Chapitre 1
ÉMILE BAUMANN
BOSSUET
PARIS BERNARD GRASSET 61, RUE DES SAINTS-PÈRES, 61
DU MÊME AUTEUR
LES GRANDES FORMES DE LA MUSIQUE (Albin Michel, éditeur). L’IMMOLÉ (Bernard Grasset, éditeur). LA FOSSE AUX LIONS (Bernard Grasset, éditeur). TROIS VILLES SAINTES (Bernard Grasset, éditeur). LE BAPTÊME DE PAULINE ARDEL (Bernard Grasset, éditeur). L’ABBÉ CHEVOLEAU, CAPORAL AU 90e D’INFANTERIE (Perrin, éditeur). LA PAIX DU SEPTIÈME JOUR (Perrin, éditeur). LE FER SUR L’ENCLUME (Perrin, éditeur). JOB LE PRÉDESTINÉ (Bernard Grasset, éditeur). L’ANNEAU D’OR DES GRANDS MYSTIQUES (Bernard Grasset, éditeur). SAINT PAUL, édition courante (Bernard Grasset, éditeur). SAINT PAUL, édition illustrée, in-4º couronne (Bernard Grasset, éditeur). LE SIGNE SUR LES MAINS (Bernard Grasset, éditeur). INTERMÈDES (Bernard Grasset, éditeur). MON FRÈRE LE DOMINICAIN (Bernard Grasset, éditeur). LES CHARTREUX (Bernard Grasset, éditeur).
Hors commerce
HEURES D’ÉTÉ AU MONT SAINT-MICHEL (avec des gravures sur bois de René Pottier).
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE: HUIT EXEMPLAIRES SUR PAPIER MADAGASCAR, NUMÉROTÉS MADAGASCAR 1 A 5 ET I à III; CINQUANTE-SIX EXEMPLAIRES SUR VÉLIN PUR FIL LAFUMA, NUMÉROTÉS VÉLIN PUR FIL 1 A 50 ET I à VI; DEUX CENT QUARANTE EXEMPLAIRES SUR ALFA SATINÉ OUTHENIN CHALANDRE, NUMÉROTÉS ALFA 1 A 220 ET I à XX; ET DIX-SEPT EXEMPLAIRES SUR PAPIER HOLLANDE, TIRÉS SPÉCIALEMENT POUR LES BIBLIOPHILES DU NORD ET NUMÉROTÉS 1 A 15 ET I et II.
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays, y compris la Russie.
Copyright by Bernard Grasset, 1929.
A LA MÉMOIRE AUGUSTE DU CARDINAL MERCIER
AVANT-PROPOS
Aujourd’hui donc, mon grand Bossuet, je m’installe en face de vous pour vous peindre. Oh! ce n’est pas le portrait du Louvre que je vise à recommencer. Trop de générations connurent en vous un évêque d’apparat, le porte-parole des pompes royales, le docteur des solennités. Moi-même, dans le vieux temps, écolier à la souple mémoire, quand je récitais sans une faute la bataille de Rocroi, c’est ainsi que je vous voyais, imposant comme la coupole de l’Institut. Vous seriez seulement cela, le plus haut orateur des siècles monarchiques, nous aurions lieu d’être fiers de vous; quelles princesses mortes, quels hommes de guerre ou de loi eurent, en aucun royaume, pour célébrer leur néant, une voix égale à votre voix? Quelle assemblée de prélats s’ouvrit par un discours comparable au vôtre sur l’unité de l’Église?
Mais ces gloires officielles ne furent, au long de votre carrière, que des accidents. Dès ma jeunesse, j’ai discerné la puissance intime de votre parole, y prêtant l’oreille comme, dans le calme d’une cathédrale, on écoute le balancier de l’horloge, au rythme égal et fort. Elle rendait pour mon âme un son d’éternité. Votre sagesse maîtrisait mon esprit volage. Vos rigueurs gourmandaient mon indolence. Personne n’a su, comme vous, me faire sentir la contradiction--où je suis encore--de vouloir être au monde et à Dieu.
Maintenant, après avoir lu et relu votre œuvre, je pénètre mieux que jamais la santé de votre intelligence, l’énergie de votre foi, ce qui dure en vos principes, ce que votre vie eut d’admirable, votre bonté, votre bonhomie.
Je ne viens pas, néanmoins, mettre à vos pieds un tableau d’apothéose. Si les morts acceptent de nous autre chose que des prières, c’est qu’on dise d’eux la vérité. Vous la serviez, la vérité, par-dessus tout. Vous l’exigiez d’autrui, vous l’exigez mille fois plus, à présent que vous en possédez l’évidence. Si je cachais vos points faibles, vous auriez peine à me pardonner.
Au reste, que vous importe le jugement d’un homme et des hommes? Vous donniez déjà peu d’estime aux livres profanes; sans doute, là où vous êtes, vous paraissent-ils infiniment misérables. Celui-ci, j’éprouve quelque honte de vous le présenter. Je crains de l’avoir entrepris davantage pour mon plaisir que pour la gloire de Dieu et l’honneur de votre nom; et tenter d’enclore en trois cents pages une expression de votre génie, autant faire tenir le globe d’une mappemonde dans un dé à coudre. Je sais bien que vous avez dit: «C’est l’effet d’un art consommé de réduire en un petit tout un grand ouvrage.» Mon art se gardera d’une telle présomption; mais son audace n’aura pas été vaine s’il dispose à vous comprendre ceux qui vous ignorent ou vous méconnaissent. Et puis, en crayonnant votre portrait, je me sens plus près de vous. Cette raison me dispense d’en chercher d’autres; car je me souviens de votre mot:
«J’aime parce que j’aime; j’aime pour aimer.»