I, 1603.
Le comte de Pembroke, aussitôt après la chevauchée de Chandos, va à son tour porter le ravage dans la vicomté de Rochechouart et le Loudunois. Louis de Sancerre[234], parti de nuit de la forteresse française de la Roche-Posay en compagnie de Jean de Beuil[235], de Jean de Vienne, de Guillaume des Bordes, de Louis de Saint-Julien et du breton Kerlouet, tombe à l’improviste sur les Anglais au moment où ils sont occupés à se loger en un village appelé Purnon[236]; il en tue plus de cent et force les autres à chercher un refuge dans une forte maison de Templiers dépourvue de fossés et entourée seulement de murs en pierre. Les Français livrent un premier assaut que les Anglais parviennent à repousser et que la tombée de la nuit vient interrompre. P. 170 à 174, 376 à 379.
[234] Dans une donation faite le 16 juillet 1369 à Plotart de Cluis, seigneur de Briantes (Indre, arr. et c. la Châtre), des biens confisqués de Jean de Pommiers, chevalier rebelle, il est fait mention du «chastel de Flach et d’un aultre sien chastel (_sien_ se rapporte à Plotart de Cluis), appellé Sodun sur Creuse (auj. Issoudun, Creuse, arr. Aubusson, c. Chénérailles), _remis en la main de nostre mareschal de Sancerre_, pour le faire garder de par nous.» JJ 100, nº 525; cf. nºs 107 et 108.--De cette pièce et d’une foule d’autres dont l’indication serait trop longue, on peut conclure qu’en 1369, Louis de Sancerre, maréchal de France, fut surtout chargé de tenir tête aux Anglais sur les confins du Berry, de la Marche et du Poitou.
[235] Pendant tout le cours de cette campagne, Jean, sire de Beuil, nous apparaît dans les actes comme préposé surtout à la défense d’Angers et de la frontière d’Anjou (JJ 100, nº 526; JJ 102, nº 135); mais, de même que Jean Chandos, sénéchal du Poitou, lorsqu’il voulait entreprendre une expédition, faisait appel au comte de Pembroke, capitaine de Mortagne-sur-Sèvre, de même Jean de Kerlouet, capitaine français de la Roche-Posay, projetant un coup de main contre l’ennemi, associait pour la circonstance les forces dont il pouvait disposer à celles de Louis de Sancerre, qui dirigeait les opérations sur la marche de Berry, et à celles de Jean, sire de Beuil, qui remplissait le même rôle sur la marche d’Anjou.
[236] Auj. hameau de la commune de Verrue, Vienne, arr. Loudun, c. Monts-sur-Guesnes. D’après Froissart, la localité qu’il appelle «Puirenon» devait se trouver sur les confins de l’Anjou (le Loudunois avait été cédé au duc d’Anjou par Charles V) et du Poitou, et à sept lieues de Poitiers (p. 377, 382). Purnon répond à peu près à ces conditions; mais, quoique M. Kervyn de Lettenhove (_Œuvres de Froissart_, VII, 542) affirme, j’ignore sur quelle autorité, que l’hôtel des Templiers de Purnon a fait place à un prieuré de Saint-Augustin maintenant détruit, mes savants confrères, MM. Redet et Richard, m’écrivent que Purnon, ancien prieuré de l’ordre de Saint-Augustin, dépendant de l’abbaye de Fontaine-le-Comte près Poitiers et fief relevant de la baronnie de Mirebeau, n’a jamais appartenu à l’ordre du Temple. En 1350, Briant de Montjehan en était seigneur. La commanderie du Temple la plus rapprochée de Purnon est Montgauguier (Vienne, arr. Poitiers, c. Mirebeau), dont les bâtiments subsistent encore _dans un lieu bien sec_. L’auteur d’une étude récente sur la baronnie de Mirebeau, M. de Fouchier (_Mém. de la Société des Antiquaires de l’Ouest_, année 1877), appelé à se prononcer sur ce point, incline à penser qu’il ne s’agit pas d’une localité poitevine, mais bien d’un château situé plus au sud vers le Limousin. C’est aussi l’opinion de l’érudit M. Mannier, si profondément versé dans l’histoire des commanderies: il identifie le «Puirenon» de Froissart avec Puydenut, dont le nom s’écrivait au moyen âge Puydenou, et pouvait se lire Puydenon. Puydenut était, en 1369, une ancienne commanderie de Templiers, devenue une commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem au grand prieuré d’Auvergne (aujourd’hui hameau de la commune de Lavignac, Haute-Vienne, arr Saint-Yrieix, c. Chalus).
Vers minuit, le comte de Pembroke envoie un de ses écuyers à Poitiers demander du secours à Jean Chandos.--Le lendemain matin, les Français livrent un second assaut qui dure depuis l’aube du jour jusqu’à prime (six heures du matin). P. 174 à 176, 379 à 381.
Entre prime et tierce (neuf heures du matin) et au plus fort de l’assaut, le comte de Pembroke dépêche vers Jean Chandos un second écuyer auquel il donne un anneau d’or qu’il a au doigt pour se faire plus sûrement reconnaître. Le premier écuyer, qui était parti de Purnon à minuit, s’égare en chemin et n’arrive à Poitiers que vers tierce au moment où le sénéchal du Poitou se dispose à entendre la messe. Jean Chandos, qui a sur le cœur le mauvais vouloir et les refus antérieurs du comte de Pembroke, répond que le secours qu’on lui demande n’arrivera pas en temps utile et entend toute sa messe. Au moment où il va se mettre à table, arrive le second messager. Il lui fait d’abord la même réponse qu’au premier et commence à prendre son repas. Entre le premier et le second service, il réfléchit que le comte de Pembroke a épousé la fille du roi d’Angleterre et qu’il a pour compagnon d’armes le comte de Cambridge, le propre fils de son seigneur et maître; il se décide alors à lui porter secours. Il se lève, s’arme, monte en selle et sans même attendre que tous ses gens soient prêts, s’élance de toute la vitesse de son cheval sur la route de Purnon. P. 170 à 179, 381 à 383.
Vers midi, les Français qui tiennent le comte de Pembroke assiégé dans la forte maison de Purnon, sont informés que Jean Chandos s’avance à la tête de deux cents lances. Épuisés par les assauts qu’ils viennent de livrer, ils n’osent attendre l’attaque de troupes fraîches et se retirent à la Roche-Posay avec leur butin et leurs prisonniers. A peine débloqué, le comte de Pembroke va au-devant de Jean Chandos qu’il rencontre à une lieue de Purnon; puis ces deux capitaines se séparent et retournent, le premier à Mortagne, le second à Poitiers. P. 179 à 181, 383, 384.
Mort de la reine d’Angleterre[237], au château de Windsor, la veille de la fête de Notre-Dame, 14 août 1369; dernières volontés et dernières paroles de la bonne reine. P. 181 à 183, 384, 385.
[237] Philippa ou Philippe de Hainaut, la protectrice dévouée de Froissart, son compatriote, qu’elle avait attaché à sa personne, mourut le 15 août 1369. C’est seulement dans la première rédaction de ses Chroniques (p. 181 à 183), il importe de le faire remarquer, que l’ancien clerc de la bonne reine s’est étendu avec complaisance et une émotion communicative sur les qualités de sa bienfaitrice.
Pendant que les ducs de Bourgogne et de Lancastre sont campés en face l’un de l’autre à Tournehem, trois cents chevaliers du Vermandois et de l’Artois viennent un matin, au point du jour, pour réveiller les Anglais dans leur camp; ils sont repoussés par Robert de Namur, le seigneur de Spontin[238] et Henri de Senzeilles[239]. Un chevalier du Vermandois, nommé Roger de Cologne, est tué dans cette escarmouche. P. 183 à 185, 375, 386.
[238] Guillaume, seigneur de Spontin (auj. Belgique, prov. Namur, arr. Dinant, c. Ciney), choisi en 1367 comme l’un des exécuteurs testamentaires de Robert de Namur, mort le 7 avril 1385.
[239] Belgique, prov. Namur, arr. et c. Philippeville.
Le duc de Bourgogne, honteux de rester depuis plusieurs jours avec une armée de quatre mille chevaliers devant une poignée d’ennemis sans leur offrir le combat, décampe vers minuit de Tournehem[240], à l’insu des Anglais. P. 185 à 188, 386.
[240] Le duc de Bourgogne leva son camp de Tournehem et reprit le chemin de Hesdin, le mercredi 2 septembre 1369 (_Gr. Chron._, VI, 319). En mai 1381, on fit grâce à un écuyer, nommé Guiot d’Arcy, qui, environ douze ans auparavant «que le duc de Bourgogne fist son mandement pour aller à Tournehem et au retour qu’il firent,» avait volé à Condé chez son hôte, en complicité avec un autre écuyer, appelé Jean de Maligny, un cheval valant 50 francs, sous prétexte de se dédommager de la perte d’un bassinet qu’ils n’avaient pu retrouver. _Arch. Nat._, JJ 119, nº 54.
Tandis que le duc de Bourgogne se dirige vers Saint-Omer, le duc de Lancastre, de son côté, reprend le chemin de Calais[241]. La semaine même de ce départ de Tournehem des deux armées française et anglaise, le comte de Pembroke, Hugh de Calverly, Louis de Harcourt et les seigneurs poitevins du parti anglais font une chevauchée en Anjou; ils assiégent sans succès Saumur défendu par Robert de Sancerre[242]; mais ils prennent et fortifient les Ponts-de-Cé[243] ainsi que l’abbaye de Saint-Maur-sur-Loire[244]. En revanche, un moine de Saint-Savin[245], abbaye[246] située à sept lieues de Poitiers, livre en haine de son abbé[247] cette abbaye à Louis de Saint-Julien et à Kerlouet qui sont à la tête des forces françaises dans cette région. P. 188 à 191, 386, 387.
[241] D’après la version beaucoup plus vraisemblable des _Grandes Chroniques_, Jean, duc de Lancastre, loin de retourner à Calais après le départ du duc de Bourgogne, continua sa marche en avant et entra en Picardie (_Gr. Chron._, VI, 319).
[242] Robert de Sancerre, troisième fils de Louis I, comte de Sancerre, tué à Crécy, et de Béatrix de Roucy, était le frère cadet de Jean III, comte de Sancerre et de Louis de Sancerre, institué maréchal de France le 20 juin 1368. Le frère aîné de Louis et de Robert, que Froissart oublie de mentionner, joua, comme les deux cadets, un rôle actif et même dirigeant dans la guerre du «border» poitevin en 1369. Jean III, comte de Sancerre, avait épousé Marguerite de Mermande, fille unique du seigneur du dit lieu (auj. Marmande, hameau de Vellèche, Vienne, arr. Châtellerault, c. Leigné-sur-Usseau) et de Faye-la-Vineuse (Indre-et-Loire, arr. Loches, c. Richelieu). Au mois d’octobre 1369, Charles V donna au comte, son amé cousin, des biens situés sur les confins du Poitou et de la Touraine et confisqués sur un certain nombre de rebelles (Guillaume du Plessis, Pierre de la Broche, chevaliers, la Thomasse, veuve de feu Imbert Gui, chevalier, etc.), pour dédommager le dit comte de ce que les gens des Grandes Compagnies avaient occupé l’année précédente pendant quatre mois son château de Faye-la-Vineuse, et pour l’aider à tenir en bon état de défense plusieurs beaux et notables forts qu’il possédait ès parties d’Anjou et de Touraine, les uns à une lieue, les autres à une demi-lieue, d’autres enfin à un quart de lieue des frontières du Poitou occupées par les Anglais (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 297). A la même date, comme nous l’avons vu, Jean, III du nom, sire de Beuil, tenait tête aux Anglais sur les confins de l’Anjou et du Poitou, et c’est alors que se noua entre les représentants des deux familles cette intimité qui aboutit, un demi-siècle plus tard, au mariage de Jean, IV du nom, sire de Beuil, avec Marguerite de Sancerre, et par suite, en 1441, à l’adjudication du comté de Sancerre à Jean, V du nom, sire de Beuil, amiral de France, le célèbre auteur du _Jouvencel_ (Anselme, VII, 848 à 850).
[243] Maine-et-Loire, arr. Angers, à 5 kil. au sud de cette ville. Les Ponts-de-Cé, sorte de faubourg d’Angers, situés au milieu de la Loire, sur trois îles, que relie une série de ponts, se composent d’une rue de plus de 3 kil. de long, traversant le canal de l’Authion et trois larges bras de la Loire. Un château bâti sur un tertre au bout du premier pont, quand on vient de la rive droite du fleuve, entre l’île Saint-Aubin et l’île Forte, commandait le passage de la Loire, ainsi que la route qui met la rive gauche de ce fleuve en communication avec la rive droite et avec Angers. Le château, dont les Anglais s’emparèrent en 1369, avait été reconstruit en 1206 par Guillaume des Roches, sur les ruines d’une forteresse plus ancienne, rasée par Philippe-Auguste; sous sa forme actuelle, ce château ne remonte guère qu’à 1438. Maîtres du cours de la Mayenne par l’occupation du Lion-d’Angers et du cours de la Loire par la prise des Ponts-de-Cé, les chefs des Compagnies anglaises tinrent, pendant un moment, la capitale de l’Anjou enserrée au nord et au midi. L’occupation du Lion-d’Angers fut assez courte, mais celle des Ponts-de-Cé dura jusqu’à la victoire remportée par du Guesclin à Pontvallain, c’est-à-dire jusque vers la fin de 1370. On conserve aux Archives Nationales un registre provenant de la Chambre des comptes d’Anjou (coté P 1336), qui est tout entier relatif aux Ponts-de-Cé, et nous donne la statistique de cette localité, si importante au point de vue stratégique, vers la fin du quatorzième siècle.
[244] Abbaye de Bénédictins, au diocèse d’Angers, fondée vers 543 par saint Maur, disciple de saint Benoît. Les ruines de cette abbaye, convertie en ferme, se voient encore sur la rive gauche de la Loire, à Saint-Georges-le-Thoureil (Maine-et-Loire, arr. Saumur, c. Gennes), à 28 kil. au sud-est d’Angers et à 21 kil. au nord-ouest de Saumur. D’après une inscription en lettres gothiques, encastrée encore aujourd’hui dans le pilier qui sépare les deux nefs de la petite église Saint-Martin remontant au treizième siècle, l’abbaye de Saint-Maur aurait été occupée dès 1355 par Jean Cressewell et Hugh de Calverly:
L’an MIII{c} LV fu ceans Des Angloys le logeis Crissouale et Carvallay.
C’est le prieuré de Trèves-Cunault, situé également sur la rive gauche de la Loire, un peu au sud-est de l’abbaye de Saint-Maur, qui fut occupé vers cette époque et fortifié par les Compagnies anglo-gasconnes (_Cont. G. de Nangiaco_, II, 318). L’occupation des Ponts-de-Cé et de Saint-Maur par les Anglais doit remonter aux derniers mois de 1369. Le fameux routier Jean Cressewell fut probablement mis dès lors à la tête de la garnison de Saint-Maur dont il était certainement capitaine lorsque «_l’an_ MCCCLXX, _ou mois de decembre_, monseigneur Bertran de Guesclin, connestable de France et lieutenant du roy nostre sire, ordenna certain subside, trespas ou acquit sur les marchandises montans, descendans et traversans par la rivière de Loire, entre Candes (Indre-et-Loire, arr. et c. Chinon) et Chastecaux (auj. Champtoceaux, Maine-et-Loire, arr. Cholet), pour paier certaine somme promise et accordée à _Jehan Kerssoualle anglois et à ses compaignons, ennemis du royaume, pour rendre et delivrer le fort de Saint Mor, sur la dite rivière, qu’ilz tenoient alors._» _Arch. Nat._, sect. adm., P 1334{1}, fº 38. Cf. _Gallia Christiana_, XIV, 685; Paul Marchegay, _Archives d’Anjou_, Angers, 1853, in-8º, t. II, p. 287 à 292; Célestin Port, _Dict. hist. du dép. de Maine-et-Loire_, aux mots _Ponts-de-Cé_ et _Saint-Maur_.
[245] Auj. Saint-Savin-sur-Gartempe, Vienne, arr. Montmorillon, à environ 35 kil. au sud de la Roche-Posay, à 41 kil. à l’est de Poitiers, à 25 kil. à l’ouest du Blanc.
[246] Abbaye de Bénédictins au diocèse de Poitiers.
[247] Le 4 juin 1370, cet abbé, nommé Jocelin Badereau, adressa une requête à Charles V au sujet des déprédations commises au préjudice de son monastère par les gens d’armes qui s’en étaient emparés, ainsi que par les garnisons bretonnes de la Roche-Posay et du Blanc. _Gallia Christiana_, II, 1288.
A peine revenu à Calais de la chevauchée de Tournehem, le duc de Lancastre se remet en campagne; il passe devant Saint-Omer, Thérouanne, Hesdin, Saint-Pol, Pernes[248], Lucheux[249], Saint-Riquier. Il passe la Somme au gué de Blanquetaque, entre en Vimeu, puis dans le comté d’Eu, passe à côté de Dieppe et ne s’arrête que devant Harfleur[250] où il reste trois jours. Le but de l’expédition est de s’emparer de cette ville afin d’y brûler la flotte et le matériel naval[251] du roi de France; mais le comte de Saint-Pol, qui s’est enfermé à temps dans la forteresse menacée avec une garnison de deux cents lances, déjoue cette tentative. Dès le quatrième jour, le duc de Lancastre lève le siége, va ravager la terre du seigneur d’Estouteville[252] et se dirige vers Oisemont pour repasser la Somme à Blanquetaque. Au moment où les Anglais longent les murs d’Abbeville, Hue de Châtillon[253], capitaine de cette ville et maître des arbalétriers de France, fait une sortie et tombe dans une embuscade entre les mains de Nicolas de Louvain, sénéchal du Pontieu, qu’il avait lui-même fait prisonnier quelques mois auparavant et rançonné à dix mille francs. P. 191 à 195, 387 à 389.
[248] Auj. Pernes en Artois, Pas-de-Calais, arr. Saint-Pol-sur-Ternoise, c. Heuchin. La dame, appelée par Froissart (p. 192) _madame du Doaire_, est Jeanne de Luxembourg, veuve de Gui, comte de Saint-Pol, qui avait reçu en douaire le château et la seigneurie de Pernes.
[249] Somme, arr. et c. Doullens.
[250] Seine-Inférieure, arr. le Havre, c. Montivilliers. Le duc de Lancastre dut mettre le siége devant Harfleur peu avant le 21 octobre 1369, car, dans un mandement de Charles V en date de ce jour, on lit ce qui suit: «Nous avons entendu que _noz ennemis se sont deslogez de devant Harfleu_ et ont entencion d’euls traire vers la rivière d’Oise pour ycelle passer, s’il pevent.» Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 294.
[251] Il s’agit ici du matériel naval rassemblé en vue de cette descente dans le pays de Galles d’Owen de Galles pour laquelle Charles V avait fait tant de sacrifices et qui avorta si misérablement à la fin de décembre 1369 (_Gr. Chron._, VI, 320 à 322). Philippe d’Alençon, archevêque de Rouen, avait prêté 2000 francs pour cette expédition, et, le 16 janvier 1370 (n. st.), le roi donna l’ordre de lui rembourser les trois quarts de cette somme (_Mandements de Charles V_, p. 317). Pour recruter les équipages de cette flotte improvisée, on fit flèche de tout bois, et en novembre 1369 un malfaiteur eut sa grâce, «parmi ce toutes voies qu’il promettroit que _avecques la première armée des gens d’armes que nous ferons passer en Engleterre_ il iroit souffisamment appareilliez.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 307.--Telle fut la popularité, «la grant mencion de l’armée qui se fist en la mer par Yvain de Galles», qu’il y eut jusqu’à un orfèvre de Paris, Andriet le Maître, «qui fist chevance de deux chevaux, quant Yvain de Galles se mist en la mer, et s’en ala avec icelui Yvain.» JJ 100, nº 633; JJ 102, nº 131.--Dans un acte, daté de Paris le 10 mai 1372, où il se reconnaît redevable envers Charles V d’une somme de 300 000 francs d’or, Owen de Galles accuse les rois d’Angleterre, «meus de convoitise damnée», d’avoir occis ou fait occire quelques-uns de ses _prédécesseurs, rois de Galles_ (_Arch. Nat._, JJ N, fº 55, nº 27).
[252] Auj. Estouteville-Écalles, Seine-Inférieure, arr. Rouen, c. Buchy. Tout le tableau de la chevauchée du duc de Lancastre dans le pays de Caux est retracé dans une lettre de grâce délivrée en mai 1376 à un certain Guillaume le Cordier qui s’était retiré avec son père et ses enfants dans le fort de Raimes (un château ruiné de Ramé, situé à Gomerville, entre Montivilliers et Bolbec, est marqué sur la carte de Cassini, feuille du Havre, nº 60), «_en l’an_ MCCCLXIX, _ou moys d’octobre_ ou environ, le duc de Lancastre et pluseurs autres noz ennemis estanz sur le pais de Caux.» Moyennant un sauf-conduit acheté de Gautier Hewet, chevalier anglais, logé près de Raimes, Guillaume le Cordier va voir si son manoir n’est pas brûlé et s’il n’y aurait pas moyen d’y rentrer. Le comte de la Marche, dont les gens occupent ce manoir, refuse de le rendre à Guillaume; il ne consentirait à y recevoir que la femme de Guillaume, parce qu’elle est enceinte. Guillaume le Cordier prend le parti de retourner à Raimes à l’aide d’un nouveau sauf-conduit acheté comme le premier de Gautier Hewet. Au retour, comme il passe à Étienville, il donne une somme de 70 francs à Thomas Caon, à la condition que l’hôtel où ce chevalier anglais est logé et deux autres ne seront pas brûlés; puis il court au manoir de son père où il trouve des hommes d’armes allemands à la solde du duc de Lancastre, qui veulent y mettre le feu; il parvient à les faire renoncer à leur projet en leur distribuant huit pots de cidre et une douzaine de blanc pain petit. Il retourne ensuite au hameau d’Etienville où l’on a brûlé depuis son départ les trois maisons pour le rachat desquelles il avait payé 70 francs. Il se rend à Bolbec, où il apprend que le duc de Lancastre se trouve, pour se plaindre à Thomas Caon, mais là on lui vole son cheval; las d’adresser en vain des réclamations à Gautier Hewet, logé chez Jean le Bouleur, homme de fief du comte de Harcourt, il achète au prix de deux francs une jument aux Anglais pour retourner chez lui. _Arch. Nat._, JJ 108, nº 382.
[253] Hue ou Hugues de Châtillon, seigneur de Dampierre, de Sompuis et de Rollencourt, avait succédé dans la charge de grand maître des arbalétriers de France à Baudouin d’Annequin tué à la bataille de Cocherel le 16 mai 1364 (Anselme, _Hist. généal._, VI, 112; VIII, 46 et 47). Le châtelain de Beauvais fut fait prisonnier en même temps que Hugues de Châtillon (_Gr. Chron._,