‹ Chroniques de J. Froissart, tome 10/13Chapitre 3 sur 13 · CHAPITRE XII.

CHAPITRE XII.

_1380, juin._ CONCLUSION DE LA PAIX ENTRE LE COMTE DE FLANDRE ET LES GANTOIS.--_8 août._ REPRISE DES HOSTILITÉS.--_27 août._ DÉFAITE DES GANTOIS.--_Septembre._ LE COMTE FAIT LE SIÈGE DE GAND.--_5 novembre._ VICTOIRE DES GANTOIS A LONGPONT.--_10 novembre._ PAIX MARTINIENNE.--_1381, février._ NOUVEAUX DIFFÉRENDS.--_13 mai._ DÉFAITE DES GANTOIS A NEVELE; LEUR DÉSUNION (§§ 193 à 208).

En Flandre, les Gantois sont toujours en hostilités avec le comte, qui profite d’une émeute populaire à Bruges pour intervenir et mettre la main sur la ville, où il fait de nombreuses exécutions; ce qui entraîne la soumission du Franc de Bruges[82].

[82] Après l’exécution de Jean Pruneel et l’appel fait par le comte aux bannis de Flandre (voy. t. IX, p. XCIV-XCV), le 18 juin 1380, les Brugeois avaient arraché à Louis de Male certains privilèges relatifs, entre autres, à la bière et aux vins. Revenu à Lille, le comte s’était hâté de révoquer ces concessions (_Arch. du Nord_, citées dans Le Glay, _Chronique rimée_, p. 88, note 1) et avait imposé son alliance aux habitants de Bruges et du Franc (J. Meyer, _Ann. flandr._, fol. 174). Malgré ces alliés, malgré ses mercenaires anglais (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 110), le comte assistait aux nouveaux succès des Gantois, qui s’étaient emparés de plusieurs villes (Kervyn, _Ist. et chr. de Flandre_, t. II, p. 191 et 236); il se résolut à la paix, qui fut «criée» au mois de juin 1380. Elle fut bientôt rompue, le 8 août, à l’occasion d’une querelle de tisserands (Meyer, fol. 174), et les hostilités recommencèrent.

Enhardi par ce succès, le comte décide d’aller assiéger Ypres, que viennent secourir 3,000 Gantois, conduits par Jean Boele[83] et Arnould de Clerk[84]. De Bruges, le comte se dirige sur Thourout, puis sur Poperinghe, où il réunit une armée de 20,000 hommes. P. 51 à 53, 313, 314.

[83] C’est par erreur que, dans le volume précédent (t. IX, p. LXXXII), ce personnage a été appelé _Guillaume_. Jean Boele, qui figure à différentes reprises dans les comptes de la ville de Gand, était échevin en février 1381 (J. Vuylsteke, _Rekeningen der Stad Gent_, 1893, p. 185).

[84] Arnould de Clerk (en flamand Arent de Cleerc) est mentionné en 1380 avec Simon Colpaert dans les comptes de Gand (_Rekeningen_, p. 192) à propos d’une expédition à Dixmude.

Les Gantois envoient alors à Ypres un nouveau renfort de 9,000 hommes, sous les ordres de Rasse d’Herzeele, Pierre du Bois, Pierre de Wintere[85] et Jean de Launoit[86], qui, après être passés par Courtrai, décidés à livrer bataille au comte, attendent à Roulers[87] d’être rejoints par les troupes d’Ypres, déjà renforcées par celles de Jean Boele et d’Arnould de Clerk.

[85] Un Pierre de Wint paraît en mai 1378 dans les comptes de Gand (_Rekeningen_, p. 104).

[86] Jean de Launoit (Jan vander Elst) appartient à la corporation des marchands en 1376 et 1377 (_Rekeningen_, p. 24, 35, 83, 97, etc.). Est-ce le même que Jan vander Helst, échevin entre 1377 et 1380 (_Ibid._, p. 151)? D’après Meyer (fol. 177 rº), c’était un banni.

[87] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

Surprises dans une embuscade, ces dernières troupes sont taillées en pièces par les gens du comte[88] et perdent près de 3,000 hommes[89]. Les Yprois rentrent dans leur ville et les Gantois se réfugient à Courtrai. P. 53 à 56, 314.

[88] La défaite des Gantois eut lieu le 27 août 1380 (Meyer, fol. 175 rº), au moment où, d’après une rédaction des _Chroniques de Flandre_, ils se disposaient à marcher sur Dixmude (_Ist. et chr._, t. II, p. 539). C’est peut-être ici qu’il faut placer l’expédition d’Arnould de Clerk, voy. p. XIV, note 84.

[89] Meyer n’estime qu’à 1,200 le nombre des Gantois morts.

Mais, dans leur fureur d’avoir été vaincus, ils accusent Jean Boele de trahison et le tuent; ils retournent ensuite à Gand, pendant que Jean de Launoit va s’emparer du château de Gavre sur l’Escaut. P. 56, 57, 315.

Le comte marche alors sur Ypres, qui lui ouvre ses portes et se rend à merci[90]; il fait mettre à mort plus de 700[91] partisans des Gantois, envoie à Bruges 300 otages, et, cela fait, se dispose à assiéger Courtrai. P. 57, 58, 315.

[90] Ypres ouvrit ses portes au comte le 28 août, bien qu’une rédaction des _Chroniques de Flandre_ (_Ist. et chr._, t. II, p. 257) place cet événement après le 9 septembre.

[91] Le comte «fist decoler bien .IIIIC. de ceuls de ladicte ville» (_Ist. et chr._, t. II, p. 174).

N’espérant plus de secours de la part des Gantois, la ville se rend au comte[92], qui prend 200 otages et, peu de temps après, rentre à Bruges en passant par Deynse[93]. Au bout d’une quinzaine de jours, aux environs de la fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste (29 août)[94], le comte convoque de nouveau ses gens et vient s’établir à la Biete[95] pour faire le siège de Gand. Robert de Namur a répondu à son appel, mais non Guillaume, qui alors est en France, auprès du roi. Gautier d’Enghien est maréchal de l’armée. Les Gantois, encouragés dans leur défense par les Liégeois, les gens de Bruxelles et du Brabant, supportent vaillamment le siège, qui ne peut être complet, et sont ravitaillés du côté de Bruxelles et des Quatre-Métiers[96]. P. 58 à 60, 315.

[92] Le 29 août 1380.

[93] Voy. _Ist. et chr._, t. II, p. 174.

[94] D’après Meyer (fol. 175), ce fut le 1er septembre, immédiatement après la prise de Deynse, que commença le siège de Gand, qui devait être long et durer près de dix semaines. Le comte avait avec lui 100,000 hommes (_Ist. et chr._, t. II, p. 193).

[95] Ter Boote, plateau situé au nord de Gand, au delà de Longpont (Langerbrugge).

[96] Région située au nord de Gand et comprenant les métiers d’Assenede, de Bouchaute, de Hulst et d’Axel.

Tandis que le seigneur d’Enghien, que le Hase de Flandre et le jeune sénéchal de Hainaut, Jacques de Werchin, se distinguent dans des escarmouches, les gens de Bruges, de Poperinghe et d’Ypres, envoyés par le comte à Longpont[97], se font battre par les Gantois[98]. P. 60 à 62, 316.

[97] Langerbrugge, au nord de Gand.

[98] Ce combat eut lieu à la fin du siège, le 5 novembre 1380. Il fut fort meurtrier; c’est là que mourut Josse de Hallwin (_Ist. et chr._, t. II, p. 174). Voy. les comptes relatifs à Longpont (_Rekeningen_, p. 218).

Fiers de ce succès, les Gantois, au nombre de 6,000, vont prendre, brûler et piller Alost[99], dont les seigneurs, Louis de Marbais, Geoffroi de la Tour[100] et Philippe de Jonghe, n’ont que le temps de fuir; ils se rendent maîtres ensuite de la ville de Termonde[101] (Philippe de Masmines est tué dans cette affaire), mais ne peuvent s’emparer du château, défendu par le seigneur de Widescot; enfin ils entrent par force dans Grammont[102], puis retournent à Gand avec leur butin. P. 62, 63, 316.

[99] Le 6 octobre 1380 (Meyer, fol. 176).

[100] Godefroy de la Tour, rentier de Brabant, donne quittance le 15 décembre 1374 de 125 francs d’or, pour terme d’une rente à lui due par le trésor royal (_Bibl. nat., Pièces orig._ vol. 2859).

[101] C’est le jour de la Saint-Denis, 9 octobre, que les Gantois partent pour Termonde, qu’ils prennent le 11 (Meyer, fol. 176 rº).

[102] La prise de Grammont par les Gantois eut lieu en novembre 1380; le seigneur d’Enghien y fut fait prisonnier (_Ist. et chr._, t. II, p. 193). Elle avait été précédée en octobre de l’attaque contre Audenarde, de la prise d’Eenaeme et de la défaite et mort d’Arnould de Clerk, que Froissart, d’accord avec une des rédactions des _Chroniques de Flandre_ (t. II, p. 198-199), place en carême 1381; ce dernier combat est daté par Meyer (fol. 176 rº) du 25 octobre. Dix jours après (le 5 novembre) se passait la bataille de Longpont, dont Froissart a parlé plus haut.

L’hiver s’approche; le comte se retire alors à Bruges[103] et envoie à Audenarde tenir garnison les seigneurs d’Enghien et de Montigni, pour inquiéter les Gantois.

[103] Avant de retourner à Bruges, le comte signa la paix que demandaient les Gantois; lui-même «tot fessus malis et ære exhaustus, videns plus se damni quam lucri facere» (Meyer, fol. 176 vº), y consentit volontiers. Cette paix, signée «au camp devant Gand» le 11 novembre 1380, jour de la Saint-Martin, prit le nom de paix Martinienne; elle est ignorée de certaines _Chroniques_, qui disent que «demoura la cose ainsy toute la saison _sans pais_, sans trieues et sans nul accord» (_Ist. et chr._, t. II, p. 193; cf. p. 238). Par cette paix, dit Wielant, dans ses _Antiquités de Flandres_ (Dom Smet, _Rec. des chr. de Fl._, t. IV, p. 307), «le comte pardonne tous meffaictz sans jamais rien pouoir demander; _item_, que tous ceulx qui sont banniz par ceuls de Gand demoureront banniz et obeyront au ban et que desormais l’on fera justice selonc les coustumes de la ville». De plus, toute personne qui violera cette paix sera punie comme si elle avait violé une réconciliation légale (Van Duyse et de Busscher, _Inventaire... des chartes... de Gand_, p. 158, et J. Vuylsteke, _Rekeningen der Stad Gent_, p. 448-450). A cette époque, le comte cherche aussi à s’assurer le concours de l’Angleterre, où il envoie des ambassadeurs, en décembre 1380 (_Rec. Off., Early Chanc. Rolls_ 325, m. 20). Le 20 février suivant, Jean Elyot est envoyé à Calais, porteur de lettres pour le comte, les échevins et bourgeois de Bruges, Ypres et Gand (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20).

En mars suivant, au printemps, le comte rassemble une nouvelle armée, dont il fait chef le seigneur d’Enghien. Les contingents de Deynse et d’Audenarde sont attaqués et maltraités par Rasse d’Herzeele et Jean de Launoit, qui revenaient à Gand d’une expédition contre Deynse[104].

[104] La paix ne dure guère. De nouvelles contestations s’élèvent entre les Gantois et les Brugeois, ces derniers voulant garder ce qui avait été pris par les autres durant les hostilités. Le 24 février 1381, les Gantois renouvellent leur alliance avec Ypres et créent un tribun du peuple, Rasse Mulaert; par une nouvelle loi, ils décident que quiconque fera prisonnier un chevalier recevra deux livres; pour un écuyer le prix ne sera que d’une livre. Au commencement de mai, les Gantois prennent Termonde, Courtrai, Grammont, etc., sans pour cela que le calme règne dans la ville. Pendant une émeute, Simon Rym est tué (Meyer, fol. 176 vº-177 rº).

Le lendemain, les Gantois vont brûler les faubourgs de Courtrai et rencontrent les troupes du comte à Nevele[105]. Rasse d’Herzeele et Jean de Launoit s’apprêtent à livrer bataille, sans attendre Pierre du Bois et Arnould de Clerk. P. 63 à 66, 316, 317.

[105] Village près de Gand. La bataille eut lieu le lundi 13 mai 1381, jour de la Saint-Servais. On trouve des comptes se rapportant aux expéditions de Courtrai (voy. la note précédente) et de Nevele dans le livre de M. J. Vuylsteke (_Rekeningen_, p. 220-223).

L’armée du comte est forte de 20,000 hommes, de 1,500 lances, tant chevaliers qu’écuyers; ce sont: de Hainaut, le seigneur d’Enghien, maréchal de l’armée, Michel de la Hamaide, le bâtard d’Enghien[106], le seigneur de Montigni, Gille de Risoit, Hustin du Lai, le seigneur de Lens et Jean de Berlaimont[107]; de Flandre, Jean et Gui[108] de Ghistelles, le seigneur d’Escornai, le seigneur de Hulluc, le seigneur et Daniel d’Halewin, le seigneur d’Estaimbourg, Thierri de Dixmude[109], et d’autres, en y comptant le jeune sénéchal de Hainaut, Jacques de Werchin, qui mourut à Obies. Le seigneur de Leeuwerghem[110] porte la bannière du comte. Le choc a lieu, et mal fût avenu aux gens du comte, si Pierre du Bois, qui était arrivé sur le lieu du combat, eût pu secourir les siens; mais il en est empêché par un marais. P. 66 à 68, 317, 318.

[106] _Jean_, bâtard d’Enghien, figure déjà en 1379 au siège d’Audenarde, pendant lequel il fut fait chevalier (_Ist. et chr._, t. II, p. 230).

[107] Kervyn a consacré aux Berlaimont une assez longue notice (t. XX, p. 310-311) où ne figure pas celui dont il est ici question.

[108] Sur Gui de Ghistelles, voy. t. IX, p. LXXXIV, note 4.

[109] Thierri de Dixmude, chevalier, donne quittance le 1er mars 1376 de ses gages et de ceux de deux chevaliers et neuf écuyers de sa compagnie, au service de Louis de Sancerre. On le retrouve en 1380 figurant dans une revue à Hesdin, le 19 juillet, et à Corbeil, le 1er septembre; il est sous les ordres du seigneur de Couci (_Bibl. nat., Clair._ vol. 40, nos 192, 193 et 195). En différend depuis quelque temps déjà avec les bourgeois de Valenciennes, au sujet de la mort de son écuyer tué dans cette ville, il soumet son cas au comte de Blois et au seigneur de Couci à la fin de 1382 (_Arch. du Nord_, série B, t. I, p. 184). Le 13 septembre 1386, nous le retrouvons au service du duc de Bourgogne, comte de Flandre, dans une montre passée à Thérouanne, où il figure avec huit chevaliers et soixante et un écuyers (_Bibl. nat., Clair._ vol. 40, nº 199).

[110] Un _heer_ van Leewerghem paraît dans les comptes de la ville de Gand en 1380 (_Rekeningen_, p. 177).

Rasse d’Herzeele et Jean de Launoit, assaillis par une armée quadruple de la leur, se replient en désordre sur la ville. Rasse d’Herzeele se fait tuer en défendant l’église où Jean de Launoit[111] est brûlé vif avec tous ceux qui s’y sont réfugiés. P. 68 à 70, 318, 319.

[111] D’après Meyer (fol. 178 rº), Jean de Launoit ne meurt pas à Nevele, mais est banni après le combat.

Des 6,000 hommes de Jean de Launoit et de Rasse d’Herzeele, à peine en survit-il 300[112]. Pierre du Bois, qui a assisté au combat, sans pouvoir y prendre part, s’achemine vers Gand, où les fuyards ont déjà annoncé la mauvaise nouvelle, se plaignant de l’inaction de Pierre du Bois.

[112] Les Gantois perdirent 6,000 hommes (_Ist. et chr._, t. II, p. 174). Une quinzaine de jours après l’affaire de Nevele, le comte «envoya le baniere des Gantois, qui avoit esté gaingnie, à le comtesse d’Artois, se mere» (_Ist. et chr._, t. II, p. 199).

Aussi, quand ce dernier, bien que poursuivi par le seigneur d’Enghien, arrive à Gand, est-il assez mal accueilli et a grand’peine à se disculper. De là cette haine, dont Gilbert de Grutere et Simon Bette sentirent bientôt les effets. P. 70 à 74, 319, 320.

Le comte retourne à Bruges et licencie son armée; il renvoie le seigneur d’Enghien à Audenarde[113].

[113] Le combat de Nevele fut suivi d’une accalmie qui ne se prolongea guère. Le comte de Hainaut s’interposa pour arriver à conclure la paix; mais les Gantois s’y refusaient (_Ist. et chr._, t. II, p. 243), et le comte exigeait des conditions trop onéreuses (Meyer, fol. 178 rº).

Les Gantois, au nombre de 15,000, au moment de la fête de Bruges (mai 1381), vont brûler les faubourgs de Courtrai[114], que le comte se contente de munir d’hommes d’armes.

[114] Cette attaque des Gantois, qui doit être placée avant le combat de Nevele, eut lieu le 2 mai 1381. Quant aux événements qui suivent, relatifs à Audenarde et à Eenaeme, on a déjà vu qu’ils sont de beaucoup antérieurs. Voy. plus haut, p. XVI, note 102.

Sous les murs d’Audenarde, les attaques de Pierre du Bois et de ses gens sont repoussées par les chevaliers.

Trois jours après, Arnould de Clerk et 1,200 _chaperons blancs_ viennent tenir garnison à Gavre, pour faire échec aux gens d’Audenarde; ils en sortent bientôt pour surprendre une route conduite par le seigneur d’Escornai, Blanchard de Calonne[115] et autres, leur font perdre plus de 60 hommes et s’emparent de la ville et de l’abbaye d’Eenaeme[116]; Pierre de Steenhuyse est tué. P. 74 à 77, 320, 321.

[115] Nous retrouvons plus tard, après la campagne de Flandre de 1383, ce _Blanchard_ de Calonne, chargé par le roi, ainsi que Jacques de Calonne, dit Riflart, «de pranre et recevoir les biens des Flamans et de ceux qui tenoient leur partie et aussi des Urbanistes» (_Arch. nat._, X1a 1472, fol. 62, X2a 10, fol. 163 et 11, fol. 49).

[116] Belgique, prov. de Flandre orientale.

Le lendemain, les chevaliers d’Audenarde marchent sur Eenaeme, surprennent les Gantois, les tuent presque tous, et, parmi eux, Arnould de Clerk; ils retournent ensuite à Audenarde. Ces nouvelles comblent le comte de joie. P. 77 à 79, 321, 322.

Désespérés de ces échecs, les Gantois songent à faire leur soumission, mais ils n’osent, par crainte de Pierre du Bois et de ses partisans, qui les imposent et les obligent à continuer la lutte, sous prétexte de défendre leurs franchises. Les honnêtes gens sont ainsi victimes de leur faiblesse, témoin Jean de la Faucille[117], qui, pour éviter d’être compromis, s’exile, mais n’en est pas moins accusé par Simon Rym[118], qui le tue en duel à Lille. P. 79 à 81, 322, 323.

[117] Sur Jean de la Faucille, voy. t. IX, p. LXIV, note 1, et le _Cartulaire des comtes de Hainaut_, t. II, p. 311-331. Il était accusé par Simon Rym d’avoir été la cause de la mort de son oncle. Voy. plus haut, p. XVII, note 104.

[118] Le Simon Rym qui paraît en 1360 comme caution d’un hôtelier (J. Huyttens, _Recherches sur les corporations gantoises_, p. 54) est sans doute l’oncle de celui-ci. Voy. la note précédente.

Voyant que les notables de Gand sont fatigués de la guerre, et que, d’autre part, il ne peut traiter avec le comte sans risquer sa vie, Pierre du Bois imagine de s’adjoindre un autre chef capable de gouverner la ville de Gand avec lui[119]. Il propose à la nomination des Gantois Philippe d’Artevelde, fils de Jacques d’Artevelde, si populaire autrefois. P. 81 à 85, 323 à 325.

[119] Après Nevele, Pierre du Bois et François Ackerman avaient été nommés capitaines de Gand (_Ist. et chr._, t. II, p. 243). Ce dernier fut même rewaert de Gand du 30 juillet au 6 août 1381 (_Rekeningen_, p. 202 et 211). Il eut pour successeur Gilles le Foulon jusqu’en janvier 1382.

Après bien des hésitations voulues, Philippe se rend aux instances de Pierre du Bois, de Pierre de Wintere et de Sohier d’Herzeele[120]; il accepte et fait donner au seigneur d’Herzeele, ruiné par la guerre, une partie des revenus que le comte possédait dans la ville de Gand. P. 85, 86, 325.

[120] C’est à tort que le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 172) prétend que Sohier d’Herzeele aida Philippe d’Artevelde seulement à partir du siège d’Audenarde, au courant de 1382.