Chapitre V · TOMBEAU ROYAL
Les grands tombeaux sont gardés. En dehors de cet emplacement, au pied de la colline, est construite la maison des gardiens. Les sépultures des rois sont confiées à des lettrés qui exercent en outre la police dans le territoire avoisinant. Quelquefois ces constructions sont très importantes, et comportent même un petit temple pour les sacrifices et une salle où l’empereur revêt les vêtements de sacrifices quand il vient aux tombes de ses ancêtres.
Autrefois, on enterrait avec le mort des objets familiers : porcelaines, bijoux, argent, soies brodées, etc., etc. Cette coutume ne s’observe plus que pour les tombes impériales.
Le fond de la fosse est rempli de chaux, ce qui permet de retrouver parfois les corps presque intacts longtemps après l’inhumation, signe de grande faveur pour la famille.
Ce sont les sorciers qui déterminent l’emplacement et l’orientation générale dans laquelle doit être placé le cercueil ; le plus souvent la tête au nord, les pieds au sud, mais cette règle n’est pas rigoureuse, à cause des prévisions du géoscope qui donne quelquefois une autre direction.
Des parents, des familles soucieuses de plaire au dragon protecteur, interrogent, de génération en génération, et souvent à quelques années d’intervalle ou à la suite d’un grand événement, les sorciers pour savoir si l’emplacement est toujours favorable, — ce mot-là a une grande valeur en Corée — et il arrive souvent, comme actuellement pour le tombeau de la reine Mine, assassinée en 1895, que les sépultures sont déplacées et transportées même très loin, Mais cela ne se présente, fort heureusement, que dans les grandes familles qui peuvent payer ces déménagements.
Quoi qu’il en soit, les cérémonies que je viens de décrire s’observent ponctuellement, et chacun, selon son rang et sa richesse, s’efforce de faire à ses morts le plus de sacrifices possible, afin de leur plaire et d’en retirer bonheur et prospérité.
Il arrive, soit que le sorcier ne trouve pas tout de suite un emplacement favorable, soit que la famille ne puisse garder son mort chez elle avant de le transporter au tombeau, que les corps sont exposés à l’air, sous des hangars en paille, faits pour la circonstance, et recouverts d’un toit de chaume.
Dans le Tchoun-tchang-to, province au sud de Seoul, il existe une coutume qui, peut-être, existe aussi ailleurs, mais que je n’ai pu vérifier qu’à Seoul : c’est celle d’exposer les corps d’enfants ou de gens morts de la petite vérole, en plein air, tout près du village jusqu’à ce que l’épidémie ait disparu. À ce moment seulement l’autorité donne l’autorisation d’inhumer. C’est une coutume étrange qui n’a rien à voir avec l’hygiène, mais qui n’en est pas moins observée très méticuleusement. Pour les petits enfants quelquefois — et j’ai vérifié le fait — au lieu de les enterrer, on enveloppe les cadavres dans une natte en paille, et on attache le paquet à une branche d’arbre. D’autres fois, la sépulture est une paillote dans laquelle le corps est étendu sur un plancher au-dessus du sol. En voyageant en Corée j’ai rencontré ces divers modes de sépulture.
Les corps des bonzes et bonzesses sont incinérés, ils ne sont jamais inhumés. On prépare un grand bûcher sur lequel est étendu le cadavre, puis on met le feu pendant que tous les bonzes de la bonzerie font des prières.
La légende veut qu’un bonze qui a mené une existence de saint (et c’est un fait rare, comme on va le voir !) un bonze, presque bouddha, laisse après la crémation, au milieu de ses cendres, une perle appelée sa-ri qui est alors religieusement conservée, enterrée dans une petite pagode placée devant le temple. La réalité montre qu’on ne voit jamais de ces petits pagodons devant les temples. Comme il n’y a pas de perle au milieu de ces cendres, le supérieur les ramasse, les broie ; on y mélange du riz, et on donne le tout aux corbeaux et aux pies.
Le deuil d’un roi dure trois années, comme le deuil des parents. Il est porté avec le chapeau blanc, les vêtements entièrement blancs (les couleurs sont sévèrement prohibées) et les souliers blancs en cuir.
Pour les ministres ou les personnages et interprètes qui ont à entrer au palais, le vêtement est en toile de chanvre très fine, et de même forme alors que les vêtements habituels de cour, bottes blanches en cuir ou en étoffe.
Le deuil d’une régente, telle que la reine Tcho, est de trois années également. Pour une reine, on le porte une année seulement, à moins que Sa Majesté n’ordonne de prolonger ce temps. Pour la reine Mine le roi de Corée ordonna — après divers incidents qui lui firent d’abord dégrader la reine — trois années de deuil public. Pour les princes, cet usage n’existe pas.
Le lecteur peut se rendre compte, d’après le récit détaillé que je viens de faire des cérémonies funéraires, que le culte des morts absorbe — à lui seul — la plus grande partie de l’existence des Coréens.