‹ BossuetChapitre 5 sur 11 · IV

IV

SON CŒUR

J’ai, plus d’une fois, entendu, à propos de Bossuet, des lettrés et surtout des femmes émettre ce motif de l’aimer peu: «Je l’admire, mais, que voulez-vous? Il est trop raisonnable.» Chez lui, en effet, le cœur, comme les facultés imaginatives, reste soumis à la raison. Sa vie mentale se conforme à l’état d’un corps sain où les vertèbres et les muscles soutiennent les nerfs. «On reconnaît, dit-il dans la Connaissance de Dieu et de soi-même, le cœur pour un muscle à qui les esprits venus du cerveau causent son battement.» Les frénésies et les déliquescences de la sensibilité ne lui étaient pas inconnues; il savait quels raffinements peut suggérer «l’amour des plaisirs», mais il n’y voyait qu’une déchéance, une crise de folie charnelle, et non, comme les modernes, une acquisition désirable.

La sensibilité de Bossuet fut certes moins exquise que celle de Fénelon, maladif, qui s’auscultait sans cesse, passait de l’abattement à des gaîtés délirantes, éprouvait pour ses amis des tendresses et des angoisses jamais apaisées. Nous l’avons vu pourtant sangloter, s’évanouir deux fois au chevet d’Henriette moribonde. Ledieu, remémorant sa jeunesse, dépeint son attrait: «ses tendres yeux, son air accueillant, sa voix douce, son geste modeste et naturel, sa noblesse et sa dignité, tout parlait, tout était passionné.»

Le sens humain de l’amour, nous le savons, lui était inné avec ses formes délicates. Il le trahit là même où il le corrige: «L’attention véritable est celle qui considère l’objet tout entier. C’est n’être qu’à demi attentif à un objet comme on serait à une femme tendrement aimée de n’y considérer que le plaisir dont on est flatté en l’aimant, sans songer aux suites honteuses d’un tel engagement.» Mais sa tendresse native, il l’ordonna en bonté et en charité.

Il avait eu, par complexion, la bonté d’un homme bien portant et vivant, comme il disait à Mme Cornuau, dans cet «embonpoint qui vient de la dispensation d’une sage nourriture». Tout ce qui l’approchait se colorait en beau. Il avait la bonté des forts; riche de ses dons, il se plaisait à les répandre sur autrui.

Plusieurs causes pouvaient le tourner inconsciemment à des façons d’être égoïstes.

D’abord, sa passion de l’étude. Un autre eût estimé que, son œuvre de prédicateur et d’écrivain étant un ministère sacré, il s’y devait donner sans réserve. Il se défendit contre cette absorption exclusive. Il en prévenait le reproche par ce mot touchant: «On croit que je ne pense qu’à mes livres; mais voyez si ce que j’ai fait pour celui-ci ou celui-là n’est pas convenable.»

Ensuite, sa dignité d’évêque. Un prélat, proche d’un grand seigneur, était exposé à mettre les devoirs envers son importante personne avant ce qu’il devait à son entourage. M. de Meaux se tint aussi près que possible de la simplicité d’un père de famille. Il réunissait, matin et soir, ses domestiques, faisait la prière avec eux, les bénissait de sa main. Dès sept heures du matin, sa porte était ouverte; il accordait audience aux plus humbles gens. D’accès facile et affable, mais conservant presque toujours la tenue qu’exigeait son rang. Mme Cornuau narre un petit fait qui marque bien les nuances de sa familiarité.

M. de Meaux, à Germigny, un jour d’été, se promenait avec ses hôtes, des prêtres pour la plupart. Une grosse ondée survint. Tout le monde se mit à courir pour gagner la maison, et on lui dit en passant: «Eh! quoi! Monseigneur! Vous n’allez pas plus vite!» Il répondit avec un air très sérieux: «Il n’est pas de la gravité d’un prélat de courir.» La pluie donnait cependant avec force, et il s’aperçut que Mme Cornuau était inquiète de le voir tout mouillé; mais il lui dit avec un air content: «Ma fille, ne vous inquiétez point; celui qui a envoyé cette pluie saura bien me garantir de toute incommodité»; et il ne laissait pas, pendant ce temps, de lui parler avec autant d’attention que s’il eût été très à son aise, et il revint trouver la compagnie avec un air de joie qui était charmant, en disant: «Nous avons été un peu plus mouillés que vous; mais nous ne sommes pas si las, car nous n’avons pas couru.»

Il se peut que Mme Cornuau ait arrangé le style du prélat, comme elle arrangeait un peu ses lettres. Elle sous-entend un détail qui ajoute à la sérénité de Bossuet sous l’averse une attention indulgente. La pauvre veuve était boiteuse; le grand évêque, s’il avait allongé le pas, la laissait en arrière; il couvrit d’un motif de «gravité», vrai d’ailleurs, sa compassion. Mais, à l’inquiétude de Mme Cornuau, il ne répond point: «Ma fille, ce qui m’inquiète, c’est de vous voir mouillée vous-même»; il exprime simplement une religieuse confiance pour sa santé personnelle.

Nous aurions peine à définir dans quelle proportion la charité amplifia la bonté naturelle de Bossuet. Bien des traits relèvent de celle-ci plutôt que de celle-là. Voici, d’une part, une lettre naïve, exquise à son ami Huet (1676), qui semble partir d’une prévoyance affectueuse, sans qu’il y mêlât, d’une façon directe, l’amour de Dieu.

«... Il est venu chez moi, par une aventure qu’il serait trop long de vous expliquer, un petit garçon qui a dit à mes gens des choses sur le sujet d’Honoré, qui sont très fâcheuses (Honoré était un valet au service de Huet). J’ai été longtemps sans les savoir; aussitôt que je les ai sues, j’ai fait venir le petit garçon, qui dit qu’étant à l’âge de six ou sept ans, il accompagnait des voleurs de grand chemin, parmi lesquels était Honoré, à qui il a vu faire des actions exécrables et plusieurs fois réitérées. Cela m’a fait horreur, et j’ai eu peine à le croire. Mais la manière dont le petit drôle rapporte les choses, la connaissance avec laquelle il les rapporte et les circonstances précises qu’il marque, font qu’après avoir fait plus d’une réflexion, je crois être obligé de vous en donner avis.

«Je ne veux pas, sur la simple dénonciation de ce petit homme, ruiner dans votre esprit un valet dont d’ailleurs vous me paraissez content, et qui peut en être innocent ou s’être corrigé; mais la chose vaut bien d’y penser.

«Cependant gardez le secret. J’ai donné ordre de ma part que la chose en demeurât là et qu’il ne s’en parlât plus dans ma maison. Je suis fâché de vous donner ce déplaisir dans votre mal (Huet était alors sérieusement malade); mais l’importance de la chose me met en inquiétude, et je me reproche à moi-même d’avoir tant tardé à vous le dire. Si ce n’est rien, tant mieux. Si c’est quelque chose, il faut y pourvoir.

«Je suis avec vous de tout mon cœur et je prie pour votre santé.»

Le «petit drôle», apparemment, avait inventé ou grossi les faits; car Huet, après s’en être enquis, garda Honoré, lequel était encore à son service, quand Bossuet mourut. Ici, la délicatesse d’un cœur chrétien se borne à insinuer son onction dans les mouvements d’une amitié honnête et prudente. Au contraire, sa lettre à Charles de Veil, après son apostasie, procède d’une charité pure, de celle qui veut croire, espérer le bien, même si l’évidence du mal est criante. Bossuet avait converti, en 1656, ce fils d’un rabbin; il le baptisa dans la cathédrale de Metz; il le fit admettre chez les Génovéfains; ordonné prêtre, Veil suivit les cours de l’université d’Angers; il y devint professeur de théologie; mais, ayant fait publiquement l’éloge d’Arnaud et de Port-Royal, il dut se retirer. Il passa en Angleterre, où on le retrouve pasteur anglican; il se maria, fut ensuite ministre anabaptiste, nomade en religion selon la pente commune de l’éternel Juif errant. A la nouvelle de sa désertion (1677), Bossuet, au lieu de le traiter durement, lui adressa une admonition toute paternelle, comme à une brebis égarée que sa tendresse se flattait de «rappeler» au bercail.

«Quelle nouvelle pour moi que celle de votre sortie hors de l’Église! Dieu m’a voulu humilier; car, après ce que vous aviez écrit dans votre dernier ouvrage (commentarius in Joël prophetam), je croyais que vous deviendriez un des plus grands défenseurs de notre sainte Croyance, et je vous en vois ennemi? Mais j’espère que je ne serai pas frustré de mon attente. Dieu a voulu vous humilier aussi bien que moi par votre chute, pour vous rendre à son Église plus docile, plus soumis et par là plus éclairé. Je vis dans cette espérance; et cependant, en quelque moment que Dieu vous touche le cœur, venez à moi sans rien craindre; vous y trouverez un appui très sûr pour toutes choses, un ami, un frère, un père qui ne vous oubliera jamais et jamais ne cessera de vous rappeler à l’Église par les cris qu’il fera à Dieu... Je ne veux point disputer et j’aime mieux finir en vous embrassant de tout mon cœur.»

Le cœur de Bossuet, pour qui sait l’ouvrir, laisse reconnaître toutes les espèces de bonté. Mais celle qu’il eut pour les siens n’a imprimé dans son œuvre que des vestiges intermittents. De sa correspondance, beaucoup de lettres intimes ont disparu. Jamais il ne nomme ni son père, ni sa mère, ni sa sœur Marguerite, la Dominicaine, morte, il est vrai, à vingt-quatre ans, dans un couvent lorrain; rarement sa sœur Madeleine, bien qu’il l’ait recueillie sous son toit. Même il ne fait aucune allusion à sa mort. Du seul Antoine nous savons la mort par lui (en février 1699), dans une lettre très affligée au fils du défunt, l’abbé Bossuet:

«Je me vis séparé d’un frère, d’un ami, d’un tout pour moi dans la vie. Baissons la tête et humilions-nous... Ma santé est meilleure que ma douleur ne le devrait permettre. Je me conserverai le mieux qu’il me sera possible, pour le reste de la famille qui a perdu sa consolation et son soutien sur la terre.»

Qu’on ne s’étonne pas si quelques lignes suffisent pour ce cruel événement. Il attendait alors la décision romaine entre Fénelon et lui. Il avait mis entre les mains de son neveu la conduite de la grosse partie qu’il jouait. Loin de l’attendrir par des effusions plaintives, il l’exhorte au courage et à l’action:

«Consolez-vous en servant l’Église dans une affaire d’une si haute importance où il (Dieu) vous a rendu nécessaire.»

Pour ce neveu la bonté de Bossuet tournait à l’aveuglement. Sans entrer ici dans la suite de leurs relations, un seul détail accuse trop bien cet excès de confiance. Par son testament, il se reposa sur lui du soin de récompenser les deux valets de chambre qui, durant sa dernière maladie, s’étaient exténués en veilles et en soins. L’abbé Bossuet, comme son frère, n’eut à leur endroit qu’une sèche ingratitude; et l’un des deux, Saint-Martin, mourut de fatigue et de désespoir; l’autre, un nommé Lassalle, qui avait épousé une nouvelle convertie, partit plus tard en Suisse, se fit calviniste.

Faut-il appeler bonté ou faiblesse ce que Bossuet tolérait à l’évêché de Meaux, les violons et les bals qu’y multipliait la frivole Mme Bossuet?

Quand son intercession sauva de la potence un berger condamné à mort pour avoir tué dans une querelle son agresseur, il suivait sans doute l’élan de sa pitié, en même temps qu’il remplissait son devoir d’évêque, protecteur des faibles.

Quand il obtint à de pauvres Ecossais, étudiants ou prêtres, réfugiés à Paris, une pension de deux mille francs, il voulait peut-être se rendre agréable à la reine d’Angleterre, mais aussi, par simple bienveillance, protéger dans leur infortune des catholiques en exil.

Au moment où Fénelon fut nommé précepteur du duc de Bourgogne et des princes ses frères, Ledieu rapporte (dans un fragment inédit publié par E. Griselle) que Bossuet lui abandonna son résumé latin de l’histoire de France et d’autres travaux rédigés par lui à l’usage du Dauphin. Cette marque de cordialité exigea-t-elle de sa part un effort de désintéressement? Bossuet tenait peu à ses ouvrages. Il trouva tout naturel de passer à un confrère des notes utilisables dans une pédagogie laborieuse.

Après la condamnation, lorsqu’il fit savoir à M. de Cambrai son désir de se réconcilier, était-ce un mouvement de générosité--ses ennemis auraient dit d’habile politique--ou de la charité pure, ou les deux à la fois?

Au cours d’un sermon sur la charité fraternelle, il dardait cette maxime tranchante: «Si on n’aime pas Dieu, on n’aime que soi-même.» En un sens, il exagérait. Un homme tout à fait sans bonté n’existe pas. Nul cœur humain, si affreux qu’il semble, ne peut éteindre en soi l’inclination à aimer hors de soi quelqu’un ou quelque chose; et Bossuet l’a dit avec magnificence: «Lorsque Dieu forma le cœur et les entrailles de l’homme, il y mit premièrement la bonté comme la marque de cette main bienfaisante dont nous sortons.»

Par contre, il est encore plus malaisé de concevoir un sentiment, un geste d’où l’amour-propre soit aboli. La hauteur d’âme est bien moins dans les actes que dans les aspirations. Tel croit servir Dieu purement et satisfait des passions latentes qui enferment peu de charité. On a blâmé Bossuet de ses véhémences parfois très dures contre Fénelon. Il s’était persuadé que, s’il ne mettait hors de combat son adversaire, l’Église courait à un désastre. En fait, il poussait âprement ses avantages comme s’il eût cherché la victoire pour l’honneur de vaincre. Il s’exaltait en pleine bataille, enivré du plaisir d’un beau combat. Le sublime, le surhumain eût été de conserver, même là, son humeur paisible. Mais peut-on exiger de Bossuet une sérénité que saint Jérôme, saint Augustin ne soutinrent pas en de moindres polémiques?

Dans la vie commune, il eut peut-être moins de mérite que d’autres à demeurer bon. La bonté même lui était commode; son esprit de concorde, la puissance qui émanait de sa parole, de toute sa personne lui assuraient la soumission des cœurs; en sorte que ses bienfaits y pénétraient sans lutte. La charité lui rendait plus aisé encore l’exercice de sa bonté.

«Croyez, écrivait-il aux religieuses de Faremoutiers, qu’il n’y a jamais de divisions irrémédiables, là où la charité domine au fond.»

Mais une vertu facile n’en est pas moins une vertu. Les petites choses intimes, mieux que les témoignages publics, démontrent une bonté vraie. Il fit preuve d’une rare patience avec sa fille spirituelle Mme d’Albert qui le tourmentait de ses «peines» et de ses scrupules. Quelquefois il la prévenait que, si elle continuait, il ne lirait plus ses lettres. Mais, trois semaines après, elle recommençait, il la lisait encore et se reprenait à la fortifier contre ses anxiétés incurables. Au fond, il la traitait comme une malade, mais une malade dont il acceptait le tendre attachement. «Ne croyez pas, lui redisait-il, que vous me fatiguerez jamais; toute ma peine est pour vous.» D’elle à lui s’échangeait une affection pieuse, d’une pureté profonde. Elle et Mme Cornuau se demandaient pourtant si elles n’aimaient pas trop le directeur de leur âme; elles lui confessaient leur inquiétude; il les rassurait d’un ton de superbe tranquillité.

Mme Cornuau étant pauvre, il avait à son égard de particulières délicatesses. Il voulait qu’elle lui écrivît sans façon, qu’elle commençât au haut des pages pour ne point perdre de papier, qu’elle supprimât «le nom de Grandeur qui ne convient pas à un père».

Dans ces amitiés, toutes saintes qu’elles étaient, les inclinations naturelles trouvaient un contentement. Mais, lorsque M. de Meaux écoutait, trois heures durant, la confession d’une pénitente, parce qu’elle se faisait comprendre avec peine, il faut admirer davantage son indulgence charitable. D’une façon générale, s’il pratique et recommande la patience, la douceur, ce n’est pas seulement pour se conformer à l’Évangile; c’est qu’elles réussissent là où la dureté manque de prise. La bonté lui plaît aussi en tant qu’elle est un mode supérieur de l’intelligence.

«On se plaint à la Ferté, observe-t-il le 3 novembre 1687, que les sœurs mettent des bâillons et des cornes aux petites filles; ces châtiments sont bons quelquefois pour leur éviter le fouet; mais le bâillon paraît un peu rude. La douceur et la patience sont le seul moyen qui nous reste.» (Auprès des nouvelles converties.)

Toute bonté féconde a deux fondements nécessaires: l’humilité du cœur et l’amour de Dieu. Celui-là seul aime vraiment les autres qui se compte pour rien et sacrifie à leurs âmes son intérêt, sinon sa vie.

Bossuet ne perdit aucune occasion de se prouver modeste. Il détestait les compliments comme «une grimace». En apprenant qu’on parlait de lui pour l’archevêché de Paris (août 1695), il put écrire sans mensonge à Mme d’Albert: «Il y a toute apparence, ou, pour mieux dire, toute certitude que Dieu, par miséricorde autant que par justice, me laissera dans ma place.» Il expliquait son besoin d’être méthodique parce qu’autrement un homme «de sa médiocrité» n’aurait pas suffi à tant de travaux; l’enflure de l’orgueil semble l’avoir peu atteint: il voyait trop clair en sa propre indigence; chaque fois qu’il s’élançait à des vues généreuses, il sentait «le poids des cupidités opposées» qui l’entraînait. Il reconnaissait la faiblesse de sa raison devant les mystères que la foi révèle. Ce noble esprit faisait bon marché de la sagesse humaine. Il savait que la gloire des plus beaux dons se dissipe dans la mort, comme une fumée.

Mais, pour être humble, ce n’est pas assez de comprendre son néant. Bossuet aperçoit par où son rien se donne au tout, sert des volontés éternelles. Il sait la correspondance de son élan avec les mérites du Christ rédempteur; c’est en Lui qu’il aime ses frères et s’évertue à les sauver. L’aliment indéfectible de ses énergies fut l’amour divin, cet amour «dont une étincelle est capable de soutenir un cœur durant toute l’éternité». Ce qu’il suggérait à Mme Cornuau, il le pensait: «Je voudrais que chaque respiration, chaque battement de mon cœur fût un acte d’amour.»

Ni le désir de savoir, ni l’appétit d’une domination terrestre n’auraient porté si haut la flamme de ses enthousiasmes. «L’amour ne s’apprend que par l’amour.» L’amour de Dieu et l’amour humain peuvent être différents, même contraires dans leur objet; l’un et l’autre sort de l’homme tout entier. Bossuet avait reçu du ciel une merveilleuse puissance d’aimer; en la restituant là d’où elle lui venait, il l’accrut, il la magnifia. S’il avait été pleinement un Saint, elle se fût agrandie presque sans limites. Comme il resta, en bien des choses, «un honnête homme», elle se borna dans ses effets.

Cependant la valeur d’une telle vie est difficile à mesurer. Avant qu’il fût évêque (lui-même le confiait à Mme d’Albert), «un religieux très saint, très humble et très pénitent, de l’Ordre de saint Dominique, lui dit une fois que Dieu l’avait destiné à avoir part à beaucoup de bien, sans qu’il le sût.»

Il souhaitait, à ceux qu’il aimait, cette manière d’opérer le bien. Il travaillait en humble ouvrier, ne sachant ce que le Maître ferait de son œuvre, mais la faisant de son mieux, avec tout son amour. Voilà ce qui me paraît en lui le plus grand.

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