‹ Cent BalladesChapitre 80 sur 100 · Ballade LXXX

Ballade LXXX

Ne pourray je donc jamais avenir
A vostre amour, ma dame debonnaire,
Pour bien amer et loyaulté tenir,
4Ne pour prier ou pour service faire ?
N’ay je pouoir de vo doulz cuer attraire,
Belle plaisant, mon gracieux cuer doulz,
7Voulez vous donc que je muire pour vous ?
Helas ! pour Dieu, vueilliez moy retenir
Pour vostre ami ! car il m’est neccessaire
Se vivre vueil, ne puis plus soustenir
11Vostre escondit qui m’oste mon salaire ;
Et plus vous serfs et plus m’estes contraire,
Dame d’onneur, me haïez vous sur tous,
14Voulez vous donc que je muire pour vous ?
Au moins s’un pou vous daignast souvenir
Du dueil amer qu’il me fault pour vous traire ;
Pour quoy vous pleust, quant me volez venir,
18Vous dire ce dont je ne me puis taire,
Que me feissiez de vostre doulz viaire
Un doulz semblant, mais, quant ne suis rescoux,
21Voulez vous donc que je muire pour vous ?

Quant tout mon fait et tout mon maintenir
N’est autre part et ne veez le contraire,
Ne vous deust il quelque foiz souvenir
Du mal que j’ay pour vous que ne puis taire ?
N’a il pitié quelconque en vostre affaire ?
Me lairez vous finer en tel courroux ?

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