‹ Boris GodounovChapitre 11 sur 52 · L’HÔTELIÈRE

L’HÔTELIÈRE

Soyez les bienvenues, mes chers hôtes ! Soyez les bienvenus !

UN DES GARDES (à l’autre)

Hé ! mais on boit ici ! Il y aura de quoi se régaler ? (Aux moines :) Qui êtes-vous ?

VARLAAM

Nous sommes des pèlerins de Dieu, d’humbles moines ; nous errons par les villages et demandons la charité pour notre monastère.

LE GARDE (à Grégori)

Et toi ?

MISSAÏL

C’est notre camarade.

GRÉGORI

Je suis du village voisin ; j’ai reconduit les pères jusqu’ici, et je m’en retourne.

MISSAÏL (à Grégori)

Tu as donc changé d’avis ?

GRÉGORI (bas)

Tais-toi !

LE GARDE

Patronne, donne-moi encore du vin ; nous allons boire un coup avec les pères, tout en causant un peu.

UN AUTRE GARDE

Le gars ne m’a pas l’air bien riche ; mais, en revanche, les autres…

PREMIER GARDE

Tais-toi, nous en viendrons à bout. Eh quoi ! mes pères, vos affaires sont-elles bonnes ?

VARLAAM

Mauvaises, mon fils, bien mauvaises ! Les chrétiens sont devenus avares ; ils aiment l’argent et le cachent ; ils ne donnent rien à Dieu : un grand péché a corrompu tous les peuples de la terre ! Tous se font marchands, usuriers, et ne pensent qu’à la richesse de ce monde, et non pas au salut de l’âme. On va, on marche, on mendie, on supplie ;

souvent, on ne récolte pas un kopeck en trois

jours. Hélas ! une semaine passe, puis une autre, et lorsqu’on jette un coup d’œil dans la bourse, on y trouve si peu, qu’on a honte de revenir au monastère. Que faire ? De chagrin, on boit le peu qui reste ! Les temps derniers approchent !

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