Partie II · Chapitre 34
Dans une telle situation, qu’auraient été pour nous les prétendus plaisirs du grand monde ? Nous y renonçâmes pour jamais, et les brillantes sociétés de la capitale furent remplacées par le solide attachement des gens de la campagne.
Bernard, Lisbeth, et la mère Simplet, sont établis dans un joli manoir que nous leur avons donné tout auprès du château. Nous avons voulu faire de Sans-Regret notre concierge ; mais il a préféré la garde de nos bois, pour ne pas quitter le sabre et le mousquet.
Nous avons institué des fêtes pour éterniser quelques époques de notre vie, telles que le mariage de M. d’Arleville avec Justine, celui de son fils avec Julie, le mien avec Adèle. Leur nombre s’augmente chaque année par les anniversaires de nos enfans. On juge bien que je n’ai point oublié l’époque où j’ai reçu la montre de Bernard. Lorsqu’un de nos vassaux s’est distingué par quelque trait de vertu, il reçoit à cette dernière fête, une montre d’argent, pareille à la mienne, et sur laquelle est gravé : En mémoire de Bernard. Si celui qui a mérité le prix est pauvre, la montre est accompagnée d’une somme d’argent.
Àchacune de ces fêtes, le bon Curé Francir distribue des récompenses aux enfans qui ont le plus mérité ; la mère Simplet fait une neuvaine, et brûle des cierges ; Lisbeth préside à l’ajustement des jeunes paysannes ; Bernard soigne les détails ; Sans-Regret, aidé de quelques jeunes gens qu’il exerce, entremêle d’évolutions militaires les danses villageoises, et finit toujours pas s’enivrer ; mais c’est égal. Justine, Adèle et Julie font des mariages, donnent des trousseaux et des layettes ; M. d’Arleville, son fils et moi, nous donnons des portions de terrein à défricher, des instrumens pour les cultiver, des grains pour les premières semences.
C’est ainsi qu’au milieu des jouissances vraies du sentiment, nous trouvons le bonheur que nous aurions en vain cherché dans les erreurs du luxe et de la vanité.
FIN.