L'AS DE TRÈFLE
Elle joue comme nul ne joue et je suis seul à la regarder. Ce sont ses yeux qui la ramènent dans mes songes. Presque immobile, à l'aventure.
Et cet autre qu'elle prend par les ailes de ses oreilles a gardé la forme de ses auréoles. Dans l'accolade de ses mains, une hirondelle aux cheveux plats se débat sans espoir. Elle est aveugle.
À LA FLAMME DES FOUETS
Ces beaux murs blancs d'apothéose Me sont d'une grande utilité. Tout au sérieux, celui qui ne paie pas les dégâts Jongle avec ton trousseau, reine des lavandes.
Est-il libre? Sa gorge montre d'un doigt impérieux Des corridors où glissent les sifflets de ses chevilles. Son teint, de l'aube au soir, démode ses tatouages Et l'asile de ses yeux a des portes sans nuages.
Ô régicide! ton corset appartient aux mignons Et aux mignonnes de toutes sortes. Ta chair simple s'y développe, Tu t'y pourlèches dans la pourpre, ô nouveau médiateur! Par les fentes de ton sourire s'envole un animal hurleur
Qui ne jouit que dans les hauteurs.
À LA FLAMME DES FOUETS
Métal qui nuit, métal de jour, étoile au nid, Pointe à frayeur, fruit en guenilles, amour rapace, Porte-couteau, souillure vaine, lampe inondée, Souhaits d'amour, fruits de dégoût, glaces prostituées.
Bien sûr, bonjour à mon visage! La lumière y sonne plus clair un grand désir qu'un paysage. Bien sûr, bonjour à vos harpons, À vos cris, à vos bonds, à votre ventre qui se cache!
J'ai perdu, j'ai gagné, voyez sur quoi je suis monté.
BOIRE
Les bouches ont suivi le chemin sinueux Du verre ardent, du verre d'astre Et dans le puits d'une étincelle Ont mangé le cœur du silence.
Plus un mélange n'est absurde-- C'est ici que l'on voit le créateur de mots, Celui qui se détruit dans les fils qu'il engendre Et qui nomme l'oubli de tous les noms du monde.
Quand le fond du verre est désert, Quand le fond du verre est fané Les bouches frappent sur le verre Comme sur un mort.
ANDRÉ MASSON
La cruauté se noue et la douceur agile se dénoue. L'amant des ailes prend des visages bien clos, les flammes de la terre s'évadent par les seins et le jasmin des mains s'ouvre sur une étoile.
Le ciel tout engourdi, le ciel qui se dévoue n'est plus sur nous. L'oubli, mieux que le soir, l'efface. Privée de sang et de reflets, la cadence des tempes et des colonnes subsiste.
Les lignes de la main, autant de branches dans le vent tourbillonnant. Rampe des mois d'hiver, jour pâle d'insomnie, mais aussi, dans les chambres les plus secrètes de l'ombre, la guirlande d'un corps autour de sa splendeur.
PAUL KLEE
Sur la pente fatale, le voyageur profite De la faveur du jour, verglas et sans cailloux, Et les yeux bleus d'amour, découvre sa saison Qui porte à tous les doigts de grands astres en bague.
Sur la plage la mer a laissé ses oreilles Et le sable creusé la place d'un beau crime. Le supplice est plus dur aux bourreaux qu'aux victimes Les couteaux sont des signes et les balles des larmes.
LES GERTRUDE HOFFMANN GIRLS
Gertrude, Dorothy, Mary, Claire, Alberta, Charlotte, Dorothy, Ruth, Catherine, Emma, Louise, Margaret, Ferrai, Harriet, Sara, Florence toute nue, Margaret, Toots, Thelma,
Belles-de-nuit, belles-de-feu, belles-de-pluie, Le cœur tremblant, les mains cachées, les yeux au vent Vous me montrez les mouvements de la lumière, Vous échangez un regard clair pour un printemps,
Le tour de votre taille pour un tour de fleur, L'audace et le danger pour votre chair sans ombre, Vous échangez l'amour pour des frissons d'épées Et le rire inconscient pour des promesses d'aube.
Vos danses sont le gouffre effrayant de mes songes Et je tombe et ma chute éternise ma vie, L'espace sous vos pieds est de plus en plus vaste, Merveilles, vous dansez sur les sources du ciel.
PARIS PENDANT LA GUERRE
«_Amoureux d'une statue._»
Les bêtes qui descendent des faubourgs en feu, Les oiseaux qui secouent leurs plumes meurtrières, Les terribles ciels jaunes, les nuages tout nus Ont, en toute saison, fêté cette statue.
Elle est belle, statue vivante de l'amour. Ô neige de midi, soleil sur tous les ventres, Ô flammes du sommeil sur un visage d'ange Et sur toutes les nuits et sur tous les visages.
Silence. Le silence éclatant de ses rêves Caresse l'horizon. Ses rêves sont les nôtres Et les mains de désir qu'elle impose à son glaive Enivrent d'ouragans le monde délivré.