. À cet envahissement de soleil, on dirait que l’horloge, sans cesse indifférente, bat tout à coup d’un cœur plus vif… Hors sa pulsation métallique, rien ne vibre.
Grâce à la neige amortissant le bruit extérieur, le silence est presque absolu. Les sons paraissent étouffés dans une ouate spongieuse ; ils montent ténus comme des fils d’araignée qui se briseraient en route. La seule sensation est celle de la lumière ardente.
Le silence impose l’immobilité. L’âme même ne remue pas. Les paupières se ferment sur le rayonnement dont s’illumine le cerveau. La mémoire est comme une serre intime où le soleil regarde. La clarté triomphe du bruit, l’esprit du corps. La pensée devient visible et double l’éblouissement ! On la contemple, enfin, dans sa splendeur sacrée, elle qui n’apparaît que dans le silence du jour, le recueillement du cœur et la paix de l’intelligence !
Vision brève !
Le bruit reprend, des grelots fuient, des hommes parlent. Le serein jaune exulte dans sa cage verte qui oscille. Des enfants courent en criant et culbutent dans l’escalier sonore, avec leurs traîneaux dégringolants…
L’heure silencieuse est finie…
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