‹ Cent BalladesChapitre 66 sur 100 · Ballade LXVI

Ballade LXVI

Mon chevalier, mon gracieux servant,
Je sçay de vray que de bon cuer m’amez,
Et de long temps je vois apercevant
4L’amoureux mal dont tant vous vous blamez.
Or ne faites plus mate chiere,
Ne vous doulez plus ne jour ne demi,
Car je vous vueil amer d’amour entiere,
8Et vous retien pour mon loial ami.
Et la douleur qui tant vous va grevant
Pour moye amour, dont pour mort vous clamez,
Je gariray et vous verray souvent.
12Ja ne sera mon corps si enfermez
Que je ne treuve bien maniere
De vous veoir ; or soiez tout a mi,

Car estre vieil aussi vo dame chiere,
16Et vous retien pour mon loial ami.
Si gardez bien, ne m’alez decevant,
Car les loyaulz amans sont clersemez ;
Ce croy je bien, mals n’alez ensuivant
20Les faulz mauvais qui tant sont diffamez
Pour ce, se je ne vous suis fiere,
Et ay pitié dont tant avez gemi ;
Par quoy ottroy m’amour a vo priere,
24Et vous retien pour mon loial ami.

Page 1