CHAPITRE XX.
_1384._ LA TRÊVE DE LEULINGHEM EST CONFIRMÉE EN ÉCOSSE.--_25 mai._ PRISE D’AUDENARDE PAR LE SEIGNEUR D’ESCORNAI.--_20-21 septembre._ MORT DU DUC D’ANJOU.--_1385, avril._ PRÉPARATIFS DE L’EXPÉDITION D’ÉCOSSE.--_21 mai._ LOUIS II D’ANJOU REÇOIT DU PAPE L’INVESTITURE DU ROYAUME DE SICILE ET DE JÉRUSALEM.--_Juin-août._ COMMENCEMENT DE LA CAMPAGNE DU DUC DE BOURBON DANS LE CENTRE (§§ 407 à 439).
Les seigneurs français, présents au traité de Leulinghem, se sont chargés de prévenir les Écossais de la conclusion de la trêve. Mais, pour une raison ou une autre, ils diffèrent de le faire. Aussi les hostilités continuent-elles aux frontières d’Écosse[181]. Peu après Pâques, les comtes de Northumberland et de Nottingham envahissent le territoire écossais avec 2,000 lances et 6,000 archers; ils brûlent tout sur leur passage jusqu’à Édimbourg[182].
[181] Durant l’année 1383, les hostilités n’avaient pas cessé aux frontières d’Écosse où le comte de Northumberland dut intervenir à différents titres (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 201, m. 8, 9, 14; 203, m. 9; voy. aussi Walsingham, t. II, p. 115). Dès les mois de décembre 1383 et janvier 1384, on fait de nouveaux préparatifs de campagne, et le comte de Northumberland retient 100 hommes d’armes et 200 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 11, 13 et 15).
[182] En mars 1384, le duc de Lancastre, les comtes de Cantorbéry et de Buckingham sont en Écosse où ils guerroient (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 15, 17, 19, 22; _Queen’s Rem._, _Army_ 40/7). Le duc de Lancastre part bientôt pour assister à Calais aux conférences qui doivent aboutir à une prolongation de la trêve, jusqu’au 1er mai 1385 (Walsingham, t. II, p. 115; _Rec. Off._, _Issue Rolls_ 208, m. 16); avant son départ, il a nommé le comte de Northumberland garde des marches (_Ibid._, 206, m. 15) et fait payer les troupes par les soins de J. Hermesthorp (_Ibid._, 206, m. 17).
Les barons d’Écosse font leurs préparatifs de défense. A ces nouvelles, la cour de France se hâte d’envoyer en Écosse, pour signifier la trêve, Guichard de Marsai[183], Pierre Fresnel[184] et un sergent d’armes du roi, Jean Champenois[185]. P. 164 à 166, 390.
[183] Guichard de Marsai (et non _Aimart de Massy_, comme l’appelle Froissart), chevalier, venait de faire la campagne de Flandre (_Arch. nat._, JJ 126, fol. 80); il reçut, dès le 13 février 1384 (Rymer, t. VII, p. 423), des lettres de sauf-conduit pour lui et ses compagnons, qui lui accordèrent jusqu’à 40 personnes pour l’accompagner (_Rec. Off._, _French Rolls_ 328, m. 5 et 10).
[184] Maître Pierre Fresnel, conseiller du roi, devint plus tard, en 1390, évêque de Meaux.
[185] Jean Champenois, écuyer, sergent d’armes du roi Charles V, qui l’avait chargé plusieurs fois de missions en Écosse, avait été nommé, le 16 avril 1381, maître et garde du Clos des Galées de Rouen (Terrier de Loray, _Jean de Vienne_, p. LXIX-LXXII). C’est en cette qualité que nous le retrouvons jusqu’au 23 octobre 1383 (_Ibid._, p. LXXIV et suiv.). En décembre 1384, le maître du Clos des Galées de Rouen est Jean Choque, dit de France (_Ibid._, p. LXXXIV).
Quelques chevaliers et écuyers français, apprenant cependant que la guerre recommence aux frontières d’Écosse, s’embarquent à l’Écluse pour aller tenter fortune. Citons parmi eux Jean de Blaisi[186], Geoffroi de Charni[187], Jacques de Montfort[188], Jean de Noyelles[189] et Sauvage de Villiers[190].
[186] Jean de Blaisi, chevalier, seigneur de Mauvilli, retourna plus tard en Écosse avec Jean de Vienne; il figure dans une revue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec 4 autres chevaliers et 21 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CII). Il avait assisté, en mai-juin 1378, au siège de Pont-Audemer, et avait été nommé, le 9 novembre de la même année, capitaine de Condé en Normandie, aux gages de 400 livres par an. Le 1er août 1381, il figure dans une revue tenue à Créci-en-Brie; devenu chambellan du roi, il est envoyé en Bretagne en 1386 pour s’occuper, avec Morelet de Montmort, des bateaux destinés à L’Écluse. Enfin, le 5 juin 1391, nous le trouvons commissaire sur le fait de «la vuide» des forteresses occupées par les ennemis du royaume en Rouergue, Velay, Gevaudan et Auvergne (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 359).
[187] Messire Geoffroi de Charni, sire de Montfort, banneret, figure dans une revue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec 10 chevaliers bacheliers et 85 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CIX).
[188] Jacques de Montfort apparaît comme écuyer dans la revue de Geoffroi de Charni du 3 août 1385 (Jean de Vienne, p. CX).
[189] Jean, autrement dit le Breton de Noyelles, écuyer, figure dans une revue à Amiens, le 27 avril 1385, avec 14 autres écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXX).
[190] Sauvage de Villiers, chevalier, fit partie de l’expédition d’Écosse (_Jean de Vienne_, p. CXXXI). Il avait pris part, en 1378, à la campagne de Normandie. Nous le retrouvons chambellan du roi en 1390 et capitaine du château de Touques de 1397 à 1402. Son fils, Sauvage de Villiers, est écuyer, échanson du roi en 1391 (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 3021).
D’autre part, les messagers que le roi de France envoie en Écosse sont bien accueillis en Angleterre et s’acheminent, accompagnés de deux sergents d’armes, vers le théâtre de la guerre[191]. P. 166 à 168, 390, 391.
[191] Ce fut Thomas Blount, chevalier de la chambre du roi d’Angleterre, qui eut mission (16 mars 1384) d’accompagner jusqu’en Écosse Guichard de Marsai et ses compagnons (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 21 et 206, m. 9).
Les chevaliers partis de l’Écluse arrivent à Montrose, en Écosse, et se rendent à Dundee, puis à Saint-John-Stone. Là, apprenant que les Anglais ne sont plus sur le territoire écossais, ils envoient deux d’entre eux à Édimbourg, auprès du roi d’Écosse, pour l’assurer de leur concours. Ils sont bien accueillis par les seigneurs, partisans de la guerre. Le roi, au contraire, qui vient de recevoir les ambassadeurs français chargés de dénoncer la trêve, ne veut pas entendre parler de continuer les hostilités. P. 168 à 170, 391, 392.
Secrètement appelé par le comte Guillaume de Douglas et ses amis, le reste des chevaliers français quitte Saint-John-Stone, se dirige sur Édimbourg, puis sur Dalkeith. Tout près de là est le lieu de réunion des chevaliers écossais, plus de 15,000, auxquels ils se joignent, désireux de faire payer cher aux Anglais la chevauchée qui vient d’avoir lieu en Écosse.
Ils entrent donc sur les terres des comtes de Northumberland et de Nottingham, qu’ils pillent et saccagent sans être inquiétés. P. 170, 171, 392.
Furieux, les Anglais veulent rentrer en campagne, bien que le duc de Lancastre et le comte de Cambridge préfèrent voir l’apaisement se faire, pour s’occuper de leur expédition en Espagne. Le roi d’Écosse n’approuve pas ses barons; les ambassadeurs français qui sont auprès de lui, Guichard de Marsai et Pierre Fresnel, pour dégager leur responsabilité, envoient au roi d’Angleterre un de leurs hérauts. P. 171, 172, 392, 393.
Le héraut excuse le roi d’Écosse, qui demande la confirmation de la trêve, dont il n’a eu que trop tard connaissance. P. 172 à 174, 393, 394.
Les Anglais, ne se sentant pas à l’abri de tout reproche, accueillent cette demande: la trêve est confirmée entre l’Écosse et l’Angleterre[192]; les ambassadeurs français peuvent retourner dans leur pays[193]. P. 174, 175, 394.
[192] Dès le 7 juin 1384, des lettres étaient envoyées au comte de Northumberland, aux évêques de Durham et de Carlisle et à maître Jean Waltham, pour s’occuper de la paix avec les envoyés du roi d’Écosse (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 206, m. 6 et 9); en juillet, la convention était signée (_Ibid._, _Lord Treas. Rem._, _For. Acc._ 2) et la trêve proclamée (_Ibid._, _Issue Rolls_ 208, m. 7). Mais, dès le mois de novembre 1384, les hostilités reprenaient, et les Écossais s’emparaient de Berwick (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 208, m. 20, 21), dont le comte de Northumberland avait la garde (_Ibid._, 206, m. 4). Accusé de négligence, le comte fut condamné par le Parlement; le roi lui fit grâce, malgré le duc de Lancastre. Le comte se rendit de nouveau maître de Berwick (Walsingham, t. II, p. 118).
[193] Le sauf-conduit de Guichard de Marsai, de Pierre Fresnel et de Jean Champenois, pour retourner en France, est daté du 27 juin 1384; avant leur départ, ils reçoivent du roi, tant en argent comptant qu’en objets précieux, la somme de 100 marcs (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 206, m. 9 et 10).
A cette nouvelle, les chevaliers français, venus en Écosse, font leurs adieux aux seigneurs du pays, leur promettant à la première occasion de venir se joindre à eux pour combattre les Anglais. Le vent les pousse à Briel[194], en Zélande, où les Normands leur enlèvent leurs barques et leurs armes. P. 175 à 178, 394, 395.
[194] Ville de la Zélande, à l’embouchure de la Meuse.
Grâce à l’intervention de Jacques d’Ostringh[195], écuyer du comte de Blois, ils peuvent s’embarquer pour Schoonhove, d’où ils gagnent la France par le Brabant et le Hainaut. P. 177, 178, 395, 396.
[195] Ce nom ne se trouve que dans deux manuscrits.
A leur arrivée, ils racontent leur expédition à l’amiral Jean de Vienne. Il est d’avis que c’est par l’Écosse qu’à la prochaine reprise de la guerre[196] on pourra le mieux entamer les Anglais. Les ducs de Berri et de Bourgogne partagent cette opinion que vient confirmer aussi Guichard de Marsai qui est de retour. P. 178, 179, 396.
[196] Au courant de l’été 1384, de nouvelles conférences en vue de la paix eurent lieu à Calais, qui durèrent de juin à la fin de septembre (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 206, m. 6 et 10). Le duc de Lancastre, le comte de Buckingham, Jean Holand, l’évêque de Hereford et autres ambassadeurs représentaient l’Angleterre. Le duc de Berri et le duc de Bourgogne, nommés lieutenants du roi en Picardie pour traiter de la paix (_Arch. nat._, JJ 128, fol. 163 vº et X2a 11, fol. 95), étaient secondés par Jean de Vienne et Jean le Mercier. Sûrs de l’appui de la Castille et de l’Écosse, les Français se montrèrent exigeants et réclamèrent l’évacuation de Calais et des autres places occupées par les Anglais. Les négociations échouèrent, et la trêve fut prolongée seulement jusqu’au 1er mai 1385 (_Jean de Vienne_, p. 179-181), époque à laquelle la guerre devait recommencer. Une des conséquences de la prolongation de la trêve fut, en janvier 1385, un échange de prisonniers (_Rec. Off._, _French Rolls_ 327, m. 7).
La trêve[197] avait laissé en la possession des Gantois la ville d’Audenarde et la terre du seigneur d’Escornai. Ce dernier, résolu à se venger malgré la trêve, profite de la présence de François Ackerman à Gand pour mettre son projet à exécution. P. 179, 180, 396, 397.
[197] Le duc de Bourgogne, qui, le 18 février 1384, avait conclu, avec les Gantois, une trêve particulière (Kervyn, t. X, p. 543), reçut en grâce, le 10 mai, les villes de Flandre, moyennant un subside payable jusqu’à la soumission d’Audenarde et de Gand. Cette imposition, levée pendant quatre mois, produisit plus de 50,000 livres (Le Glay, _Chr. rimée_, p. 148-151). Il est à remarquer que les villes de Flandre continuaient à ne pas reconnaître le pape Clément (_Ist. et cr._, t. II, p. 362).
Le 17 mai[198], à la tête de 400 combattants, chevaliers, écuyers et autres, il se cache dans le bois d’Edelaere, tout près d’Audenarde. Puis, profitant de l’embarras que causent à la porte dite de Grammont deux charrettes chargées dont il s’est fait précéder dans ce but, il entre dans la ville qu’il reprend. Plus de 300 Gantois sont tués; près de 15,000 francs appartenant à François Ackerman tombent aux mains du vainqueur. P. 180, 181, 397, 398.
[198] La prise d’Audenarde eut lieu le 25 mai 1384 (Meyer, fol. 201). Une rédaction des _Chroniques flamandes_ (_Ist. et cr._, t. II, p. 350) la place à tort le 1er octobre.
Les Gantois se plaignent de la violation de la trêve au duc de Bourgogne, qui ne peut rien obtenir du seigneur d’Escornai[199]. Cette prise d’Audenarde est la cause d’une violente querelle entre François Ackerman et le seigneur d’Herzeele[200], qui meurt peu après, tué, dit-on, sur les ordres d’Ackerman.
[199] Le seigneur d’Escornai manda aux Gantois «que che n’estoit point li fais du roy ne du duc de Bourgongne, comte de Flandres; mais il mesmes avoit ce fait empris sur yauls pour ce qu’il li avoient ses maisons arses et ochis de ses amys et de ses gens. Et ainsi tint et warda le fortresche d’Audenarde» (_Ist. et cr._, t. II, p. 363).
[200] Le seigneur d’Herzeele, accusé de vouloir faire la soumission de la ville au duc de Bourgogne, après en avoir expulsé les tisserands, fut massacré par la foule au commencement de juillet 1384 (Meyer, fol. 201 vº).
C’est à cette date que Gand se donne un nouveau gouverneur, Jean Bourchier[201], que lui envoie le roi d’Angleterre. P. 181 à 183, 398.
[201] Le meurtre du seigneur d’Herzeele fut le point de départ de troubles, au cours desquels la populace de Gand se donna un dictateur, Baudouin le Riche, dont elle se fatigua bientôt. Après un échange, entre Londres et Gand, de messagers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 14, 17, 20), dont l’un même fut mis à mort par les habitants de L’Écluse (_Ibid._, 206, m. 7), Jean Bourchier, chevalier, fut nommé par l’Angleterre capitaine et rewaerd de la ville de Gand, le 1er janvier 1385 (Meyer, fol. 202; _Rec. Off._, _Issue Rolls_ 208, m. 12). Ses lettres de protection prirent date du 7 décembre; il devait toucher pour lui et les hommes de sa suite 40 sous par jour (_Ibid._, 208, m. 12). Kervyn a publié (t. X, p. 545) les lettres par lesquelles le roi d’Angleterre annonce aux gens de Valenciennes la nomination de Jean Bourchier.
En Italie, le duc d’Anjou, arrivé jusqu’à Naples, manque d’argent et d’hommes[202]; son allié, le comte de Savoie, a succombé aux fatigues de la campagne[203]. Le duc s’adresse alors à ses frères, les ducs de Berri et de Bourgogne, qui lui envoient des renforts commandés par le sire de Couci[204] et le comte de Conversano[205]. Arrivés à Avignon, ces deux seigneurs apprennent la mort du duc d’Anjou[206]. Le sire de Couci retourne sur ses pas. Le comte de Conversano se dirige sur la Pouille. P. 183, 184, 398, 399.
[202] Après avoir échoué devant Naples, le duc d’Anjou avait été forcé, dès la fin de l’année 1382, de battre en retraite devant les bandes de Hawkwood et de s’enfoncer dans l’Abruzze. Il recueille la principauté de Tarente de l’héritage de Jacques de Baux et à Tricarico prend le titre de roi de Sicile et de Jérusalem, le 30 août 1383. Déclaré hérétique et rebelle, le 13 mai 1384, par le pape Urbain, il demande aide à ses frères et au roi de France. Sans jamais pouvoir combattre sérieusement les troupes de Charles de Durazzo, il est reçu à Bari, le 21 juillet, avec les honneurs souverains. Il est atteint d’un refroidissement en s’emparant du port de Bisceglie et meurt à Bari dans la nuit du 20 au 21 septembre 1384 (N. Valois, _L’expédition et la mort de Louis Ier d’Anjou en Italie_, tir. à part, p. 45-65; _Chronographia_, t. III, p. 64-70), «de fain et de mesaire,» d’après la _Chronique de Cochon_ (p. 176), d’empoisonnement, d’après une chronique de Flandre (_Ist. et cr._, t. II, p. 360).
[203] Le comte de Savoie mourut à Santo Stefano, le 2 mars 1383 (_Chronographia_, t. III, p. 64, note 8), «Antiochi more percussus» (Walsingham, t. II, p. 87). Avec lui moururent «lo senhor de Peyra e motz autres» (_Petit Thalamus_, p. 406).
[204] Les renforts demandés par Louis d’Anjou, d’abord retardés, étaient prêts à partir en juillet 1384, sous les ordres du sire de Couci et de l’évêque de Beauvais, Milon de Dormans. A la tête de 9 à 12,000 hommes, Couci arrive à Milan, où il est bien accueilli par Barnabo Visconti. Tout en ménageant les Florentins, qui n’osent ouvertement se déclarer pour Charles de Durazzo, il se fait remettre de l’argent par les Siennois et s’empare d’Arezzo les 28 et 29 septembre 1384 (P. Durrieu, _Bibl. de l’École des chartes_, t. XLI, p. 161-175).
[205] Louis d’Enghien, comte de Brienne et de Conversano, partait en Pouille pour réclamer les droits qui lui venaient de sa mère, Isabelle de Brienne, héritière des ducs d’Athènes (P. Durrieu, _ibid._, p. 165).
[206] Froissart ignore complètement la campagne de Couci en Italie. C’est à Arezzo même que le sire de Couci apprit la mort du duc d’Anjou. Il céda alors la ville d’Arezzo aux Florentins, qui la convoitaient depuis longtemps, moyennant 40,000 florins d’or et une promesse de neutralité. La ville fut évacuée le 20 novembre 1384. Le 25 décembre, Couci était à Bologne, et rentrait bientôt en France (P. Durrieu, _ibid._, p. 186-192).
La duchesse d’Anjou connaît cette triste nouvelle à Angers[207], où vient la rejoindre son cousin germain le comte de Blois[208]. Emmenant avec elle ses deux fils, Louis et Charles, elle va trouver le roi de France[209] et les ducs de Berri et de Bourgogne, qui lui conseillent de se rendre à Avignon auprès du pape, de prendre possession du duché de Provence et de ceindre la couronne du royaume d’Arles. Elle part donc pour Avignon avec son fils aîné[210]. P. 184, 185, 399.
[207] C’est le 26 octobre 1384 qu’arriva à Angers la nouvelle de la mort du duc; la duchesse ne la connut que le 2 novembre (_Journal de Jean le Fèvre_, publié par H. Moranvillé, t. I, p. 56-57).
[208] Le 13 novembre 1384, arrivait par eau, aux Ponts-de-Cé, le duc de Berri, accompagné de Mgr d’Étampes et Mgr de Blois. Le lendemain, ils dînaient à Angers avec la duchesse d’Anjou, qui, le 18, jour de départ du duc de Berri, lui adresse, ainsi qu’au duc de Bourgogne, une requête pour demander aide et conseil (_Journal de J. le Fèvre_, t. I, p. 58-67).
[209] La duchesse d’Anjou arrive à Paris le 8 février 1385, avec son plus jeune fils (_Chronographia_, t. III, p. 72-73). Son fils aîné, Louis, qui a été reconnu roi par les barons de son père, fait son entrée solennelle le lendemain 9 (_Journal de J. le Fèvre_, t. I, p. 79 et 86). Le 20 février, le comte de Potenza demande officiellement au roi de soutenir le jeune roi Louis II et de conseiller à la reine d’aller en Provence, où des envoyés de Provence et de Marseille la demandent (_Chronographia_, t. III, p. 73; _Journal de J. le Fèvre_, t. I, p. 87-90).
[210] Le 22 mars 1385, la duchesse d’Anjou partit de Vincennes, après avoir constitué le sire de Clisson «gouverneur, gardien et protecteur de toutes ses terres que elle a ou royaume de France, tant comme elle sera absente,» avec 2,000 livres de gages (_Journal de J. le Fèvre_, t. I, p. 96).
Tout l’hiver se passe (la trêve ayant été prolongée[211] jusqu’au 1er mai 1385) à faire les préparatifs[212] d’une expédition en Écosse et d’une campagne contre les pillards anglais en Auvergne et en Limousin[213]. P. 185, 186, 399.
[211] Voy. plus haut, p. XLII, note 196.
[212] Dès le commencement de 1385, les préparatifs se firent de l’expédition projetée en Écosse, et Hervé de Neauville fut chargé des approvisionnements (_Jean de Vienne_, p. 182). Le roi, qui venait de faire frapper une nouvelle monnaie (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 346-348), perçut, par l’entremise de Jean le Mercier, les anciennes aides dont le trésor royal avait grand besoin (Moranvillé, _Ét. sur Jean le Mercier_, p. 99-100).
[213] C’est durant l’été de 1384 que le duc de Berri, en se rendant à Avignon auprès du pape Clément, fit son expédition contre les _Tuchins_ (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 306-312).
La duchesse de Brabant, qui vient de perdre son mari[214], prend alors l’initiative d’une alliance entre les maisons de Bourgogne et de Hainaut, qui mettrait fin au mécontentement provoqué en France par l’appui prêté aux Gantois par le duc Aubert et empêcherait aussi un rapprochement entre le Hainaut et la maison d’Angleterre. P. 186, 187, 399, 400.
[214] Voy. plus haut, p. XXXVIII, note 74.
Les premiers pourparlers ont lieu à Cambrai, au mois de janvier, entre le duc de Bourgogne, le duc Aubert et leurs représentants[215]. Le duc de Bourgogne désirerait marier sa fille Marguerite à l’héritier de Hainaut. Le duc Aubert n’accepte pas immédiatement ces ouvertures et demande à consulter sa femme. P. 187 à 189, 400, 401.
[215] Le duc et la duchesse de Bourgogne sont à Cambrai du 16 au 26 janvier 1385, avec leur fille Marguerite.
Nouvelle entrevue à Cambrai[216]. Le duc Aubert ne veut consentir au mariage de son fils avec Marguerite de Bourgogne qu’autant que sa fille Marguerite épousera Jean de Bourgogne. Le duc de Bourgogne hésite, car il espère marier son fils à Catherine de France, sœur du roi, et, d’autre part, on n’est pas bien sûr que l’héritage de Hainaut revienne aux enfants du duc Aubert. Tout s’arrange à la fin, grâce à la duchesse de Bavière. Les deux mariages sont fixés à l’octave de Pâques[217].
[216] Le duc et la duchesse de Bourgogne, et leur fille, n’arrivèrent pour la seconde fois à Cambrai que le 11 avril, la veille de la célébration du mariage.
[217] Pâques tombait le 2 avril 1385. Les deux mariages avaient primitivement été fixés à la mi-carême; à la date du 19 février 1385, ils furent reportés au mercredi d’après la _Quasimodo_ (_Cartulaire des comtes de Hainaut_, t. II, p. 356-357). Les obstacles qui pouvaient s’opposer à leur célébration du fait de la parenté existant entre les conjoints furent levés par deux bulles du pape Urbain VI, datées de Gênes, 5 avril 1385 (_Ibid._, p. 359-362).
De grands préparatifs sont faits à Cambrai pour la célébration de ces mariages, auxquels le roi se propose d’assister. P. 191, 192, 401, 402.
Ces nouvelles parviennent en Angleterre et mécontentent fort le duc de Lancastre, qui s’est toujours flatté de l’idée que sa fille Philippe épousera Guillaume de Hainaut[218]. Encouragé par les Gantois, il essaie de faire revenir le duc Aubert sur sa décision, mais ne peut y réussir[219]. P. 192, 193, 402.
[218] Ce fut la duchesse de Brabant qui sut détourner Guillaume de Hainaut, son neveu, d’épouser Philippe de Lancastre, _qu’il aimait_ (_Ist. et cr._, t. II, p. 384).
[219] Peut-être faut-il expliquer ainsi les missions dont le roi d’Angleterre chargea à cette époque Georges Felbrigg et Hugues Falstoff (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 208, m. 23; 209, m. 18 et 19).
Le jour de Pâques arrive. A Cambrai sont réunis le duc et la duchesse de Bourgogne, le duc de Bourbon, le duc Aubert et la duchesse sa femme, la duchesse de Brabant, Guillaume et Jean de Namur. Le roi entre dans la ville le lundi[220]. Aussitôt, en sa présence, on fixe les apports des futurs époux[221]: Guillaume de Hainaut apporte le comté d’Ostrevant; Marguerite de Bourgogne, sa future, reçoit en douaire la terre et châtellenie d’Ath et apporte 100,000 francs. Jean de Bourgogne apporte le comté de Nevers, qui est attribué en douaire à sa future; Marguerite de Hainaut apporte aussi 100,000 francs[222].
[220] Le roi n’entra à Cambrai que le mardi 11 avril; il était la veille à Vaucelles (_Séjours_, p. 25).
[221] Le contrat de mariage de Jean de Bourgogne et de Marguerite de Hainaut porte en effet la date du 11 avril; celui de Guillaume de Hainaut et de Marguerite de Bourgogne avait été signé le 27 janvier 1385 (Kervyn, t. X, p. 553). L’écart de ces deux dates est la preuve des hésitations que Froissart attribue au duc Aubert. Les conditions des deux mariages furent quand même définitivement arrêtées à Cambrai, le 11 avril 1385, à la date du contrat de Jean de Bourgogne (_Cartulaire des comtes de Hainaut_, t. II, p. 364-369 et 371-376).
[222] Sur les 100,000 francs attribués en dot à Marguerite de Hainaut et payables en deux termes, la moitié devait être employée en rentes et terres au profit de Marguerite; l’autre moitié était à la libre disposition de Jean de Bourgogne (_Cartulaire des comtes de Hainaut_, t. II, p. 354).
Les deux mariages sont célébrés[223] dans la cathédrale de Cambrai par l’évêque Jean de T’ Serclaes. Grandes réjouissances, joutes[224] pendant plusieurs jours. P. 193 à 195, 402, 403.
[223] Le mercredi 12 avril 1385, dans l’église Notre-Dame de Cambrai.
[224] Les fêtes furent belles et longues (voy. Kervyn, t. Iª, p. 295; t. X, p. 554, et t. XXII, p. 315). Le roi, «ce qui n’estoit mie coustume» (_Ist. et cr._, t. II, p. 384), jouta contre Nicolas d’Espinoi, qui fut vainqueur (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 352) et reçut du roi mille livres parisis de rente.
Au mois de mai ont lieu à Bourges les fiançailles de Louis de Blois, fils de Gui comte de Blois, avec Marie de Berri, fille du duc de Berri. L’archevêque de Bourges préside à ses fiançailles, mais non au mariage, car les futurs conjoints sont trop jeunes[225]. Après de grandes fêtes, Louis de Blois retourne avec ses parents à Blois, et la jeune fille reste avec sa mère à Mehun-sur-Yèvre[226]. P. 195, 196, 403.
[225] Le contrat fut signé le 29 mars 1386; mais le mariage n’eut lieu qu’en août de la même année. Froissart, qui y assista, en fit le sujet de plusieurs poésies. Voy. Kervyn, t. Iª, p. 298-300.
[226] Ce château, vanté par Froissart, avait été tout dernièrement bâti par le duc de Berri, «et encores y faisoit il ouvrer tous les jours» (Kervyn, t. Ib, p. 108).
Le duc de Berri se résout à cette époque à aller jusqu’à Avignon, auprès du pape Clément, en passant par l’Auvergne et le Languedoc. Il obtient que le duc de Bourbon et le comte de la Marche, avec 2,000 hommes d’armes, iront en Limousin, en Poitou et en Saintonge délivrer le pays des pillards anglais. Le duc de Bourbon convoque ses hommes le 1er juin à Moulins; le comte de la Marche fixe le rendez-vous à Tours[227]. P. 196, 197, 403, 404.
[227] Sur les plaintes du sire de Parthenai et d’autres seigneurs du Poitou, demandant aide contre les ravages des garnisons anglaises (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 136-137), le duc de Berri avait nommé le duc de Bourbon capitaine général pour la guerre en Poitou, Berri et Auvergne; le roi, par lettres du 13 mars 1385, le nomma son lieutenant ès pays de Bourbonnais, Forez, Limousin, la Marche, Saintonge, Angoumois et Périgord (Guérin, _Arch. hist. du Poitou_, t. XXI, p. 391, n. 1). Les barons poitevins mirent 600 hommes d’armes et 60,000 francs à la disposition du duc de Bourbon, qui fixa à Niort, pour le 1er juin, le rendez-vous de son armée.
Pendant ce temps, à l’Écluse, se rassemble l’armée que l’amiral doit emmener en Écosse; la flotte est prête, les provisions sont là. On emporte même des armures destinées aux chevaliers écossais. 1,000 lances, sans compter les arbalétriers et les valets d’armée, telles sont les forces commandées par Jean de Vienne[228]. Citons parmi les chevaliers qui l’accompagnent: le comte Édouard de Grandpré[229], Eustache de Voudenai[230], Jean de Sainte-Croix[231], le seigneur de Montburi, Geoffroi de Charni, Guillaume de Vienne[232], Jacques de Vienne[233], Girard de Bourbon[234], Jean des Haies[235], Florimont de Cuissi, le seigneur de Moreuil[236], Waleran de Raineval[237], Hugues de Montmorenci, seigneur de Beausault[238], Robert de Wavrin[239], le seigneur de Riveri, Charles d’Ivri[240], Guillaume de Courci[241], Perceval d’Esneval, le seigneur de Ferières[242], Jean de Fontaines[243], Guillaume Braquet de Braquemont[244], le seigneur de Grancourt[245], Étienne de Landri[246], Gui La Personne[247], Guillaume de Cauroi[248], Jean de Hangest[249], Charles et Aubert[250] de Hangest, et un chevalier allemand, Guérin de Wenselin[251], cousin du Grand Maître de Prusse.
[228] Primitivement, Jean de Vienne devait emmener avec lui 1,000 hommes d’armes et 600 arbalétriers; au dernier moment, la composition de son armée se changea en 1,315 hommes d’armes et 300 arbalétriers (_Jean de Vienne_, p. 186). Cochon (_Chr. normande_, p. 176) parle de 1,400 lances; les _Chroniques flamandes_ (_Ist. et cr._, t. II, p. 364) donnent les chiffres de 2,000 hommes d’armes et 500 arbalétriers. Les montres furent passées à Arras le 27 avril 1385. On trouve dans les mss. fr. 26020 et 26021 de la Bibl. nat. (_Quittances de Charles VI_) de nombreuses pièces relatives à l’approvisionnement de l’expédition d’Écosse. Hervé de Neauville avait fait préparer 183 nefs et fabriquer 2,000 claies pour être mises sous les pieds des chevaux (_Mus. brit._, _Add. Charters_ 11356).
[229] Messire Édouard, comte de Grandpré, banneret, figure dans une montre tenue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec 3 chevaliers bacheliers et 18 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXIV).
[230] Eustache de Voudenai, chevalier, figure dans une montre tenue à Arras, le 27 avril 1385, avec un autre chevalier et 10 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXXXI). Il avait assisté au siège de Pont-Audemer en 1378 (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 3040).
[231] Messire Jean de Sainte-Croix, sire de Sauvigni, banneret, figure dans une montre tenue à Reims, le 17 avril 1385, avec 10 chevaliers bacheliers et 97 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXXIX). Il fait partie d’une montre passée le 1er juin 1378 sous les murs de Pont-Audemer (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 2747).
[232] Messire Guillaume de Vienne, seigneur de Saint-George, banneret, figure dans une montre tenue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec 5 chevaliers et 53 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXXVIII). Est-ce le même qui est écuyer en 1379 et fait, en 1380, la guerre en Normandie? (_Bibl. nat._, _Pièce orig._ vol. 2987).
[233] Messire Jacques de Vienne, seigneur de _Longwi_ (et non de _Pagni_, comme le dit Froissart), banneret, figure dans une revue tenue à Reims, le 17 avril 1385, avec 4 chevaliers bacheliers et 26 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXXVII). Le seigneur de _Pagni_ était Jean de Vienne, chevalier banneret, qui, lui aussi, prit part à l’expédition d’Écosse (_Jean de Vienne_, p. CXXVI).
[234] Messire Girard de Bourbon, seigneur de Montperreux, chevalier bachelier, figure dans une revue tenue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec 6 autres chevaliers bacheliers et 31 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CIV). Il avait fait, en 1383, la chevauchée de Flandre (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 455).
[235] Messire Jean des Haies, chevalier, figure dans une revue tenue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec un autre chevalier et 18 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXVI). Nous le trouvons successivement, de 1403 à 1416, lieutenant général du vicomte de Rouen, du vicomte de Conches (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 1498), et capitaine de Châteauneuf-sur-Charente (_Bibl. nat._, _Coll. de Bastard_, p. 77).
[236] Il s’agit sans doute de Rogues de Soissons, seigneur de Moreuil, banneret, qui figure dans une revue tenue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec 5 chevaliers bacheliers et 15 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXXIV).
[237] Waleran de Raineval, chevalier, reçoit, à la date du 26 avril 1386, une somme de 541 livres sur les gages dus à lui et à ses compagnons, pendant l’expédition d’Écosse (_Jean de Vienne_, p.