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CHAPITRE XXXVII.

1340. DÉFAITE DE LA FLOTTE FRANÇAISE PAR LA FLOTTE ANGLAISE DEVANT L'ÉCLUSE; ARRIVÉE D'ÉDOUARD III ET DE SON ARMÉE EN FLANDRE[138] (§§ 113 à 117).

[138] Cf. Jean le Bel, chap. XXXVI, t. I, p. 171 à 173.

La veille de la fête de saint Jean-Baptiste (23 juin), Édouard III s'embarque sur la Tamise et cingle vers l'Écluse[139] (Sluis), en Flandre. La flotte anglaise, composée de plus de cent vaisseaux, porte quatre mille hommes d'armes et douze mille archers. La flotte française est encore supérieure en nombre à la flotte anglaise. Montée par des marins normands, picards et génois, sous les ordres du Normand [Nicolas] Behuchet, du Picard Hue Quieret et du Génois Barbavara, cette flotte stationne près de Blankenberghe[140], entre Kadzand[141] et l'Écluse, pour arrêter au passage le roi d'Angleterre. La bataille s'engage devant l'Écluse le 24 juin[142] entre les deux flottes ennemies et dure tout un jour. Les Anglais ont soin de prendre des dispositions plus habiles que leurs adversaires. Le grand vaisseau _le Christophe_, conquis peu de temps auparavant par les Normands et monté par les Génois, est repris dès le commencement de l'action, grâce aux archers à main d'Angleterre, auxquels un tir plus rapide assure l'avantage sur les arbalétriers génois. P. 34 à 37, 218 à 221.

[139] L'Écluse, en flamand Sluis, ville et port de mer des Pays-Bas, dans la Flandre hollandaise, prov. Zeeland, arr. Middelburg.

[140] Belgique, prov. Flandre occidentale, arr. et c. Bruges.

[141] L'île de Kadzand fait aujourd'hui partie des Pays-Bas, prov. Zeeland, arr. Middelburg, c. l'Écluse (Sluis).

[142] Édouard III s'embarqua à Orwell le 23 juin, veille de la fête de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste; et la bataille navale de l'Écluse se livra le jour même de la fête, le 24 juin: «....sub spe cœlestis auxilii, écrit Édouard III à l'archevêque de Canterbury, et justitiæ nostræ fiducia, dictum portum navigio venientes, invenimus dictam classem, et hostes nostros ibidem paratissimos ad prælium, in multitudine copiosa quibus _in festo Nativitatis Sancti Johannis Baptistæ proxime præterito_, ipse, spes nostra, Christus Deus, per conflictum fortem et validum, nos prævalere concessit, facta strage non modica dictorum hostium, capta etiam quodammodo tota classe, cum læsione gentis nostræ non modica respective.» Rymer, _Fœdera_, vol. II, p. 1129.

Édouard III monte un grand vaisseau construit à Sandwich[143], sur lequel flotte une bannière mi-partie aux armes de France et d'Angleterre. Le roi anglais, alors en la fleur de sa jeunesse, fait des prodiges de valeur; les marins normands et picards déploient, de leur côté, un grand courage. Dans l'après-midi, un gros renfort de navires montés par des hommes frais et nouveaux, amené par les Flamands de l'Écluse, de Blankenberghe, d'Aardenburg[144], d'Oostburg[145], de Bruges, du Damme[146], de Nieuport[147] et des villes voisines, décide la victoire en faveur des Anglais. Cette affaire coûte la vie à Hue Quieret et à (Nicolas) Behuchet; Pietro Barbavara se sauve à grand peine[148]. P. 37 et 38, 221 à 225.

[143] Sandwich, dans le comté de Kent, un des cinq ports.

[144] Pays-Bas, prov. Zeeland, arr. Middelburg, c. l'Écluse (Sluis).

[145] Pays-Bas, prov. Zeeland, arr. Middelburg, chef-lieu de canton.

[146] Belgique, prov. Flandre occidentale, arr. et c. Bruges.

[147] Belgique, prov. Flandre occidentale, arr. Furnes, chef-lieu de canton.

[148] Hue Quieret, seigneur de Tours en Vimeu, mourut des blessures reçues dans le combat. Nicolas Behuchet fut, dit-on, pendu au mât de son vaisseau par l'ordre d'Édouard III. Philippe de Valois amortit en avril 1344 quinze livres tournois de rente à Gonfreville-l'Orcher, à la requête de frère Pierre le Marchant, du tiers ordre de Saint-François, «clerc de nostre amé et feal conseiller _Nicolas Beuchet_ JADIS _chevalier_, en recompense des bons et agreables services que nous fist le dit Pierre en noz guerres de la mer en la compaignie du dit chevalier.» Arch. de l'Empire, sect. hist., JJ74, p. 154, fo 93.

La marine normande fut longtemps à se relever de ce désastre. En février 1342, Philippe de Valois amortit cent livres de terre pour la fondation d'un hôpital: «comme les bourgois et les habitanz de la ville de Leure en Normandie (Seine-Inférieure, comm. le Havre), _pour compassion de plusieurs du dit pais, qui onc de nostre armée de la mer avoient esté navrez et mehaigniez_ si griement qu'il ne povoient ne ne pourront jamais gaigner leurs vivres....» JJ74, p. 694, fo 418.

Après la victoire de l'Écluse, le roi d'Angleterre fait un pèlerinage à Notre-Dame[149] d'Aardenburg, puis il se rend à Gand. A la nouvelle de l'arrivée et de la victoire d'Édouard III, les allies campés devant Thun-l'Évêque lèvent le siége de cette forteresse et viennent à Gand auprès du roi anglais; là ils prennent l'engagement de se réunir un certain jour en parlement à Vilvorde. P. 38 à 40, 225 à 229.

[149] La belle église d'Aardenburg, dédiée sous l'invocation de Notre-Dame, était célèbre dans toute la Flandre au moyen âge comme but de pèlerinage.

Le roi de France retourne à Arras et le duc de Normandie à Cambrai. Les Français prennent aisément leur parti de la déconfiture des Normands à l'Écluse et disent: «On n'a rien perdu en perdant ces écumeurs de mer. Ils étaient tous des brigands; ils ne laissaient point venir de poisson sur le continent, et ils étaient cause qu'on n'en pouvait avoir. Le roi de France d'ailleurs a gagné deux cent mille florins à leur mort, car on leur devait leurs gages de quatre mois.» Toutefois, Philippe de Valois et son fils donnent l'ordre de renforcer les garnisons de Tournay, de Lille[150], de Douai[151], de Mortagne, de Saint-Amand, de Saint-Omer, d'Aire[152] et de Saint-Venant[153]. Informé qu'Édouard III et ses alliés doivent venir assiéger Tournay, le duc de Normandie envoie dans cette place Godemar du Fay[154]. Le seigneur de Beaujeu est mis dans Mortagne[155], et Pierre de Carcassonne est chargé de défendre Saint-Amand[156] en Puelle. P. 40 et 41, 227.

[150] Louis d'Espagne, comte de Talmont, fut capitaine souverain à Lille du 16 avril au 27 septembre 1340. De Camps, portef. 83, fo 310 vo.

[151] Hue Quieret, chevalier et conseiller du roi, son amiral en la mer, fut capitaine de Douai du 28 octobre au 6 décembre 1339. De Camps, 83, fo 311. Nicole de Wasiers paraît avoir succédé à Hue Quieret comme capitaine de Douai sous le gouvernement de Godemar du Fay, du 28 octobre 1339 au 27 septembre 1340. De Camps, 83, fo 312.

[152] Jean de Traynel, _chevalier le roi_, fut établi du 2 février au 12 juillet 1340, capitaine à Aire et ès frontières d'Artois avec 2 bacheliers et 28 écuyers sous sa bannière, et sous ses ordres 25 chevaliers bacheliers. De Camps, 83, fos 315 et 316.

[153] Robert de Wavrin, sire de Saint-Venant, fut établi, du 30 octobre 1339 au 27 septembre 1340, capitaine de Saint-Venant, avec 5 chevaliers et 40 écuyers sous sa bannière, et sous ses ordres 7 chevaliers bacheliers. De Camps, 83, fos 314 et 315.

[154] Godemar du Fay, sire de Bouchon (Somme, arr. Amiens, c. Picquigny), gouverneur de Tournésis, fut capitaine général ès villes de Lille et de Tournay et sur les frontières de Flandre et de Hainaut, du 18 octobre 1339 au 1er octobre 1340. De Camps, 83, fo 308 vo.

[155] Jean de Vienne, chevalier banneret, fut commis à la garde de Mortagne, du 29 octobre 1339 au 1er octobre 1340, avec 6 chevaliers bacheliers et 44 écuyers. De Camps, 83, fo 313.

[156] Jean, sire de Wastines, chevalier bachelier, fut préposé à la défense de Saint-Amand en 1339 et 1340 avec Jean de Verdebourc, Baudouin de Loc, Baudouin de Hasebrouck et 23 écuyers. Ibid.

Robert, roi de Sicile, très-versé dans l'astrologie, prédit les succès d'Édouard III: «Le sanglier de Windsor viendra, dit-il, enfoncer ses défenses jusque dans les portes de Paris.» Inspiré par son dévouement à la couronne de France, le roi Robert vient à Avignon prier le pape (Benoît XII)[157] d'user de son intervention pour faire la paix entre les rois de France et d'Angleterre. P. 41, 226.

[157] Froissart se trompe en rapportant ce fait au pontificat de Clément VI qui ne succéda à Benoît XII qu'en 1342.