‹ Chroniques de J. Froissart, tome 03/13Chapitre 5 sur 16 · CHAPITRE LIV.

CHAPITRE LIV.

1345. PREMIÈRE CAMPAGNE DU COMTE DE DERBY EN GUIENNE[34]. (§§ 205 à 223).

[34] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, chap. LXVI et LXVII, p. 36 à 39.

Édouard III rompt la trêve de Malestroit; il envoie le comte de Derby en Gascogne[35], Thomas d’Agworth[36] en Bretagne contre les Français, le comte de Salisbury en Irlande contre les Irlandais. Parti de Southampton avec des forces considérables, le comte de Derby débarque à Bayonne, puis se rend à Bordeaux dont les habitants l’accueillent avec enthousiasme. Pendant ce temps, le comte de l’Isle, qui se tient à Bergerac à la tête des forces françaises, se dispose à disputer aux Anglais le passage de la [Dordogne].--Derby, en quittant Bordeaux[37] pour marcher contre Bergerac, s’arrête un jour et une nuit à une petite forteresse qu’on appelle Montcuq[38]; et le lendemain de cette halte, ses coureurs s’avancent jusqu’aux barrières de Bergerac, qui n’est qu’à une lieue de Montcuq. Le matin de ce même jour, Gautier de Mauny, dînant à la table du comte de Derby, propose de livrer immédiatement l’assaut pour boire à souper des vins des seigneurs de France. A la suite d’un premier assaut, les Anglais emportent le premier pont ainsi que les barrières et se rendent maîtres des faubourgs de Bergerac. Un second assaut dirigé contre les remparts reste infructueux. Ce que voyant, Derby fait venir de Bordeaux un certain nombre de navires avec lesquels il attaque Bergerac par eau; il réussit à rompre sur une grande étendue les palissades qui défendent la ville de ce côté. Le comte de l’Isle, voyant que la place n’est plus tenable, fait déloger la garnison et se sauve en toute hâte à la Réole. Les habitants de Bergerac s’empressent de se rendre au comte de Derby et lui font féauté et hommage au nom du roi d’Angleterre[39].--Derby, après s’être rafraîchi deux jours à Bergerac, quitte cette ville pour aller attaquer Périgueux; chemin faisant, il soumet _Langon_[40] dont la garnison se retire sur Monsac[41], _le Lac_ (les Lèches[42]), Maduran[43], Lamonzie[44], Pinac[45], Lalinde[46], _Forsach_ (Laforce[47]), la _Tour de Prudaire_[48], Beaumont[49], Montagrier[50], Lisle[51], chef-lieu de la seigneurie du comte de ce nom, Bonneval[52]. Après des tentatives infructueuses contre Périgueux[53] et Pellegrue[54], Derby s’empare du château d’Auberoche[55] dont les habitants se rendent sans coup férir[56] ainsi que de la ville de Libourne[57] et rentre à Bordeaux. P. 41 à 62, 237 à 282.

[35] Jean le Bel rapporte, à tort, la campagne de Henri de Lancastre, comte de Derby, en Guienne et en Gascogne, à l’année 1344: «... et fut l’an de grace mil CCCXLIV, à l’entrée d’yver.» (V. t. II, p. 43.) Froissart a reproduit l’erreur chronologique commise par le chroniqueur qu’il reconnaît lui avoir servi de guide pour toute la partie de ses chroniques antérieure à 1350. Il est certain, comme Dacier l’avait parfaitement établi dès la fin du dernier siècle (V. _Chroniques de Froissart_, p. 233, note 1), que la campagne de Henri de Lancastre, comte de Derby, n’eut lieu qu’en 1345. Par lettres datées de Westminster le 14 avril 1345, Édouard III nomme Guillaume de Bohon, comte de Northampton, son lieutenant dans le royaume de France et le duché de Bretagne et le charge de défier Philippe de Valois (Rymer, _Fœdera_, vol. III, p. 36 et 37). Le 10 mai suivant, le comte de Derby est nommé capitaine et lieutenant du roi d’Angleterre dans le duché d’Aquitaine et ses dépendances (_Ibid._, p. 37); et le 20 mai, il reçoit des lettres de protection pour lui et les compagnons d’armes qui doivent faire partie de l’expédition (_Ibid._, p. 39). Le 26 mai, le roi d’Angleterre adresse des lettres au pape pour lui signifier la rupture de la trêve et la déclaration de guerre à la France; le 11 juin, il somme tous les hommes d’armes et archers de rejoindre le comte de Derby à Southampton; enfin, le 15 du même mois, il ordonne des prières publiques par tout son royaume (_Ibid._, p. 41, 44, 45).

[36] Le 17 mai 1345, des lettres de protection pour passer en Bretagne furent en effet delivrées à Thomas d’Agworth (Rymer, vol. III, p. 38); mais il servait sous les ordres de Guillaume de Bohon, comte de Northampton, nommé capitaine et lieutenant du roi en Bretagne, par lettres du 24 avril 1345 (_Ibid._, p. 37).

[37] Tout le reste de ce chapitre appartient en propre à Froissart ou du moins n’est pas emprunté à Jean le Bel.

[38] Aujourd’hui hameau de la commune de Saint-Laurent-des-Vignes, Dordogne, arr. et c. Bergerac. Montcuq avait une garnison anglaise le 15 août 1345. A cette date, Henri de Montigny, sénéchal de Perigord et de Querci, en faisait le siége. Une quittance délivrée par ce chevalier à Bernard Ramundi, baile royal, est datée «... in castris ante Montem Cucum sub sigillo nostro, XVº die augusti, Mº CCCº XLº quinto.» (Bibl. nat., Dép. des Mss., Cabinet des Titres, Orig., au mot _Montigny_.) Cette charte a été publiée par M. Bertrandy dans son _Étude sur les Chroniques de Froissart_, p. 32, note 1. Bordeaux, A. de Lanefranque, 1870, in-8. Nous tenons à dire ici bien haut que, pour toute cette campagne de Derby, nous avons souvent fait usage de l’utile travail de M. Bertrandy, composé en grande partie, l’auteur ne nous saura pas mauvais gré de l’ajouter, d’après les précieux documents recueillis par M. Lacabane.

[39] D’après une chronique manuscrite placée en tête des _Coutumes de Bordeaux, de Bergerac et du Bazadais_ et signalée par dom Vaissète, la prise de Bergerac eut lieu le 24 août 1345: «L’an mil CCCXLV, fo pres Bragueyrac, en Peyregort, per lo conte Darvi, _lo jorn de sent Bertomyu_. (Bibl. nat., dép. des mss., fonds français, nº 5361, fº 1 rº.) D’après la rédaction de Rome (p. 268), un certain nombre d’habitants de Bergerac aimèrent mieux quitter leur ville que de se soumettre aux Anglais. Cette dernière version, plus vraisemblable que celle des deux rédactions antérieures, est confirmée par un acte d’accord entre le comte de Derby et les frères d’Albret, seigneurs de Vayres (Gironde, ar. et c. Libourne), acte daté de Bergerac le 11 septembre 1345, par lequel Derby laisse notamment auxdits frères la faculté de rappeler les gens de Bergerac «.... potestatem reappellandi et convocandi gentes Bregeraci de redeundo ad villam predictam, perdonandi, graciam faciendi...» (Arch. dép. des Basses-Pyrénées, orig. parch.) Cet acte a été signalé et publié par M. Bertrandy, _Études_, etc., p. 36 à 38, note 1.

[40] Il existe un Langon (Gironde, ar. Bazas), mais il est à une trop grande distance de l’itinéraire suivi par Derby. _Lanquais_ (Dordogne, ar. Bergerac, c. Lalinde), proposé par M. Ribadieu (_Les Campagnes du comte Derby_, p. 24, Paris, 1865, in-12), s’adapte bien comme situation, sinon comme nom, au récit de Froissart.

[41] Dordogne, ar. Bergerac, c. Beaumont, à peu de distance de Lanquais.

[42] Dordogne, ar. Bergerac, c. Laforce. La localité appelée aujourd’hui les Lèches est désignée au moyen âge par les formes _las Lechas_, de _Lerches, de las Lescas_ (_Noms anciens de lieux du département de la Dordogne, par M. le vicomte de Gourgues_, p. 122). Ces formes donnent une certaine vraisemblance à l’identification du Lac de Froissart avec les Lèches proposée par M. Bertrandy (_Études_, etc., p. 71).

[43] Aujourd’hui hameau de Saint-Pierre-d’Eyraud, Dordogne, ar. Bergerac, c. Laforce.

[44] Aujourd’hui Lamonzie-Montastruc, Dordogne, ar. et c. Bergerac.

[45] A Paunat proposé par M. Ribadieu, M. Bertrandy préfère avec raison (_Études_, p. 46) Pinac, aujourd’hui disparu, mais qui existait au moyen âge avec une église, _ecclesia de Pinac_, et faisait partie de l’archi-prêtré de St-Marcel (Dordogne, ar. Bergerac, c. Lalinde), au diocèse de Périgueux.

[46] Dordogne, ar. Bergerac. Le château de Lalinde, avec la haute et basse justice et le revenu appelé vulgairement _le petit commun de Clarenxs_, fut donné par Derby à Thomas Coq en récompense de ses services. (Bertrandy, _Études_ etc., p. 44, note 2.)

[47] Dordogne, ar. Bergerac. Laforce se rapproche assez mal, comme forme, du _Forsach_ de Froissart, mais il se rapporte bien, comme situation, au récit du chroniqueur. Ce qui est certain, c’est que Laforce était au pouvoir des Anglais avant le mois de septembre 1345. Par acte daté de Bergerac le 2 septembre 1345, Derby confirme la cession de la haute et basse justice dans les paroisses de Laforce et de Lunas, en la châtellenie de Bergerac, dont il avait antérieurement récompensé les services d’Hélie Prévôt, damoiseau de Laforce (Bibl. nat., dép. des mss. Périgord, vol. 52, fº 59). V. Bertrandy, _Études_ etc., p. 33, note 1.

[48] Cette fortification, qui fut probablement ruinée de bonne heure, n’est point marquée sur la carte de Cassini ni sur les plus anciennes cartes du Périgord.

[49] Aujourd’hui Beaumont-du-Périgord, Dordogne, ar. Bergerac.

[50] Dordogne, ar. Ribérac.

[51] Dordogne, ar. Périgueux, c. Brantôme.

[52] Aujourd’hui hameau de la commune de Fossemagne, Dordogne, ar. Périgueux, c. Thenon.

[53] Il y eut un complot pour livrer Périgueux aux Anglais entre le 24 juin et le 6 août 1345 (Bibl. nat., mss. Lespine, Périgord, vol. 49, fº 112 _bis_). V. Bertrandy, _Études_ etc., p. 49, 50, note 1 et p. 51.

[54] Gironde, ar. la Réole. Pellegrue fut pris par les Anglais, ainsi que l’affirme Robert d’Avesbury (_Hist. Ed. III_, p. 122) et ainsi qu’il résulte d’une charte d’Édouard III datée de Westminster le 12 août 1348. V. Bertrandy, _Études_ etc., p. 64, note 3 et p. 65. Froissart lui-même, dans la rédaction de Rome (p. 279) a corrigé l’erreur qu’il avait commise à ce sujet dans les deux rédactions antérieures (p. 60 et 278).

[55] Aujourd’hui hameau de la commune le Change, Dordogne, ar. Périgueux, c. Savignac-les-Églises.

[56] Dans l’acte de la vente du château d’Auberoche faite en novembre 1346: au cardinal Talleyrand de Périgord, il est dit que ce château fut livré aux Anglais par trahison: «... _proditorie_ et aliter indebite et injuste occupatum et _captum_...» Arch. nat., JJ76, p. 396, fₒₛ 241 et 242. C’est sans doute cette vente d’Auberoche à un cardinal, anticipée et dénaturée par Froissart, qui fait dire à notre chroniqueur dans la rédaction de Rome (p. 279 et 280) que la ville d’Auberoche appartenait à un haut dignitaire ecclésiastique qui «se tenoit en Avignon dalés le pape.»

[57] Derby n’eut pas à s’emparer de Libourne, car cette ville ne cessa d’être au pouvoir des Anglais pendant les années 1345 à 1348. Froissart ici encore, en ne mentionnant pas cette prise imaginaire de Libourne, a corrigé dans la rédaction de Rome (p. 280) une erreur qui lui avait échappé dans les rédactions antérieures (p. 61 et 279). Il aurait dû ne pas s’arrêter en si bon chemin et supprimer aussi la rentrée non moins imaginaire de Derby à Bordeaux.

Le comte de l’Isle, informé du retour de Derby à Bordeaux, met le siége devant Auberoche et fait venir de Toulouse quatre machines de guerre pour abattre les remparts du château. Les assiégés d’Auberoche chargent un de leurs valets de porter à Derby une dépêche qui l’informe de la détresse où ils se trouvent. Ce valet est arrêté par les assiégeants qui, après avoir pris connaissance de la dépêche dont il est porteur, le placent dans la fronde d’une de leurs machines de guerre et le lancent avec son message pendu au cou[58]. A la nouvelle du danger que court la garnison d’Auberoche, Derby quitte en toute hâte Bordeaux[59], rallie sur sa route les gens d’armes anglais, tant ceux qui se tiennent à Libourne sous Richard de Stafford que ceux qui occupent Bergerac sous le comte de Pembroke, et vient livrer bataille[60] aux Français à quelque distance d’Auberoche. Défaite des Français: les comtes de l’Isle[61], de Valentinois[62], de Périgord[63] et de Comminges[64], les vicomtes de Villemur[65] et de Caraman[66], les sénéchaux de Rouergue, du Querci[67] et de Toulouse[68], les seigneurs de la Barde et de Taride[69], les deux frères Philippe et Renaud de Dion sont faits prisonniers; Roger[70], oncle du comte de Périgord, le sire de Duras, Aymar de Poitiers[71], les vicomtes de _Murendon_[72], de Bruniquel, de Tallard et de Lautrec[73] sont tués.--Mécontentement du comte de Pembroke qui n’arrive à Auberoche qu’après la bataille.--Derby laisse à Auberoche une garnison sous les ordres d’un chevalier gascon nommé Alexandre de Caumont et retourne à Bordeaux. P. 62 à 73, 292 à 295.

[58] Cet épisode fort invraisemblable a été supprimé dans la rédaction d’Amiens (p. 284 et 285).

[59] D’après la rédaction de Rome (p. 286), c’est de Libourne que serait parti le comte de Derby.

[60] Froissart commet une erreur en fixant la date de la bataille d’Auberoche à la veille (p. 71) ou au lendemain (p. 290) de la Saint-Laurent, 9 ou 11 du mois d’août 1344. La campagne de Derby eut lieu, contrairement à l’assertion de Jean le Bel adoptée par Froissart, en 1345, non en 1344. Et quant au mois, la date donnée par Villani est la plus probable. Or, d’après cet historien, l’action commença le 21 octobre à la pointe du jour, «... à la punta del di, a di 21 d’octobre» Muratori, _Rerum Italicarum scriptores_, tome XIII, col. 927. Le témoignage de Villani est confirmé par une chronique anonyme placée en tête des _Coutumes de Bordeaux_, etc., où on lit que «l’an MCCCXLV fo la batallia dabant Albarocha en Peyregort, lo jorn de Sent Sevrin.» Bibl. nat., dép. des mss., fonds français, nº 5361, fº 1 rº. saint Seurin ou saint Séverin a trois jours de fête, le 21, le 23 et le 29 octobre. En choisissant le 21, on met d’accord le chroniqueur français anonyme et l’annaliste italien. V. Bertrandy, _Études_ etc., p. 114 et 115.

[61] Le comte de l’Isle (Bertrand de l’Isle-Jourdain) était encore prisonnier des Anglais le 6 mai 1346, jour où des lettres d’Etat lui furent octroyées par Philippe de Valois. Bibl. nat., dép. des mss., Parlement 12, fº 242 vº. V. Bertrandy, _Etudes_ etc., p. 124.

[62] Froissart se trompe: Louis de Poitiers, 1er du nom, comte de Valentinois et de Diois, fils d’Aymar IV, fut tué à Auberoche, et non fait prisonnier, comme l’affirme notre chroniqueur.

[63] Le comte de Périgord ne fut sans doute pas fait prisonnier à Auberoche, puisque dans le mois qui suivit la bataille, c’est-à-dire en novembre 1345, un accord intervint entre Jean, duc de Normandie et le comte du Périgord en vertu duquel ce dernier s’engage à défendre son comté à la tête de 200 hommes d’armes et de 400 sergents. Bibl. nat., dép. des mss., fonds Doat, vol. 243, fol. 160 et suiv. V. Bertrandy, _Études_ etc., p. 95 et 96.

[64] Pierre Raymond, comte de Comminges. Le 17 décembre 1346, le duc de Bourbon, lieutenant en Languedoc, donna à Roger de Comminges, chevalier, seigneur de Clermont-Soubeiran, 2,000 tournois pour se racheter (_Comptes de la sénéchaussée de Beaucaire_ cités par dom Vaissète, _Hist. du Languedoc_, t. IV, p. 255); mais il ne faut pas confondre Roger de Comminges avec Pierre Raymond, comte de Comminges.

[65] Si Arnaud de la Vie, vicomte de Villemur, fut fait prisonnier à Auberoche le 21 octobre 1345, il était libre le 10 juin 1346, jour où le roi de France lui octroya des lettres d’Etat. Bibl. nat., dép. des mss., Parlement 12, fº 249. V. Bertrandy, _Études_ etc., p. 119.

[66] Arnaud d’Euze ou d’Evèze, vicomte de Caraman, n’avait pas encore payé sa rançon à la date du 30 mai 1346; «car à cette date, dit M. Bertrandy (_Études_, p. 124, note 3), les habitants de Montricoux (Tarn-et-Garonne, ar. Montauban, c. Négrepelisse), localité dont Arnaud était seigneur, engagèrent les revenus communaux de la Devèze et du port de Montricoux, à l’effet de concourir, pour une somme de 200 livres de petits tournois, au payement de la rançon de leur seigneur.» Orig., Archives de M. le vicomte de Malartic.

[67] Le sénéchal de Querci, tué à Auberoche, fut sans doute Henri de Montigny, qui remplissait encore ces fonctions le 15 août 1435, et dont une lettre de Philippe de Valois au receveur de Cahors, datée de Vincennes, le 3 février 1347 (n. st.), mentionne la mort. [Bibl. nat., dép. des mss., Orig. du Cab. des Titres, au mot _Montigny_.] D’un autre côté, le sénéchal de Querci était le 27 novembre 1345 Guillaume de Montfaucon, seigneur du Verdrac, capitaine général et sénéchal de Périgord et de Querci, à qui le duc de Normandie signifie qu’il a donné au comte de Périgord toute la terre ayant appartenu, dans le diocèse de Périgueux, au seigneur de Montfaut, partisan des Anglais. Bibl. nat., dép. des mss., fonds Doat, vol. 243, fº 158. V. Bertrandy, _Études_, etc., p. 121, note 1, et p. 129.

[68] Agout des Baux, sénéchal de Toulouse et d’Alby dès 1342, fut sans doute fait prisonnier à Auberoche, comme l’affirment Villani et Froissart, car dès le 6 novembre 1345, Girard de Montfaucon, chevalier, était sénéchal de Toulouse, probablement au lieu et place d’Agout des Baux (Bibl. nat., dép. des mss., _Titres scellés_, vol. I, fº 319); et, d’un autre côté, le 15 janvier 1347 (n. st.) Agout des Baux était redevenu gouverneur et sénéchal de Toulouse et d’Alby (Bibl. nat., _Titres scellés_, vol. 9, au mot _Barbazan_).

[69] Le seigneur dont il s’agit ici est Raymond Jourdain de Tarride, auquel Jean, duc de Normandie donna, en août 1346, trois cents livres tournois de rente annuelle à asseoir en la sénéchaussée de Toulouse pour ses services en Flandre et en Guienne. Arch. nat., JJ82, fº 380, p. 255.

[70] Roger était oncle, d’après la première rédaction (p. 70), et d’après la troisième (p. 289), frère du comte de Périgord.

[71] Aymar de Poitiers, cinquième fils d’Aymar IV du nom, seigneur de Chalançon, puis de Veyne le 11 juillet 1345, ne fut pas tué, mais seulement fait prisonnier à Auberoche; et Jean, duc de Normandie, par lettres du 25 novembre 1345, confirmées le 31 décembre 1350, lui donna 300 livres tournois en récompense de ses services (Anselme, _Hist, généal._, t. II, p. 195). Hautecuer de Poitiers, auquel le duc de Normandie donna, par lettres datées «ès tentes devant Aiguillon, le 29 avril 1346» cent livres «pour soi remonter et armer» et qui fut aussi pris par les ennemis à Auberoche, appartenait sans doute à la même famille que Louis et Aymar de Poitiers.

[72] Sur cet énigmatique _vicomte de Murendon_ qui aurait été tué à Auberoche, voyez le t. I de cette édition, p. CCXLV du sommaire, note 378. «Lo vescomte de Monredon» est mentionné dans une montre de 1376 parmi les parents de Gaston Phœbus, comte de Foix. V. _Rôles de l’armée de Gaston Phœbus_ (1376-1378) publiés par P. Raymond, p. 40. Bordeaux, 1872, in-4º.

[73] Amauri IV, vicomte de Lautrec et seigneur d’Ambres, ne fut pas tué, mais seulement fait prisonnier; il n’avait pas encore recouvré sa liberté au mois de mai 1346; il perdit à Auberoche Pons, sous-sergent d’armes et prévôt de Réalmont, écuyer de sa suite. Il avait obtenu du roi de France dès le 28 novembre 1345 des lettres de sauvegarde. Dom Vaissète, _Hist. de Languedoc_, t. IV, p. 255.