PREMIÈRE VOIX
Si l’on pouvait comprendre !
LE PEUPLE
Boris a accepté ! Boris prend la couronne ! Boris est notre tsar ! Vive notre tsar Boris !
AU PALAIS DU KREMLIN
Boris, le Patriarche, les boyards.
BORIS
Toi, Patriarche saint, vous, fidèles boyards devant vous tous j’ai mis à nu mon âme : j’accepte le pouvoir avec humilité, avec appréhension, vous avez pu le voir. La tâche me semble lourde de succéder au tsar Ivan, si terrible, au tsar que tous nommèrent le Juste. Homme saint, mon prédécesseur auguste, daigne, du ciel, être touché de nos pleurs, et m’envoyer ta bénédiction sainte, à moi que tu aimas, que tu comblas de grâces, afin que je règne glorieusement et que je sois, comme toi, toujours clément et juste. De vous, boyards, j’attends appui et aide, servez-moi tous ainsi que vous l’avez fait du temps où, parmi vous, j’ai partagé vos peines, du temps où je n’étais pas encore l’élu du peuple russe.
LES BOYARDS
Nous resterons fidèles au serment prêté.
BORIS
Et maintenant, allons rendre hommage aux tombes des tsars défunts. Puis, que soit convié au festin le peuple tout entier ; depuis les boyards jusqu’aux mendiants, tous y pourront assister. Chacun sera un hôte bienvenu.
(Il sort suivi des boyards.)
VOROTINSKY (arrêtant Chouïsky)
Tu disais vrai.
CHOUÏSKY
Comment cela ?
VOROTINSKY
Mais ici même, hier. T’en souviens-tu ?
CHOUÏSKY
Je ne m’en souviens plus.
VOROTINSKY
Quand tout le peuple était au monastère, tu avais dit…
CHOUÏSKY
Assez de souvenirs, je te conseille d’apprendre à oublier ; d’ailleurs j’avais voulu, feignant la médisance, tenter de t’éprouver, de te sonder le cœur. Mais voici le peuple qui acclame le tsar ! J’y vais, car on pourrait médire de mon absence.
VOROTINSKY (à part)
Quel courtisan perfide !