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Chapitre 28 Derrière les vitres blanches

Dire qu’on ne voit rien serait exagéré ; il faut, surtout lorsqu’on écrit, – « scripta manent » – avoir le respect scrupuleux de la vérité.
On voit d’abord du blanc translucide, comme une mousse de clarté gelée, mince et fleurie. Les rayons qui la traversent semblent trempés dans du lait.

On voit encore, par réverbération, l’éclatante splendeur du dehors, diminuée et lointaine, – toute proche cependant.

On voit de plus les images dessinées en givre sur la vitre, et qui sont de toutes les flores, de toutes les formes. Quand la fenêtre a reçu l’impression de l’hiver, elle présente le tableau le plus délicat à l’œil humain. Nul pinceau n’en rendrait la nacre mate, le glacis immaculé, ni surtout cette « arrière pensée » d’éblouissement solaire. L’azur n’y transparaît pas, on n’en voit pas la teinte, mais on le sent mêlé, fondu comme une couleur dans une autre, à l’éclat du jour vibrant sur la vitre. C’est un rayonnement apaisé, pâle et clair, qu’on dirait tamisé par d’invisibles rideaux, pour une chambre de malade qui dort.

Derrière les vitres blanches, il y a la rue qui est comme une rivière où déferlent les vagues lentes de la lumière. On croirait qu’il en monte une blancheur en fumée, une neigeuse évaporation. J’aperçois cela par un coin de fenêtre que le givre n’a pas touché.

À part ce que j’ai dit, je mentirais en prétendant voir autre chose.

J’entends des grelots qui tintent sur tous les tons et tous les rythmes et, parfois, des cris.

D’ailleurs, je me contente de regarder ma fenêtre plus belle qu’une belle jeune fille en blanc, quoique j’aime beaucoup les belles jeunes filles en blanc. Mais je ne pourrais, sans impertinence, fixer une jeune fille comme je contemple ma fenêtre, des heures entières : elle ne le souffrirait pas, et c’est dommage !

Pourtant, s’il prenait fantaisie au vent nocturne de dessiner à ma vitre, gracieuse de corps et telle que je les aime, une adorable jeune fille toute pâle, quelle agréable surprise au réveil !

Mais ces bonheurs-là n’arrivent jamais !

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