‹ Cinq nôChapitre 2 sur 8 · Scène II.

Scène II.

Introduction instrumentale. Entrée du tsure et du shite, dans cet ordre. Tous deux sont vêtus en jardiniers, les manches relevées pour le travail. Le shite porte un masque de vieillard. Il tient a la main un bâton pourvu de petites branches, servant à enlever ce qui pourrait s’accrocher aux arbres. Ils s’arretent sur le pont, entre les pins, et se font face pour le chant de l’issei.

Shire et Tsure.

Ofleurs de prunier, coiffure que porte a sa venue le printemps,
Et que l'oiseau, dit-on, tresse a travers les branches (‘)!

TSURE (tourné vers le public).

Des aiguilles du pin, la teinte aussi est dans tout son éclat.

SHITE et TSURE (se faisant face).

Overt profond dix fois renouvelé (’) !

Ils entrent en scène ; le tsure se place au milieu, le shite a gauche.

SHITE.

Tendu vers la brise, en secret elles éclosent; et lorsque s'ouvre L'année, au seuil [que garde] le pin, protecteur des feuilles ('), l`T'T'F"` ‘ O I M A T S U 101 sum; et rsune. Elles font accueil au printemps (‘). Et soudain Humides de rosée, toutes les herbes, tous les arbres Sous la bonté des dieux semblent frissonner. O luxuriance qui partout dit le printemps! Au temple du dieu et du Buddha (’) ou nous portons Dans la lumiére tiéde de ce jour de printemps, [no pas Les racines des pins Rampent entre les pierres ou les nattes de mousse ( 's S’étendent. Comment la poésie de Shikishima (‘) Pourrait-elle finir? Sur cette montagne, [branches Voilant le ciel une neige tombe (‘). Pour les vieille ll faut craindre, et plus encore pour les fleurs en pl in [éclat. Pour que nulle main ne les brise ('), veillons sur ce pru— [nier. Allonsl tout autour de ces fleurs dressons une haie Autour de ces fleurs de prunier dressons une haie scENE nr Le {sure s’écarte vers le coin de la scene; le shite s pl cc au milieu. Le waki se léve et se tourne vers lui. wma. Hola! je voudrais demander quelque chose au vieill rd qui est la! sums. C’est in moi que vous vous adressez? De quoi s'·1 it il WAKI. ]'ai entendu parler de Prunier·Volant; quel est 1 rb qu'on nomme ainsi?

� SHITE.

Oh ! quelle sottise ! Nous ne l’honorons ici que sous le nom de Seigneur Prunier-Rose.

WAKI.

Vraiment, vraiment, doit-on donc l’appeler aussi Seigneur Prunier-Rose ? Chose émouvante ! Par la puissance de la poésie de son maitre, le voila maintenant devenu arbre sacré, et l’on ne se rassasie pas de le contempler.

SHITE.

Et le pin que voila, que vous en semble ?

WAKI.

En vérité, en vérité, lui aussi est entouré d’une haie; les cordes sacrées (‘) y sont suspendues. lla vraiment tout l’aspect d’un merveilleux arbre sacré. Eh quoi donc? Serait-ce la le Vieux·Pin ?

SHITE.

Ah! que vous avez mis de temps a vous en apercevoir !

SHITE et TSURE.

Considérez bien le Seigneur Prunier-Rose. L’éclat de ses fleurs est d’un arbre jeune, et leur gardien lui—même Est dans la fleur de la jeunesse. Mais au contraire,

CHOEUR.

Moi qui garde ce pin, je suis vieux ; Vieux aussi est cet ombrage (’) ou je demeure, Vieillard abandonné. Et ce tronc solitaire, P O I M A T S U 103 Vous ne l’avez pas reconnu pour le Vieux·Pin. Qxel sentiment doit en éprouver le dieu ?]'en suis effrayé. Le tsun va se placer in droite, devant le chcur. Tous s’asseoient. SCENE nv. wax:. Dites-moi encore avec plus de détails e u1 concern ce temple. surre. Considérez d'abord la disposition du temp! . Au nord se dresse abrupte une verte mo r e (' · cn-iowa. Sur sa cime la lune brille entre les pavillons des p'ns ['). Au sud s'éléve isolée la porte magniiique. Les rayons obliques du soleil pénétrent iusqu'au 1ed [des bambous 'I nc s. sn-urn. A gauche voici la tour [ala fléche] omée flammes (‘). cuczun. Des vertes tentures, de l'alc6ve rouge la spl nd u r [p lle le passé (‘). A droite sont les antiques batiments d’un vieu mona [t` r ('). La cloche au point du jour, les chants sacrés au soir [résonnent s ns cess I Sont—elles vraiment privées d'ame, Les plantes, comme on le dit? [ Les obligations de la vie (‘) en ce monde d illusion k I

� ro4 - C I N Q N 6 Elles les connaissent, oui, elles les connaissent! Entre tous les arbres, le pin et le prunier De Tenjin furent les plus chéris; o Et le Prunier·Rose et le Vieux·Pin Sont devenus les dieux des chapelles de ses temples. ’ Au reste ces deux arbres, Plus qu’en notre pays meme, ' Chez les Kan ont manifesté leur vertu. Au temps d'un empereur de T6 (‘), Lorsque dans le pays la littérature florissait, Les fleurs [de prunier] brillaient de plus d’éclat Et leur parfum était plus doux; Mais lorsque la littérature était négligée, leur parfum Et leur couleur méme se ternissait. [s{évanouissait, Ahl vraiment, dit—on, c’est un arbre A qui les lettres sont chéresl Et le prunier Fut appelé l’arbre ami des lettres. Et quant au pin, voici pourquoi il est appelé tayu ('). Le premier empereur de Shin (') étant at la chasse, Le ciel tout in coup se couvrit de nuages, Une pluie violente se mit a tomber. Alors L'empereur, pour se protéger de l’orage, Se réfugia sous l'abri d'un jeune pin. Ce pin soudainement devint un grand arbre, Abaissant ses branches, épaississant ses aiguilles, Remplissant tous les vides ouverts dans sa verdure, Ne laissant pas filtrer la pluie. C’est pourquoi L’empereur lui conféra le titre de tayu (‘), Et depuis lors, le pin est appelé tayu. surre. Le pin et les fleurs du prunier au nom si glorieux I

� O I M A T S U xo5 ci-nczun. Dureront jusqu’au terme reculé De mille générations. Gardien de la haie sainte, Veille sur eux, ah! veille bien sur eux! Du dieu [qu'on honore] ici le nom est le méme '). Plénitude du Ciel. Tout l'espace est rose; et les Ros Fleurs, et le Pin, tous ensemble, Comme divinisés (’), s’évanouissent, Comme divinisées leurs formes s'évanouissent. Pendant les derniéres paroles du choeur, le tsure t l < r se retirent lentement et rentrent dans le kagami no n . INTEBMEDE wax!. Hola! y a-t-il quelqu'un? PREMIER WAKI-ZURE (il se léve et vient se prostern v le waki). Me voici. WAKI. Allez appeler quelqu’un du pays. wA|<1-zum;. ]'0béis. (ll se reléve et remonte vers le fond de la scén u l’acteur comique, kydgzn ou ai, chargé de l’interm` d , venu s’asseoir au pied de la colonne du kydgen pendant le choeur précédent.) Y a-t-il ici quelqu’un du pays P Al (il se léve). Vous me demandez quelqu’un du pays; que desire - vous?

� we c 1 N o 14 6 WAKPZURB. On desire vous demander quelques renseignements; veuillez vous approcher. . A1. |’0béis. (ll vient saluer le waki, tandis que le wakiqare retoumeasaplaee.) Vous demandez quelqu’un d’Anraku- ii ; que désirez·vous? Q wax:. ` R Vous trouverez peut-étre ma demande extraordinaire, mais vous devez connaitre les détails [de l’hist0ire] du Vieux-Pin et du Prunier-Rose; veuillez nous les conter. A1. T Quelle chose étrange vous me demandez la! Néan- moins, comme il serait difticile de dire que je n'en con- I nais pas, je vais vous raconter les choses telles que ie les ai entendues. wax:. je vous remercie. __ Al (il se tourne vers le public pour dire le kaiari). R Voici clonc toute l'histoire du Vieux-Pin et du Prunier· Rose de ce temple d'Anraku. Au temps ou Tenjin de i Kitano a la capitale était encore le ministre Sugawara, E il fut calomnié par le ministre Tokihira et quelques i autres, et on l’exila en ce lointain pays. ]'ai entendu dire i que l'empereur s'appelait alors l’empereur d'Engi. Donc [ [Michizane] partit la premiere année Engl, année du coq, g seconde du métal, au premier mois. Il regrettait fort la capitale; et on dit que, comme le vent d’Est vint in souf- tier, lui suggérant un premier vers, il composa une l poésie. La voici : T 4

� 0 I M A T S U my Quand souftlera la brise d’Est, Envoyez·moi votre parfum, O fleurs de prunier ! Bien que n'ayant plus de maitre, N’oubliez pas le printemps. C'est ainsi qu’il chanta. Et voila que ce prunier-ci poussa en une nuit. [Michizane] en fut dans le plus grand étonnement. C’était un prunier qu'il avait planté lui—méme dans son jardin a la capitale et qu’il aimait entre tous; touché du sentiment de cette poésie, cet ° arbre était venu ici. C’est pour cela qu'on lui donna le nom de Prunier-Volant. Et quant au Pin que voici, il vint ici sur les traces du prunier; aussl l'a-t-on appelé le a Pin qui suit ». Plus tard, [Michlzane] monta sur la hauteur nommée Tempai pour y prier le dieu Brahma, ¢t fut élevé par lui au rang de Temman-Daijizai·Tenjin. Ayant été fait Daliizai par Brahma, il était certain qu’il retournerait un jour a la capitale. Par la suite, il arriva Quantité de prodiges. La seiziéme année Engl, devenu ldieu de] la foudre, il vint it la capitale, y accomplit des choses eifrayantes et détruisit ses calomniateurs. Dans la suite il y fut adoré sous le nom de Temma-Tenjin de Kitano. A cause de tout cela, on vénére ces deux arbres dans les chapelles de ses temples sous les noms de dleu du Pin qui suit et de dieu du Prunier·Rose. Toujours assis, il se tourne vers le waki, et reprend sur le ton du dialogue: En somme, comme je vous l'ai dit tout d’abord, je ne connais pas de détails bien partlculiers. Voila tout ce que j’ai entendu raconter. Mais je m'étonne de la ques- tion que vous m'avez posée tout in l'heure. `

� me c 1 N Q N 6 . WAKI. I A ma questlon vous avez bien voulu répondre par un récit détaillé; je vous en remercie. Voici simplement · pourquoi je vous ai interrogé. je suis un habitant d'Umezu at l'Ouest de la capitale (‘). je suis un tidéle [du ( temple] de Kitano et j'y porte souvent mes pas. Or, en un songe merveilleux envoyé par le ciel, il m'a été dit: I 4: Si tu crois en moi, va m’honorer au temple d’Anraku ' en Tsukushi. » C’est pourquoi je me suis haté de faire ce pélerinage. Mais avant vous, un vieillard et un jeune homme sont venus qui nous ont parlé avec obligeancc. comme vous l’avez fait vous-meme, et qui soudain ont disparu in nos regards. Cela nous a paru tres étrange, et c’est pourquol je vous ai interrogé. Al. . { Ahl quelle chose extraordinaire entends-je la? Autant que j'en puis juger, ce sont siirement les dieux du · Vieux·Pin et du Prunier-Rose qui se sont montrés in vous et ont conversé avec vous. Si vous croyez qu’il a 1 di`1 en étre réellement ainsi, excitez en vous une fervcur I sans mélange, et jc pense que vous serez encore témoins d’autres merveilles. wax!. · I Telle est aussi notre pensée. Nous voulons demeurer , ici quelque temps, et voir encore d'autres merveilles. { A1. l Si vous demeurez ici, veuillez vous adresser encore in I moi pour ce dont vous aurez besoin. ` ‘ wax:. » Nous nous confions a vous pour toute chose.

� 0 I M A T S U wg Al. je suis A votre disposition. ll salue, se reléve et retourne h la colonne du kydgen, d'oi1 il rentre bientbt dans le Icagami no ma. DEUXIEME PABTIE SCENE v. wA1u et WAKl—ZURE. O bonheur! Puisqu’il en est ainsi (bis), A l'ombre de ce pin, arrétons notre voyage; Qyand mugira le vent, in l’heure du tigre (‘), Attendons la révélation divine (bis). Introduction instrumentale; le tambourin ia baguettes se joint i1l’orchestre. Entrée du nocbi-jite. ll porte une des coif- fures et un des masques spécialement réservés aux dieux, le grand pantalon évasé et la tunique 5 larges manches; il tient Péventail h la main. ll s’arréte sur le pont, é la hauteur du premier pin. Nocn-u-jrrra. Eh bien! Seigneur Prunier·Rose! A nos hotes de cette nuit Quelle réjouissance allons-nous offrir? CHGUR. Comme merveilleusement le printemps se léve! $111*1*12. Le Pmnier revét ses couleurs, c1-1¤au1z. Et quant au Pin,

� nw cxuq N6 surra. Son nom dit un vleil arbre, mais sa verdure est jeune. cr-nczua. Le ciel étend sa pureté, et pure y passe la muslque des ‘ [dieux. sums. On chante des chants, on danse des danses. (ll entre en scene.) cn-ncsu:. Et du bugalm (‘) joué dans le temple I L'écho remplit [l'espace]. Ah! quelle lvresse! scmva vn. Danse sbin no jo (°). sckma vn. , SHITE. Arrété au daisbd-mae, l’éventail levé devant la figure, il chante : { Des branches qui pointent, Pendant les répliques suivantes, il execute une nouvelle danse plus courte et plus animée. ~ cuaaun. Des branches qui pointent, Les rameaux font A ce ieune arbre (’) des manches tleurles. sums. Et du vieil arbre, du Pin voicl le dieu. ;

� Chœur

Et du vieil arbre, du Pin voici le dieu. Qu’il (‘) vive jusqu’à mille et huit mille générations, jusqu'à ce que le galet Devienne un grand rocher et que la mousse y croisse !

Shite

Jusqu’à ce que la mousse y croisse, qu’il demeure ! Du pin, du bambou, de la grue, de la tortue

Chœur

Que la longévité soit accordée à ce Seigneur ! « Protège le cours de ses ans ! » c’est l’ordre que m'ont donné les dieux. C'est ce que dit la brise dans les pins. Que d'elle Et du prunier le printemps soit éternel Dans la félicité !

NOTES

Page 98 :

(*) Ce rôle est supprime le plus souvent.

Page 99 :

(*) Seki, postes établis sur quelques points importants des routes de l’Empire, pour la surveillance et la police des voyageurs. Le fait d’en laisser les portes ouvertes et de permettre à tous de circuler librement à travers le pays est un signe de la grande tranquillité qui y règne.

Page 100 :

(•) L’un des noms poétiques du Japon.

(') L’ensemble des mers.

(') Présents échangés par les empereurs et les rois, et marchandises apportées dans un but commercial.

(‘) Tous les bateaux devaient aborder dans le voisinage de Dazaifu, ou les voyageurs devaient passer en arrivant au Japon.

(') Ce michiruki n’est employe que par les ecoles du Imati- gakari ; celles du shimo-gakari ont le suivant, qui est un type excellent du · chant de la route », 'indiquant d’un mot quelques-uns des points remarquables du chemin suivi par le voyageur :

Sur Ueno passe la brise printaniere (bis),
Et son murmure court le long de la plage de Fukei.
Voici que ie m’eloigne de la Porte d’Akashi.
Ah I combien est incertain le ciel du voyage l
Les greves de Harima s’etendent encore bien loin.
Du port de Muro voici les femmes amies
Et les barques joyeuses ou l’on se quitte au matin. Voici les feux follets ;
Au pays de Tsukushi je suis arrivé (bis).

` E ")

O I M A T S U 113 Ueno est un petit port ou, apres avoir descendu la rlviere depuis Yamazaki, non loin de Kyoto, iusqu’a la mer, l’on s’em- barquait pour traverser le golfe de Naniwa, aujourd’hui Osaka. La plage de Fukei est sur le bord oriental de ce golfe, qu’a l’0uest la Porte ou detroit d’Akashi fait communiquer avec la Mer Interieure en longeant la province ‘de Harima. Muro, aujourd’hui Murotsu, est un petit port sur cette mer, autrefois tres frequente; les filles de joie, chanteuses et danseuses qu’on appelait Muro-gimi, y recevaient les voyageurs dans ces sortes de barques de plaisance nommees asa{uma·b1me, du nom du pays ou elles furent d’abord en usage, Asazuma dans la pro- vince d’0mi. Shiranui designe des lueurs phosphorescentes, sortes de feux follets paraissant sur la mer pendant les nuits d’ete; la frequence de ce phenomeme dans quelques anses du Kyushu a fait que ce mot est souvent associe au nom de ce pays en qualite de · mot·appui ·, makura-Icoloba. (‘) Les ebats du rossignol voltigeant de branche en branche sous les fleurs, sont compares aux mouvements de la navette ou de l’aigui11e a travers les brins qu’el1e serre. Cette image se retrouve dans plusieurs poesies anciennes, notamment dans ce tanka du K0ki1I3h‘|Z(HVfG I) : Uguisu no Le rossignol Kam ni mm cho Tresse un chapeau, dit-on. Um no ham: Des fleurs du prunier; Orite Icasasaom, j’en cueillerai pour en orner ma tete; Oi kakuru ya to. Peut·etre cacheroI1t·elles ma vieillesse. (") D’apres une ancienne croyance, le pin crolt pendant cent · ans; a ce moment sa force epuisee se renouvelle en • revenant A son origlne •, et une nouvelle periode de croissance de cent ans commence. Apres dix de ces • renouvellements •, le pin deurit. C’est ce qu’exprlme l’expression to-gaerl, · dix retours ·, souvent appliquee au pin. (’) Un dieu protecteur des feuilles, hcpmori no kami, est men- tionne par divers ouvrages. Ici le pin lui est assimile a cause de sa verdure eternelle. Page 101 : (*) Emprunt a un rad (poeme chinois) celebre de Ki no Yoshimochi, poete du commencement du x' siec1e( Wakcm reef sim). La traduction · tendues vers la brise » ne rend pas exacte- ment l’expression kaze evo cue, litteralement : • poursuivant la brise •, avec le sens de recherche et d’attente anxieuse. (’) Sous Plntluence du Ry0bu·shint0, dans la plupart des 8

� 1--*** c 1 14 Q 11 o H4

wnP'°’ ':0¤,,.ges bouddhiques; de IA l’expression mira-dera, q ¤¤ fzepiourgnt. A Anraku-ii, le hongon, principal personnage d·';0n, gmt Yakushi (Baishajyaguru). D?.) Aneien nom du japon. La • voie de Shikishima · est la Powe. GrAce A Michizane qui en est le dieu protecteur, elle sera eternelle. (•) Allusion A une poesie du Koktnshé, l. VI, exprimant cette idee assez eourante que les fleurs ressemblent A des tlocons de neige deposes sur les branches. Ume no hasta Ces Heurs de prunier Sore to mo eaten, Ne semblent pas des fleurs; Hisakata no L’immensite Ama-gin yuki no Du ciel est voilee d’une beige Nabete furereba, Qui tombe de tous cotes. (') Allusion A une legende locale. La 2° annee Kenkyu (1191). des pelerlns qui avaient casse une branche de prunier pour l’emporter en souvenir, entendirent en songe une voix qui leur disait : . Nasake aaks Sans pitié Ora lnuo tsuraelu, Des gens cruels ont brlse Waga yada no Un rameau élance du prunier Anm svasuremo Qui n’oublia pas le maltre Une no tach£·e wo. De sa demeure. 0 (SM1:-hokivuhd. 1. XIX.) Dans cette traduuion, il a fallu intervertir l’ordre des 3* et x 5• vers. Page 102 : 0 (•) Shine-etasva, cordes de paille ornoes de bandelettes de papier; insigne sacré du shlntoisme. (’) En realite, les deux arbres devraient etre de meme Age; 0 mais chaque printemps semble apporter au prunier une ieunesse nouvelle. Page 108 : (*) Le Tempai-zan. 0 (*) Les pins sont compares aux pavlllons d‘un palais. (•) L’ornement bien connu qui couronne les stops. 0 (•) • Tentures vertes, alcove rouge · sont des expressions 0 consacrees signmant le luxe et la splendeur d’une demeure. Les pins dont les domes imitent les pavillons d‘un palais deploient L I

� r ` 0 I M A T S U 1 15 I » leur verdure, tandis que rougeoie le soleil couchant entre les r bambous; et ces teintes rappellent l’eclat de la premiere fortune de Michlzane. (') Le Kwanzeon-ji. ‘ (°) Les obligations morales de respect, d’afl'ection, de recon- naissance, resultant des rapports soclaux. Allusion e l’amour et a la ddelite que montrerent le prunier et le pin. Page 104 : (*) To (chinois, 'Pang) et au vers precedent, Kan (Han), designent slmplement la Chine en general. Le personnage dont il s’agit est l’empereur Ngai, des Tsln (362-365). Le Tun chan Bf kia tchou dit seulernent que les fleurs s’ouvraient lorsque l’empereur se livrait e l’etude. (') En chlnols, fat-fou ou ta·fo••, l’un des titres ofhciels de la hlerarchie. I') La dynastie des Ts’ln. ` (•) La premiere mention de ce fait se trouve dans les Annales principales du Che ki. On y llt que Ts’in Che houang·ti etant alle au ’1"ai chan, non pour chasser, mais pour y elever des seem et y odrir un sacridce, fut e son retour surpris par la pluie, et pour s’en garantir se refugia sous un arbre. En memolre de ce fait, cet arbre, dont l’essence n’est pas indlquee, ‘ recut le titre de won ta fou. Des auteurs posterieurs ont etabll qu’il s'agissait d’un pin, et plus tard on eleva a cette place un · arc de triomphe avec l’inscription Woes ta foes song. Cf. Les Mémoires historiques de Se-ma Ts’ie••, traduction Chavannes, t. un P- [40. Page 105 : (‘) Le meme qu’a Kltano, c’est-e·dlre Temman, en iaponais Ama·mitsu comme porte le texte. (') C’est-a-dire prenant l’aspect de dieux. Il est de regle qu’avant de disparaitre, le shite laisse entendre d’une facon ou d’une autre, par un mot ou un prodlge, queue est sa veritable nature. ~ Page 108 : - . (*) Ce genre de repetitions est frequent dans les nb. — Page, 109 : (‘) Environ 3 heures du matin.

� us U C I N Q N O ` 1 Page 110 : (*) Danses et musiques anclennes, importees principalement I de la Chine, en usage au palais imperial et dans quelques grands temples. Il n’y a plus auiourd’hui de corps de musicians et de danseurs qui les executent qu’au palais imperial et au temple d’Itsukushima. . (’) C'est la danse des dieux apparaissant sous la forme de Y vieillards : elle est d'une extreme lenteur et d’une grande solen- I nite. { I') Le Prunier-Rose. 5 Page 111 : 5 (•) A partir d’lci c’est de l’Empereur qu’i1 s’agit. Ce vers et lc l sulvant reprodulsent une celebre poesie anonyme du Kokinslzé. l. VII : Waga kim! wa Mon Seigneur [mille generations Chi yo nl ya chi yo ni Iusqu’a mille generations, jusqu’a dix Sasare-ish! no Qu’il demeure jusqu’a ce que le galet Iwac to naritc, Devienne un grand rocher ` Kok: no masse made. Et que la mousse y croisse. On sait que, depuis x87¤, elle est devenue le texte du chant national iaponais, avec une legere modification du premier vers: Kimi ga yo wa, ·· Le regne du Seigneur ·, au lieu de Waga kiwi wa, • Mon Seigneur ·. Elle paralt avoir ete particulierement en honneur de tout temps; la preface du Kobinslui y fait deja allu- sion; les no de souhaits heureux la citent souvent; le premier saslti du no Yum!-Yawata notamment la donne sous la formc adoptee pour le chant national.

A-` . I q 2... {1.

� Q ill •··‘ X ‘ vn I 3. , K Eh °’. " E ····—— I , ‘—-"‘=.—·· H t PAI KWANZE SRAM! M0'I'0KlY0 N 0 T I C E Tsumom appartient zi la seconde classe de no : dest un shura·mono; l'esprit dun guerrier y apparait d un moine· dont les prieres le tirent de la Voie des Asuras (shura-d6), et lui obtiennent le salut. Les pieces de cette classe, comme nous l'a·vons deja dit, occupent toujours le second rang sur les programmes. . (Euvre de Seami Motokzyo, comme Oimatsu, Atsumori est egalement cite par lui dans ses Opuscules, et est par consequent anterieur d I4 3 5. Cette piece dut etre autre- fois, comme elle l’est encore aujourdbui, tenue en parti- culiere estime, car elle fut au programme des grandes l

� uw crnq NO executions qui eurent lieu zi Kyoto en 1464, sur les bords de la petite riviere 7`adasu, pres du temple de Sbimo-Camo. Peut-etre dailleurs les raisons de cette estime se tirent-elles autant du sujet que de -la valeur propre de a la piece elle—meme. Taira no Atsumori est un des per- sonnages 'qui, de tout temps, ont excite le plus de sym- patbie emue dans toutes les classes de la societejaponaise. Le recit de sa mort et de l' entree en religion de son meur- trser, K umagai no jiro Naorane, est un de ceux que repetaient le plus volontiers les cbanteurs du Heike mono- gatari; avant que le sarugaku ne s’empardt de ce sujet, le dengaku avait dejd un Atsumori no nb, qui devait etre une de ses meilleures pieces, car elle fut repre- sentee lors des grandes executions solennelles de dengaku donnees zi Kyoto en 1446, et les diverses formes dart dramatique ou lyrique nees depuis cette epoque Pont toutes repris et traite d leur tour. Lf} La mort d'Atsumori est un des episodes, le dernier, de la grande bataille dlclnlno-tani, gagnee au commence- ` ment de 1 184 par les Minatomo sur les Taira, pendant ` les guerres qui amenerent le triompbe definite] des pre- miers et Petablissement du sbégunat de K amakura. On connait ces deux grandes familles, toutes deux de rang imperial, dont les luttes ensanglanterent le xu• siecle. Celle des Taira fut toute puissante pendant la seconde moitie de ce siécle, surtout durant le temps qu’elle eut d sa tete le terrible K iyomori. Mais celui-ci mourut en 1 181 , apres s’etre rendu odieux par sa tyrannie et ses exces, au moment ou le cbef de clan adverse, Minamoto · no Yoritomo, Paine des fls jadis epargnes de Yosbitomo, injligeait ei ses armes leur premier ecbec. Son fils, l'inca·

� - · A 'l' S U M 0 R I 1 xg pable Munemori, lui succeda comme ebef du clan qu'il devait bientdt conduire d une ruine irrémediable. lmpuis· sant d arreter les progres des Minamoto commandes par Kiso no Yosbinaha, il avait quitte Kyoto, entrainant tout son clan d sa suite et emmenant avec lui l'empereur Antoku, égé de cinq ans. Apres avoir ecboué dans sa ten» tative detablissement au K ydsbu, il vint s’installer d Yasbima, province de Sanulri dans le Sbilwku. Au com- mencement de l’année 1 184, proftant des dissensions de ses adversaires, il rentre dans le Hondé et reoccupe l’an- · cien pews de Kijromori, Fukubara, ou du moins son em- placement (‘). · ll avait avec lui une armée tres forte, grossie de now- . veaux adbérents; on y comptait des généraux de talent; malbeureusement Munemori leur imposait ses vues, les foreait e une defensive injustqiee, ne leur permettaitméme pas de se eouvrir et de se protéger ef/ieacement. L’armée occupait aux environs de la ville actuelle de Kébe, le pied des montagnes depuis le bois et la riviere d’lkuta qui cou- vraient son front principal jusqu’au deld de Suma. Maitresse absolue de la mer, elle avait sa retraite assurée par ses bateaux qui couvraient le rivage de la baie de Suma. Sa gaucbe était protegee per les montagnes, dont la cbaine, se rapprocbant peu zi peu de la mer, ne laisse plus, au deld de Sum, qu’un defile tres étroit, eouvert d'un épais bois de pins, entre le rivage et ses contreforts. Entre les derniers de ceux-ci s’ou·vrent trois ravins etroits, profondément encaisses, qu’on désigne par leur numéro d'ordre, lcbi·no-tani, Ni-no·tani, San-·no·tani. Ld etait le front arriere de l’armee des Taira. Le contrefort qui sépare les deux premieres de ces val- (°) Celui du faubourg de Kobe qui porte encore ce nom.

� no c 1 N Q N 6 = lees, lchi-no-tani et Ni-no-tani, est couronne par un pla- teau de tres peu d’etendue, sur lequel lamontagne descend abrupte, et dont les trois autres cotes tombent eux-memes d pic, d’une centaine de metres de baut environ. Aujour- d’bui encore on ny accede que par un etroit chemin en lacets. La vue en est d’ailleurs merveilleuse. A l’epoque. protegee par une montagne que l'on pouvait croire in- . franchissable, la position etait assurement tres forte et devait paraitre inexpugnable. C ’est ld que Munemori . etablit le ec palais provisoire » de l’empereur, dont une miserable chapelle au milieu d’une etroite reserve menagee entre des maisons de plaisance marque seule aujourdbui femplacement. Luimeme et quelques autres des princi- paux du clan s’installerent autour du palais; et des defenses legeres, palissades et murs de bois, enclorent ce supreme reduit de la defense. Les Minomoto tenaient K yoto, mais ilsnQv disposaient pas de forces egales zi celles de leurs adversaires. Pourtant l’ex~empereur Go-Sbirakawa, quigouvernait au nom deson petitfils Go—Toba, intronise apres la fuite d’Antohu, etait __ tourmente du desir de rentrer en possession des trois insignes sacres du pouvoir, l’Epee, le Miroir et la Perle, restes aux mains des Taira. ll donna aux deux freres de Yoritomo, Noriyori et Yosbitsune, qui commandaient l’armee de K ydto, l’ordre d’attaquer. Malgre leur infe- riorite numerique, ceux—ci n’besitent pas. Noriyori avec 50.000 bommes environ marche directement vers lkuta, ou ses assauts resteront impuissants contre les retranche- ments defendus par Tomomori. Pendant ce temps Yosbitsune, avec 20.000 bommes seulement (‘), mais (‘) Le Gempei seisut ki, dont il sera question plus loin, ne lui GD doune que I0.000. Ces CIHBTGS DG pl'¢S¢Il(Qll d°8iII¢UI"S AUCUDC

� conjiant dans la valeur des vieilles bandes du Kwantd et emporte par l’ardeur de ses vingt·cinq ans, se lance a marche forcee d travers la province de Tamba, pour tourner la position des Taira et l’attaquer par l’arriere. Munemori semble n’avoir pas cru d la possibilite de cette manoeuvre, car, malgre les instances des autres chefs, il n’avait consenti d detacher dans cette direction, sur le versant oppose des montagnes, qu’un corps dobservation — insufjisant de 7.000 bommes. Celui-ci s’etait retranche a Mikusa en Harima, d’ou il surveillait les debouches de plu- sieurs vallees; mais surpris par une attaque de nuit que Yosbitsunejit executer d la lueur des incendies malgre la fatigue de ses troupes, il fut mis en complete deroute. Deux jours apres, Yosbitsune, franchissant les monta- gnes, arrivait devant les retranchements du defile de · Suma. Ce meme soir un des Taira, Tsunemori, frere de Munemori, donnait dans sa residence une fete, dont les echos arrivaient jusqu’au camp des assiegeants : fete su- préme, a·t-on dit, devant la defaite et la mort entrevues. Yosbitsune avaitjuge la situation : il n’enlevera pas de vive force ces retranchements que garnissent des troupes superieures en nombre d celles qu’il peut lancer contre eux. Ce palais, ce fort qui semblent inaccessibles, doivent etre mal defendus du acre ou la montagne les protege si bien ,· c’est ld qu’il faut frapper. E mmenant avec lui un petit nombre de compagnons intrepides, il gravit la montagne qui en suit la cré`tejusqu’au-dessus du fort, sous la conduite d’ un jeune paysan. Le terrain est impraticable ; seuls les cerfs se risquent en de pareils endroits, avait dit le guide. 4: Alors nous passerons, avait répondu

certitude historique ; il n’y a d’assuré que l'infériorité numérique de l'armée des Minamoto. 122 C I N Q N O Yosbitsune; aussi bien que les eerfs, nos cbevaux ont quatre pieds. » lls passent en efet. Deux obevaux tout barnacbes sont d'abord lanees sur la pente vertigineuse ; l’un arrive en bas sain et sauf. L'epreuve parait suffi- sante, et toute la troupe degringolant te versant abrupt parvient sur le plateau. Comme l'avait prevn Yosbitsune, le fort etait mal garde. On ne redoutait guere une attaque si improbable de ce edte; tout le monde etait aux retranebements ou la bataille faisait rage. La cbarge furieuse de Yosbitsune et de ses compagnons a vite raison des rares defenseurs restes sur le plateau. Le feu est mis aux bétiments; les jtammes, la fumee se voient jusque d’lkuta. Le trouble, l’inquietude se repandent dans les rangs des Taira qui se sententprives d'un puissant point dappui et eraignentde se voir eoupes de la mer, tandis qu'une ardeur nouvelle anime les assaillants; et bientot la retraite se preeipiee en deroute. A lcbi-no-tani meme, malgre les eforts des cbefs, dont beaueoup sont tues dans la melee, dest la panique,· la ‘ fuite epouvantée des deux imperatrekes douairieres, de l’empereur et de quelques gardes se jetant au bateau impe- rial qu’on arme en toute bdte, l’apparition inexplicable d’une poignee d’ennemzs sur le plateau répuzé inviolable, ont frappe les eombattants de stupeur,· les uns apres les autres, suivant le groupe imperial, ils courent aux ba- teaux; et bientot la mer est eouverte de cette immense jlotte en desordre qui s’eloigne d force de rames. [ Laissons parler maintenant le Gcmpci scisui ki (‘), qui 1 (•) Les grandcs gucrrcs de cette époquc ont été racontéés, il faudrait prcsquc dire chantéés, au xm' siéclc, dans plusicurs ouvragcs, parmi lésqucls lcs plus célébrcs sont lc Heike mono- gatart ct lc Gempei seisui kt, dont op no connatt pas les auteurs.

� . Y'- ·- ` ; A T S U M O R I m3 va nous raconter le dernier épisode de cette bataille et la mort d’Atsumori : Ld') es Le dernier des jils du conseiller maitre des bdtiments impériaux Tsunemori (*), le mukwan tayu (*) Atsumori, avail revétu, par dessus un hitatarc (‘) de brocart a fond bleu foncé, une armure de la teinte des jeunes pousses, et était coifé d' un casque a étoiles blancbes ,· il portait am arc a garniture de rotin, et dix-buit jtécbes empen- nies de queue de béron ; il montait un cbeval bai clair. Tout seul (‘), voulant atteindre le bateau ou le nouveau chiinagon (') est parvenu a monter, il lance son cbeval Tous deux sont d’al1leurs des oeuvres plus litteraires qu’l1isto· riques a proprement parler. et font penser a nos chansons de ` geste. Les recits herolques du premier devinrent rapidement tres populaires, grace a l’usage qu’en Brent les chanteurs ambu- lants, recitant A la foule attroupée les exploits des anciens guer- riers sur une melopee accompagnee par le blwa. Ces recits, peut-etre par suite de leur popularite meme, subirent des modi- fications importantes : il existe diverses recensions du Heike monogatart; la plus connue, en dehors du texte courant, est celle dite de Nagato. Ces memes récits furent repris et deve- loppes peu apres leur apparition par le Gempei sdsut bt. Ils furent moins populaires sous cette forme que sous la precedente. Le passage traduit ici est extrait du 38• livre du Gempei seisul ki. (*) Taira no Tsunemori, l’un des freres du grand Kiyomori; son titre officiel etait shurt tayu, haut fonctionnaire charge de l’entretien, des reparations et de la construction des palais imperlaux. (’) Titre donne aux jeunes gens de grande famille auxquels leur naissance donnait droit au clnquieme rang de cour, mais qui ne l’avaient pas encore obtenu. (') Vetement qui se portait sous l’armure: veste a bords tom- bant droit, et s’engageant dans la ceinture du pantalon large hakama. (‘) Reste le dernier a terre apres l'embarquement de toute l’arméc. (') Titre de Tomomori, qui commandait le front d’Ikuta.

� a la nage, et l’intervalle d’un ch6 (‘), tantot paraissant au-dessus des flats, tantdt submergé, il est emporté par eux.

ec A ce moment, Kumagai no jiro Naogane, homme du · pays de Musashi [agité de cette pensée] : •< Ah ! que je as voudrais lutter corps à corps avec un adversaire as digne de moi! » apparait sur le rivage qu'il fouille du regard de l'Est a l’Ouest. Il apercoit Atsumori, et soudain poussant son cheval dans la mer, il crie .· as C’est bien un as général que j’apercois. Ab ! qu’il est indigne de vous de as vous jeter ainsi a la mer ! Revenez, revenez ! Celui << qui vous parle ainsi, c’est le premier guerrier du as Japon, Kumagai no Jirô Naozane, homme du pays de . ec Musashi. » A ces mots, — quelle fut la pensée d’Atsumori ? — il tourne la tête de son cheval et le fait nager vers la plage. A peine les pieds de son cheval ont·ils touché le fond, il jette au loin son arc et ses flèches, tire son sabre, et le tenant levé au-dessus de son front, gravit la pente du rivage en appelant son adversaire à grands cris. Mais Kumagai l’attendait et était en garde ; sans le laisser arriver jusqu'à terre, il fait bondir son cheval dont les sabots font jaillir l'écume ; les sabots se joignent, les deux guerriers se saisissent à bras le corps et tombent avec un bruit sourd sur le rivage à la lisière battue des vagues. Deux fois, trois fois ils roulent l’un sur l’autre, tantôt dessus, tantôt dessous. Mais Atsumori est jeune et sans force; Kumagai est un vieux guerrier : a la fin, il prend le dessus. De ses genoux, il presse vigoureusement à gauche et à droite les épauliéres de l’armure de son adversaire, et Atsumori ne peut plus faire un mouvement. Kumagai tire sa

(') Un peu plus de cent mètres. Arsumonr in dague et va lui trancber la téte. Mais il jette un regard sous le casque; il voit un en fant de noble maison de quin{e ei sei{e ans, au fard leger, aux dents soigneusement noir- cies, et qui sourit. K umagai s'écrie .· as Hélas! quelle cbose ¢ cruelle! Quel est donc le sort de ceux qui portent l' arc on et les jtécbes (‘) ? Et comment porter le glaive sur ce or noble enfant si jeune et si beau? » Et il sent son coeur fasblir. as Or ca, de qui donc étes-vous jils ? » demande- t-il. Mais Atsumori lui répond .· as Hdte,{—vous seule- or mentdeme frapper. » —<< Aprés vous avoirfrappé, si as ie vous abandonne au milieu de la tourbe des soldats, il or njr aura plus de recours ('). A un bumble barbare des ¢ pays de l’Est, ignorant tout sentiment délicat, étes—vous 4 résolu de ne pas vous nommer? Vous aveg sans doute ¢ raison; pourtant une pensée m’est venue, et c'est pour- ¢ quoi je vous parle ainsi. » Mais Atsumori songe: es Que 4 je me homme ou que ie ne me nomme pas, je ne puis 4: ecbapper d la mort. D’ailleurs la pensée qu’il doit ¢ avoir, dest surement de se faire gloire de cette action as déclat. Mais notre lutte et ma mort sont les consé- ¢ quences de nos rapports dans une existence anté- ¢ rieure (‘). Cependant il faut répondre au mal par le ¢ bknfait (‘). Puisqu’il en est ainsi, je me nommerai (‘) Metaphore designant les guerriers; nous dirions : ceux qui portent Pepée. Naozane se plaint de la cruauté du sort qui Poblige, en sa qualite de soldat, A tuer un pareil adversaire. (’) Il sera impossible de rendre A vos restes les honneurs qui leur sont dus. ’ (’) Tout ce qui arrive eu cette vie est la consequence du karma d’une existence nntérieure. Atsumori reconnalt cette verlte et se soumet A son sort. i (‘) En échange du coup mortel. Atsumori va faire A Kumagai i cette faveur de se nommer et ainsi de lui permettre de tirer glolre de sa victoire sur un personnage de haut rang. I

� donc. » ll pense ainsi, et: et Si vous aver en efet quel- que pensee, faites-la moi connaitre. je suis le dernier des fils du conseiller maitre des bétiments iinperiaux Tsunemori, frere cadet du defunt moine-regent ('); comme je n'ai pas encore de rang de cour, on nfappelle le mukwan tayu Atsumori, et j’ai seize ans. » A ces mots, Kumagai versant d’abondantes larmes : an Helas ! que votre sort est malheureux! Ainsi vous etes du meme âge que Kojiro (')! Oui, en verite, cela doit etre. Meme en un coeur aussi dur que la pierre et le bois (‘), l’amour pour un enfant l’emporte sur toutes choses. A plus forte rai- son, s'ils perdaient un etre si extraordinairement digne d'etre aime, de quelle douleur un pere, une mere, ne seraient-ils pas tortures? Et surtout, d’etre du meme âge que Kojiro, vous me devener cher. je veux vous sauver. Vous ave; d’ailleurs le coeur courageux: guer- rier fugitif et malgre votre jeune dge, vous etes revenu sur vos pas pour lutter avec celui qui se nommait le premier guerrier du japon. je vous ai pris pour un grand general. Mais c’est ici une guerre d'interét pu- blic (‘). Ah ! quel malheur ! Et que faire ? » Accable de

(•) Dajo nyudo, titre donné à Kiyomori après qu’il eut pris l'habit de moine, sans cesser de gouverner.

(’) Kojirô Naote, le fils de Kumagai, qui avait été blesse le jour meme aux cotés de son père.

(’) C’est de lui-même que Kumagai parle ici.

(•) Kumagai veut dire que si son seul intéret était en jeu, il épargnerait son adverseire. Mais il doit compte de ses actes à tout son parti; it n’est pcs libre; et d‘ailleurs sa générosite serait inutile, comme il va l'insinuer. Le Heike inonogatari presente les choses un peu différemment. I1 améne a ce moment sur la plage une troupe de soldats des Genji commandés par Doi no Sanehira, dont l'arrivée coupe court aux hésitntlons de Naozene.

� A T s U M 0 R I m tristesse, il reste un instant plongé dans ses rejlexions . ec Tandis qu'en avant, en arriere, on luttait, on succom- or bait, on faisait partout des prises, a lcbi-no-tani or K umagai lui—me`me a fait écbapper un ennemi qu’il a venait de terrasser, et quelqu’autre l’a pris! Que cela e soit dit de moi et que cela passe a mes descendants, e’est a la perte a jamais de la reputation de qui porte l’arc et or les jtécbes. » ll est absorbé dans cette pensée. ll dit alors : on Par quelque moyen que ce fzit, j'aurais an voulu vous sauver. Mais a terre tout est occupé par les on Genji (‘),· il vous est tout a fait impossible d'éebapper. as Naoqane priera de tout son pouvoir pour votre salut. A a l’ombre des brins d'berbe de votre tombe vous en sereq a témoin. /amais je ne négligerai ce devoir. » ll dit, et fermant les yeux, les dents serrées, et laissant couler ses larmes, il lui trancbe la téte. Ce fut une chose ajreuse, il n’est pas besoin de le dire. er Atsumori n'a pas craint la mort, son coeur ne s’est point abaissé. Bien que dans un age tendre, il s’est élevé uu-dessus de l’ordinaire. Les bommes des Heike, jusqu’ au moment ou ils étaient frappés, ne perdaient rien de la délieatesse de leurs sentiments. Ce seigneur [Atsumori], pensant que, meme dans ce camp de guerre, pendant ses loisirs, il pourrait en jouer, portait enveloppée dans un fourreau de brocart délicatement parfumé et passe dans les attaches de son armure, une flute de bambou de C bine de coloration gracieuse. En l'apercevant, K umagai s’etrie : as Hélas! ces derniers jours, et ee matin encore, c dans le fort le son des instruments s' est fait entendre; (*) Genji, et plus bas, Heike, expressions si¤o·jap0naises designant respectlvement les partisans des Minamoto et ceux des Tairn.

� 2* U 5 128 C I N Q N 0 •< c'était done lui qui jouait I Dans l’armée des Genji, •¢ parmi les digaines de mille cavaliers qui sont venus I •< des pays de l’Est, il ny en a pas un seul qui jaue de la •< jlute. A qubi donc tient·il que les jeunes seigneurs des •¤ Heike sont d’une si grande délicatesse de sentiments ?» E En parlant ainsi, il restait immobile versant des larmes. 4 •¤ Quant a cette jlute, le pére d’Atsum0ri, Tsunemori, qui enjouait babilement, avait envayé au pays de S6 (‘) { cent onces de paudre d'ar, et en avait fait venir une tige de bambou de Cbine; il en a·vait cboisi le meilleur entre- nceud, et en a·vait fait enlever un des nmuds; pai: il . avait ordonné zi Myéun, abbé de Tendai (‘), antérieure— ment s6j6 ('), de le déposer sur l'autel des pratiques se- erétes et dy faire durant sept jours des priéres magiques ,· enfin, il l’a·vait fait arner de gravures avec le plus grand soin. Parmi ses jils. Atsumari était doué de talents particuliers; aussi, des Page de sept ans, lui avait- il danné cette jlzite, et celui-ei la possédait aepuis ee temps. A ce moment (‘), la nuit était avancée et taut était calme,·c'est pourquaian l'appela Saeda ('). K umagai, pcrtant dans ses mains la jlute et la téte, ·vint auprés de j son jils Kojiré. a Regarde ceci, dit—il ; il s’était nommé le 4 •< mukwan tayu Atsumori, jils du seigneur maitre des (*) En chinois Song, nom de la dynastie qui regnait alors en Chino. (') L’abbe du grand monastere Enryaku·j1, centre de la sectc . Tendai. — (•) Le plus elevé des titres de la hiérarchie bouddhique. Les l sojé nvaient rang de conseillers d’Etat. , (•) Au moment ou Atsumori reeut cette Bute. (') Saeda, petite branche, rameau. L’auteur explique ce nom au moyen d’un jeu de mots entre saetareba, · le calme régnnit ·, · et saeda, ou meta. Q

� bâtiments impériaux, et âgé de seize ans. J’aurais voulu le sauver. En songeant à la fin que te réservent l’arc et les flèches, ah ! quelle douleur j’éprouve d’un pareil malheur ! Même quand Naozane ne sera plus de ce monde, tu devras avec une grande piété prier pour son « existence future. » Telles furent ses recommandations. Après cela, des sentiments de foi s’excitèrent dans son cœur, et dans la suite, il ne prit plus part aux combats. »

~

Le Heike monogatari raconte aussi la mort d' Atsumori ; le récit qu’il en donne est substantiellement identique a celui qu’on vient de lire, mais plus succinct et moins adroitement conduit. Par contre, la recension dite de Nagato, liore X V I, ajoute quelques nouveaux détails que nous résumons ici. Outre la jlute, on trouva sur le cadavre du jeune bomme un mince rouleau de papier contenant une poésie de sa composition, un naga-uta, dans lequel, aprés a·voir célébré les cbarmes des quatre saisons de l’an- née, il faisait en quelque sorte ses adieux a la vie et pré- ·voyait que son corps serait or enterré sous la mousse d’lcb1> no-tani ». Le lendemain, K umagai cbargeait deux de ses suivants de conduire les restes d’Atsumori jusqu’a Ya- sbima en Sbikoku, et de les remettre zi sa faznille a·vec une lettre de sa main, lettre dont le texte est donné en cbinois. ‘ Une simple barque de pécbe leur jit traverser la Mer lnté- rieure. A Yasbima, ils furent accueillis par des trans- ports de douleur, auxquels Tsunemori jit tréve pour répondre a K umagai par une lettre empreinte d’une baute resignation bouddbique, et dont le texte est également donne en cbinois. La guerre était de·venue odieuse a K umagai ; il demanda et obtint son congé et reprit la route de K ydto. A ce mo-

� !

ment, retiri dans un repzi de la inontagne qui sléleve a l’Est de la ville, le moine Genku, connu dans l’bistoire sous le titre de Honen sbonin, expliquait d quelques dis- ciples les principes de la doctrine de la Terre-Pure et pre- ludait d la fondationde la secte de la Terre—Pure, jodo. Sa reputation était grande. C ’est auprés de lui que Kumagai alla se refugier et chercher la paix. Avant de franchir le seuil de la retraite du saint bonune et de lui demander l’babit qui le séparerait du monde, Kumagai, dit-on, s'ar· réta sous les pins qui couvraient la montagne, attacha son cheval d l’un d’eux et suspendit son armure aux branches d’un autre. En avant du grand temple de Kurodani élevé d la place de l'ancien ermitage, on montre encore aujour· d’bui, en souvenir de ce fait, deux grands pins, qui sont l’objet de beaucoup de soins. On ne revit plus le dur sol- dat que le bdton de voyage a la main, parcourant le pays pour pricher la doctrine de son maitre. C ’est ainsi que le représente fintéressant portrait conserve dans le trésor du inonastére de K urodani . On y garde précieusement aussi quelques objets a son usage, armes, objets de piété, etc., notarnment son grand sabre de bataille et l'énorme pilon dont il se servait pour décortiquer le rie de la comrnunauté, sa force le faisant choisir pour cette rude besogne. E t la légende veut que tous ses travaux et toutes ses priéres n’aient jamais eu que ce seul but, le salut d’Atsumori. ` Car la légende est ici fort mélée d l'bistoire. Kumagai s’est bien fait maine sous la direction de Genku; mais cela n’arriva qu’en 1 192, soit buit ans aprés la bataille d’Ichi· no·tani, ez pour d'autres raisons que le meurtre d’Atsu— l mori. D’un caractére violent et dq/icile qui l’avait antérieurement fait passer du parti des Taira d celui des l Minamoto, K umagai ne se orut pas dans la suite apprécié {

� ATSUMORI nu ei sa juste valeur par Yoritomo; il s'estima lese dans le reglement d’un diferend au sujet de territoires qu’il dis- putait a K uge no Naomitsu. C ’est a la suite de deboiresde ° ce genre que, encore dans la force de l'dge, il abandonna sa maison a son jils et se retira d Kurodani. ll est cepen- dont fort possible et tres admissible que, dans cette nou- velle voie, le souvenir d'/Itsumori lui soit souvent revenu, mele de quelque amertume et d’un peu de remords. Sur une petite eminence voisine du temple, se faisant face de cbaque cole du sentier, se`dressent deux petits stupa de pierre: ce sont, dit-on, les tombes de K umagai et d’Atsumori. La toucbante pensee de reconciliation dans la mort qu’ils expriment fera aussi la conclusion du nd que nous allons voir. L’un au moins de ces stupa n'est sans doute qu'un simple symbole. S’il est tres vraisemblable que Kumagai fut enterre tout pres du monastere ou il avait vecu, il l'est beaucoup moins qu’apres des annees . les restes d'/Itsumori aient eu transferes a Kyoto. D’autre part, d peu de distance d’Icbi>no—tani, a San-no- tani, on montre un autre stxipa de pierre, plus grand et fort ancien, qui lui aussi, dit-on, recouvre la tombe d’Atsumori. ll est difjicile de savoir ee qu’il en est en realite, et si ce monument marque autre cbose que la place upproximative ou suocomba le malbeureuxjeune bomme. ° ` Toutefois, il est encore venere aujourd’bui, et lors de la · guerreo russo-japonaise, les officiers d' une garnison voi- sine y jirent dresser en ex-voto la baute colonne de bois a tete sculptee qui est une des formes du stupa. Ajoutons d ce propos que le temple de Suma, Suma-dera, garde quel- ques reliques d’Atsumori, notamment une armure, qu’on ` dit lui avoir appartenu, un kakcmono le representant d cbeval avec son armure de bataille, une statuette sans

� iat c 1 N Q N 6 interét artistique, attribuee faussement sans doute d K umagai. etc. Lfa Tels sont les elements dont l 'auteur disposait. Il est loin ‘ de les avoir utilises tous. Il ne reproduit ni le Heike mo- gatari, ni le Gcmpei sensui ki; ti ces aneiennes cbroniques, il emprunte un sujet bistorique, mais il le traite fort librement. Le combat et la mort d'Atsumori que celles-ci racontent longuement tiennent peu de place dans son oeuvre. Nous le verrons ailleurs mettre simplement en scene un passage du Heike monogatari, et d proprement parler, tirer une piece d’un roman ,· mais ce n'est pas le cas ici : la piece est absolument diyerente des oeuvres qui l’ont inspiree, et l’auteur y fait preu·ve d’une incontes- table originalite. En quelle mesure s'inspira-t-il de l’Atsum0ri no nb du dengaku? La question est insoluble, cette piece ne nous etant pas parvenue. Mais telle que nous la connaissons, son oeuvre est bien a lui et veritablement nouvelle, encore que traitant un sujet aneien. Le tbeme general des nd de cette categorie est, on le sait, l’apparition d un maine de l’esprit d’un guerrier, d’abord sous une forme etrangere, ensuite sous celle qu’il revetit en ce monde. L’idee de faire de ce moine preeisement Rensei, l' ancien K umagai, le meurtrier meme d’Atsumori, ‘ est une conception vraiment dramatique qui donne zi cette piece un caractere particulier. ll faut en dire autant de l’air de jizite qui accueille le moine d son arri·vee ii lcbi- no-tani et qui doit sujire d reveiller aber lui les souvenirs de la fete donnee par Tsunemori, la veille de la bataille, fete dont il avait alors percu les ecbos eloignes, et de la jliite trouvee le lendemain sur le cada·vre d’/ltsumori. L'auteur ne le dit pas, et il ny a pas lieu de s’en etonner: cette discretion est bien dans le genie de la poesie japo-

� ATSUMORI xx noise, et l’auditoire est asseg averti. L’epa1sode des /tutes celebres est zi la verite un pur bors·d'¢zu·vre, languissant et insipide d notre gout, mais dont la precabsite fut sans doute eppreaee autrefois. Mais, par les plaintes des mi- serebles babitants de Suma, par la confession des erreurs des Taira, par le recit de leur fuite et de leurs sou frances sur une gre·ve inbospitaliere, l’auteur a repandu sur toute son a·:u·vre une teinte generate de tristesse douce, de resi- gnation d la fatalite, qui cbarme encore les auditeurs . d’auj0urd’bui. La reprobation jetée sur les Taira et leur administration ne doit pas surprendre ; les Asbihaga, qui detenaient le pouvoir sbdgunal ti l’époque ou cette piece fut ecrite, descendaient des Minamoto. Lfb Au point de ·vue tecbnique, Atsumori donne lieu d peu de remarques. La forme en est reguliere, been qu’il ny ait pus de rongi. Le remplacement de l’issci par un shidai ti O lentrée du shite, et le transfert du kusc, avec le kuri et le sashi qui le precedent, zi la deuxieme partie, ne consti- ` tuent pas d proprement parler des irrégularites. ` Comme pour Oimatsu, le texte transcrit et traduit est celui de l’ecole K wanqe. Le texte de l ’intermede est celui de l’Ai shimaitsuki, reproduit avec quelques tres légeres vuriantes dans le N6 no shiori. . ·¤?•• 594

‘ A A ’

ATSUMORI

PERSONNAGES.

MAE-JITE. — Un faucheur.
NOCHI-JITE. — L’esprit de Taira no Atsumori.
TSURE. — Un faucheur (1).
WAKI. — Le moine Rensei.

Àpartir de la fin du michiyuki, la scène est sur la plage de Suma, à Ichi-no-tani.

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