CHAPITRE LV.
1345 ET 1346. BRUITS CALOMNIEUX CONTRE ÉDOUARD III.--SECONDE[74] CAMPAGNE DU COMTE DE DERBY EN GUIENNE[75] (§§ 223 à 235).
[74] Froissart voit, à tort, une seconde campagne de Derby là où il n’y eut en réalité que la continuation de la campagne inaugurée par ce capitaine en juillet 1345: c’est une conséquence de l’erreur qui lui a fait rapporter, d’après Jean le Bel, le commencement de la campagne à l’année 1344.
[75] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II. chap. LXV, p. 29 à 33 et chap. LXVII, p. 40 à 43.
«Vous[76] avez entendu parler ci-dessus de l’amour d’Edouard III pour la comtesse de Salisbury. Toutefois, les Chroniques de Jean le Bel parlent de cet amour plus avant et moins convenablement que je ne dois faire, car, s’il plaît à Dieu, il ne saurait entrer dans ma pensée d’inculper le roi d’Angleterre et la comtesse de Salisbury d’aucun vilain reproche. Si les honnêtes gens se demandent pourquoi je parle ici de cet amour, qu’ils sachent que messire Jean le Bel raconte dans ses Chroniques que le roi anglais viola la comtesse de Salisbury. Or, je déclare que je connais beaucoup l’Angleterre, où j’ai longtemps séjourné, à la Cour principalement, et chez les grands seigneurs de ce pays; et pourtant je n’ai jamais entendu parler de ce viol, quoique j’aie interrogé là-dessus des personnes qui l’auraient bien su, si jamais il en avait rien été. D’ailleurs, je ne pourrais croire et il n’est pas croyable qu’un si haut et vaillant homme que le roi d’Angleterre est et a été, se soit laissé aller à déshonorer une des plus nobles dames de son royaume et un de ses chevaliers qui l’a servi si loyalement et toute sa vie: aussi d’ores en avant je me tairai de cet amour et reviendrai au comte de Derby et aux seigneurs d’Angleterre qui se tenaient à Bordeaux.»
[76] Ce curieux passage, qui ne se trouve que dans la rédaction d’Amiens (p. 293), est une réfutation du chapitre LXV de Jean le Bel.
Vers la mi-mai[77] 1345, le comte de Derby quitte Bordeaux où il vient de passer ses quartiers d’hiver[78], et, après avoir fait à Bergerac sa jonction avec le comte de Pembroke, il marche contre la Réole. Derby reçoit sur sa route la soumission des habitants de Sainte-Bazeille[79]; il s’empare de la Roche Meilhan[80], et, après avoir mis pendant quinze jours le siége devant Monségur[81], reçoit à composition le capitaine de cette forteresse, se fait rendre Aiguillon[82], emporte d’assaut Castelsagrat[83], après quoi il met le siége devant la Réole. P. 73 à 80, 293 à 300.
[77] Froissart se trompe. La chevauchée de Derby contre la Réole est postérieure au 8 octobre 1345, puisque dans des lettres qui portent cette date et par lesquelles Édouard III donne à Raymond Seguin la bladerie de la Réole, le roi anglais ajourne l’entrée en jouissance au moment où la Réole sera retombée entre les mains des Anglais (_Arch. hist. de la Gironde_, t. II, p. 419; Bertrandy, _Études_ etc., p. 142).
[78] Derby n’eut pas à quitter Bordeaux, où il n’avait point passé ses quartiers d’hiver. La bataille d’Auberoche ayant été livrée le 21 octobre 1345, et la prise de la Réole par les Anglais étant antérieure au 26 janvier 1346, date d’une concession faite par Édouard III aux habitants de cette ville, la chevauchée contre la Réole dut suivre immédiatement l’affaire d’Auberoche. D’ailleurs, Robert d’Avesbury dit formellement que Derby, après sa victoire d’Auberoche, poursuivit sans discontinuer pendant tout l’hiver ses opérations militaires: «subsequenterque per totum yemem subsequentem ibidem se strenue gessit.» (_Hist. de mirabilibus gestis Edwardi III_, p. 122.) Froissart lui-même, en mentionnant le passage de Derby à Bergerac, rend tout à fait invraisemblable son départ de Bordeaux, tandis qu’au contraire Bergerac est sur le chemin d’Auberoche à la Réole.
[79] Lot-et-Garonne, ar. et c. Marmande, sur la rive droite de la Garonne, en amont de la Réole.
[80] Nous identifions _la Roche Millon_ de Froissart avec Meilhan, chef-lieu de canton de Lot-et-Garonne, ar. de Marmande, voisin de la Réole. Cette heureuse identification a été proposée pour la première fois par M. Ribadieu, _Les campagnes du comte de Derby en Guyenne_, p. 46, note 1.
[81] Jean le Bel, dont Froissart ne fait ici que développer le texte, dit à propos de Monségur (_Chroniques_, t. II, p. 40): «et puis aprez le fort chastel et grosse ville de Monségur, qui siet sur une grosse rivière appellée Lot.» Cette phrase prouve avec évidence que Jean le Bel et après lui Froissart entendent parler de Monségur, Lot-et-Garonne, ar. Villeneuve-sur-Lot, c. Monflanquin, et non de Monségur-Gironde, ar. la Réole, sur la rive gauche du Drot, comme le suppose M. Bertrandy (_Études_ etc., p. 160). Il est probable que Derby, après sa victoire d’Auberoche, sépara son armée en deux corps, chargés d’opérer, l’un sur les bords de la Garonne, l’autre sur les rives du Lot; au premier, qui avait la Réole pour objectif, reviendraient les affaires de Sainte-Bazeille et de Meilhan; au second, dont Aiguillon était le point de mire, devraient être rapportées les entreprises contre Monségur sur Lot et Castelsagrat. Faute d’avoir supposé cette division en deux corps d’armée, que les nécessités stratégiques rendent au moins vraisemblable, Jean le Bel et Froissart ont été amenés à confondre deux mouvements de troupes parfaitement distincts et à présenter comme successives des opérations qui ont pu être simultanées.
[82] Lot-et-Garonne, ar. Agen, c. Port-Sainte-Marie, au confluent de la Garonne et du Lot. Aiguillon était déjà au pouvoir des Anglais le 10 décembre 1345, jour où Raoul, baron de Stafford, sénéchal de Guyenne, y donne à Guillaume de Lunas, co-seigneur d’Aiguillon, partisan des Anglais, un droit de péage sur la Garonne et le Lot vendu par Astorg de Lunas, père de Guillaume, aux frères Sornard traités comme rebelles parce qu’ils n’ont pas encore abandonné la cause du roi de France. (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 28, fº 279). V. Bertrandy, _Études_ etc., p. 188. Raoul de Stafford était sans doute le chef du corps d’armée qui avait été chargé d’opérer sur les bords du Lot avec Aiguillon pour objectif, tandis que Derby en personne opérait sur la Garonne contre la Réole. Il n’y a pas de témérité à supposer que ce Guillaume de Lunas, dont il est question dans la charte de Raoul de Stafford, et un autre co-seigneur d’Aiguillon, nommé Raimfroid de Monpezat, jouèrent un rôle décisif dans cette reddition si facile et si prompte de l’importante forteresse d’Aiguillon. Les faveurs signalées dont ces deux seigneurs, et surtout celui de Monpezat, furent comblés par le roi d’Angleterre, autorisent pleinement cette supposition. En effet, par lettres datées de Westminster le 20 août 1348 (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 75, fº 210; Bertrandy, _Études_ etc., p. 154, note 1), Édouard III confirme la donation faite par Derby à Raimfroid de Monpezat des lieux de _Sancto Sacerdocio_ (Saint-Sardos, Lot-et-Garonne, ar. Agen, c. Prayssas) et de _Sancto Damiano_ (_Sanctus Damianus_ désigne Monpezat où une église était, si elle n’existe pas encore, sous l’invocation de saint Damien; ce ne peut être _Saint-Amans?_ comme le suppose M. Bertrandy), toute juridiction au lieu dit de _Podio Bardaco_ (Pech-Bardat, hameau de la comm. de Lacépède), sur les paroisses de _Sancte Fidis_ (Sainte-Foi-de-Pechbardat, hameau de Lacépède; et non _La Fitte_, comme le suppose M. Bertrandy) et de _Cepeda_ (Lacépède, Lot-et-Garonne, ar. Agen, cant. Prayssas), des droits pareils dans les paroisses de _Sancto Michaele de Bas_ (Saint-Michel, auj. hameau de la comm. de Dolmayrac, Lot-et-Garonne, ar. Villeneuve-sur-Lot, cant. Sainte-Livrade; et non _Sembas?_ comme le suppose M. Bertrandy) et de _Sancto Calvario de Reda_ (Rides, auj. hameau de la comm. de Cours, Lot-et-Garonne, ar. Agen, cant. Prayssas; et non _Saint-Caprais et Ridès_, comme l’affirme M. Bertrandy); il le réintégra dans les possessions de ses prédécesseurs au lieu ou territoire de l’abbaye de Payrinhaco (Pérignac, aujourd’hui hameau de la commune de Monpezat).
[83] Nous identifions avec Dacier (p. 254 de son édition) et M. Ribadieu (_Campagnes de Derby_, p. 49, note 1) _Segrat, Sigrat, Sograt, Segart_ de Froissart (p. 80 et 300) avec Castelsagrat, Tarn-et-Garonne, ar. Moissac, cant. Valence-d’Agen. L’occupation de Castelsagrat par les Anglais est postérieure au 21 novembre 1345, jour où dix-sept localités de l’Agenais, parmi lesquelles figure Castelsagrat, envoient Pierre de Caseton vers le roi de France avec une lettre de créance; d’un autre côté, elle est antérieure au 5 avril 1346, car à cette date les consuls d’Agen, invités à fournir un contingent à Jean, duc de Normandie, pour le siége d’Aiguillon, motivent leur refus sur ce que les Anglais occupent plusieurs localités de l’Agenais menaçantes pour leur ville, entre autres, Castelsagrat (Arch. comm. d’Agen, BB1; Bertrandy, _Études_ etc., p. 157 et 158). Le 22 juillet 1348, Édouard III donna à Gaillard de Durfort, seigneur de Blanquefort et de Duras, les bastides et lieux de Miramont et de _Castelsagrat_, au diocèse d’Agen, de Molières et de Beaumont, au diocèse de Sarlat (Bibl. nat., mss. Bréquiguy, t. 28, fº 207; Bertrandy, _Études_ etc., p. 158, note 2 et p. 150).
La garnison qui défend pour le roi de France la ville et le château de la Réole a pour capitaine un chevalier provençal nommé Agout des Baux. Après quelques assauts, les habitants de la ville font leur soumission[84] à Derby au nom du roi d’Angleterre, malgré tous les efforts d’Agout des Baux, qui se retire alors dans le château avec ses compagnons. Les assiégeants font miner ce château.--Sur ces entrefaites, Gautier de Mauny est informé que son père est enterré à la Réole. Le Borgne de Mauny, père de Gautier, dans un tournoi qui s’était tenu à Cambrai, avait tué par mégarde un neveu de l’évêque[85] de cette ville, jeune chevalier de la famille de Mirepoix[86]; et un jour que le Borgne de Mauny, au retour d’un pélerinage à Saint-Jacques en Galice, était venu voir le comte de Valois qui assiégeait alors la Réole[87], il avait trouvé la mort dans une embuscade et par une vengeance des parents du jeune chevalier tué à Cambrai.--Agout des Baux rend le château de la Réole au comte de Derby, moyennant que lui et ses compagnons, originaires de Provence, de Savoie et du Dauphiné, pourront aller où bon leur semblera et conserveront leurs armes[88]. P. 80 à 91, 300 à 309.
[84] La rédaction d’Amiens, en prêtant à la ville de la Réole aussi bien qu’au château une résistance énergique (p. 301), s’écarte plus de la vérité que les deux autres rédactions, car il résulte de plusieurs documents authentiques, et notamment des termes d’une donation faite par Derby le 26 janvier 1346 (_Archives historiques de la Gironde_, t. I, p. 302; Bertrandy, _Études_ etc., p. 162 et 163), que les habitants de la Réole se soumirent d’eux-mêmes et de bonne grâce: _sponte et gratis ad fidelitatem et obedienciam veniendo_. Derby se montra reconnaissant. Par acte daté de la Réole le 26 janvier 1346, il affranchit de tous droits d’octroi, dans la ville de Bordeaux, les vins recueillis sur les vignobles appartenant aux habitants de la Réole dans le ressort et district de cette ville (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 28, fº 95; Bertrandy, _Études_ etc., p. 163, note 1.)
[85] Ce prélat se nommait Pierre de Lévis; il était le troisième fils de Guy de Lévis, seigneur maréchal de Mirepoix et d’Isabel de Montmorency-Marly. Le neveu de l’évêque, qui fut tué par le Borgne de Mauny dans le tournoi dont il s’agit, s’appelait Roger de Lévis; il était fils de Jean de Lévis, premier du nom, seigneur de Mirepoix, et de Constance de Foix. Froissart commet un anachronisme, en disant que Pierre de Lévis était _de ceux de Buch_ (p. 85 et 306), car le premier mariage qui unit les maisons de Grailly-de-Buch et de Foix est de 1343. (V. Bertrandy, _Études_, p. 205.)
[86] Les Lévis-Mirepoix et les Mauny portaient les mêmes armes: _d’or à trois chevrons de sable_. Ce fut sans doute cette similitude qui, selon l’ingénieuse hypothèse de M. Lacabane, fit dégénérer le tournoi de Cambrai en un combat à outrance entre Roger de Lévis et les trois frères de Mauny. V. Bertrandy, _Études_, p. 205 à 208.
[87] Le siége de la Réole par Charles, comte de Valois, est de l’an 1324. Le 14 novembre 1325, Charles le Bel accorda des lettres de grâce à Jean de Lévis, chevalier, seigneur de Mirepoix, frère de Roger de Lévis, sur le fait de la mort de Jean, dit le Borgne de Mauny, et de Mathieu dit Le Monnier tués: «in exercitu nostro Vasconie novissime preterito vel prope dictum exercitum.» Arch, nat., JJ62, p. 505.
[88] Sur Agout des Baux, sénéchal de Toulouse, voyez plus haut, p. XVII, note 68.
Prise de Monpezat[89], de Castelmoron[90] et de Villefranche[91] en Agenais par Derby,--de Miramont[92], de Tonneins[93] et de Damazan[94] par les gens d’armes de Derby. P. 91 à 94, 309 à 312.
[89] D’après la rédaction de Rome (p. 310), les habitants de Monpezat ne soutinrent pas de siége et se rendirent simplement à Derby. Cette dernière version est plus vraisemblable que celle que Froissart, dans ses deux premières rédactions (p. 91 et 309), avait empruntée à Jean le Bel (t. II, p. 41). Il est probable que la reddition de Monpezat, comme celle d’Aiguillon, fut due à l’influence de Raimfroid, seigneur de Monpezat et co-seigneur d’Aiguillon. Les donations dont nous avons vu plus haut que ce chevalier fut comblé par Derby, donations qui furent confirmées par Édouard III le 4 septembre 1347 (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. XXVIII, fº 123) et le 20 août 1348, ces donations, dis-je, furent sans doute la récompense de ces deux signalés services.
[90] Aujourd’hui Castelmoron-sur-Lot, Lot-et-Garonne, ar. Marmande. La rédaction de Rome (p. 310) ne mentionne pas cette prise de Castelmoron par Derby, racontée par Froissart d’après Jean le Bel qui l’attribue à une ruse d’Alexandre de Caumont. Quoiqu’en dise M. Ribadieu (_Les campagnes du comte de Derby_, p. 55, note 1), il y avait d’étroites relations entre Caumont et Castelmoron, comme le prouve une donation faite le 21 janvier 1339 par Jean, roi de Bohême, à Pierre de Galart, des biens que «... Arnaut de Cautrain, rebelles du roy nostre sire à Caumont, a ou puet avoir ou lieu de _Chastiau Mauron_.» Arch. nat., sect. hist., JJ63, fº 193, p. 247. D’après un registre des délibérations communales d’Agen, Castelmoron fut pris par les Anglais le 8 janvier 1347.
[91] Aujourd’hui Villefranche-du-Queyran, Lot-et-Garonne, ar. Nérac, c. Casteljaloux.
[92] «Quant li contes Derby, dit Froissart (p. 93) eut fait sa volenté de Villefrance, il chevauça vers Miremont, _en raproçant Bourdiaus_.» Ces dernières expressions prouvent qu’il s’agit de Miramont, Lot-et-Garonne, ar. Marmande, c. Lauzun.
[93] Lot-et-Garonne, ar. Marmande.
[94] Lot-et-Garonne, ar. Nérac.
Le comte de Derby met le siége devant Angoulême[95] dont les habitants prennent l’engagement de se rendre, s’ils ne sont pas secourus dans un mois.--Tentatives infructueuses des Anglais contre Blaye[96], Mortagne[97] en Poitou, _Mirabel_[98] et Aulnay[99]. Reddition d’Angoulême et rentrée de Derby à Bordeaux. P. 94 à 96, 312 et 313.
[95] Cette expédition de Derby en personne dans l’Angoumois à la fin de 1345 et au commencement de 1346, est une erreur historique où Froissart a été induit par la désignation chevaleresque et romanesque donnée par Jean le Bel à Agen que le chroniqueur liégeois (t. II, p. 42) appelle «la cité d’Agolem ou d’Agolent», sans doute en souvenir du siége fabuleux soutenu dans cette ville par le sarrazin _Agolant_ contre Charlemagne (v. plus bas, p. XXIX, note 124). Du reste la prise d’Agen en 1345 par Derby dans Jean le Bel n’est pas plus exacte que celle d’Angoulême dans Froissart. Il faut dire toutefois que ce dernier chroniqueur a pris soin de se corriger lui-même, en ne mentionnant pas ce siége et cette reddition imaginaires d’Angoulême dans la dernière rédaction de ses Chroniques, c’est-à-dire dans le texte de Rome (p. 311 à 313). Il appert de titres authentiques que le Limousin (Arch, nat., JJ76, p. 290), la Saintonge (Arch. nat., JJ76, p. 321, fº 195 et fº 166), notamment les châtellenies de Soubise et de Taillebourg (Arch. nat., JJ77, p. 34) et même le Poitou (Arch. nat., JJ77, p. 51) et l’Angoumois (Arch. nat., JJ75, p. 6), il appert, dis-je, de plusieurs titres authentiques que le Limousin, la Saintonge, le Poitou et l’Angoumois furent le théâtre d’escarmouches nombreuses et d’hostilités continuelles entre Français et Anglais pendant les derniers mois de 1345 et les premiers mois de 1346; mais il n’est nulle part question du siége et de la prise d’Angoulême par les Anglais. Dans tous les cas Derby, dont la présence à cette époque dans le Périgord, l’Agenais et le Bordelais est attestée par les documents les plus dignes de foi, ne put diriger en même temps, du moins en personne, les hostilités dans la Saintonge et l’Angoumois.
[96] Quoique la rédaction de Rome, en général plus exacte que les autres, mentionne la prise de Blaye par les Anglais (p. 311), il y a lieu de préférer ici par exception la version des deux premières redactions (p. 94 à 96, 311) et de Jean le Bel (_Chroniques_, t. II, p. 42). En effet, par un acte du 3 août 1348, signalé et publié par M. Bertrandy (_Études_, p. 231, note 1), Édouard III donne à Guillaume Sanche de Pomiers, en récompense de ses services, le lieu de _Mountasetz_ (aujourd’hui Montanceix, Dordogne, ar. Périgueux, c. Saint-Astier, comm. Montrem), et cette concession doit durer: «... quamdiu locus de Blavia in rebellione nostra persteterit.» Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. XXVIII, fº 239.
[97] Pierre Clari, et non Boucicaut, comme le dit Froissart (p. 95), était capitaine de Mortagne le 23 septembre 1345, car à cette date il reçut de Jean Chauvel, trésorier des guerres, «... sur ses gages et de ses gens d’armes et de pié ou dit lieu, sous le gouvernement de M. l’evesque de Beauvez, lieutenant du roy ez parties de la Langue d’oc, Poitou, Xaintonge, Limousin et lieux voisins, cent vingt trois livres tournois. A Pons, 23 septembre 1345.» Bibl. nat., dép. des mss., Titres scellés de Clairambaul, au mot _Clari_. V. Bertrandy, _Etudes_ etc., p. 101.
[98] Sans doute Mirebeau ou Mirebeau-en-Poitou, Vienne, ar. Poitiers. Par une charte inachevée et non datée, mais qui paraît être de la fin de 1345 par la place qu’elle occupe dans un registre du Trésor des Chartes où presque toutes les pièces remontent à cette date, Jean de Marigny, évêque de Beauvais, lieutenant du roi en Languedoc, Poitou, Saintonge et Limousin, accorde des priviléges aux habitants de _Mirabel_, en récompense de leur fidélité. Arch. nat., sect. hist., JJ74, p. 564.
[99] Aulnay ou Aulnay-de-Saintonge, Charente-Inférieure, ar. Saint-Jean-d’Angély. La résistance du château d’Aulnay est confirmée par des lettres de Philippe de Valois accordées le 16 février 1348 (n. st.) en faveur de Pons de Mortagne, vicomte d’Aulnay, pour la bonne garde et défense «... de son chastel d’Aunay, assis à trois lieues près de Saint Jehan d’Angely, lequel nos ennemis prendroient et assaudroient volontiers, et plusieurs fois se sont efforciez de prendre et assaillir.» Bibl. nat., dép. des mss., Parlement 12, fₒₛ 293 vº et 294. V. Bertrandy, _Études_, p. 233.