VI, 320).
Le duc de Lancastre repasse la Somme à Blanquetaque, suit le chemin de Rue, de Montreuil-sur-Mer et rentre à Calais vers la Saint-Martin d’hiver. Là, il donne congé à Robert de Namur, à Waleran de Borne[254] et à tous les Allemands, puis il retourne en Angleterre. P. 195, 196, 389.
[254] Waleran de Fauquemont, seigneur de Borne, rallié à Charles V le 19 septembre 1373 moyennant une pension annuelle de 1200 livres (_Arch. Nat._, J 626, nº 115).
La nuit du 30 décembre 1369, Jean Chandos, sénéchal du Poitou, et Thomas Percy, sénéchal de la Rochelle[255], font une chevauchée pour reprendre l’abbaye de Saint-Savin dont Louis de Saint-Julien est capitaine. Ils s’apprêtent à tenter l’escalade de cette forteresse lorsque, vers minuit, ils entendent sonner du cor: c’est Jean de Kerlouet qui arrive à Saint-Savin avec quarante lances, pour prendre part à une expédition en Poitou. Les deux capitaines anglais s’imaginent que c’est un signal donné par la sentinelle de l’abbaye qui les a reconnus et retournent en toute hâte à Chauvigny[256]. Thomas Percy prend alors congé de Chandos, traverse la Vienne sur le pont de Chauvigny et remonte par la rive gauche le cours de cette rivière. Le 31, au matin, on apprend que Louis de Saint-Julien et Kerlouet, partis pendant la nuit de Saint-Savin, chevauchent pour passer la Vienne au pont de Lussac[257] et porter le ravage en Poitou; Chandos s’élance aussitôt à leur poursuite. Les Français ont une lieue d’avance, ils arrivent les premiers à Lussac; mais ils trouvent le pont occupé par Thomas Percy qui se tient de l’autre côté de la rivière et entreprend de leur en disputer le passage. Ils mettent pied à terre et se préparent à faire l’assaut du pont, lorsque Jean Chandos qui les poursuit vient les charger en queue. P. 196 à 202, 389 à 393.
[255] Thomas Percy, sénéchal du Poitou, à la date du 3 mars 1369, avait-il été transféré dans les mêmes fonctions à la Rochelle vers le milieu de cette année, au moment où il avait été remplacé par Jean Chandos comme sénéchal du Poitou? La qualification de sénéchal de la Rochelle, attribuée ici (p. 198) pour la première fois à Thomas, donnerait lieu de le croire. Thomas Percy ou de Percy, fils puîné de Henri Percy et de Marie de Lancastre-Plantagenet, fille de Henri, comte de Lancastre et de Leicester, avait par sa mère du sang royal dans les veines, puisque le comte de Lancastre, son grand-père, était le petit-fils de Henri III, roi d’Angleterre. Shakspeare a immortalisé Thomas Percy et son neveu Henri Percy, surnommé Hotspur, en les faisant figurer dans ses drames de _Richard II_ et de _Henri IV_.
[256] Vienne, arr. Montmorillon, sur la Vienne, à 24 kil. à l’est de Poitiers.
[257] Auj. Lussac-les-Châteaux, Vienne, arr. Montmorillon, sur la Vienne, à 36 kil. au sud-est de Poitiers et à 12 kil. au sud de Chauvigny. Au moyen âge, quand on remontait le cours de la Vienne, le premier pont que l’on rencontrait après celui de Chauvigny était le pont de Lussac.
Jean Chandos est blessé mortellement par un écuyer nommé Jacques de Saint-Martin[258] et rend le dernier soupir le lendemain à Mortemer[259]. Toutefois, les Anglais, qui reçoivent un renfort pendant l’action, restent maîtres du champ de bataille; Louis de Saint-Julien et Jean de Kerlouet sont faits prisonniers[260]. La mort de Chandos excite les regrets des Français aussi bien que des Anglais. P. 202 à 207, 393 à 396.
[258] D’après Cuvelier, un archer breton, nommé Alain de Guigueno, aurait d’abord percé d’une flèche l’armure de Chandos (Charrière, II, p. 201 et 202, vers 19213 à 19218); et un homme d’armes, appelé Aimeri, lui aurait ensuite plongé sa lance dans la poitrine (_Ibid._, p. 204 et 205, vers 19310 à 19315). Le témoignage si précis de Froissart mérite ici plus de créance que celui de Cuvelier.
[259] Le combat où Jean Chandos fut blessé mortellement eut lieu le matin du jour de l’an, mardi 1er janvier 1370 (p. 199 et 391). D’après la première rédaction, Chandos aurait survécu trois jours (p. 395), et, d’après la seconde, un jour et une nuit seulement à sa blessure (p. 207). Le chevalier anglais serait mort par conséquent, suivant la première version, le 3, suivant la seconde, le 2 janvier 1370. Cuvelier dit que Chandos mourut à Chauvigny (_Ibid._, p. 206, vers 19377), mais la tradition constante du pays, d’accord avec Froissart, est que l’illustre guerrier expira à Mortemer (Vienne, arr. Montmorillon, c. Lussac), où il fut enterré et où son tombeau existait encore, dit-on, au commencement de la Restauration, époque où on l’aurait détruit pour placer un autel latéral (Briquet, _Hist. de Niort_, II, 68). Jean Bouchet nous a conservé l’épitaphe suivante, que l’on avait gravée sur ce tombeau, mais qui semble très-postérieure à la mort de Chandos:
Je Jehan Chandos, des Anglois capitaine, Fort chevaler, de Poictou seneschal, Après avoir faict guerre tres lointaine Au roi françois, tant à pied qu’à cheval, Et pris Bertrand de Guesquin en un val, Les Poictevins près Lussac me defirent, A Mortemer mon corps enterrer firent, En un cercueil eslevé tout de neuf L’an mil trois cents soixante et neuf.
Cette date de 1369 se rapporte à l’ancien style d’après lequel l’année 1369 ne finit qu’à Pâques (14 avril) de l’année 1370 nouveau style. Indépendamment de ce tombeau, un monument fut élevé à l’endroit même où Chandos avait été frappé mortellement, à l’extrémité occidentale du pont de Lussac aujourd’hui détruit, sur le territoire de la paroisse de Civaux (Vienne, arr. Montmorillon, c. Lussac). Ce monument se composait d’un entablement soutenu par six colonnes et surmonté d’une bannière (_Affiches du Poitou_, année 1775).
[260] Par acte daté de Paris le 20 mars 1370 (n. st.), Charles V donna les biens confisqués de Jacques le Tailleur, rebelle, sis en la vicomté de Brosse, à Jean du Mesnil, écuyer, «pris prisonnier par plusieurs fois et _darrainement en la besoigne de Chandos_ et mis à très excessive raençon montant à sept cens frans.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 785.--D’après Cuvelier (_Chron. de B. Duguesclin_, II, 207, vers 19382 à 19386), la ville de Tours aurait payé aux Anglais la rançon de Jean de Kerlouet fixée à 3000 francs d’or. Nous aurions voulu contrôler l’assertion du trouvère picard en compulsant les registres des comptes de cette ville; malheureusement, le registre correspondant à l’année 1369, où la dépense dont il s’agit a dû être inscrite, est en déficit (communication de notre savant confrère M. Delaville le Roulx).
Thomas Percy[261] succède à Jean Chandos dans la charge de sénéchal du Poitou. Louis de Saint-Julien et Kerlouet, mis à rançon par les Anglais, retournent en leurs garnisons.--Enguerrand, sire de Coucy, marié à l’une des filles d’Édouard III, et Amanieu de Pommiers veulent rester neutres dans la guerre qui vient d’éclater entre les rois de France et d’Angleterre; le premier se rend en Savoie et en Lombardie, et le second va en Chypre et au Saint-Sépulcre.--Jean de Bourbon, comte de la Marche, et le sire de Pierre-Buffière, quoiqu’ils soient venus habiter Paris, n’en refusent pas moins de renvoyer leur hommage au prince de Galles; mais deux autres barons du Limousin, Louis, sire de Malval[262], et Raymond de Mareuil[263], neveu de Louis, embrassent ouvertement le parti du roi de France.--Caponnet de Chaponval, délivré de sa prison d’Agen et échangé contre Thomas Banastre pris dans une escarmouche devant Périgueux, rentre en France. P. 207 à 210, 396 à 398.
[261] D’après M. Fillon (_Jean Chandos_, p. 23, note 1), ce ne serait pas, comme le dit ici Froissart, Thomas Percy, ce serait Baudouin de Fréville qui aurait succédé immédiatement à Jean Chandos; mais il n’est fourni aucune preuve à l’appui de cette assertion. Comme Thomas Percy était certainement redevenu sénéchal du Poitou en novembre 1370 (voyez plus haut, p. LXXIV, note 224), la version du chroniqueur reste très-vraisemblable.
[262] Par acte daté de Paris le 8 juin 1369, frère Gui Moriac, chevalier de l’hôpital, de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et Guillaume de Lussac, écuyer, déclarèrent adhérer, «de la partie et commandement de monseigneur Loys de Malevaut, chevalier du pais de Guienne», à l’appel fait par le comte d’Armagnac par-devant le roi de France, comme souverain seigneur du duché de Guyenne, contre le duc de Guyenne. _Arch. Nat._, J 642, nº 16{13}.
[263] L’acte d’adhésion de Raymond de Mareuil est daté de Paris le vendredi 29 juin 1369, et voici le texte de ce document: «A tous ceulz qui ces lettres verront, Raymon de Marueil, chevalier du pais de Guienne, salut. Comme, pour cause de plusieurs griefs et oppressions à nous faiz par Edwart, le prince de Galles, duc de Guienne, et ses genz et officiers, indeuement et contre raison, nous nous soions adhers aus appellacions faites par le conte d’Armignac et plusieurs autres nobles du dit pais de Guienne à l’encontre du dit prince par devant le roy de France nostre souverain seigneur ou sa court de parlement et par ainsi ayens pris et recongneu, prenons et recongnoissons le dit roy de France à nostre souverain seigneur, savoir faisons que nous avons promis et juré, promettons et jurons aus saintes Ewangiles que à nostre dite adhesion nous ne renoncerons en aucune manière senz la licence et exprès commandement du roy nostre souverain seigneur, maiz la poursievrons pardevant lui ou sa dite court de parlement. Et avecques ce promettons et jurons estre bons, vrais et loyaulx françoiz et servir le roy nostre dit seigneur loyaulment en ses guerres et autrement et tenir sa partie contre le dit prince et tous autres ennemis du roy nostre dit seigneur de tout nostre povoir; et se nous faisions le contraire, nous voulons et nous consentons estre tenuz et reputez par devant tout homme, faux, mauvaiz, parjure et traitre chevalier. En tesmoing de ce, nous avons fait mettre nostre seel à ces presentes. Donné à Paris le penultime jour de juing l’an mil ccc soixante et neuf.» _Arch. Nat._, J 642, nº 16{5}.--Par acte daté de son château de Monfort le lundi 7 mai 1369, Regnault, sire de Pons et de Ribérac, vicomte de Turenne et de Carladez, donna pleins pouvoirs pour prêter la même adhésion à Regnault de Montferrant, chevalier (J 642, nº 16{8}), lequel la prêta à Paris le 8 juin suivant (J 642, nº 16{7}). Parmi les autres adhésions dont les actes nous ont été conservés, les plus importantes à signaler sont celles de frère Ytier de Peruce, chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, commandeur de Belle-Chassagne (Corrèze, arr. Ussel, c. Sornac), en date du 8 juin (J 642, nº 16{6}), de Jean de Saint-Chamant, chevalier (J 642, nº 16{12}), de Jean de Rochefort, chevalier, sire de Chastelvert en Limousin (J 642, nº 16{3}), enfin de Nicolas de Beaufort, seigneur de Limeuil (Dordogne, arr. Bergerac, c. Saint-Alvère), en date du 27 mai 1369 (J 642, nº 16{2}).
Par acte daté de Westminster le 15 novembre 1370, Édouard III abolit tous fouages et aides levés indûment par le prince de Galles et accorde amnistie pleine et entière à tous les sujets de la principauté qui, après avoir pris parti pour le roi de France, voudront bien faire leur soumission[264]. P. 210, 211, 398.
[264] Cette ordonnance ne se trouve pas dans Rymer; elle est datée du 5 ou du 15 novembre de l’an 44 du règne d’Édouard III, qui correspond à la fin de 1370, quoique Froissart l’ait intercalée au milieu du récit des événements du commencement de cette année. Elle dut être promulguée à l’instigation de Jean, duc de Lancastre, envoyé par Édouard III, le 1er juillet 1370, au secours du prince d’Aquitaine avec pleins pouvoirs d’accorder toute espèce de grâce et de pardon, «ut dicto primogenito nostro principi ac aliis partium illarum incolis ex adventu tuo letitia et securitas eo major accrescat.» Delpit, _Documents français_, p. 129 et 130.--Du reste, le prince d’Aquitaine et de Galles lui-même, effrayé sans doute des progrès de l’insurrection, venait d’entrer dans la voie des concessions. Par acte daté d’Angoulême le 28 janvier 1370, il avait, sur la plainte des Bordelais, abaissé et remis comme autrefois à 13 sous 4 deniers par tonneau le droit sur l’entrée des vins élevé depuis cinq ans à 20 sous et attribué à la Couronne (_Arch. de Bordeaux_, livre des Bouillons, I, 147 et 148). La lettre adressée par Édouard III, le 30 décembre 1369, aux seigneurs de Guyenne et l’ordonnance, en date du 1er janvier suivant, par laquelle ce prince établit sur le continent une juridiction d’appel, de suzeraineté et de ressort dont il fixa le siége à Saintes, ces deux actes visaient également à donner satisfaction aux légitimes réclamations des vassaux de la principauté d’Aquitaine (Rymer, III, 883 à 885). Le tableau du produit des fouages a été publié par M. Delpit (_Documents français en Angleterre_, p. 173 et 174).
Des copies de cet acte sont adressées secrètement à Paris aux vicomtes de Rochechouart[265], aux seigneurs de Malval[266] et de Mareuil[267].--Jean de Kerlouet, Guillaume des Bordes et Louis de Saint-Julien, capitaines de la Roche-Posay, de la Haye en Touraine et de Saint-Savin pour le roi de France, prennent un matin par escalade la ville de Châtellerault[268]. Pris à l’improviste et réveillé en sursaut, Louis de Harcourt n’a que le temps de se sauver en chemise sur le pont de Châtellerault que ses gens ont fortifié. Depuis lors, des escarmouches ont lieu tous les jours entre la garnison bretonne de la ville, dont Kerlouet prend le commandement, et celle du pont. P. 212, 398.
[265] Le 13 mars 1370 (n. st.), Charles V retint à son service le vicomte de Rochechouart et Regnaut de Dony avec 120 combattants (Delisle, _Mandements_, p. 332), dont il ordonna de payer les gages le 11 mai suivant (_Ibid._, p. 348).
[266] Le 12 juillet 1369, Charles V assigna à Louis de Malval, en récompense de son adhésion à l’appel des barons de Gascogne, 1000 livres de rente à héritage sur le château du Metz-le-Maréchal (situé à Dordives, Loiret, arr. Montargis, c. Ferrières), à la condition que Louis rendrait le dit château en échange d’une donation équivalente en Guyenne, et Raymond de Mareuil se porta garant de ce dernier engagement (_Arch. Nat._, J 642, nº 16{2}).
[267] Par acte daté de Paris le 12 juillet 1369, le roi de France donna à Raymond de Mareuil 2000 livres de rente à héritage assises sur les château et châtellenie de Courtenay (J 642, nº 16{10}), et cette donation fut confirmée le 25 janvier 1370 (n. st.). Delisle, _Mandements_, p. 320.
[268] La prise de Châtellerault par les Français, fait militaire dont il faut savoir gré à Froissart d’avoir compris l’importance, dut avoir lieu dans les premiers jours du mois de juillet 1370, comme le prouve l’article de compte suivant, emprunté au registre de la Chambre aux deniers de Jean, duc de Berry (1370-1373): «A Rougier Piquet, heraut du Baudrin de l’Euse, qui a porté lettres à mon dit seigneur (Jean, duc de Berry), _faisant mencion que noz gens avoient pris Chasteleraut que les ennemis tenoient_, pour don du dit seigneur fait ou dit Rogier pour une fois tant seulement, par mandement du dit seigneur donné _le_ VIIIe _jour du dit mois_ (_juillet 1370_); randu à cort: X livres.» _Arch. Nat._, sect. hist., KK 251, fº 26.
Louis, duc de Bourbon[269], Louis de Sancerre, maréchal de France, le sire de Beaujeu et les principaux chevaliers du Bourbonnais, du Beaujolais, du Forez et de l’Auvergne[270], mettent le siége devant le château de Belleperche occupé par les Compagnies anglaises. Les assiégés réclament du secours par l’entremise de Jean Devereux, sénéchal du Limousin, qui tient garnison à la Souterraine[271]. Les comtes de Cambridge[272] et de Pembroke, après avoir rassemblé à Limoges quinze cents lances et trois mille soudoyers, accourent en plein hiver pour faire lever le siége de Belleperche. P. 213 à 216, 398 à 401.
[269] A quelle date Louis, duc de Bourbon, entra-t-il en campagne pour mettre le siége devant Belleperche? Cette date nous est fournie par un mandement du 26 septembre 1369 par lequel Charles V retint à son service le duc de Bourbon avec 300 hommes d’armes, dont 5 chevaliers bannerets et 60 chevaliers bacheliers, «pour nous servir en nos presentes guerres _ou pays de Bourbonois_.» _Mandements de Charles V_, p. 290 et 291.
[270] Froissart oublie de mentionner les Bourguignons qui allèrent renforcer le duc de Bourbon trois mois environ après que le siége avait été mis devant Belleperche. Le 3 décembre 1369, le duc Philippe nomma Eudes de Grancey gouverneur de son duché (dom Plancher, _Hist. de Bourgogne_, III, 32); puis il se rendit à Paris où il resta jusqu’au 11 février suivant. Le 21 février 1370, Nicolas Corbeton, bailli d’Auxois, fit porter lettres aux seigneurs de Marigny, Sombernon, Malain, «facens mencion _comment monseigneur_ (le duc de Bourgogne) _venoit devant Belleperche_ pour combattre à l’aide de Dieu les ennemis qui estoient venuz, affin que les diz seigneurs alassent par devers li.» _Arch. de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des comptes de Bourgogne, reg. B 2757; _Invent._, I, 304 et 305. Communication du savant M. Garnier.
[271] Creuse, arr. Guéret, sur les confins du Limousin et de la Marche. On trouvera de curieux détails sur l’occupation de la Souterraine par les Anglais dans une lettre de rémission de juillet 1378 (_Arch. Nat._, JJ 112, nº 345, fº 172 vº) et dans une autre de juillet 1379 (JJ 115, nº 177).
[272] Edmond ou Aymon, comte de Cambridge, le troisième fils, et Jean de Hastings, comte de Pembroke, le gendre d’Édouard III. L’expédition des deux princes anglais, tendant à faire lever le siége de Belleperche, eut lieu en janvier et février 1370, comme le prouve un article de compte relatif aux frais de distribution de vingt paires de lettres adressées par le bailli de Chalon, en vertu d’un mandement du duc de Bourgogne, aux nobles du dit bailliage. Ce mandement daté de Paris le 11 février 1370 leur intimait l’ordre de s’armer incontinent pour aller servir le duc «sur la Loire, contre Ainmon, fils du roi d’Engleterre, qui, avec quatre mil combatans, _venoit lever le siege des gens d’armes du royaulme de France estans devant le fort de Belleperche_.» _Arch. de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des comptes de Bourgogne, reg. B 3572; _Invent._, I, 422.
Les deux comtes font offrir la bataille au duc de Bourbon qui la refuse. Mécontents de ce refus, ils menacent le duc d’emmener loin de Belleperche sa mère, la duchesse douairière de Bourbon. P. 216 à 218, 401, 402.
Les Compagnies anglaises évacuent le château de Belleperche, et leurs capitaines emmènent avec eux la duchesse de Bourbon à «la Roche-Vauclère[273]», en Limousin; mais le prince de Galles, peu satisfait de l’arrestation de cette princesse, voudrait à tout prix l’échanger contre Simon Burleigh. P. 218, 219, 402.
[273] Il est difficile d’admettre, malgré l’analogie du nom, que Froissart ait voulu désigner la Roque-Valsergue, auj. hameau de Saint-Saturnin, Aveyron, arr. Millau, c. Campagnac. Cette importante forteresse n’était pas située en Limousin, comme le dit Froissart; elle était le chef-lieu d’une des quatre grandes châtellenies du Rouergue. Les Français l’avaient reprise aux Anglais dès le commencement du mois de janvier 1369 (voyez plus haut, p. LXIII, note 196). M. Kervyn place le château de la Roche-Vauclair sur la rive droite de l’Alagnon, à six lieues de Saint-Flour, où, d’après ce savant, on en verrait encore quelques ruines (_Œuvres de Froissart_, XXV, 237). Si cela est, on s’explique difficilement que ces ruines ne soient marquées ni sur la carte de Cassini ni même sur celle de l’État-major, et que le nom ne figure point dans le _Dictionnaire des lieux habités du Cantal_, publié à Aurillac en 1861 par M. Deribier-du-Chatelet.
Le duc de Bourbon reprend possession de Belleperche[274] et remet ce château en bon état. Les comtes de Cambridge et de Pembroke retournent, le premier à Angoulême, le second à Mortagne en Poitou[275], tandis que les Compagnies parties de Belleperche se répandent en Poitou et Saintonge où elles portent le ravage.--Au retour de son expédition en Guyenne, Robert Knolles est à peine rentré dans son château de Derval, en Bretagne, qu’Édouard III le mande auprès de lui; il s’embarque aussitôt pour l’Angleterre, débarque à la Roche Saint-Michel[276], en Cornouailles, et arrive à Windsor. P. 219, 220, 402, 403.
[274] Louis, duc de Bourbon, dut prendre possession de Belleperche dans les premiers jours de mars 1370, car les hommes d’armes qui revenaient du siége reçurent leurs gages le 31 de ce mois (_Bibl. Nat._, fonds Gaignières, t. 772, p. 379, 405).
[275] Nous avons identifié plus haut ce Mortagne avec Mortagne-sur-Sèvre, mais ce n’est point parce que notre chroniqueur place cette localité en Poitou. Froissart dit aussi «Saintes en Poitou» et ne donne en général d’autres limites à cette province que celles qu’elle avait eues au siècle précédent sous Alphonse de Poitiers.
[276] Il s’agit ici du rocher de Saint-Michel, situé à l’extrémité du pays de Cornouailles, et près duquel se trouve une baie du même nom. Une certaine analogie entre ce site et celui de notre Mont-Saint-Michel fit fonder en cet endroit un monastère, au dixième siècle, sorte d’imitation anglaise de la célèbre abbaye française.