‹ Bonheur et malheur du nomChapitre 4 sur 10 · JOURNÉE DEUXIÈME. · Scène I.

JOURNÉE DEUXIÈME. · Scène I.

Une chambre dans la maison de Lidoro

Entrent DON FÉLIX, qui s’habille, et TRISTAN.

tristan.

Oui, mon seigneur, je soutiens qu’il n’est rien tel pour un homme que de n’être pas lui-même et d’être un autre.

don félix.

Pourquoi cela ?

tristan.

Parce que toujours le bonheur d’autrui est ou nous paraît plus ou moins grand que le nôtre. Vous-même en êtes la preuve : malgré votre nom, qui est de si bon augure, la seule fois que vous êtes heureux, c’est un jour que vous êtes don César !… Le bel appartement ! les belles galeries ! les belles tentures ! les belles glaces ! les beaux secrétaires ! les beaux buffets ! les belles armoires ! le beau lit ! le beau linge ! les beaux dressoirs ! les belles livrées ! la bonne table ! les bons soupers ! les bons ragoûts ! et par-dessus tout, le bon vin !

don félix.

Ah ! Tristan, dans cette hospitalité si charmante, tout ce que j’ai vu c’est une beauté farouche dont la présence et l’absence me font également mourir !

tristan.

Cette beauté, pour moi, mon seigneur, c’est mon cheval, qui me faisait mourir quand je le voyais de trop près, et qui me fait mourir aussi maintenant que je ne le vois plus.

don félix.

Faut-il qu’on ne puisse jamais causer avec toi sérieusement !

tristan.

Une duègne s’était mis en tête d’élever une petite naine ; et un jour…

don félix.

Tais-toi, de grâce, et ne t’avise plus de me conter tes histoires… sans quoi, vive Dieu ! je te casse la tête !

tristan.

Quoi ! vous ne voulez plus de contes !

don félix.

Non.

tristan.

Eh bien ! donnez-moi le mien.

don félix.

Tu es fou. (On entend frapper.) Mais écoute, on frappe.

tristan.

Oui, l’on frappe à cette porte qui conduit de ce côté de la maison dans la rue.

don félix.

Qui viendrait par là me demander

tristan.

Il est possible que ce ne soit pas pour vous.

don félix.

En ce cas, réponds que l’on vienne de l’autre côté.

tristan.

Ne vaut-il pas mieux que j’ouvre et que je sache qui c’est ?

don félix.

Pourras-tu ouvrir ?

tristan.

Cela n’est pas difficile quand la clef est à la serrure.

don félix.

Ouvre donc, et vois qui c’est. (Tristan sort.) Malheureux ! je ne voulais pas croire jusqu’à présent à l’irrésistible puissance de l’amour. — Je n’en doute plus désormais… On a bien raison de dire que l’amour se servait de l’arc et des flèches avant l’invention des armes à feu, mais que depuis…

Entre TRISTAN.

tristan.

Bonne nouvelle, mon seigneur !

don félix.

Quelle est-elle ?

tristan.

Vous voilà devenu un héros de roman, un chevalier errant… Une femme masquée, voilée, déguisée, qui a dû planter là la fête pour venir, et qui porte je ne sais quoi dans un panier, demande après vous.

don félix.

Moi, dis-tu ? El qui donc à Milan peut savoir mon nom ?

tristan.

Elle n’a pas dit don Félix, mais don César.

don félix.

Cela ne m’étonne pas moins ; mais enfin, qui que ce soit, fais entrer.

tristan.

La dame s’en est donné toute seule la permission.

Entre FLORA, masquée, et un panier à la main.

flora, à part.

Plaise à Dieu que ce stratagème de ma maîtresse ne tourne pas contre nous, et que tout cela ne finisse pas mal !

don félix.

Qui cherchez-vous, madame ? (Flora lui fait signe que c’est lui.) Est-ce moi ?… (Elle lui fait signe que oui.) Vous ne savez donc pas parler ?

Elle fait signe que non.

tristan.

Elle dit que non, mon seigneur… Cela n’est pas commun chez les masques.

Flora donne une lettre à don Félix.

don félix.

Vous voulez que je prenne cette lettre ?… et que je la lise ?… et que je garde le silence ?… Écoutez… Attendez. Ne devez-vous pas reporter la réponse ?… non. Eh bien ! quoique tout cela puisse n’être qu’une mauvaise plaisanterie permise par l’usage en ce pays, à l’époque du carnaval, je veux vous récompenser de votre peine. Tenez, prenez.

Il lui offre une bague, qu’elle refuse.

tristan, à part.

Quelle est donc, grand Dieu ! cette femme qui se tait, donne et refuse de prendre ? (Haut.) Seigneur, voici le seigneur Lidoro qui entre.

don félix.

Pour qu’il ne vous trouve pas ici, je vous laisse aller.

tristan.

Pardieu ! il faut que je la suive, car ce serait affreux de perdre sitôt une femme aussi rare ! Vous ne voulez pas que je vous suive… vous dites qu’il y a en bas quelqu’un qui me maltraiterait ? et vous me présentez, à moi aussi, un papier en me recommandant de lire et de me taire ?… (Il prend une lettre que Flora lui présente.) Allons ! je ne savais pas que dans ce pays on pût faire pour moi tant de mystère ! (Flora sort.) Eh bien ! ne voilà-t-il pas qu’elle a décampé !

don félix.

Tais-toi, Tristan ; nous découvrirons plus tard ce que signifie cette plaisanterie.

Entre LIDORO.

lidoro.

Comment avez-vous passé la nuit, don César ?

don félix.

Ne devais-je pas, seigneur, la passer on ne peut mieux, étant dans votre maison ?

lidoro.

Vous me flattez, don César ; et à vous voir habillé si matin, je crains que vous n’ayez pas été satisfait de l’hospitalité.

don félix.

Au contraire, seigneur, cela prouve que cette hospitalité m’est si agréable que je ne veux rien en perdre. C’est insulter au bonheur que de dormir long-temps quand on est heureux.

lidoro.

Vous êtes bien courtois ; mais cela ne m’étonne pas, étant le fils d’un homme qui était la courtoisie même. Oh ! comme il serait content de vous voir galant comme vous l’êtes !… Dieu le tienne en sa gloire ! j’ai perdu là un bon ami.

don félix.

De l’héritage de mon père, ce titre est ce que j’estime le plus.

lidoro.

Je n’oublierai jamais notre liaison dans les guerres de Bourgogne. Sans lui un jour, dans une affaire, je serais demeuré sur le carreau… C’est le plus doux souvenir de ma jeunesse… Et qu’est devenu votre oncle ?

tristan, à part.

C’est par ici qu’il va le prendre.

don félix, à part.

Que répondre ? que faire ?… J’ai beau être l’ami de don César, je ne sais rien de ces détails. (Haut.) Duquel parlez-vous ?

lidoro.

De don Alexandre Farnèse.

tristan, bas, à don Félix.

Attention !

don félix.

Il est mort…

tristan, à part.

Bon ! voilà le pauvre homme expédié.

don félix.

Àla guerre.

lidoro.

Je ne comprends pas qu’il y soit allé. Don Alexandre n’était pas militaire ; il était de mon temps lettré à Parme.

don félix.

Il avait été envoyé en Piémont comme auditeur.

tristan, bas, à don Félix.

Bravo ! vous vous en êtes bien tiré !

lidoro.

Et comment va madame doña Laura, sa femme ?

tristan.

Elle est abbesse.

lidoro.

De quel couvent ?

tristan.

À Uclès.

don félix.

Je vous demande pardon, mon seigneur ; ce drôle-là a toujours à la bouche quelque mauvaise plaisanterie. Ma tante doña Laura est à Parme, où elle jouit d’une bonne santé.

tristan.

C’est qu’aussi je perds patience de voir que vous causiez de toutes ces bagatelles, lorsque vous devriez vous occuper de faire retrouver nos chevaux ; d’autant que vous êtes habillé pour aller chez le prince.

lidoro.

Je ferai faire les recherches nécessaires. Dites-moi auparavant…

Entre UN VALET.

le valet, à Lidoro.

Le gouverneur m’envoie vous dire que vous vous rendiez chez lui sur-le-champ. L’affaire est pressée ; il s’agit d’un délinquant qu’il faudrait arrêter aujourd’hui même.

lidoro, à don Félix.

Vous ne sauriez croire combien mes fonctions sont assujétissantes. — Pardonnez-moi si je ne vous laisse pas ma voiture ; et, comme il est de grand matin, ne sortez pas, je vous prie, avant mon retour.

Il sort.

tristan.

Si c’est encore pour nous interroger, qu’il ne revienne jamais.

don félix.

Le pis est que cet ennui peut se reproduire à chaque instant.

tristan.

Et mille fois de suite. — Mais revenons à notre aventure. Que nous a donc laissé ce beau masque ?

don félix.

Voyons d’abord ce que dit le billet. — Il ne contient que deux lignes. (Lisant.) « Vous trouverez ici de quoi vous aider dans vos dépenses, en attendant qu’on ait retrouvé vos chevaux. » (Parlant.) J’avais bien raison de dire que c’était une mystification. Regarde un peu ce qu’il y a dans le panier.

tristan, soulevant le mouchoir qui recouvre le panier.

Des gants, des pastilles, des mouchoirs de poche et du linge.

don félix.

Un moment ! voici encore une boîte… et dedans, un bijou entouré de diamants.

tristan.

Des diamans !… ma foi, à présent que nos chevaux s’envolent s’ils veulent !… Eh bien ! qu’est-ce que je vous disais : qu’il n’est rien tel que d’être un autre ? Don César se mordra les doigts de n’être pas venu.

don félix.

Don César n’a rien à regretter, il est heureux dans ses amours !… Mais qui peut nous envoyer cela ?

tristan.

Qui voulez-vous que ce soit, mon seigneur, si ce n’est quelque ange qui, masqué et déguisé, veut aux approches du carême enseigner aux femmes les trois plus belles vertus : se taire, donner et ne pas prendre.

don félix.

Sais-tu, Tristan ? ce sera sans doute cette femme à qui j’ai porté secours, et qui veut m’en témoigner sa reconnaissance.

tristan.

Comment, dans le trouble où elle était, aurait-elle pu apprendre et votre nom et votre demeure ?

don félix.

Que sais-je ?

tristan.

Je ne le sais pas plus que vous, mais ne vous en inquiétez pas ; l’avenir nous dira ce qui en est.

don félix.

Cache un peu ce panier, afin que personne de la maison ne le voie.

tristan.

Auparavant, seigneur, je voudrais que vous eussiez la bonté de me dire ce qui me revient pour ma part.

don félix.

Àtoi ?

tristan.

Certainement. N’ai-je pas, moi aussi, perdu mon cheval ?… Ne suis-je pas, moi aussi, logé dans la maison ?

don félix.

Que dit ton billet ?

tristan.

Un instant, je vais le lire. (Lisant.) « Si vous n’entendez et ne voyez tout sans parler, la récompense que vous donnera votre maître sera cent coups de bâton. »

don félix.

Voilà ta part bien indiquée !

tristan.

Vive Dieu ! cette coquine, cette drôlesse, qui vient ici sous le masque, si elle s’avise encore…

On entend de la musique.

don félix.

Tais-toi ; j’entends de la musique.

tristan.

En vérité, comme je le disais, nous sommes logés dans une forêt enchantée.

une voix, chantant.

« Si par hasard ma folie arrive jusqu’à vous, ayez-en pitié comme d’un malheur, et ne la repoussez pas comme venant de moi. »

don félix.

Ces paroles me plaisent.

tristan.

Il n’y a pas de quoi.

don félix.

Laisse ; on entre.

tristan.

Je ne comprends pas qu’on dise de laisser à qui l’on n’a pas donné.

Entre FLORA.

flora, à part.

Comme mon maître est sorti, ma maîtresse m’a envoyée reconnaître le camp ennemi, et voir ce que l’on pense de ma visite. Faisons semblant de m’en aller.

don félix.

Arrête-la, Tristan.

tristan.

Pourquoi vous en retourner si tôt, madame ?

flora.

Je croyais que vous étiez sorti avec mon maître, et je venais faire l’appartement. Mais puisque vous voilà, je m’en retourne.

don félix.

Vous êtes donc bien pressée ?

flora.

Si ma maîtresse savait que j’eusse causé une minute avec vous, elle serait furieuse et me tuerait.

don félix.

Il parait qu’elle est bien sévère ?

flora.

Auprès d’elle, Anaxarque ne serait qu’une fillette de Loreto.

don félix.

Puisque le hasard vous fournit une excuse, restez, et dites-moi un peu ce qu’elle fait en ce moment.

flora.

Cette musique doit vous le dire mieux que moi

tristan.

Surtout grâce aux paroles.

don félix.

Oh ! si de quelque endroit je pouvais la voir !

flora.

Cela n’est pas possible… Mais, ô ciel ! qu’est-ce que ce panier ? qu’est-ce que ces bijoux ?… Cela n’est pas de la maison. Il paraît que vous avez déjà quelqu’un qui vous fait des cadeaux ? Je le dirai à ma maîtresse, afin qu’elle se conduise en conséquence.

don félix.

Ne lui parlez de rien ; car je serais moi-même embarrassé de vous dire comment cela m’est venu.

flora.

Ma maîtresse n’est point curieuse de le savoir.

don félix.

Je le conçois.

tristan.

C’est une rusée, une trompeuse, une coquine qui se tait, donne, et refuse de prendre ce qu’on lui offre.

flora.

Le nigaud !… Et par où est-elle entrée ?

tristan.

Par cette rue-ci.

flora.

Et vous ne savez pas qui c’est ?

don félix.

Mon Dieu ! non.

flora.

Et qui soupçonnez-vous ?

don félix.

Que sais-je ?… Ce sera sans doute la dame qui m’a engagé dans sa défense.

tristan.

Je m’en assurerai, si elle revient.

flora.

Pourquoi êtes-vous si mal pour elle ?

tristan.

Parce qu’elle me fait ma part en coups de bâton.

don félix.

Laissez-là ce sot, Flora ; et dites-moi, ne pourrais-je pas la voir ?

flora.

Mon Dieu ! je vous dirais bien de descendre comme par hasard au jardin, de vous approcher, en vous promenant, d’une fenêtre du rez-de-chaussée, dont les jalousies se trouvent cachées par un bouquet de jasmins, et de cette façon… Mais je n’ose vous donner un tel conseil.

tristan.

Non ! non ! n’osez pas ; ce serait fort mal à vous.

don félix.

Je vous remercie de l’avis. Et pour récompense, faute de mieux, prenez cette bague.

flora.

Une sur deux, ce n’est pas trop ; et ce n’est pas adroit que de manquer toujours la bague. (Elle prend la bague.) Il n’y a pas de quoi, mon seigneur.

tristan.

Non certes ; mais afin qu’il y ait de quoi…

flora.

Silence ! voilà qu’on recommence à chanter. Cela vous permettra d’approcher avec moins de risque.

On entend les instrumens et u chant à mi-voix.

don félix.

Attends-moi là, Tristan. Ô amour ! ne me conduis pas en aveugle, dépouille-toi de ton bandeau !

Il sort.

tristan.

Écoutez, ma reine.

flora.

Je n’y tiens pas beaucoup.

tristan.

N’importe, écoutez ! — Un jour, un commissaire passait en revue des recrues…

flora, à part.

Àmoi, un conte !… sur mon âme, il ne tardera pas à me le payer.

tristan.

Et il dit à son commis de bien mettre l’œil à ne pas emmener des estropiés ou des infirmes. Et comme un borgne passait, il dit : « Mettez bien l’œil à celui-ci. » Or un boiteux qui venait ensuite, l’ayant entendu, répliqua : « Puisque vous ordonnez qu’on mettre un œil au borgne, ordonnez qu’on me mette à moi une jambe. » Eh bien ! puisque vous aidez à voir à l’aveugle amour de mon maître, aidez au mien à marcher, puisque vous voyez de quel pied je boite.

flora.

Un Biscayen servait le curé d’un village où le boucher s’appelait David.

tristan, à part.

Elle me paye de la même monnaie.

flora.

Un jour, comme il allait prêcher, le curé l’envoya demander au boucher une fressure à crédit ; et au moment où le Biscayen revenait avec la réponse, il trouva le curé déjà en chaire, citant tous les prophètes, et s’écriant : « Que dit David ? » À quoi le Biscayen répondit de la porte : « Seigneur, il jure Dieu que si je ne lui porte pas d’argent, vous aurez beau dire et beau faire, vous n’aurez pas de fressure. » Vous comprenez, n’est-il pas vrai ? Si celui qui ne paye pas ne mange pas, celui qui ne donne pas ne doit ni manger ni voir.

tristan.

Un jour qu’on avait promené par les rues une sorcière coiffée de la coroza, avant de lui rendre la liberté on lui fit payer un compte où il y avait tant pour le papier de la coroza, tant pour la colle, tant pour la couleur, tant pour la façon. Ce que voyant, la vieille : « Au moins, dit-elle, donnez-moi-la ; car par le temps qui court, une pauvre veuve ne peut pas acheter une coroza neuve. » Vous comprenez, n’est-il pas vrai ? Si, par le temps qui court, une coroza doit servir pour deux têtes, une bague doit servir pour deux.

flora.

Un homme, un jour, avait cassé la tête à sa femme ; et celle-ci, voyant ce que coûtait la maladie, disait, joyeuse, entre ses dents : « Il ne me cassera plus la tête à l’avenir » Or le mari, la voyant en santé, régla son compte avec le barbier et l’apothicaire, et en les soldant paya double. Sur quoi : « Eh ! mon ami, lui dit-elle, ne vois-tu pas que tu te trompes ? — Non, ma belle, fit-il ; la moitié de cet argent, c’est pour aujourd’hui, et l’autre moitié, c’est pour la prochaine fois. C’est par prévoyance que je paye double. »

tristan.

Une duègne élevait une petite naine…

une voix, du dehors.

Flora ?

flora.

Ma maîtresse m’appelle. Attendez.

tristan.

Où en restons-nous ?

flora.

Sur ceci, qu’une duègne élevait une petite naine.

tristan.

Eh bien ! adieu, Flora, jusqu’à ce que la petite naine aît grandi.

Il sort.

Entrent DOÑA SERAFINA et DON FÉLIX, chacun par une porte différente.

doña serafina.

Flora ?

flora.

Madame ?

doña serafina.

Voyez un peu qui se tient derrière la jalousie.

don félix.

Un homme qui ne niera point son crime, bien que cela lui fût facile : car il en est fier et glorieux, et rougirait de s’en justifier.

doña serafina.

Dans les offenses de cette nature, l’aveu est plus coupable que le fait même.

don félix.

Dans les offenses de cette nature, qui flattent la personne même qu’elles irritent, les nier après les avoir commises, ce n’est pas repentir, c’est lâcheté.

doña serafina.

L’outrage, quelque gracieux qu’il soit, n’en est pas moins un outrage ; et quand on a outragé une personne, il ne convient pas de s’en vanter.

don félix.

Je me déclare vaincu, madame ; non pas que je n’eusse de quoi répliquer, mais j’aime mieux vous laisser la victoire.

doña serafina.

Vous voulez que je vous sache gré de cette façon de terminer la querelle, et vous faites par courtoisie ce que vous auriez fait par force.

don félix.

Eh bien ! puisqu’il faut vous le dire, je suis descendu par hasard au jardin, le chant d’une sirène m’a attiré jusqu’ici ; et si cela ne me justifie pas auprès de vous, les paroles qu’elle chantait doivent être ma justification.

doña serafina.

Pourquoi cela ?

don félix.

Elle disait : « Si par hasard ma folie arrive jusqu’à vous, ayez en pitié comme d’un malheur, et ne la repoussez pas comme venant de moi. »

doña serafina.

Et quand bien même ces paroles pourraient s’appliquer à la circonstance, comment justifieraient-elles votre audace ?

don félix.

Voici comment. — Le hasard et mes peines m’ont conduit en un lieu où j’ai eu la folie de vous offenser en même temps que j’avais le bonheur de vous voir. Sans hésiter je suis venu jusqu’ici, en me disant que quand on veut obtenir l’amour d’une personne, il faut savoir s’exposer à sa colère ; que souvent on ne parvient au bien qu’en traversant le mal, et que, malgré votre insensibilité, je n’aurai rien à craindre tant que mes plaintes arriveront jusqu’à vous. Non, pour un échec, je ne veux pas me décourager ; car vos rigueurs même me plaisent et j’adore vos dédains ; et ainsi le mal qui me vient de vous est à mes yeux un bien. Si mon audace vous offense, prenez-vous-en à vous seule qui l’inspirez ; et considérant que c’est vous qui forcez mon hommage, ne le repoussez pas comme venant de moi.

Il sort.

doña serafina.

Écoutez ! — Mais non, hélas ! qu’ai-je à lui dire ? Pourquoi lui adresserais-je hypocritement des reproches, alors qu’il ne me paraît pas coupable… Ne devrais-je pas plutôt rappeler en moi ma fierté ? Ne suis-je pas celle que je suis ?… Quel ennui !… et que l’on se fâche mal alors qu’on ne veut pas se fâcher !

flora.

Pourquoi, madame, puisque vous êtes reconnaissante à don César de ce qu’il a fait pour vous, pourquoi vous montrez-vous si offensée de son amour ?

doña serafina.

Parce que je dois, Flora, lui témoigner deux sentimens contraires et c’est pourquoi tu me verras jouer avec lui deux rôles différents. En sa présence, en lui parlant, je ne veux être que froideur et dédain ; mais hors de sa vue, me souvenant qu’il m’a secourue sans me connaître, je prétends lui rendre mille services sans qu’il sache de qui ils lui viennent.

flora.

Fort bien ; mais si vos rigueurs l’éloignent de vous, madame, ne serez-vous pas jalouse de celle à laquelle il s’attachera, la croyant une autre que vous ?

doña serafina.

Non !… quand il me verra, je veux qu’il m’aime pour ma beauté ; hors de ma vue, je veux qu’il m’aime pour mon esprit, pour mes qualités morales, et dès lors je me dirai que c’est toujours moi qu’il aime.

flora.

Un jour, une guenon et ses amies…

doña serafina.

Laisse là les contes, Flora… Et pour revenir à ce que je le disais tout à l’heure, ce soir, habillée à l’espagnole, je veux aller… Mais qui entre là ?

Entre LISARDO.

flora.

Madame, c’est le seigneur Celio.

doña serafina.

Je ne sais quelle conduite tenir avec lui. Je suis toute bouleversée, et je sens cependant que j’aurais tort de me déclarer.

flora.

Dissimulez de votre mieux.

doña serafina.

Je crains que mon visage ne trahisse mon trouble. (Haut.) Que cherchez-vous, cavalier ?

lisardo, à part.

Àsa vue, mon courage m’abandonne. Mais puisqu’elle fait semblant de ne pas me reconnaître, je dois avoir la même force. (Haut.) C’est votre hôte, madame, que je viens voir. Le prince mon seigneur m’envoie savoir de ses nouvelles.

doña serafina.

Voilà son appartement.

Elle s’éloigne.

lisardo.

Pardon, madame, je me suis trompé ; c’est une autre personne que je cherche, en la priant de ne pas redouter ma folie, dont elle n’a aujourd’hui rien à craindre.

doña serafina.

Je sais bien que je n’ai rien à craindre, puisque je sais qui vous cherchez.

lisardo.

Je ne vous comprends pas.

doña serafina.

Ni moi. — Mais si ma sécurité dépend de ce que vous cherchez une autre personne, elle est facile à obtenir.

lisardo.

Quelle rigueur !… mais elle ne me découragera pas.

doña serafina.

Que voulez-vous dire ?

lisardo.

Je veux dire, madame…

doña serafina.

Achevez !…

lisardo.

Que quelque jour vous-même vous me vengerez de vous.

doña serafina.

Je ne vous comprends pas ; et rendez-en grâces au ciel, car si je vos comprenais… Mais quelle folie à moi de me fâcher ! — Allez avec Dieu, cavalier ; et puisque nous avons tous deux besoin de don César, allez le chercher, et ce sera lui qui me vengera de vous.

Elle sort.

lisardo.

Quand donc, Flora, mon amour pourra-t-il triompher de tant de rigueurs ?

flora.

Vous ne rougissez pas, cavalier perfide, de m’adresser la parole ?

lisardo.

Eh quoi ! vous aussi, Flora, vous m’en voulez ?

flora.

Est ce que lorsque vous enleviez ma maîtresse, vous n’auriez pas dû m’enlever moi aussi, par politesse, quand bien même j’eusse été une négresse ?

Elle sort.

lisardo.

« Nous avons tous deux besoin de don César ; allez le chercher, et ce sera lui qui me vengera de vous. » Par ces mots, doña Serafina s’est trahie, et elle a presque taxé de lâcheté ma conduite avec don César… N’est-ce pas affreux ? Lorsque j’ai pris un autre nom et me suis donné une autre patrie pour me venger plus sûrement, dois-je aller ainsi imprudemment me découvrir ? Ne dois-je pas au contraire dominer tous les mouvemens qui pourraient compromettre ma vengeance ?… Mais, vive Dieu ! avant de savoir qui je suis, on saura, lorsque nous nous battrons corps à corps dans le champ… Mais voici don César.

Entre DON FÉLIX.

don félix.

Qu’y a-t-il pour votre service, seigneur cavalier ?

lisardo.

Le prince mon seigneur m’envoie savoir comment vous avez passé le nuit.

don félix.

Je baise les pieds à son altesse, et je vais aller la remercier de l’honneur qu’elle me fait.

lisardo.

Demeurez avec Dieu !

don félix.

Qu’il vous garde !

lisardo, à part.

Ma résolution est prise, et maintenant que je connais son appartement, ma vengeance est assurée.

Il sort.

don félix.

Voilà une singulière visite !

Entre TRISTAN.

tristan.

Seigneur ? seigneur ?

don félix.

D’où vient le trouble où je te vois ? Qu’est-ce donc ? Qu’est-il arrivé ?

tristan.

Je vous apporte la plus bizarre nouvelle… Vous ne me croirez pas. Don César est à la porte, qui demande après vous.

don félix.

Qui ? don César ?

tristan.

Lui-même.

don félix.

Don César est à Milan !… Dans quel but ?

tristan.

Je ne sais. Allez le voir. Je n’ai pas voulu tarder à vous annoncer la chose.

don félix.

Tu dis vrai ; c’est bien lui.

tristan.

Nous voilà bien ! Il aura sans doute appris que vous vous amusiez sous son nom, et il vient s’amuser un peu aussi.

don félix.

J’entends qu’il me demande, et on lui refuse ma porte. Va lui ouvrir.

Entre DON CÉSAR.

don césar.

Embrassez-moi, don Félix.

don félix.

Comment vous vois-je ici, don César ? Est-ce que le duc aurait appris par hasard que vous n’étiez point parti, et vous aurait donné l’ordre de venir ?

don césar.

Plût à Dieu que ce fût là le motif de ma venue !

don félix.

Que s’est-il donc passé ?

don césar.

Personne ne nous écoute ?

don félix.

Personne. (À Tristan.) Mets-toi en sentinelle à la porte.

tristan.

Puisque je suis dans le secret…

don félix.

Tu sauras tout plus tard. (Tristan se retire.) Eh bien ! qu’y a-t-il ?

don césar.

La plus incroyable, la plus cruelle et la plus horrible vengeance qu’ait jamais imaginée une femme. Doña Violante, que ni ma constance ni ma peine n’avaient touchée, me donna rendez-vous dans son jardin pour m’y faire périr, comme le serpent se cache sous les fleurs… Après votre départ, je laissais croire que c’était moi qui étais parti, et ainsi se passèrent et la nuit et le jour qui suivirent… Cependant le lendemain, au moyen d’un espion que j’avais dans sa rue, j’appris le départ de son père ; et sur cette assurance, aussitôt que la nuit arriva, — nuit funeste dont je préférais les ombres au plus brillant soleil ! — je me dirigeai vers son jardin, et la, après avoir fait le signal convenu, je vis s’ouvrir devant moi toute grande sa porte perfide. En même temps, par un de ces instincts qui sont inexplicables, j’éprouvai une sorte de crainte, que je combattis, mais qui eut pour effet de me faire tenir sur mes gardes. Aussi, ayant remarqué que la voix qui me disait d’entrer n’était point celle de la suivante qui, dans mon idée, devait venir à ma rencontre, me couvrant le visage d’une petite rondache que j’avais, je dis : « Qui va là ? » Aussitôt, sur le soupçon que je témoignais, on me répondit par un coup de pistolet. Mais Dieu me protégeait sans doute, car il est miraculeux que l’on m’ait manqué de si près ; la balle frappa sur la rondache et la traversa de biais. Au même instant, un certain nombre de misérables m’assaillirent, et je fus bientôt obligé de reculer jusqu’au tournant de la rue, tout en me défendant. Cependant, au bruit du pistolet et au tumulte qui avait suivi, tout le voisinage s’était ému ; et tandis qu’ils fuyaient pour n’être pas reconnus, je me retirai, afin de quitter Parme sur-le-champ. Vous me demanderez sans doute pourquoi ? Le voici… Ces misérables qui m’ont attaqué si lâchement savent bien qui je suis ; mais ils ne le diront pas, j’espère, afin de ne pas révéler une si basse vengeance. Pour moi, afin de détourner les soupçons du duc et du public, j’ai cru devoir sans plus de retard me rendre à Milan ; et c’est dans ce but que je suis venu, me flattant de vous rejoindre avant que vous vous fussiez présenté au prince. Mais, en arrivant, j’ai appris que vous aviez déjà rempli ma mission, et que vous étiez logé ici, et je venais pour vous rendre compte de tout. À vous de voir maintenant ce que nous devons faire, et s’il y a quelque moyen d’arranger tout cela.

don félix.

Je vous ai écouté avec toute l’attention dont je suis capable, et je me suis ému en voyant chez une femme des sentimens aussi vindicatifs et une aussi noire trahison. Mais pour laisser ce sujet, je vous approuve fort d’être venu ; car votre absence doit détourner les soupçons. Le mal est que, par suite d’une aventure non moins étrange, mais moins tragique, j’ai, comme on vous l’a dit, remis au prince la lettre du duc ; et ainsi force nous sera, pendant ce carnaval, que nous passerons à Milan, d’être, vous don Félix, et moi don César. Puis nous repartirons ensemble, et une fois de retour à Parme, personne ne s’inquiétera si celui qui a remis les dépêches du duc était don César ou don Félix.

don césar.

Fort bien ! je vais tâcher désormais de chasser le souvenir d’une ingrate qui m’occupe encore malgré sa perfidie. — Mais, dites-moi ; comme à mon compte vous devez être arrivé d’hier au soir, d’où vient donc que vous avez si tôt rendu visite au prince, et comment vous trouvez-vous logé chez l’Intendant de la justice ?

don félix.

Il importe que vous soyez au fait de tout ; écoutez-moi donc, et vous verrez que mon aventure n’est pas moins extraordinaire que la vôtre. — Hier, en arrivant à Milan, et même avant d’avoir mis pied à terre…

Entre TRISTAN

tristan.

Voici le seigneur Lidoro.

don félix.

Je vous raconterai cela plus tard.

Entre LIDORO.

lidoro.

Tristan, vos effets sont à l’hôtellerie de l’Étoile ; vous n’avez qu’à les y aller demander, et aussitôt on vous les rendra.

tristan.

Certes, oui, j’y vais tout de suite ; car j’ai là-bas toute ma fortune, et ici personne ne songe à moi.

Il sort.

lidoro.

Pardonnez, don César, si je me présente si tard chez vous. C’est le gouverneur qui m’a fait appeler pour une affaire importante, une affaire d’honneur, laquelle m’a empêché de venir plus tôt, et m’oblige à vous quitter à l’instant. Je suis chargé d’arrêter à Milan un homme sur lequel je voudrais mettre la main, dût-il m’en coûter tout ce que j’ai, et je ne sais de lui que son nom.

don félix.

Nous pouvons sortir ensemble dès qu’il vous plaira ; car je suis moi-même obligé d’aller chez le prince.

lidoro.

Qui est ce cavalier ?

don félix.

C’est un de mes amis, seigneur, qui est venu à Milan pour affaires, et qui, me sachant ici, m’a fait l’honneur de me venir voir. (À don César.) Approchez, don Félix.

lidoro.

Qu’ai-je entendu ? Il s’appelle don Félix ?

don félix.

Oui, seigneur.

don césar.

Excusez-moi de ne vous avoir pas baisé la main avant de vous être présenté par don César.

lidoro, à part.

Je dois remplir mon devoir, (À don Félix.) Quel est le nom de famille de votre ami don Félix ?

don félix.

Il se nomme don Félix Colona.

lidoro.

Don Félix Colona ?

don félix.

Oui, seigneur ; d’où vient votre étonnement ?

lidoro.

Je suis fâché de l’avoir entendu nommer.

don césar.

Quoi ! vous n’aimez pas que je porte ce nom ?

lidoro.

Il est vrai ; j’aurais donné beaucoup pour vous trouver ce matin ; je ne donnerais pas moins en ce moment pour ne vous avoir pas trouvé.

don césar.

Que vous fait mon nom, seigneur ?

lidoro, à don Félix.

Je ne sais comment vous dire, don César, que mes devoirs, ma vie, mon honneur, veulent que j’arrête votre ami, et c’est pour cela que je suis peiné de le trouver chez moi avec vous.

don félix.

Quoi ! vous voulez arrêter don Félix ?

lidoro.

Oui.

don césar.

Moi ! et pourquoi ?

lidoro.

Ne faites point l’étonné ; car vous savez mieux que moi si vous avez ou non escaladé la maison d’un vieux gentilhomme et enlevé sa fille en tuant un écuyer à elle. Le duc de Parme vient d’en écrire au gouverneur, afin qu’on vous arrête, vous et la dame, qui se nomme doña Violante et qui est fille du seigneur Aurelio. (À don Félix.) Ainsi vous reconnaîtrez que je ne puis pas faire autrement que d’arrêter votre ami.

don césar, à part.

Quelle rencontre inconcevable ! C’est don Félix qu’il cherche, et non pas moi !

don félix, à part.

Est-ce que c’est moi par hasard qui aimais doña Violante ?

don césar, à part.

N’est-ce pas pour me perdre qu’elle dit faussement que j’ai voulu l’enlever ?

don félix, à part.

Et moi, comment puis-je avoir commis ce crime ?

lidoro, à don César.

Que dites-vous ?

don césar.

Je dis, seigneur, que je n’ai enlevé aucune dame, et qu’on vous a trompé.

lidoro.

J’en serai charmé. Cependant rendez-vous à moi, et sans courir aucun risque vous serez ici mon prisonnier.

don félix.

Songez, seigneur, que c’est par erreur et injustement que l’on accuse don Félix.

don césar.

On se sera trompé de nom.

lidoro, à don César.

Êtes-vous don Félix Colona.

don césar.

Oui.

lidoro.

Ya-t-il à Parme un autre cavalier qui se nomme comme vous ?

don césar.

Non.

lidoro.

Eh bien ! c’est vous que l’on m’a désigné. Mais ne craignez rien ; il suffit que vous soyez avec don César, pour que j’aie pour vous tous les ménagemens compatibles avec mes devoirs. Nous arrangerons l’affaire à l’amiable. Pour être intendant de la justice, je n’en suis pas moins cavalier, et je sais que ce sont de nobles fautes que celles que l’amour fait commettre. Dites-moi donc, je vous prie, où est cette dame ; j’irai la chercher, je lui offrirai ma maison pour asile, et j’espère que mon entremise ne sera pas inutile à votre bonheur.

don césar.

Il n’est personne, seigneur, en qui ma confiance fût mieux placée qu’en vous ; et si je savais où est la dame dont vous voulez parler, vive Dieu ! je vous le déclarerais sur-le-champ. Mais je vous le répète, vous êtes dans l’erreur, et don Félix n’a eu aucune aventure de ce genre.

lidoro.

S’il y a erreur, comme vous l’assurez, je vais m’efforcer de le découvrir. Cependant, si je ne dois pas vous arrêter, je ne puis pas non plus vous laisser libre. Attendez-moi là tous deux. (À don Félix.) Je vous confie votre ami, vous m’en rendrez compte. Je vais de ce pas mettre la police en campagne, et j’espère que bientôt elle m’aura trouvé cette dame.

Il sort.

don césar.

Comprenez-vous rien, don Félix, à ce qui nous arrive ?

don félix.

Je serais fier de ma sagacité si je pouvais y deviner quelque chose.

don césar.

Que j’aie pénétré dans la maison et enlevé sa fille, passe encore ; mais que je sois don Félix et que j’aie enlevé doña Violante, voilà ce que je ne puis m’expliquer.

don félix.

Et je ne m’explique pas davantage qu’on me traite aussi bien me prenant pour don César, et qu’on vous arrête comme don Félix.

don césar.

Quoi ! c’est à ma considération qu’il vous traite aussi bien ?

don félix.

Oui ; il a voulu absolument que je logeasse chez lui, parce qu’il m’a cru don César.

don césar.

Et moi, il m’arrête parce qu’il me croit don Félix !

don félix.

Entrons là, où nous pourrons causer plus à notre aise, et lâchons de pénétrer comment lorsque je suis si bien traité sous votre nom, vous, vous êtes arrêté sous le mien. — Il faut que cela tienne au bonheur et au malheur du nom !

Ils sortent.

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