‹ Chroniques de J. Froissart, tome 02/13Chapitre 6 sur 25 · CHAPITRE XXXVIII.

CHAPITRE XXXVIII.

1340. ASSEMBLÉE DE VILVORDE SUIVIE DU SIÉGE DE TOURNAY PAR ÉDOUARD III ET SES ALLIÉS[158] (§§ 118 à 122).

[158] Cf. Jean le Bel, chap. XXXVII, t. I, p. 175 à 177.

Assemblée de Vilvorde. Les principaux personnages qui assistent à cette assemblée, sont Édouard III roi d'Angleterre, Jean III duc de Brabant, Guillaume II comte de Hainaut, Jean de Hainaut, oncle du comte, Renaud II duc de Gueldre, Guillaume V marquis de Juliers, Louis Ier de Bavière, marquis de Brandebourg, Frédéric II, marquis de Meissen et d'Osterland, Adolphe VIII, comte de Berg, Robert d'Artois, Thierry III, seigneur de Fauquemont (Valkenburg), Guillaume de Duvenvoorde, Guillaume Ier, marquis de Namur. A ces princes sont venus se joindre Jacques d'Arteveld et les députés de Flandre, de Brabant et de Hainaut, au nombre de trois ou quatre pour chaque bonne ville. Une alliance offensive et défensive est conclue entre Flandre, Hainaut et Brabant; en cas de différend, c'est le roi d'Angleterre qui jouera le rôle d'arbitre entre ces trois pays. En signe de cette alliance, il sera frappé une monnaie dont les pièces s'appelleront _compagnons_ ou _alliés_. Les alliés conviennent d'aller mettre le siége devant Tournay aux environs de la Madeleine (22 juillet), puis ils se séparent et chacun retourne chez soi pour faire ses préparatifs. P. 41 à 43, 229 et 230.

Philippe de Valois envoie tenir garnison à Tournay l'élite de sa chevalerie, notamment Raoul, comte d'Eu, connétable de France[159], le jeune comte de Guines son fils[160], le comte de Foix[161] et ses frères, Aymeri VIII (vicomte) de Narbonne, Amé de Poitiers[162], Geoffroy de Charny[163], Girard de Montfaucon[164], Robert Bertran et Mathieu de Trie, maréchaux de France[165], Jean de Landas[166], le sénéchal de Poitou[167], les seigneurs de Cayeux[168], de Châtillon[169], de Renneval, de Mello[170], d'Offémont[171], de Saint-Venant[172] et de Creseques[173]. Les fortifications de la cité sont réparées, les engins, canons et espingalles sont mis en état, et l'on se pourvoit d'approvisionnements de toute sorte. P. 43, 44, 230.

[159] «Gens d'armes qui furent _à Tournay sous le gouvernement de Raoul, comte d'Eu_, connestable de France, estably lieutenant du roy sur toutes les frontières de Flandres et de Hainaut, du 23 octobre 1339 jusques au 2 décembre qu'il donna congé à ses dites gens d'armes.» De Camps, 83, fo 396 vo.

[160] «Raoul, comte de Guines, chev. bann. et 14 esc.» De Camps, 83, fo 307.

[161] Gaston de Foix n'est pas mentionné dans les montres comme ayant tenu garnison à Tournay, mais il commandait une des batailles de l'host de Bouvines: «La bataille Gaston, comte de Foix. Le dit comte de Foix, 32 chev. bann., 31 bach., 23 esc. bann., 671 esc., 7 sergens d'armes, 12 menestrels et 4 mareschaux pour chascun menestrel.» De Camps, 83, fos 343 vo et 344.

[162] Host de Bouvines en 1340. Bataille du roi: «Amé de Poitiers, banneret, 3 bach., 62 esc.» De Camps, 83, fo 346.

[163] A l'host des frontières de Flandre, du 9 mars 1339 au 1er octobre 1340, dans la bataille de Raoul, comte d'Eu, figure: «Gieffroy de Charny, bach. et 6 esc.; venu de Pierrepont sous Vezelay.» De Camps, 83, fo 317.

[164] Parmi les gens d'armes qui ont servi à Douai sous Godemar du Fay, du 18 octobre 1339 au 1er octobre 1340, figure: «Girart de Montfaucon, chev. bach., avec 9 esc.» De Camps, 83, fo 309 vo.

[165] Mathieu de Trie et Robert Bertran avaient à l'host de Flandre du 2 mars 1339 le commandement d'une bataille dite _bataille des maréchaux de France_: «Mathieu de Trie, mareschal de France, bann., 17 chev. bach. et 180 esc.; Robert Bertran, sire de Briquebec, mareschal de France, bann. et 16 esc.» De Camps, 83, fo 320 vo.

[166] Du 27 octobre 1339 au 27 septembre 1340 «jusques au departement de l'ost de Bovines, Jean de Mortaigne, seigneur de Landas, chev. bach., fut establi capitaine de Marchaines (Marchiennes) avec 12 esc.» De Camps, 83, fo 346.

[167] A l'host de Bouvines, dans la bataille du comte d'Alençon, figure «Jourdain de Loubert, seneschal de Poitou, chev. bann., 14 bach., 65 esc.» De Camps, 83, fo 337 vo.

[168] Jean de Cayeu, chev. bann., 12 esc.; venu de Senarpont (Somme, arr. Amiens, c. Oisemont). Ibid., fos 307 et 317.

[169] A l'host de Bouvines, dans la bataille du duc de Normandie, figure «Jean, sire de Chastillon, chev. bann., 9 bach. et 56 esc.; venu de Marigny lès Chasteau Thierry.» Ibid., fo 396.

[170] Parmi les gens d'armes qui servirent à Tournay sous Raoul, comte d'Eu, du 28 octobre au 2 décembre 1339, figure «Guillaume de Mello et 8 esc.» Ibid., fo 306 vo.

[171] A l'host de Bouvines, dans la bataille du comte d'Alençon, figure «Jean de Neelle, seigneur d'Auffemont, chev. bann., 5 bach., 32 esc.» Ibid., fo 338.

[172] Robert de Wavrin, sire de Saint-Venant.

[173] On lit _Breseques_ dans le ms. B 6; mais il s'agit sans doute ici d'Eustache, seigneur de Creseques, chevalier banneret d'Artois, qui servit à l'host de Bouvines, dans la bataille d'Eude, duc de Bourgogne et comte d'Artois. De Camps, 83, fo 330 vo.

Siége de Tournay par Édouard III et ses alliés. Le roi d'Angleterre prend position à la porte dite de Saint-Martin[174] sur le chemin de Lille et de Douai, le duc entre le Pont-à-Rieux[175], le long de l'Escaut, le Pire[176] et la porte de Valenciennes[177], le comte de Hainaut entre le roi d'Angleterre et le duc de Brabant[178]. Jacques d'Arteveld, à la tête de soixante mille Flamands, vient se loger à la porte de Sainte-Fontaine[179], sur les deux rives de l'Escaut. Les princes allemands, campés près des Marvis[180] du côté du Hainaut, ont fait un pont sur l'Escaut en amont de Tournay pour aller et venir d'une rive à l'autre. La cité de Tournay est ainsi investie de tous les côtés à la fois, et les habitants, pour mieux assurer la défense, ont enterré sept de leurs portes. P. 44 et 45, 230 à 232.

[174] La porte de Saint-Martin était au midi de Tournay, non loin du chemin de Lille et de Douai, situé un peu plus à l'ouest.

[175] Le Pont-à-Rieux est aujourd'hui un hameau de la commune de Saint-Maur, Belgique, prov. Hainaut, arr. Tournay, c. Antoing, à 5 kil. de Tournay.

[176] Le Pire est aujourd'hui un hameau de Montroeul-au-Bois, Belgique, prov. Hainaut, arr. Tournay, c. Leuze, à 12 kil. de Tournay.

[177] La porte de Valenciennes était située à l'est de Tournay, sur la rive gauche de l'Escaut, à l'endroit où ce fleuve entre dans la ville.

[178] Entre Édouard III au midi et le duc de Brabant à l'est, le comte de Hainaut était campé par conséquent au sud-est.

[179] La porte de Sainte-Fontaine était à l'ouest de Tournay, du côté de Courtrai, sur la rive gauche de l'Escaut.

[180] La porte des Marvis était située au nord-est de Tournay, sur la rive droite de l'Escaut.

Le siége durant devant Tournay, le comte de Hainaut ravage et brûle Orchies[181] et plus de quarante villages ou hameaux des environs, Landas[182], Lecelles[183], Haubourdin[184], Seclin[185], Ronchin[186], la ville et l'abbaye de Cysoing[187], Bachy[188], Marchiennes[189], les bords de la rivière de Scarp jusqu'au château de Rieulay[190], en Hainaut; il pousse ses incursions jusqu'au Pont-à-Raches[191] à une lieue de Douai et jusqu'aux faubourgs de Lens[192] en Artois. P. 46, 232 et 233.

[181] Nord, arr. Douai.

[182] Nord, arr. Douai, c. Orchies.

[183] Nord, arr. Valenciennes, c. Saint-Amand-les-Eaux.

[184] Nord, arr. Lille.

[185] Nord, arr. Lille. Par acte daté du Moncel lez Pont-Sainte-Maxence en octobre 1340, Philippe de Valois donne aux religieux, frères et sœurs de l'hôpital de Notre-Dame _emprès Seclin «tant pour leurs maisons qui ont esté arses et leurs biens gastez par noz anemis_, comme pour certaines autres causes, trois muis de blé, deux muis d'aveine et douze solz parisis ou environ de rente annuelle, en quoy le dit hospital estoit tenuz à nous par an.» Arch. de l'Empire, sect. hist., JJ73, p. 39, fo 32 vo.

[186] Nord, arr. et c. Lille.

[187] Nord, arr. de Lille, sur la Marcq. Abbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Augustin, au diocèse de Tournay.

[188] Nord, arr. Lille, c. Cysoing.

[189] Nord, arr. Douai.

[190] Nord, arr. Douai, c. Marchiennes.

[191] Raches ou Pont-à-Raches, Nord, arr. et c. Douai.

[192] Pas-de-Calais, arr. Béthune.

Combat sur l'Escaut entre les Flamands et les Français montés les uns et les autres sur des barques; les Flamands sont repoussés par les assiégés. P. 46, 47, 233, 234.

Durant ce même siége de Tournay, les Français de la garnison de Saint-Amand pillent et brûlent le village et l'abbaye d'Hasnon[193]; ils traversent les bois de Raismes, mettent le feu à l'hôtel du Pourcelet et attaquent l'abbaye de Vicoigne[194], dont l'abbé nommé Godefroi[195] parvient à repousser les agresseurs. Pour remercier les arbalétriers de Valenciennes qui sont accourus à son secours sous les ordres de Jean de Baissi, prévôt de la ville, l'abbé de Vicoigne leur fait boire un tonneau de vin; et dans la crainte d'une nouvelle surprise, il fait couper les bois qui entourent son abbaye et creuser de profonds et larges fossés. P. 47, 48, 234, 235.

[193] Nord, arr. Valenciennes, c. Saint-Amand. Abbaye de Bénédictins au diocèse d'Arras.

[194] Vicoigne, aujourd'hui hameau de la commune de Raismes, Nord, arr. Valenciennes. Abbaye de l'ordre de Prémontré au diocèse d'Arras.

[195] L'abbé Godefroi, dont il est ici question, est Godefroi II de Bavai, né à Cambrai, promu abbé en 1312, mort en 1344. Une épitaphe rapportée dans le _Gallia christiana_ célèbre le courage de l'abbé Godefroi.

«Pendant le siége de Tournay, dit Froissart, il survint plusieurs grands faits d'armes, non-seulement en France, mais encore en Gascogne et en Écosse, qui ne doivent pas être mis en oubli, car selon la promesse que j'ai faite à mon seigneur et maître en commençant cet ouvrage, je consignerai toutes les belles actions qui viendront à ma connaissance, quoique Jean le Bel ne les ait pas mentionnées dans ses Chroniques. Mais un homme ne peut tout savoir, et ces guerres étaient si grandes, si dures et si enracinées de tous côtés, qu'il est facile d'en oublier quelque chose si l'on n'y prend bien garde.» P. 235, 236.

Le comte de l'Isle[196] est en Gascogne comme un petit roi de France et fait une guerre acharnée aux Gascons du parti anglais. Les principaux chevaliers du parti français sont avec le comte de l'Isle, les comtes de Comminges[197] et de Périgord[198], les vicomtes de Villemur[199], de Tallard[200], de Bruniquel, de Caraman[201] et de _Murendon_[202]; l'effectif de leurs forces s'élève à six mille chevaux et dix mille fantassins. Les Français prennent Bergerac, Condom, Sainte-Bazeille[203], Penne[204], Langon[205], _Prudaire_, Civrac[206]; ils assiégent la Réole. Après une belle défense, Jean le Bouteiller, capitaine de la ville pour le roi d'Angleterre, rend la Réole[207] au comte de l'Isle qui confie la garde de cette place à un chevalier gascon nommé _Raymond Segui_. Une fois maîtres de la Réole, les Français mettent le siége devant Auberoche[208], dont la garnison a pour chef Hélie de Pommiers. P. 48, 236 et 237.

[196] Bernard Jourdain, sire de Lille (auj. l'Isle-en-Jourdain-Gers, Gers, arr. Lombez.)

[197] Pierre Raymond Ier, comte de Comminges.

[198] Roger Bernard, comte de Périgord.

[199] Arnaud de la Vie, sire de Villemur.

[200] Jean de la Baume, vicomte de Tallard.

[201] Arnaud d'Euze, vicomte de Caraman.

[202] Peut-être Amauri, vicomte de Lautrec, seigneur de Montredon.

[203] Lot-et-Garonne, arr. et c. Marmande.

[204] Lot-et-Garonne, arr. Villeneuve-sur-Lot.

[205] Gironde, arr. Bazas.

[206] Civrac-de-Dordogne, Gironde, arr. Libourne, c. Pujols.

[207] La Réole était au pouvoir du roi de France dès 1339. Le 6 janvier de cette année, Jean, roi de Bohême, lieutenant du roi en langue d'oc, accorde aux consuls et habitants de la Réole, contrairement à la coutume de Bazas, en récompense de leur fidélité, le privilége de pouvoir disposer par testament de leurs biens immeubles. Arch. de l'Empire, sect. hist., JJ73, p. 227, fo 179.--En 1341, Thibaud de Barbazan, écuyer banneret, était capitaine, et Guillaume de la Baume, chevalier banneret, châtelain de la Réole avec 10 écuyers. De Camps, 83, fo 288 vo.

[208] Aujourd'hui hameau de la commune du Change, Dordogne, arr. Périgueux, c. Savignac-les-Églises.