L’HÔTELIÈRE
Soyez les bienvenues, mes chers hôtes ! Soyez les bienvenus !
UN DES GARDES (à l’autre)
Hé ! mais on boit ici ! Il y aura de quoi se régaler ? (Aux moines :) Qui êtes-vous ?
VARLAAM
Nous sommes des pèlerins de Dieu, d’humbles moines ; nous errons par les villages et demandons la charité pour notre monastère.
LE GARDE (à Grégori)
Et toi ?
MISSAÏL
C’est notre camarade.
GRÉGORI
Je suis du village voisin ; j’ai reconduit les pères jusqu’ici, et je m’en retourne.
MISSAÏL (à Grégori)
Tu as donc changé d’avis ?
GRÉGORI (bas)
Tais-toi !
LE GARDE
Patronne, donne-moi encore du vin ; nous allons boire un coup avec les pères, tout en causant un peu.
UN AUTRE GARDE
Le gars ne m’a pas l’air bien riche ; mais, en revanche, les autres…
PREMIER GARDE
Tais-toi, nous en viendrons à bout. Eh quoi ! mes pères, vos affaires sont-elles bonnes ?
VARLAAM
Mauvaises, mon fils, bien mauvaises ! Les chrétiens sont devenus avares ; ils aiment l’argent et le cachent ; ils ne donnent rien à Dieu : un grand péché a corrompu tous les peuples de la terre ! Tous se font marchands, usuriers, et ne pensent qu’à la richesse de ce monde, et non pas au salut de l’âme. On va, on marche, on mendie, on supplie ;
souvent, on ne récolte pas un kopeck en trois
jours. Hélas ! une semaine passe, puis une autre, et lorsqu’on jette un coup d’œil dans la bourse, on y trouve si peu, qu’on a honte de revenir au monastère. Que faire ? De chagrin, on boit le peu qui reste ! Les temps derniers approchent !