‹ Chroniques de J. Froissart, tome 09/13Chapitre 17 sur 25 · CHAPITRE X.

CHAPITRE X.

_1380, 13 juillet._ MORT DE BERTRAND DU GUESCLIN DEVANT CHATEAUNEUF-RANDON.--_Du 23 juillet au 16 septembre._ CHEVAUCHÉE DU COMTE THOMAS DE BUCKINGHAM EN FRANCE, POUR SE RENDRE EN BRETAGNE, A TRAVERS L’ARTOIS, LA PICARDIE, LA CHAMPAGNE, LE GATINAIS, LA BEAUCE ET LE MAINE.--_16 septembre._ MORT DE CHARLES V (§§ 137 à 168).

Le connétable Bertrand du Guesclin assiégeait, entre Mende et le Puy, Châteauneuf-Randon[355], défendu par des Anglais et des Gascons[356], quand il tomba malade et mourut. On apporta son corps aux Cordeliers du Puy, puis on le transporta à Saint-Denis, où le roi le fit enterrer auprès de son tombeau, après de magnifiques obsèques[357].

[355] Lozère, arr. de Mende.

[356] Bertrand du Guesclin avait toujours espéré que la campagne de Bretagne finirait par un traité, et l’on peut supposer, sans mettre en doute son dévouement à Charles V, qu’il préférait cette solution à toute autre, n’ayant pas comme Clisson des raisons d’hostilité personnelle contre Jean de Montfort. Aussi quand les pourparlers du traité n’eurent pas abouti, Jean le Mercier, qui gardait rancune au connétable de lui avoir reproché précédemment l’échec du siège de Cherbourg (_Chr. des Quatre Valois_, p. 277), ne manqua pas de représenter au roi que B. du Guesclin n’avait pas fait son devoir dans la campagne de Bretagne et qu’il «estoit de la bande du duc» (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 112), espérant ainsi faire nommer connétable Olivier de Clisson. La manœuvre faillit réussir, car Bertrand, furieux d’avoir été desservi auprès du roi, fait entendre bien haut qu’il renonce à son épée de connétable français et qu’il va se retirer en Espagne. Le roi lui députe à Pontorson les ducs d’Anjou et de Bourbon pour lui assurer qu’il n’ajoute pas foi à ces calomnies. A en croire Cabaret d’Orville (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 114), du Guesclin aurait alors refusé de reprendre son épée de connétable et se serait acheminé vers l’Espagne par le gouvernement du duc de Bourbon. Il est plus naturel de croire que B. du Guesclin resta comme connétable au service du roi, d’autant que les pièces de cette époque portent la mention: _sous le gouvernement de Mgr. le connestable de France_ (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 248-250), au commencement de juin 1380, à la veille de son départ pour le Midi, où l’appelaient les réclamations des villes contre les compagnies. Au commencement de l’année, Perducat d’Albret avait pris en effet Montferrand en Gévaudan (_Le petit Thalamus_, p. 400); en avril Chaliers et Châteauneuf-Randon tombaient à leur tour au pouvoir des Anglais (_Ibid._). Au mois de juin, B. du Guesclin, qui était parti avec 300 hommes d’armes (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 116), arrivait avec le duc de Berry devant Chaliers, qui se rendait au mois de juillet (_Le petit Thalamus_, p. 400). De là le connétable va mettre le siège devant Châteauneuf-Randon; mais il tombe bientôt malade, empoisonné, d’après la _Chronique de P. Cochon_ (p. 158), et meurt le vendredi 13 juillet (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 466), remettant au maréchal de Sancerre son épée de connétable pour la donner au roi (_Chronographia_, t. II, p. 393).

[357] Le corps du connétable fut d’abord déposé dans l’église des Jacobins (auj. Saint-Laurent) du Puy, où le 23 juillet fut célébré un service funèbre (_Le petit Thalamus_, p. 400). Ses entrailles restèrent au Puy (Dom Vaissete, t. IX, p. 881); son cœur, primitivement placé dans l’église des Jacobins de Dinan, fut transporté le 9 juillet 1810 dans l’église Saint-Sauveur de la même ville (J. Ogée, _Dict. hist. et géogr. de la prov. de Bretagne_, t. I, 1840, p. 223); son corps, d’abord transféré à Moulins, fut enterré à Saint-Denis au pied du tombeau de Charles V (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 118), après de magnifiques funérailles.

Le roi songe alors à nommer connétable le seigneur de Couci, auquel il vient de donner la terre de Mortagne, en Hainaut[358], dont il dépouille le jeune Jacques de Werchin; mais le seigneur de Couci refuse cette charge, dont il croit plus digne Olivier de Clisson. Le jour même de la mort de du Guesclin, Châteauneuf se rend[359]: la garnison s’en va en Limousin et les gens du connétable viennent en France[360], où le roi les accueille bien.

[358] La donation de Mortagne-sur-l’Escaut (Nord, arr. de Valenciennes) n’est datée que du 27 septembre 1380 (_Arch. Nat._, JJ 118, fol. 12 vº).

[359] La garnison anglaise, ignorant la mort de Bertrand du Guesclin, se rendit le lendemain de sa mort (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 467 et _Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 118), le 14 juillet 1380, et déposa les clés du château sur son lit de mort (_Chronographia_, t. II, p. 393; _Chr. des Quatre Valois_, p. 285).

[360] Les troupes du connétable allèrent faire le siège de Montferrand (Lozère, arr. de Marvejols, commune de Banassac), ainsi que dit _Le petit Thalamus de Montpellier_ (p. 400): «e d’aqui fo seti fo mudat a Montferrant».

Parlons maintenant de monseigneur Thomas, comte de Buckingham, fils cadet du roi Édouard d’Angleterre, qui se dispose à traverser la France avec une armée, pour venir en Bretagne. P. 233 à 234, 342.

Les renforts promis par les Anglais au duc de Bretagne n’étaient pas arrivés: on a vu le triste sort de l’expédition de Jean d’Arondel. Le duc pressé par Olivier de Clisson, Gui de Laval et autres, envoie en Angleterre le seigneur de Beaumanoir et Eustache de la Houssaie[361], qui arrivent à Londres un peu avant la Pentecôte 1380, avant donc le 13 mai. P. 234, 235, 342, 343.

[361] Le 10 janvier 1380, le duc de Bretagne avait envoyé des ambassadeurs en Angleterre, et un traité avait été signé (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 236); le roi de France y répondait le 4 février par un traité d’alliance avec le roi Jean de Castille (Hay du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 403-405). Mais le traité conclu avec l’Angleterre n’ayant pas stipulé le nombre d’hommes d’armes à fournir, le duc renvoie en ambassade au mois de mars Jean de Beaumanoir et Eustache de la Houssaye, auxquels il faut joindre Étienne de Guyon, Mathieu Raguenel, Jean de la Chapelle et Richard Clerc (_Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 17). Pendant ce temps, les États de Bretagne font une tentative auprès du roi de France, qui semble disposé à s’en rapporter à l’arbitrage du comte de Flandre (Dom Morice, _Hist. de Bret._, t. I, p. 372) et continue d’autre part avec l’Angleterre les pourparlers de paix commencés en 1379 (Kervyn, t. IX, p. 545), où nous voyons intervenir, du 31 mars au 6 juin, Thomas, évêque de Rochester, Jean de Cobham et Gauthier Skirlawe (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Nuncii 632/19_ et _632/23_; _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 16 rº et 24 vº). L’expédition de Buckingham n’en était pas moins décidée dès le mois de mars précédent, après la seconde ambassade de Jean de Beaumanoir.

Le roi d’Angleterre reçoit très bien à Windsor les deux ambassadeurs. Pendant les préparatifs qu’on fait du Parlement qui doit se tenir à Westminster, meurt, à Londres, Guichard d’Angle, comte d’Huntingdon, qui est enseveli en grande pompe dans l’église des Augustins[362].

[362] Contrairement à ce que dit Froissart, ce personnage bien connu, qui mourut le 4 avril 1380, fut enterré très modestement, comme il le désirait, à Reading (voy. Kervyn, t. XX, p. 36).

Le parlement s’assemble, et l’on décide que le comte de Buckingham se rendra à Calais et traversera la France pour aller en Bretagne, avec trois mille hommes d’armes et trois mille archers. P. 235, 236, 343.

Les chevaliers bretons repartent alors, porteurs de lettres du roi Richard.

L’armée anglaise pendant ce temps se rassemble à Douvres, puis à Calais, et les capitaines de Boulogne, d’Ardres[363], de la Montoire[364], d’Éperlecques[365], de Tournehem[366], de Hames[367], de Licques[368] et autres châteaux s’apprêtent à soutenir un siège.

[363] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

[364] Ruines dans le parc du château de la Cressonnière, à Nielles-lès-Ardres, Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

[365] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

[366] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

[367] Hames-Boucres, Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.

[368] Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.

Le roi de France apprend à Paris le passage de l’armée anglaise: il envoie alors en Picardie[369] le seigneur de Couci[370], qui établit son quartier général à Péronne, en Vermandois. Le capitaine d’Ardres était alors le seigneur de Sempy[371]; Jean de Longvilliers commandait à Boulogne et Jean de Fosseux[372] à Montreuil-sur-Mer[373].

[369] Le roi avait nommé le 2 août le duc de Bourgogne, capitaine général du royaume. Il n’arrivait guère à Amiens que le 22 juillet (É. Petit, _Itinéraires_, p. 148). Bureau de la Rivière avait été retenu pour servir en Picardie le 10 juillet aux gages de 1000 francs d’or par mois (_Mandements de Ch. V_, nº 1938), ainsi que Jean de Beuil aux gages de 200 francs d’or, le 10 août (_Ibid._, nº 1948). Le jeune Charles de Navarre était avec le duc de Bourgogne aux gages de 500 francs d’or (_Arch. Nat._, KK 326, fol. 15).

[370] Dès le 20 juin nous trouvons le seigneur de Couci commandant en Picardie, à Hesdin (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 14, nº 925), puis à Abbeville le 4 juillet (_Ibid._, _Clair._ vol. 68, nº 5305), à Hesdin, le 22 (_Ibid._, _Clair._ vol. 17, nº 1131), puis à Chartres le 6 septembre (_Ibid._, _Clair._ vol. 35, nº 2623); il était aux gages de 600 francs par mois.

[371] Jean de Sempy paraît à Boulogne le 1er juin 1380 (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 17, nº 1157), à Thérouanne le 26 (_Ibid._, _Clair._ vol. 65, nº 5031), à Hesdin le 2 août (_Ibid._, _Clair._ vol. 17, nº 1147).

[372] Jean de Fosseux, chevalier qui a déjà figuré dans Froissart, servait en Picardie sous les ordres d’Enguerrand de Couci, et était le 5 juillet à Abbeville et le 19 à Hesdin, où sa compagnie était passée en revue (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 49, nos 3647 et 3649).

[373] Pas-de-Calais, ch.-l. d’arr.

Buckingham arrive à Calais[374] trois jours avant la fête de Sainte-Madeleine (19 juillet 1380). P. 236 à 238, 343.

[374] L’expédition de Buckingham fut préparée dès le 17 mars 1380, date à laquelle les premiers bateaux furent retenus (_Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 23; _Ibid._, _4 Rich. II_, m. 11) tant pour transporter les troupes que pour protéger la flotte (voy. aussi à la date du 18 avril _Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Nuncii 632/12_). Mais ce n’est qu’au mois de juin qu’on songea réellement à partir. Le roi avait engagé ses joyaux à l’archevêque de Cantorbéry et obtenu pour cette expédition 10 000 livres sur les dîmes du clergé et 4592 l., 14 s., 2 d. sur les droits touchés sur les laines, les cuirs et les peaux aux portes de Londres, de Saint-Botolph’s et de Kingston-sur-Hull (_Ibid._, _Patent Rolls, 3 Rich. II_, part 2, m. 11; voy. aussi Rymer, t. VII, p. 256). Le 18 juin, le maire de Londres, John Philippot, se rend à Sandwich pour veiller aux préparatifs des barques des Cinq-Ports, qui doivent escorter Buckingham (_Ibid._, _Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 23); le 20, un don de 1000 livres à vie est fait à Buckingham (_Ibid._, _Patent Rolls, 4 Rich. II_, part 1, m. 40); le 24, des prières solennelles sont dites (_Ibid._, _Close Rolls, 4 Rich. II_, m. 9); le 26, Buckingham est nommé lieutenant du roi d’Angleterre en France (_Bibl. Nat., coll. Moreau 702, Bréq. 78_, fol. 114-117); enfin l’armée part au mois de juillet, et arrive à Calais par fractions: Buckingham y arrive le 19. Primitivement la compagnie de Buckingham devait compter 2000 hommes d’armes et 2000 archers (_Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 23); un peu plus tard, au mois de mai, elle n’avait plus que 1200 hommes d’armes et 1390 archers (_Ibid._, _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 40 vº); au moment du départ, son effectif était réduit à 1000 hommes d’armes et à 1100 archers, auxquels il fallait joindre 220 hommes d’armes et 220 archers retenus par Robert Knolles, 50 h. d’a. et 30 ar. retenus par Eustache de Vertaing; 200 h. d’a. et 200 ar. retenus par Thomas de Percy, 200 h. d’a. et 200 ar. retenus par Hugues Calverley; 200 h. d’a. et 200 ar. retenus par Raoul de Basset, 70 h. d’a. et 80 ar. retenus par J. de Harleston, 250 h. d’a. et 220 ar. retenus par Guillaume de Latimer, 100 h. d’a. et 200 ar. retenus par Guillaume de Windsor, etc., en tout 2470 hommes d’armes et 2590 archers (_Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 17).

Trois jours après, départ pour Marquise[375] de l’armée anglaise, commandée par le comte de Buckingham, les comtes d’Oxford et Devonshire, Guillaume de Latimer, connétable de l’armée, et Gautier Fitz-Walter, maréchal de l’armée, qu’accompagnent de nombreux chevaliers (longuement énumérés). P. 238 à 240, 343, 344.

[375] Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.

Repos de trois jours à Marquise[376]. On passe devant Ardres, pour aller gîter à Ausque[377]. Le petit castel de Vrolant[378] est pris. A cette occasion on arme de nouveaux chevaliers, et l’on attend à Ausque l’arrière-garde de Guillaume de Windsor. Le lendemain gîter à Éperlecques. P. 240 à 242, 344, 345.

[376] Pendant leur séjour à Marquise, les Anglais durent faire une pointe sur Étaples qu’ils brûlèrent avec d’autres villes, comme nous l’apprend la _Chronique des Quatre Valois_ (p. 285), alors que les négociations de paix entre la France et l’Angleterre n’étaient pas interrompues (cf. plus haut, p. XCVIII, note 361).

[377] Nordausque, Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

[378] Château que Kervyn place tout près de Nordausque, mais que je n’ai pas trouvé sur les cartes. [n.d.t.: voir l'article Recques-sur-Hem sur Wikipédia]

Le lendemain à six heures, marche sur Saint-Omer. Les gens de la ville qui avaient veillé toute la nuit de crainte d’une surprise, courent aux créneaux. Mais le comte de Buckingham se contente de regarder la ville de loin, du haut d’une colline. Quelques jeunes chevaliers, nommés à cette occasion, viennent chercher aventure sous les murs de la ville, mais on ne leur répond pas. Gîter à Esquerdes[379], entre Saint-Omer et Thérouanne[380]. Le lendemain, marche sur Thérouanne. P. 242 à 244, 345.

[379] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

[380] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.--_La Chronique des Quatre Valois_ (p. 286) rapporte qu’aux environs de Thérouanne les Anglais prirent et abattirent deux petites forteresses.

Quand les gens d’armes de Boulogne, d’Ardres, de Tournehem, d’Audrehem[381], de la Montoire, de Hames et des châteaux du Boulonnais et du pays de Guines[382] voient que les Anglais marchent ainsi devant eux sans s’arrêter, ils se rangent au nombre de deux cents lances sous les ordres des seigneurs de Sempy et de Fransures[383], et se mettent à poursuivre et à harceler l’armée anglaise, qui, sans s’arrêter à Thérouanne, va gîter et se reposer un jour à Wizernes[384]. P. 244, 245, 345.

[381] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

[382] Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.

[383] Nous trouvons Jean de Fransures, chevalier banneret, en 1363 en Anjou et en 1368-1369 en Picardie (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 1239).

[384] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

A Wizernes, le comte de Buckingham reçoit la visite du duc de Tesschen, l’ambassadeur de l’empereur, qui, accompagné de Simon Burley, se rend[385] en Angleterre pour négocier le mariage du roi Richard et d’Anne de Bohême. L’armée passe devant Lillers[386] et gîte à Bruay[387], toujours poursuivie par les seigneurs de Fransures et de Sempy. P. 245, 246, 345.

[385] Nous avons la mention d’une ambassade de Simon de Burley vers le roi des Romains pour le mariage de Richard II, du 18 juin au 31 décembre 1380 (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 22 vº).

[386] Pas-de-Calais, arr. de Béthune.

[387] Pas-de-Calais, arr. de Béthune.

Le lendemain matin, départ pour Béthune[388], où le seigneur de Couci avait envoyé d’Arras le seigneur d’Hangest, Jean et Tristan de Roye, Geoffroi de Charni[389], Gui de Honnecourt et autres. Les Anglais passent en vue de Béthune à neuf heures du matin, mais ne tentent pas l’assaut, et vont gîter à Souchez[390]. A six heures du soir, les seigneurs de Sempy et de Fransures se jettent dans Béthune et renseignent le seigneur de Couci sur la chevauchée des Anglais, qui continuent leur marche le lendemain, passent devant Arras en ordre de bataille et vont gîter le jour même à Avesnes-le-Comte[391], le lendemain à Miraumont[392], puis à Cléry-sur-Somme[393]. Le seigneur de Couci envoie alors le seigneur de Hangest à Bray-sur-Somme[394], Jacques de Werchin à Péronne[395], avec le seigneur d’Havré, Jean de Roye, Gérard de Marquillies et autres; il part lui-même pour Saint-Quentin[396], et dirige sur Ham[397] en Vermandois le seigneur de Clary, Tristan de Roye et Gui de Honnecourt. P. 246, 247, 346.

[388] Pas-de-Calais, ch.-l. d’arr.

[389] Geoffroi de Charni, chevalier, bailli de Nantes, naguères bailli de Caux, au 16 mars 1388 (_Coll. de Bastard_, p. 158).

[390] Pas-de-Calais, arr. d’Arras.

[391] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Pol.

[392] Somme, arr. de Péronne.

[393] Somme, arr. de Péronne.

[394] Somme, arr. de Péronne.

[395] Somme, ch.-l. d’arr.

[396] Aisne, ch.-l. d’arr.

[397] Somme, arr. de Péronne.

Le seigneur de Brimeu[398] s’étant écarté de la route du seigneur de Couci, est fait prisonnier, ainsi que ses deux fils Jean et Louis, par Thomas Trivet et quelques chevaliers. P. 247 à 249, 346.

[398] David de Brimeu, chevalier banneret, seigneur d’Humbercourt, bailli d’Hesdin (É. Petit, _Itinéraires_, p. 637), figure dans une revue à Hesdin, le 19 juillet 1380 (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 22, nº 1580); nous le trouvons conseiller et chambellan du duc de Bourgogne en 1409 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 519). Le 1er mai 1378 il offre des chiens au roi (_Mandements de Ch. V_, nº 1706).

Le lendemain a lieu la montre de l’armée anglaise, et dans une embuscade, au mont Saint-Quentin devant Péronne, Gérard de Marquillies, Louis de Vertaing, Houard de la Houarderie, Bouchard de Saint-Hilaire et dix hommes d’armes sont faits prisonniers par les Anglais. P. 249 à 251, 346, 347.

Les Anglais restent trois jours à Cléry-sur-Somme[399]; le quatrième, ils gîtent à l’abbaye de Vaucelles[400] près de Cambrai. Le lendemain ils se dirigent vers Saint-Quentin, et dans une escarmouche entre les gens du duc de Bourgogne, Jean de Mornai[401] est pris avec dix hommes d’armes de sa compagnie. Le soir le gros de l’armée gîte à Fervaques[402], et l’avant-garde à Fonsomme[403]. P. 251, 347.

[399] Les Anglais durent pendant leur séjour à Cléry-sur-Somme s’avancer en Vermandois et menacer Villers-aux-Érables (arr. de Montdidier), car les habitants de cette ville se réfugient dans la forteresse et sont traités de _hurons_ par un charretier, se moquant de leur lâcheté (_Arch. Nat._, JJ 117, fol. 151). A Cléry-sur-Somme, le comte de Buckingham passe en revue son armée, où figurent trois nouveaux chevaliers (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 41 vº).

[400] Abbaye cistercienne, ayant un abbé régulier, située un peu au sud de Cambrai.

[401] Jean de Mornai, seigneur de la Motte-Tilly, déjà chambellan du duc de Bourgogne en 1372, reçut 1000 livres de pension pour sa bravoure à Roosebeke, d’après un compte d’Amiot Armand, cité par M. É. Petit (_Itinéraires_, p. 684).

[402] Couvent cistercien de femmes, auj. ferme en face de Fonsomme, sur la rive droite de la Somme.

[403] Aisne, arr. de Saint-Quentin.

Le lendemain, départ pour Saint-Quentin, dont la garnison ne répond pas aux provocations: on gîte à Origny-Sainte-Benoite[404] et dans les villages voisins. L’abbaye de femmes d’Origny est épargnée, grâce au seigneur de Vertaing, neveu de l’abbesse; mais, durant la nuit, un engagement sérieux a lieu à Ribemont[405].

[404] Aisne, arr. de Saint-Quentin.--Le château de Béthancourt (Oise) se met en état de défense à cette date (_Arch. Nat._, JJ 117, fol. 149 vº).

[405] Aisne, arr. de Saint-Quentin.

Les jours suivants, on gîte à Crécy-sur-Serre[406], puis à Vaux[407], devant Laon, après avoir passé la Serre[408], puis à Sissonne[409], puis à Cormicy[410] et Hermonville[411] tout près de Reims, après avoir passé l’Aisne à Pontavert[412]. Manquant de vivres, l’armée anglaise force les Rémois à lui en fournir, passe la Vesle[413] et vient gîter à Beaumont-sur-Vesle[414]. P. 252 à 254, 347, 348.

[406] Aisne, arr. de Laon.--Tandis que les Anglais étaient à Crécy-sur-Serre, le seigneur de Couci envoya le vicomte de Meaux défendre la ville de Laon (_Arch. Nat._, JJ 123, fol. 47).

[407] Écart de Laon.

[408] Affluent de l’Oise.

[409] Aisne, arr. de Laon.

[410] Marne, arr. de Reims.

[411] Marne, arr. de Reims.

[412] Aisne, arr. de Laon.

[413] Affluent de l’Aisne.

[414] Marne, arr. de Reims.

Les Anglais trouvent le lendemain le pont de Condé-sur-Marne[415] détruit; ils le rétablissent, passent la rivière et gîtent ce jour-là à Cherville[416] et le lendemain à Vertus[417]. La ville, refusant de payer rançon, est complètement brûlée, à l’exception de l’abbaye où loge le comte de Buckingham.

[415] Marne, arr. de Châlons.

[416] Marne, arr. de Châlons.--Le texte de Froissart porte Genville-sur-Marne: Cherville est sinon sur la Marne, du moins très proche de la rivière.

[417] Marne, arr. de Châlons.

Le lendemain, après escarmouche devant le château de Montmort[418] appartenant à Gauthier de Chatillon, on gîte à la Bailloterie[419], sur le chemin de Troyes. Le jour suivant, on se dirige sur Plancy[420]. Surpris par un parti d’Anglais, le seigneur de Hangest manque d’être fait prisonnier et se réfugie à grand’peine, poursuivi par un homme d’armes nommé Pierre Brochon, dans le château, qui subit un assaut. L’armée anglaise continue sa route, passe l’Aube, et gîte à Vallant-Saint-Georges[421]. P. 254 à 258, 348, 349.

[418] Marne, arr. d’Épernay.

[419] Ferme près de Germinion, Marne, arr. de Châlons.--Le texte de Froissart porte Pelotte.

[420] Aube, arr. d’Arcis.

[421] Aube, arr. d’Arcis.

Pendant que les Anglais chevauchaient sur Vallant, leur avant-garde avait rencontré Jean de Roye, accompagné de 20 lances, se dirigeant sur Troyes; elle les avait poursuivis et avait fait quatre prisonniers, entre autres, Gui Gouffier[422], écuyer du duc de Bourgogne.

[422] Nous ne trouvons qu’un Jean Gouffier figurant dans une montre à Corbie, le 1er août 1380 (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 54, nº 4098). Les _Itinéraires_ de M. É. Petit ne mentionnent pas cet écuyer.

L’armée quitte Vallant le lendemain, et gîte tout près de Troyes[423], à Barberey-Saint-Sulpice[424]. P. 258, 259, 349, 350.

[423] Le 24 août, sous les murs de Troyes, Thomas Trivet renouvelle son engagement à raison de 4 s. par jour jusqu’au 31 décembre 1380 (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 40 vº).

[424] Aube, arr. de Troyes.--Le texte de Froissart porte Barnart Saint Siple.

Le duc de Bourgogne était à Troyes[425], désireux de combattre les Anglais, contrairement aux idées du roi de France, qui craignait un échec; il avait avec lui de nombreux chevaliers: c’étaient le duc de Bourbon, le duc de Bar, le comte d’Eu, les seigneurs de Couci et de Chatillon, Jean de Vienne, amiral de France, Hugues de Vienne, les seigneurs de la Trémoïlle, de Vergi, de Rougemont, de Sempy et autres, qui, aux portes de la ville, avaient fait bâtir une bastille en bois, pouvant bien abriter mille hommes.

[425] Les _Itinéraires_ de M. É. Petit (p. 148) indiquent la présence du duc de Bourgogne à Troyes du 23 au 25 août 1380, date à laquelle il part pour aller trouver le roi à Melun. Auparavant il s’était occupé à mettre en état de défense le château de Montbard (_Arch. de la Côte-d’Or_, B 5314, fol. 19).

Le lendemain de leur arrivée à sept heures, les Anglais, bien équipés et parés de leurs plus belles armes, s’avancent vers la ville; et le comte de Buckingham envoie vers les chevaliers français les deux hérauts, Chandos et Aquitaine, pour leur proposer le combat. P. 259 à 262, 330.

Les chevaliers anglais s’y préparent du reste, surtout les nouveaux chevaliers, comme Pierre Brochon, Jean et Thomas Paveley, qui brûlent de faire leurs premières armes. Raoul de Gruyères[426] refuse d’être armé chevalier dans une campagne où l’on se bat chrétien contre chrétien; il le devint plus tard dans la croisade de Prusse. P. 262 à 264, 350, 351.

[426] Nous voyons figurer Raoul de Gruyères dans un différend avec Othe de Grantson (1391-1394) dans les _Itinéraires_ (p. 540 et 551) de M. É. Petit.

Les chevaliers français de leur côté vont prendre leur poste de combat dans leur bastille, et défilent devant le duc de Bourgogne. P. 264, 265, 351.

Les hérauts anglais, ne pouvant parvenir jusqu’au duc de Bourgogne, retournent auprès des leurs, pendant que les jeunes chevaliers commencent à escarmoucher. P. 265, 266, 351.

Un écuyer anglais, Jean Stone[427], fait sauter son cheval par-dessus les barrières; il est tué presque aussitôt. Le gros de l’armée anglaise s’ébranle alors; et le duc de Bourgogne, ne se sentant pas en force, évacue la bastille, protégé dans sa retraite par les archers génois. Les Anglais, voyant qu’il n’y a pas de bataille à venir, reviennent gîter à Saint-Lyé[428], et le lendemain vont passer la nuit à Mâlay-le-Vicomte[429], près de Sens, où ils restent deux jours. P. 266 à 268, 351, 352.

[427] Le nom de ce chevalier anglais n’est donné tel que par le ms. de Breslau; il est laissé en blanc dans le ms. de Leide: il devient _Jennequin Boleton_ dans un des mss. de Cheltenham, est remplacé par la mention _né de l’évêché de Lincoln_ dans certains mss., enfin se transforme en _Lionnet de Northbury_ dans d’autres (cf. p. 352).

[428] Aube, arr. de Troyes.--Froissart parle ici d’un Barbon près de Saint-Lyé, qui doit être Barberey-aux-Moines.

[429] Yonne, arr. de Sens.

Les Anglais, dans leur chevauchée vers la Bretagne, ne manquaient pas de dire qu’en cette occasion ils ne faisaient point la guerre au roi de France pour leur propre compte, mais étaient simplement aux gages du duc de Bretagne qui les avait appelés. Le roi Charles profite de la circonstance pour écrire une lettre secrète aux habitants de Nantes, la clef de la Bretagne, et, en leur garantissant leurs anciennes franchises, les invite à ne pas rompre les traités passés, en ouvrant leurs portes aux Anglais. Les Nantais, à l’insu du duc de Bretagne qui séjournait à Vannes, lui promettent fidélité.

Revenons aux Anglais, gîtés près de Sens, où leur présence avait attiré le duc de Bar, les seigneurs de Couci, de Fransures et de Sempy. P. 268 à 270, 352, 353.

Après s’être reposée à Mâlay-le-Vicomte, l’armée anglaise part un mercredi matin[430], traverse l’Yonne au-dessus de Sens[431], et vient gîter à Gron[432], à une lieue de Sens; elle gîte le lendemain à Nemours[433], le surlendemain à Beaune-la-Rolande[434], le jour suivant à Pithiviers[435], où elle reste trois jours; le quatrième jour, elle se dirige sur le château de Toury[436], qui est occupé par le seigneur de Sempy, Olivier de Mauni et Gui le Baveux[437]. Les Anglais tentent l’assaut, qui est interrompu par la joute de Gauvain Michaille[438] et de Janekin Cator. P. 270 à 273, 353, 354.

[430] En suivant jour par jour l’itinéraire très exact de la chevauchée de Buckingham, on constate que c’est le mercredi 29 août que l’armée anglaise traverse l’Yonne.

[431] C’est entre Sens et Villeneuve-le-Roy (auj. Villeneuve-sur-Yonne) que les Anglais traversèrent l’Yonne (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 467); ils mirent le feu par tout le pays, malgré les 300 hommes d’armes français qui les «chevauchoient», et de là menacèrent Villeneuve-la-Guyard (_Arch. Nat._, JJ 118, fol. 102).

[432] Yonne, arr. de Sens.--Le texte de Froissart porte Jenon.

[433] Seine-et-Marne, arr. de Fontainebleau.--Nous trouvons mention d’un Guichard de la Jaille poursuivant les Anglais à cette date et gîtant à Machault (S.-et-M.) (_Arch. Nat._, JJ 119, fol. 22).

[434] Loiret, arr. de Pithiviers.

[435] Loiret, ch.-l. d’arr.

[436] Eure-et-Loir, arr. Chartres.

[437] Gui le Baveux, qui, en 1357, devant Chartres, paraît dans une montre avec 4 autres chevaliers et 25 hommes d’armes (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 232), est retenu par le roi en juin 1369 (_Mandements de Ch. V_, nos 549, 566, 600 et 646); il est chambellan du duc de Bourgogne en 1369 (É. Petit, _Itinéraires_, p. 479) et prend part à la prise de Brive-la-Gaillarde en 1374 (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 58); il est seigneur de Tillières en 1378; il paraît au siège de Breteuil le 12 avril 1378 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 232) et reçoit, outre ses gages, 100 francs le 14 pour ne pas piller le château (_Mandements de Ch. V_, nº 1693), ce qui prouve que Breteuil se rendait à cette date (cf. plus haut, p. XLVI, note 132). Capitaine et garde d’Évreux en septembre 1378, Gui le Baveux accompagne le jeune Charles de Navarre, dont il devient conseiller, au siège de Cherbourg, le 23 juin 1379 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 232) et paraît au Mans le 17 mai 1380, à Saint-Malo le 16 juin et à Caen le 8 juillet (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 11, nos 644-645); devenu chambellan du roi, il achète le 3 septembre une terre ayant appartenu à Pierre du Tertre (_Arch. Nat._, JJ 119, fol. 17); il fait partie de la table du roi le jour du couronnement à Reims de Charles VI (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 120).

[438] Gauvain Michaille, que nous trouvons pour la première fois en 1375 écuyer de l’hôtel du duc de Bourbon, est souvent cité dans la _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_. Il est blessé à Roosebeke en 1382, puis en 1386; nous le retrouvons le 9 juin 1399, écuyer d’écurie du duc de Bourbon, recevant un don de 100 francs du duc d’Orléans (_Coll. de Bastard_, p. 41): c’est par erreur que Cabaret d’Orville en fait un chevalier en 1386 (p. 185).

La fin de la joute est ajournée. P. 273, 274, 354.

Le lendemain, départ pour Janville[439]. L’armée, marchant en trois batailles, s’attend chaque jour à une attaque, désirée par les Français, mais toujours différée par le roi Charles. P. 274, 275, 354.

[439] Eure-et-Loir, arr. de Chartres.

Janville était gardé par plus de 300 lances, avec le Barrois des Barres[440], Guillaume le Bâtard de Langres[441], le Bègue de Villaines, Jean de Rély[442], les seigneurs d’Hangest et de Mauvoisin[443] et autres. L’armée anglaise détruit le moulin de Janville, brûle la tour du Puiset[444], et, pressée par le manque d’eau, vient gîter à Ormoy[445] sur la Connie[446], où elle se repose deux nuits. Le lendemain, elle traverse la Ferté-Villeneuil[447] près de Châteaudun[448] et gîte dans la forêt de Marchenoir[449], où elle s’établit pour trois jours. P. 275 à 277, 354, 355.

[440] Jean des Barres, dit le Barrois, chevalier, apparaît comme chambellan du roi en 1383; il est capitaine et garde de Châtillon-sur-Indre, pour le duc de Touraine, en 1389 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 203).

[441] Guillaume le Bâtard sert sous le gouvernement du duc de Bourgogne le 3 août 1380 à Corbie (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 102, nº 9); voy. aussi É. Petit, _Itinéraires_, p, 514.

[442] En janvier 1379, Jean de Rély vend des bois près de Montlhéry pour fonder une messe à Sainte-Catherine du Val des Écoliers (_Arch. Nat._, J 736, nº 16 et JJ 114, fol. 65 vº). Un autre Jean de Rély, peut-être le même, est «oubloyer» du roi en 1384 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2457).

[443] Sans doute Gui Mauvoisin, chevalier, écuyer du duc d’Anjou en 1376 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 1902).

[444] Eure-et-Loir, arr. de Chartres.

[445] Commune de Courbehaye, Eure-et-Loir, arr. de Châteaudun.--Bureau de la Rivière était revenu en hâte mettre en état de défense son château d’Auneau (Eure-et-Loir); voy. S. Luce, _La France pendant la guerre de Cent Ans_, 2e série (1893), p. 84.

[446] Affluent du Loir.

[447] Eure-et-Loir, arr. de Châteaudun.

[448] Eure-et-Loir, ch.-l. d’arr.

[449] Loir-et-Cher, arr. de Blois.

Dans cette forêt se trouve l’abbaye du Petit Cîteaux, fondée par le comte Thibaud de Blois[450]. Le comte de Buckingham ordonne de l’épargner; et les Anglais tentent deux reconnaissances, l’une sur le château de Marchenoir, défendu par Guillaume de Saint-Martin[451], l’autre sur le château de Viévy[452], qu’ils se gardent d’assiéger. P. 277, 278, 355.

[450] Thibaud IV, comte de Blois, puis de Champagne.

[451] Un Guillaume de Saint-Martin est verdier de Longchamp en 1377-1380 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2764), sans doute le même que celui qui figure ici et se trouve mentionné jusqu’en 1387 comme «garde du chastel de Marchesnoir», au service du comte de Blois (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2763); son sceau fait partie de la _Collection de Bastard_ (p. 212).

[452] Viévy-le-Rayer, Loir-et-Cher, arr. de Blois.

Le lendemain de la fête de Notre-Dame (9 septembre), on décide de continuer la joûte de Gauvain Michaille et de Janekin Cator. Gauvain Michaille, blessé à la cuisse à la première passe, est renvoyé avec 100 francs, auprès des barons français du pays. Les Anglais prennent la direction de Vendôme[453], et vont gîter dans la forêt de Coulommiers[454]. P. 278, 279, 355.

[453] Loir-et-Cher, ch.-l. d’arr.

[454] Loir-et-Cher, arr. de Vendôme.

Cependant une action semble s’apprêter contre les Anglais; les habitants de Nantes, avec lesquels le roi a secrètement traité par l’entremise du duc d’Anjou[455], demandent des troupes pour les défendre; le duc d’Anjou à Nantes, le duc de Bourgogne au Mans[456], partout aux environs les ducs de Bourbon, de Lorraine et de Bar, le comte d’Eu, le seigneur de Couci s’apprêtent, malgré les ordres du roi, à empêcher l’armée anglaise de traverser la Sarthe.

[455] C’est Jean de Beuil, chambellan du duc d’Anjou, qui servit d’intermédiaire dans cette négociation (Dom Morice, _Hist. de Bret._, t. I, p. 374).

[456] Le séjour au Mans du duc de Bourgogne vers le 9 septembre n’est pas marqué dans les _Itinéraires_ de M. É. Petit.

Le roi tombe gravement malade. On dit qu’autrefois il avait été empoisonné par le roi de Navarre[457], puis guéri par un médecin que lui avait envoyé l’empereur. Se sentant mourir, il appelle auprès de lui ses trois frères, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon, laissant de côté le duc d’Anjou, dont il connaît les idées ambitieuses; il leur recommande son fils Charles, leur parle de la gravité des affaires de Flandre, que lui a prédite un astrologue[458], leur conseille de lutter contre les tendances anglaises du duc de Bretagne, de nommer Olivier de Clisson connétable de France, de chercher en Allemagne une femme pour son fils Charles, et enfin d’alléger le plus tôt possible les impôts qui écrasent le peuple[459].

[457] C’est à l’année 1371 qu’il faut reporter les tentatives d’empoisonnement attribuées au roi de Navarre; cf. _Grandes Chroniques_, t. VI, p. 425-426.

[458] Jusqu’à sa dernière heure, Charles V montra son goût pour l’astrologie et les astrologues; le 20 mai 1380, moins de quatre mois avant sa mort, il faisait don à Thomas de Pisan d’une place et tour «faisant le coing sur Saine d’entre les viez murs et les nouviaux qui passent pardevant nostre hostel de Saint Pol, droit au front du fossé de l’ille Nostre Dame» (_Arch. Nat._, JJ 117, fol. 56). Un ms. ayant appartenu à Charles V, et décrit dans le _Cabinet des mss._ de M. L. Delisle (t. III, p. 336, note 1), contient au fol. 158 la table des _nativités_ du roi et de ses enfants.

[459] Dès l’année 1380, Charles V avait diminué un certain nombre de feux en France (_Mandements de Ch. V_, nos 1900, 1901, etc.). A la date même de sa mort, on connaît une ordonnance (_Ordonnances des rois de France_, t. VII, p. 710-711; Kervyn, t. IX, p. 549-550; _Mandements de Ch. V_, nº 1955), par laquelle le roi faisait «abatre le subcide des feux qui couroit par son royaulme sur le peuple, dont le peuple estoit moult grandement grevé» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 288). On se demandait jusqu’ici si cette ordonnance avait été mise à exécution; M. L. Finot a prouvé dans la _Bibliothèque de l’École des Chartes_ (t. L, 1889, p. 164-167) qu’on ne saurait le mettre en doute.

Le duc d’Anjou, quoique absent de Paris, était mis au courant de tout ce qui se passait, et quand le roi mourut, il se tenait dans la pièce voisine de la chambre mortuaire. P. 279 à 284, 355 à 357.

L’armée de Buckingham cependant avait quitté la forêt de Coulommiers. Près de Vendôme, elle rencontre les gens du seigneur de Hangest; Robert de Hangest[460], Jean de Montigny[461], Guillaume de Launai et cinq ou six autres Français sont faits prisonniers. Un peu plus loin Robert Knolles s’empare du seigneur de Mauvoisin. L’armée passe devant Vendôme, traverse le Loir et gîte à Azé[462]; le lendemain elle gîte à Saint-Calais[463], où elle se repose deux jours; le troisième jour, elle gîte au Grand-Lucé[464], le lendemain, à Pontvallain[465]. P. 284, 285, 357.

[460] Robert de Hangest reçoit le 19 mars 1389 certaines sommes du duc de Touraine (_Coll. de Bastard_, p. 16).

[461] Jean de Montigny figure comme écuyer panetier du duc d’Orléans en 1406 (_Coll. de Bastard_, p. 56).

[462] Loir-et-Cher, arr. de Vendôme.

[463] Sarthe, ch.-l. d’arr.--Les Anglais s’avancèrent jusqu’à la Bazoche-Gouet dans l’Eure-et-Loir, arr. de Nogent-le-Rotrou (_Arch. Nat._, JJ 118, fol. 102 vº).

[464] Sarthe, arr. de Saint-Calais.

[465] Sarthe, arr. de la Flèche.

Le duc d’Anjou ayant quitté Angers, les gens d’armes français, garnissent le lit de la Sarthe de longs pieux, et creusent de grands fossés. Ces travaux retardent l’armée anglaise, qui, après de grands efforts, passe quand même et vient gîter à Noyen[466]. P. 285 à 287, 357, 358.

[466] Sarthe, arr. de la Flèche.

Le même jour le roi Charles mourait à Paris en l’hôtel Saint-Pol[467]. Le duc d’Anjou se saisit aussitôt de tous les bijoux du roi, qui pouvaient lui servir pour l’expédition d’Italie qu’il projetait[468]. Le corps du roi traversa Paris, à visage découvert, jusqu’à l’abbaye de Saint-Denis où il fut enseveli suivant ses instructions, ayant à ses pieds le connétable Bertrand du Guesclin[469]. Malgré la volonté du roi, le duc d’Anjou prend la direction du royaume[470]. C’est vers la Saint-Michel que le roi était mort. On décide que le nouveau roi Charles serait couronné à Reims à la Toussaint[471]. Ses trois oncles, les ducs d’Anjou, de Berri et de Bourbon, furent nommés régents du royaume jusqu’à la majorité du roi, c’est-à-dire jusqu’à l’âge de vingt et un ans[472]. Le couronnement futur est annoncé au duc de Brabant, au duc Aubert, au comte Jean de Blois, au duc de Gueldre, au duc de Julliers, au comte d’Armagnac et au comte de Foix. On se hâte moins pour avertir les ducs de Bar et de Lorraine, le dauphin d’Auvergne et le seigneur de Couci, occupés à la poursuite de l’armée de Buckingham; mais le comte de Flandre n’est pas oublié.

[467] «Au jour d’ui (dimanche, 16 septembre 1380), environ douze heures, à heure de midi, mon tresredoubté seigneur messire Charles le Quint, par la grace de Dieu roy de France, est alez de vie à trespassement à _Beauté sur Marne_, près de Saint Mor des Fossés, delessez monseigneur Charles, son aisné filz, dalphin de Viennois et à present roy de France, messire Loys, second et puisné, comte de Valoys, et madame Katherine de France, tous meneurs d’ans» (_Arch. Nat._, X1a 1471, fol. 382). D’après les _Grandes Chroniques_ (t. VI, p. 470), les jeunes princes étaient à Melun, à cause de l’épidémie qui régnait à Paris. Christine de Pisan dans son _Livre des faits_ a inséré un récit de la mort de Charles V, dont l’original latin, retrouvé par M. Hauréau et attribué par M. S. Luce à Philippe de Mézières, a été traduit de nouveau dans _La France pendant la guerre de Cent Ans_ (seconde série, p. 46-65). Quelques heures avant de mourir, Charles V, tourmenté par le souvenir du schisme (_Chr. des Quatre Valois_, p. 287), tint à déclarer par un procès-verbal notarié, que, tout en considérant Clément VII comme le véritable pape, il se conformait dès maintenant à l’opinion qu’adopterait plus tard L’Église à ce sujet (Voy. N. Valois, _Annuaire-Bulletin de la Société de l’Hist. de France_, année 1887, p. 251-255).

[468] Le duc d’Anjou, qui rêvait une expédition en Italie (voy. plus haut p. LXXV, note 258 et LXXVI), s’empara non seulement des joyaux de Charles V, mais encore d’une partie du trésor de Melun que le roi destinait au paiement de certains legs. Un mandement de Charles VI, publié par S. Luce (_Bibl. de l’Éc. des Ch._, t. XXXVI, 1875, p. 302-303), ordonne un prélèvement sur les aides pour compenser les 32 000 francs pris par le duc d’Anjou à la mort du roi.

[469] Le lundi 17 septembre, le corps fut apporté à Saint-Antoine (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 469); il y resta jusqu’au lundi 24, où les obsèques eurent lieu à Notre-Dame, après une petite émeute des écoliers (_Chr. des Quatre Valois_, p. 288); le mardi 25, il fut porté à Saint-Denis, où le lendemain de nouvelles obsèques furent faites (_Arch. Nat._, X1a 1471, fol. 282). Charles V, alors dauphin, avait vers le 25 octobre 1362 choisi sa sépulture dans la chapelle de l’église de Saint-Denis qui est à l’entrée du côté du cloître (_Arch. Nat._, K 49, nº 74). Son cœur fut porté à Rouen «en la mestresse eglise» (_Chr. de P. Cochon_, p. 160).

[470] Suivant _Le petit Thalamus_ (p. 401), c’est le duc d’Anjou qui fut régent, d’après l’ordonnance de 1374 (_Ordonn._, VI, p. 46); cf. aussi la _Chronique du religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 16.

[471] Le sacre de Charles VI eut lieu à Reims, le dimanche 4 novembre 1380.

[472] La majorité des rois de France avait été fixée en 1374 par Charles V (_Ordonn._, t. VI, p. 26-30) à quatorze ans.

Les Gantois sont très affectés de la mort du roi qui leur était favorable et n’aimait pas le comte de Flandre. P. 287 à 289, 358, 359.

[1] CHRONIQUES DE J. FROISSART.