‹ BritannicusChapitre 29 sur 31 · Scène VII.

Scène VII.

AGRIPPINE, NERON, BURRHUS, NARCISSE.

AGRIPPINE.

Vous… ARreſtez Neron. J’ay deux mots à vous dire.

Britannicus eſt mort, je reconnoy les coups.
Je connoy l’Aſſaſſin.

NERON.

Je connoy l’Aſſaſſin. Et qui, Madame ?

AGRIPPINE.

Je connoy l’Aſſaſſin. Et qui, Madame ? Vous.

NERON.

Moy ! Voilà les ſoupçons dont vous eſtes capable.

Il n’eſt point de mal-heur dont je ne ſois coupable,
Et ſi l’on veut, Madame, écouter vos diſcours,
Ma main de Claude meſme aura tranché les jours.
Son Fils vous eſtoit cher, ſa mort peut vous cõfõdre.
Mais des coups du deſtin je ne puis pas répondre.

AGRIPPINE.

Non non, Britannicus eſt mort empoiſonné.

Narciſſe a fait le coup, vous l’avez ordonné.

NERON.

Madame, mais qui peut vous tenir ce langage ?

NARCISSE.

Hé Seigneur, ce ſoupçon vous fait-il tant d’outrage ?

Britannicus, Madame, eut des deſſeins ſecrets
Qui vous auroient couſté de plus juſtes regrets.
Il aſpiroit plus loin qu’à l’Hymen de Junie.
De vos propres bontez il vous auroit punie,
Madame, il vous trompoit, & ſon cœur offenſé
Prétendoit toſt ou tard rappeller le paſſé.
Soit donc que malgré vous le ſort vous ait ſervie ;
Soit qu’inſtruit des complots qui menaſſoient ſa vie
Sur ma fidelité Ceſar s’en ſoit remis,
Laiſſez les pleurs, Madame, à vos ſeuls ennemis.
Qu’ils mettent ce mal-heur au rãg des plus ſiniſtres,
Mais vous…

AGRIPPINE.

Mais vous… Pourſuy, Neron, avec de tels Miniſtres.

Par des faits glorieux tu te vas ſignaler.
Pourſuy. Tu n’as pas fait ce pas pour reculer.
Ta main a commencé par le ſang de ton Frere.
Je prevoy que tes coups viendront juſqu’à ta Mere.
Tu te fatigueras d’entendre tes forfaits.
Tu voudras t’affranchir du joug de mes bien-faits.
Mais je veux que ma mort te ſoit même inutile,
Ne crois pas qu’en mourant je te laiſſe tranquille.
Rome, ce Ciel, ce jour, que tu receus de moy,
Par tout, à tout moment, m’offriront devant toy,
Tes remors te ſuivront comme autant de furies.
Tu croiras les calmer par d’autres barbaries.
Ta fureur s’irritant ſoy-meſme dans ſon cours
D’un ſãg toûjours nouveau marquera tous tes jours.

Mais j’eſpere qu’enfin le Ciel las de tes crimes
Ajoûtera ta perte à tant d’autres victimes,
Qu’apres t’eſtre couvert de leur ſang & du mien,
Tu te verras forcé de répandre le tien,
Et ton nom paroiſtra dans la race future
Aux plus cruels tyrans une cruelle injure.
Voilà ce que mon cœur ſe preſage de toy.
Adieu, tu peux ſortir.
NERON.

Adieu, tu peux ſortir. Narciſſe, ſuivez-moy.

Page 1