‹ Cinq nôChapitre 8 sur 8 · Scène II.

Scène II.

On enlève le rideau qui enveloppait la cabane. A l’intérieur, l’Impératrice-douairiére, shite, est assise, et ses suivantes, shite-zure, sont accroupies a ses cotés. Toutes trois portent le costume très simple des nonnes bouddhiques, ont la tête enveloppée du bana no bosbi, grand voile qui retombe sur leurs épaules, et tiennent le rosaire a la main. Une corbeille à fleurs vide est posée devant elles.

Shite.

« En ce recoin des montagnes la solitude a bien des tristesses ; pourtant Bien plus qu’au milieu des tribulations du monde

SHITE et Tsuiua.

ll est doux d’habiter ici » (‘), derrière cette porte aux rameaux tressés. De la region de la capitale les bruits ont loin in venir Jusqu’a cette haie claire de bambous et de branches. Triste, in ces colonnes de bambous aux noeuds pressés Appuyée, je m’absorbe en mes pensées ; pourtant je suis dans la paix, car nul oeil humain ne me voit. Les seuls bruits qui parfois Viennent iusqu’à moi n’enveloppent aucun sentiment: C’est la hache taillant quelque pauvre fagot (bis), Ou le vent dans les rameaux, ou le cri des singes; Ou bien, si ce ne sont ces voix, E Des lianes et des rotins ’ C’est le froissement. Rares sont les gens qui passent an Au sentier de Yen-yuan l’herbe |]usqu’ici. S’est épaissie »; comme elles se pressent mes pensées Telle 1: ia pluie sur la porte de Yuan-hien » (‘), [qui, Mouillent ma manche de pleurs, hélas (bis) !

Shite.

Holé, Dainagon no tsubone! je vais aller sur la montagne qui est là, derriére, pour y cueillir de la badiane (‘).

DAINAGON NO Tsunous.

je vous accompagnerai; je couperai du bois et cueille· rai des fougéres pour préparer votre repas.

Shite.

La comparaison est irrévérencieuse sans doute ; pourtant
Le prince Siddhârta, lorsqu’il eut quitté la capitale du roi Quddhodana,
S’épuisa in parcourir ies sentiers abrupts du mont Dantaloka,
Y cueillant l’herbe, y puisant l’eau, y ramassant le bois,

Chœur.

S’y livrant aux austérités de toute sorte, Et daignant y servir les ermites; 0 11 a R o 0 K o 21 C’est ainsi, dit-on, qu’enfin il obtint [l’intelligence de] Et moi aussi, c’est pour le Buddha (‘), ` [l- voi ·. Que, portant en mes mains une corbeille a tleurs, . je vais m’enfoncant au plus profond des montagnes( s . Pendant ce chmur, la Nyoin est sortie de la cabane avec Dainagon no tsubone qui lui a remis la corbeille plaree devant elle; puis toutes deux ont quitté la scene lemement et sont rentrées dans le kagami no ma. l SCENE 111. i Introduction instrumentale. Entrée du cortege `impérial. } L’Empereur est coiffé du bam: no bdsbi ou du sbémo b . [ large bonnet a couvre·nuque, coiffure des hauts pers nna es bouddhiques. ll est vétu de l’atsu·ita et du sasbi-mak` pantr · lon bouffant serré aux chevilles. Par-dessus l’alsu-ita, il port un mips-gnromo généralement violet, et le kesa, insi ne . des moines, consistant en un rectangle d’étofl`e pr cieuse Q soutenu a hauteur de la poitrine par une bande de 2 rnéme matiére qui fait le tour du cou. Deux suiv ts n

i bandelette appelée bacbimaki, soutiennent au-dessu · f téte un dais léger figurant le palanquin impérial. Lewn ` uit, portant le haut a chapeau noir ployé en coup d · t·· (ka(a·0ri ebosbi), l’atsu-ita et l’habit de chasse (kari-g` . ENSEMBLE. De la ville aux neuf enc i s Va·t-il donc cherchant ce qu’il peut subsiste des [tl u s ( ) Ce sentier de montagne courant sous le vert feuill P Sur l’herbe drue (') qu’écartent nos pas la ro es · épaiss ( '.·r · Vers Ohara hétons la marche de l’Empereur. Le chueur répete ces vers en sourdine. L’Empereur · retir

� an C I N Q N O sur le pont a la hauteur du premier pin. Le waki, en scene, se tourne vers lui et se prosterne. wmu. |'ai hate la marche de l'Empereur, et le voici arrivé in Ohara. Il se releve et se tourne vers le public. Puisque voici l'Empereur arrive A Ohara, Promenons nos regards sur le ]akk6·in. En ce jardin que couvre la rosée, les plantes d'été crois· , [sent luxuriantes: Les saules verdissants emmélent leurs fils ; Dans l'étang, les herbes tlottantes balancées par les Semblent laver leur brocart ; [vagues Sur les bords les corétes fleurissent a l’envi. Et par les interstices des nuages amoncelés, Voici que le cri solitaire du coucou sauvage g Retentit. Tout semble attendre la venue du Seigneur. 1.’em1>sn¤un. q L'Empereur-moine abaisse ses regards sur les bords dc [ [l`étang. 4 Sur l’eau de l’étang Les cerisiers des rives ont eifeuillé leurs pétales; [On dirait qu’]en vérité les vagues ont épanoui leurs [tleurs(‘). » cuosun. Par les fissures D’un rocher vénérable tombe en cascade (bis) Une eau dont le simple murmure parle au cceur. Cette haie aux vertes lianes, cette montagne ombréc [comme un sourcil ('), V

� rFT" l‘E': 0 H A R A 0 0 K 0 ms I Ni par l’art du peintre en un tableau Ni par le pinceau (‘) ne sauraient étre égalées. Ici s’éléve une chapelle. I e Ses tuiles sont brisées, et le brouillard vient y bnhler A [un perpétuel en ns; Ses portes sont tombées, et la lune Y suspend une lampe éternelle (’). » N’est-ce pas Ce lieu méme [que décrivent ces vers] P Ah! qu'il est [émouvant (ifs) ! SCENE rv. wm; (se tournant vers la cabane). ll semble bien que ce soit lin la retraite de la Nybin. Au toit grimpent des lianes et des volubilis, Et des ansérines ferment solidement l’entrée ('). Ah! que l’aspect en est impressionnant l (Appelant) Holél je demande l’entrée de cette r t 't . Aw,A no mugm (de l’intérieur de la cabane). Qui étes-vous? wAK1. je suis le chunagon Made-no·k6ji. AwA no mus:-u. Est-ce possible? En ces montagnes ou les passants sont si rares, quelle raison vous améne? wzuu. La voici : l’Empereur·moine s’est rendu ici pour visiter la demeure de la Nyoin.

� au cxuo NO AWA NO NA1s¤-u. La Nyoin est allée cueillir des fleurs sur la montagne qui domine; elle est absente en ce moment. WAKI (ll remonte et se prosterne devant l’Empereur). ]'ai annoncé la venue de l’Empereur; mais il m’a été répondu que la Nyoin est allée cueillir des fleurs sur la montagne qui domine, et qu’elle était absente en ce mo- » ment. Veuillez demeurer ici quelques instants en atten- dant son retour. ll se reléve et va s'accroupir un peu en avant du chuzur. L'Empereur va s'asseoir sur un siege au pied de la colonne du waki, tandis que les suivants vont déposer le dais a l’arriére·plan, ou ils restent jusqu’a la fin de la piece. Awa no naishi sort de la cabane et traverse vers la gauche. 5 ygmpgngug (l'aperc,evant). Oh! Hola, nonnel qui donc es·tu? AwA NO NA|sm. ( ll est bien naturel, en vérité, que vous m’ayez ou- N bliée.le suis la fille de Shinsei, Awa no naishi; voila l’ex- trémité ou je suis réduite. Mais bien que mon état soit aussi misérable, Pauvre étre incertain méme de son lendemain, je n’éprouve nulle rancceur (‘). L’em1>muzun. Ou est la Nyoin? AWA NO NAISHI. Elle est allée sur la montagne qui domine cueillir des fleurs. ¤.’zm>muaun. Et qui Yaccompagne?

� 0 H A R A G 0 K 0 ms AWA N0 NAISHI. Dainagon no tsubone. Veuillez attendre encore un peu; elle sera bientot de retour. DEUXIEME PABTIE SCENE v. Introduction instrumentale. Rentrée de la Nyoin et de Dainagon no tsubone. La premiere porte des fleurs dans une corbeille et tient son rosaire a la main ; la seconde porte un petit fagot de bois et de fougeres. Elles s’arrétent sur le pont, face au public. sums. Hier a passé; voici qu’aujourd’hui va finir inutile, Et de demain méme je ne suis pas assurée. En cet état Le visage du dernier Empereur [miserable], Pas un instant ne cesse d’occuper mon souvenir. es Pour les plus grands pécheurs il n’est pas d’autre re- [cours; Qui seulement invoque le nom d’Amit§bha obtient de s [naitre au Paradis (‘). ~ Pour le Seigneur souverain d’abord, ` Pour la Princesse-mere, pour tous ceux du clan, l’il1u- — [mination parfaite. Adoration a Amitabha Buddha! Oh! on entend des voix du coté de notre retraite. ¤Au~1AooN N0 Tsusoma. V Veuillez vous reposer un instant ici. On apporte un siege a l'Impératrice qui s’assied; Dainagon . no tsubone s'accroupit in coté d'elle. Qyelquefois toutes deu ~ restent simplement debout.

� 2r6 C I N Q N 0 AWA N0 NAISHI (signalant leur retour A l’Empereur). Voici justement la Nybin qui revient par ce sentier. 1.’smvznsun. Or cA, laquelle est la Nyoin, et laquelle est Dainagon no tsubone? AwA NO uA1s1·u. Celle qui porte une corbeille de fleurs suspendue A son C’est la Nyoin elle-méme; [bras, Et celle qui porte du bois et des brins de fougéres, C’est Dainagon no tsubone. Elle remonte vers l'extrémité du pont ou elle salue l'lmpé· ratrice et lui annonce : ‘l HolA! l’Empereur-moine s’est rendu jusqu’ici. · sums. Combien est fort encore mon attachement (‘) A ce monde ‘ [du jambudvipa (') ! je ne puis l’oublier. Et que le bruit de ma misére une fois [de` plus Vienne A se répandre (‘), alors se répandront encore mes [larmes, teignant Ma manche (‘). Ah! que i’ai honte de l’état ou je suis! Q cnczun. Mais quoi qu’il en soit de ces pensées, ceux qui appar- [tiennent A la Loi En la méme voie mettent leur espoir (‘). A la fenétre de l'unique invocation (bis) Ou je n'espérais que la lumiére du Sauveur, A la porte de rameaux tressés des dix invocations Ou je n’attendais que la venue des Saints (‘),

I .

� r 0 u A R A 0 0 K 0 ¤ , Oh! ce soir (‘) d’aujourd’hui que ie xfimaginais pas! f Suis-je donc revenue aux jours d’autrefois? A ces sou f [venirs mes larmes coulent enco ' E En vérité du Seigneur jusqu’en ces lieux

Que sa bonté est grande l Et Ohara, Et l’étr0it sentier de la campagne de Seriu, Et la source d’Obor0 (’), ce n’est plus l'éclat de la lune Mais celui de sa presence qui les illustrera. Pendant ce chmur, Awa no naishi a pris la corbeille do ` fleurs que l'lmpératrice avait déposée devant elle et est all" T s’accr0upir a droite devant le chmur. Puis Ylmpératrice t ` Dainagon no tsubone commencent a descendre lentemem at L avec des arréts vers la scene, ou elles entrent pendant le r suivant. cucxaun. Or ca, cette visite impériale, i En quelle saison eut-elle lieu? sum;. Le printemps est passé; déja l’été Est venu. C’est le temps de la féte du Nord ('). Les arbres d’été tout semés de feuilles vertes Gardent encore un reste du printemps regretté. cr-maun. Aux montagnes lointalnes ces blancs nuages accroch 's, sr-frm. Ne sont·ils pas un dernier souvenir (‘) des fleurs effeuil- [lées?

� ¤w cxuo NO cuoaun. L’herbe d’été · Pousse drue sur la lande, ou ca et la Serpente a travers elle le chemin suivi, dont le terme snrre. Est ici, oui, est ici, En [ce temple de] la paix et de la lumiére (’). Cette splen- [deur lntroublée de la lumiére, ah l comme il faut s'y attacher! cnoaun. { De cette lumiere l’éclat est brillant I Comme celui d'une perle. Aux branches des pins mer- I [veilleux enlacée, fleurit I I snrrz. I Au-dessus de l’étang l’ondulation des glycines s'allon- [geant vers l'été (‘); Cl-l(EUR. · N Elle aussi a la venue de l'Empereur 1 sr-um. Semble s’€gtre préparée. ` cuoaun. Cachées sous les feuilles vertes, les [fleurs des] cerisiers [tardifs I Ont plus de grace méme que les premieres fleurs. Ah l comme tout icl revét un aspect singuliér (‘)! I O merveille! daigne admirer l’Empercur. Oserai-je dire I I I I I I I ° I

I I

� ‘ "F?-?"“`”S” it OHARA G0 KO `ang N loute ma reconnaissance pour sa visite P Mais cette porte de rameaux tressés! Meme un court . [instant , Est·il donc possible que vous daigniez demeurer la (‘)? (bis). Ulmpératrice et Dainagon no tsubone sont entrees en scene. Celle-ci va se placer devant le chceur, e coté d’Awa no naishi ; la premiere reste au milieu de la scene oi: elle Q s’accr0upit tournée vers l’Empereur. i surre.

[ A la lu ne du séjour des nues ie dusse jamais dire adieu (’) ! » I Au rappel de ces souvenirs, I Pour votre visite impériale jusqu’en ce pays de monta- - 3 [gms.

[ contempler de ses yeux le spectacle des six voies (‘). C’est

p cela a moins d’avoir atteint au rang de buddha ou de . Q bodhisattva. sr-irre. I ll plait a l’Empereur de parler ainsi; mais si je réfléchis i es Si je considere mon étre, [a ce que ie suis. i C’est une herbe dont les racines ont été arrachées du

Q CHGEUR.

C’est une barque qu’aucun lien ne retient au bord du l [fleuve (‘). » & l

� m c 1 N Q N 0 sum. Eh bien, les ioies des demeures célestes, je les ai connues(‘); mais, perle de rosée sur une liane - cuoaun. R Qui ne saurait durer longtemps, les années et les mois Ont enfin amené les cinq faiblesses du déclin ('); K sums. Et c’est durant ma vie qui n’a pu y trouver son terme R i cnuaun. ` Que j’ai erré dans les carrefours des six voies. D’abord tout notre clan fut longtemps secoué sur les § [flots de la mer occidentale. l Dans ces bateaux qui ne savaient plus ou aborder, q Nous nous penchions en vain vers la mer; a L'eau était salée, et nous ne pouvions [méme] pas boire. [ Et ce fut semblable aux [tortures de] la Voie des Pretas(’). Puis certaines fois, 5 Par Ia violence des vagues au rivage, contre les rochers ; Nous avions l’angoisse d’étre lancés. [de la gréve § De tous les bateaux s’élevaient alors des cris et des [pleurs, Et ces clameurs étaient aussi effrayantes que celles des ” [pécheurs dans Ie Réurava (‘). surrs. Lorsqu’on se battait sur terre, ci-nozun. [ Alors en vérlté on avait devant les yeux Les combats de la Voie des Asuras ('). , i E §

� 0 H A R A G 0 K 0 em · Oh! quelle chose terrifiante ! D’innombrables Chevaux on entendait retentir les sabots; Et c’est le spectacle méme de la Voie des anlmaux (‘) Qn’on apercevait. Mais voir, entendre ces choses, de I [Voie méme des hommes Devenait le comble des douleurs. Oh! lamentable extrémité ou tut réduite ma triste vi ! 1.’eM1>BmsuR. En vérité, que tout cela est intéressant! Mais veuille me raconter ce que furent les derniers moments du pr cédent Empereur. surre. Ah! qu’il m’est pénible de vous dire ce qui se passa alors ! Nous étions in Hayatomo — c’est le nom, je crois — au pays de Nagato. Tout le clan avait résolu de s retirer pour le moment en Tsukushi (‘). Mais le cceur d'Ogata no Saburo (') avait change. On décida alors de se retirer in la cote de Satsuma. Mais on en fut empéch par la marée montante (‘). Voyant que le moment su- preme était arrivé, Noritsune, gouverneur de Noto, s tisu Aki no Taro et son frére ('), et les tenant serrés sous ses aisselles l’un a droite l’autre a gauche, s’élance a la mer en criant : << Soyez les compagnons de mes derniers instants! » Le nouveau chunagon Tomomori saisit

!’ancre de son bateau qui était au large ('), la charge sur

son casque (’), et lui et son frére de lait lenaga échangeant leurs arcs (’), se iettent at la mer. Alors la Princesse-mere, sur sa double robe sombre () Relevant haut et passant in sa ceinture l’extrémité de son [balzama (‘°) de soie cuite (' [S'écrie] : or je ne suis qu’une femme, mais

� m c 1 N Q rx 6 je ne tomberai pas aux mains de mes ennemis; Et faccompagnerai le Seigneur souverainl » Prenant par la main l’Empereur Antoku, elle s’approche [du bofdage; Et comme l’Empereur demande : 4: Ou allons-nous ? » 4: En ce pays, [dit-elle,] les sujets sont en trop grand Voyez combien ces lieux sont etfrayants. [nombre: Le Paradis, comme on appelle Ce séjour de délices, c’est la sous ces vagues : C’est la que je vais vous conduire. » Ainsi elle parle en versant d’abondantes larmes. Alors: 4: Eh bien, je suis prét », dit [l’Empereur]. Elle le fait se tourner vers l’Est (‘) Pour prendre congé de la grande déesse Amateru; cumun. Puis vers l’Ouest pour faire les dix invocations ('). snrrs. as je le sais maintenant : 4 cuazun. Dans le courant de la rivlére Mimosuso, Sous les vagues, tout au fond, il est aussi une capitale (') », r Ce fut sa poésie supreme ; [dit-elle. = Et ils s’enfoncérent dans l’abime de mille brasses (‘). 1 Moi aussi je m’y suis jetée a leur suite; r Mais des soldats des Minamoto m’en ont retirée, § Et ma vie se poursuit lnutile. En revoyant une fois encore le visage de l’Empereur, H Des larmes m’échappent hors de propos, et je suis hon- . [teuse de tordre ainsi mes manches (‘)- H Elle se voile la figure des extrémités de son bam no bésbi. i

� I I I R A G 0 it 6 m` ` Ah I comment unc- Ces regrets pourraient-ils jamais s’éteindre? Mais déja voici qu’0n invite l’Empereur au retour ( 's) On presse la marche de son palanquin; ll a quitté le lakk6-in; il s’él0igne. ` Pendant le chant de ces vers, le cortége s’est refnrmé comme a l’entrée de l’Empereur, et s’est mis en ma ehe ll disparait peu a peu dans le kagami no ma, tandis qu les trois femmes debout devant la cabane — quelquefois Ic sbf s’avance lentement jusqu’a l’extrémité gauche de la scene — le suivent des yeux. SHITB. La Nyéin at la porte de rameaux tressés Cl—l(EUR. Quelque temps le regarde s’él0igner; ' Puis elle rentre dans sa retraite (bis). { '· " a I l I lil I ' E · l " n E

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NOTES

Page 206 :

(1) Ce personnage prend le titre de daijin, parce qu’i1 est au service direct de l’Empereur ; techniquement parlant, c’est un waki-sure.

(2) Les différentes parties de ce costume ont été décrites précédemment, sauf l’atsu-ita, sorte de tunique de soie brochée ou de brocart, formant vêtement de dessous.

(3) Pour la commodité de la traduction, nous remplaçons par cette expression le titre officiel de « princesse de deuxième rang » .

(4) Titre officiel de Yoshitsune.

(5) L’épée, le miroir et la perle. Les Taira les avaient emportés en emmenant l’Empereur Antoku, et il était de toute importance pour le nouvel Empereur Go-Toba, intronisé par les Minamoto, de rentrer en possession de ces insignes sacrés du pouvoir impérial.

(6) Hôô, titre donné aux empereurs ayant pris l'habit religieux après leur abdication.

Page 207 :

(1) Le Heike monogatari reproduit ici littéralement, à deux mots près, une poésie anonyme du Kokinshû, l. XVIII, inséré aussi dans le Wakan rôei shû.

Page 208 :

(1) Allusion à un rôei de Tachibana Naomoto, inséré au Wakan rôei shû : ` Gourde et calebasse souvent sont vides,

Et l'herbe est épaisse au sentier de Yen-yuan ; ! I

‘ H · 0 H A R A G 0 K O 225 1

Q Et la pluie moullle l’entree du Yuan-bien. I Yen-houei, surnom Tseu-yuan, et Yuan-sseu, surnom Hien-san, N sont deux disciples de Confucius dont le Maitre eut occasion de . louer le mepris des biens du monde et la pauvrete supportee avec une parfaite egallte d’Ame. Le premier n’avait qu‘une gourde et une calebasse pour mettre sa nourriture, et il lui arrivait d’en manquer ; il demeurait A Pextremite d’un sentier o1`1 l’l1erbe avait pousse parce que personne n’y passalt. Quant au second, indif- ferent au delabrement de sa maison, dont la porte etait pourrie par Pbumldite, il se delectait A iouer du kin. C’est leur misere ` surtout que Naomoto voulut evoquer, tandis que le Heike mono- gatari falt plutot allusion A l’abandon dans lequel le monde les laissait. (') Shikimi; ses rameaux sont employes dans la confection des bouquets rltuels offerts sur les autels. i Page 211 : E (•) Pour l’imiter et obtenir Pillumination et le salut. ‘

Quesse de Plmperatrice qui, fuyant la capltale, s’est allee cacher E dans les montagnes. g (°) Fukami-gusa a en poesie le sens de • pivoine ·; ll ne seralt § pourtant admissible ici qu’A titre de • rappel » des fleurs dont il [ vient d’etre parle. 5 Page 212 :

{ Senzaishfl. D’apres cet ouvrage, elle aurait ete composee A l’oc- E casion d’une vislte A la residence lmperiale de Toba. Le Heike

{ (’) Au sujet de cette comparaison, voir ci-dessus, p. 195, n. 3 Q de la p. 185. Page 218 : I

Inous dirions : · par la plume •. 1 (’) Le Gempei seisui ki donne ce passage en chinois, ce qui porte A crolre qu’il s‘agit d’un roei; mais on n’en connalt pas Yorigine. (') Voir plus haut le roei de Naomoto, p. 224, n. 1 de la p. ao8. I5

� ns c 1 N Q N 0 Page 214 : (•) Ni regret du passe, ni haine contre ceux equi ie dois d'avoir tout perdu. Page 216 : · (•) Texte sacre recite en guise de priere. Sous cette forme, il est tire directement du Ojo yoshn, recuell compose par le rnoine Genshin (971-1046), en grande faveur A l’epoque, plus connu et plus repandu que les ouvrages canonlques dont ll s°inspire er fait des extralts. Page 216 : ( (•) Uattachement A ce monde et A ses apparences est un des grands obstacles A la delivrance de Plllusion, au salut, et tant I qu’il n’est pas detruit, soumet l’etre A la succession des exis- I teuces. I (•) Nom bouddhique de la partie du monde que nous habitons, au sud du mont Meru. I - (•) Qu’on vienne A parler encore d’elle et de ses malheurs A I propos de cette vislte. I (•) La couleur sombre de ses vetements de nonne est attribuee I aux` larmes qu'ont fait couler les infortunes A la suite desquelles I elle a quitte le monde. I (•) L’Empereur lui aussi a quitte le monde et s’est fait moine; I il n'y a donc pas de raison de ne pas le voir. I (°) Neu, que nous traduisons par · invocation ·, est employe I par le bouddhisme dans le sens de pensee dirigee vers le Buddha, amenant A prouoncer son nom, A Pinvoquer. Une I seule invocation suftit A procurer le salut ; la repetition frequente de ces elevations de la pensee prend le nom de tanen, • nombreuses invocations ·, ou james:. · dix invocations · ; leur multlplicite est comparee ici A Pentrelacement des rameaux tresses formant la porte de la maison. D’autre part, c‘est une pieuse croyance qu’a la mort des lideles, Amitebha, le Sauveur, et son cortege de bodhisattvas et d’elus descendent au-devant d’eux pour les conduire au Paradis. Dans sa vie de recluse toute consacree Ala priere, l’Imperatrice n’esperait, n’attendait plus ` . que cette seule ioie; elle l’attendait par la grace de ces invoca- tions, comme on attend, on guette de la fenetre ou de la porte l’arrivee d’un heureux message; et c‘est l‘Empereur. la cour et tous les souvenirs de sa vie d’autrefois qu’e1le volt venlr A elle. , I I I

� Page 217 :

(*) Kure, fin du jour, de l'annee, par extension, terme, aboutissement. C’est en ce sens qu°il faut le comprendre ici, car le texte indique assez que la scene ne se passe pas au crepuscule.

(’) Environs d’Ohara célébrés en diverses poésies pour le calme et la limpidité de leurs nuits.

(’) La grande fête du temple de Kamo, qui se célébrait vers le milieu du quatrième mois.

(•) Katami, l’objet que laisse un mourant ou un partant pour se rappeler au souvenir de ceux qui restent.

Page 218 :

(*) I1 y a ici un ieu de mots entrainant un double sens de toute la phrase, sur le nom du temple, Jakk0(-in), et celui de la plus aevee des quatre terres mystiques entre lesquelles l’ecole Tendai repartit les progres dans la voie de le perfection, Jakko-do, terre de la pnix et de la lumiere ·. Au Jakm-do ne resident que les buddhas accomplis; suivant une formule technique, c’est le lieu du g dharmakaya; c’est A proprement parler le nirvana. A cette terre, ou pour employer une expression plus litteraire, A cette · cite de la paix et de la lumiere •, on ne parvient que par la voie d’une longue pratique de toutes les vertus, voie dont le chemin qui couduisith ce temple autrefois Ylmperutrice et aujourd’hui l’Empereur — car la phrase est ainsi construite qu’elle peut se rapporter aux deux personnages — evoque le souvenir et devient un symbole. —

(’) Il est impossible de rendre le double sens de la phrase japonaise : ondulation des glycines semblable à celle des vagues de l’etang qui se propage et s‘etend sans cesse, floraison des glycines qui dure et se poursuit du printemps jusqu’à l’été.

(•) Dans ces montagnes les choses semblent nouvelles, et leur aspect est différent de celui qu’elles ont à la capitale.

Page 219 :

(•) Le texte indique assez qu’ici le choeur se substitue successivement aux deux interlocuteurs.

(’) Poésie que le Heike monogatari et le Gempei seisui ki attribuent à l’Impératrice lorsqu’elle se retira à Ohara.

(•) Les six voies ou modes d’existence entre lesquels se repartissent tous les etres, savoir : les dieux, les hommes, les asuras,les pretas, les animaux et les demons.

(•) Roei de Lo-wei, inséré au Walton roei she?. F j ns c 1 N o N o · Page 220 : (•) Au temps de sa splendeur, lorsqu’elle etait Imperatrice, I comme Pexpllque le Heike monogatari. · (•) L’Imperatrice s`est comparee aux dev! ou aux apsaras; de ` celles-ci la vie est tres longue; elle a pourtant un terme dont

¤ Pexistence de Plmperatrice n’est pourtant pas plus durable que celle de la rosee. et deja elle a connu le declin. La mention de • la liane n’a pour but que de fournir une transition entre la N rosee qu’elle porte et la duree de la vie, la liane • appelant » la N longueur, et ce1le·ci etant · reportee · sur la duree. I (°) Fantomes soutfrant de la faim et de la soif, et qui durant leur existence · n’entendent meme pas le nom de l’eau •. I (•) L’un des huit grands enfers bouddhiques, dans lequel les N tourments arrachent sans cesse d’horrlbles cris aux damnes. I (’) La Vole des Asuras, sortes de genies d’une taille gigan- tesque, n’est qu’un combat acharne et sans repos. I rep 221 : N (•) Il ne s‘aglt pas ici des seuls chevaux, et la comparaison a N un sens plus large. Les animaux, esclaves des hommes, sont obliges de travailler, de souflrir, de mourir pour leurs maitres: tels ces malheureux soldats qui se battaient et mouraient pour obelr a leurs chefs. (*) Partie nord-ouest du Kyushu. N (') Puissant seigneur de ces regions qui abandonna le parti N des Taira et passa aux Minamoto. N (*) La maree determine dans le detroit de Shlmonoseki des I courants extremement vlolents qui durent exercer une grande N irmuence sur l’issue de la bataille. Yoshitsune ne manqua pas N de cholsir pour attaquer l’heure A laquelle le courant le favori- salt et genait les manoeuvres de ses adversaires. E (‘) Qui Passaillaient des deux cotes a la fois. ‘ (°) C’est-a-dire qui n’était pas echoue sur le rivage, comme I Petaient a ce moment un grand nombre des bateaux des Taira. I (') Pour etre sur de couler a fond et de ne pas etre fait pri- sonnier. - . N (°) Ou se tenant par leursf arcs, comme le proposent quelqucs N commentateurs. ` (’) De couleur de deuil. N I I ‘ I I I I

� D 1 0 H A 11 A 0 0 K 0 ng (*°) Large pantalon b0uHant que les femmes de qualite por- taient par dessus leurs robes. (••) L’operation dite ·cuisson · de la soie a pour effet d’ass0u- plir le tissu. Page 222 : (*) Dans la direction du temple d’Ise. (') Direction du Sukhavatl, le paradis d’AmitAbha. (°) La rivlere Mimosuso est celle qui coule devant le templ d’Ise. Cette poesie, donnee par le Heike monogalari et le Gempc seisui ki, ne peut s’entendre du palais du Dragon, comme on l’a propose. L’interpretation parait devolr en etre cherchee moins loin : la princesse a vu autrefois se retieter dans l’eau claire de la Mimosuso le temple d’Ise et le cortege imperial qui s’y ren- dait; ce souvenir lui revient au moment ou elle parle d’un pays de delices cache sous les vagues. (‘) Nom poetique de la mer. (’) Expression assez frequente, signidant que les larmes cou- lent avec assez d’ab0¤dance pour tremper les longues manches qui les essuient. · §. ‘ w ·i.

� ` A , ' ‘ ?-· ~ -. so - · ' — H ` U ‘ ., ‘ E . l . ) * J. `¤. · H : I. — gl n .··"‘· K uw ‘ I H __ LE TAMBOURIN DE DAMAS Arrnmui A KWANZE SIIAMI M0’l'0KIY0 ` i N 0 T l L E u 0mm spécimen de la cinquiéme classe de no, nous p donnons Aya no tsuzumi, as Le Tambourin de { damas ». Ce cboix, a la oérité, préte a Ia critique. car si cette piece comporte burn en efet l’apparition d°un I demon, son manque d’animation scénique la rend peu p propre a terminer une séance, et elle figure généralement | a la quatriéme place sur les programmes. Toutefois. étant donné le but de ces études, cette consideration parait { secondaire; en lui-meme et de par sa composition, Aya no tsuzumi est bien un no d’apparition démoniaque; l L »

� 3 AYA NO TSUZUMI 231 { et il ofre en outre un zntéréi asseq grand pour meriter

Z En voici le sujet. Un vieux jardinier du palazs de. Ko-no·maru est tombe amoureux d’une des dames de la suite de l'empereur qu’il a apereue par basard durant E une promenade de la cour dans les jardins. Celle-ci fayant appris, ordonne de suspmere un tambourin aux brancbes d'un arbre et fait dire au vieillard qu’elle se montrera zi lui s’il parvient d faire entendre ce tam- bourinjusqu’au palais. Mais l'artq'icieuse femme avait

When de peau, et celui-ci avait perdu toute sonorité. le é malbeureux jardinier, apres quelques coups frappés inutilement, se suicide de désespoir. Aussitot son esprit, i ou plutot le ec fantome du mort », apparait, s’empare de j celle qui s'est si eruellement moquee de lui pour la cbdtier

i C? Quelque ancienne légende a·t-elle fourni le sujet de ` ce no 2 C ’est peu probable, car on n'en connait auoune de » ce genre, et nulle part on ne trouve la moindre allusion e ee qu'auraitd1i étre son eontenu. L’Okugi shorapporte que fempereur Tencbi (661-671), avant son avenement, babita quelque temps en Cbihuqen (K ) un-e residence provisoire construite en troncs d’arbres non equarris, et qui pour cette raison avait recu le nom de Ko-nomaru; mais il ne dit pas ‘autre ebose, et tout ce qu’on en peut tirer, c'est que la scene se passed cette epoque. Quelque souvenir de la vieille littérature de Nara a-t-il plus ou moins inspire ou guide l'auteur et a-t-il eu quelque part d l'invention du detail caracteristique de cette piece P On ne le sait. On a essayé de la rappro- “ {

� gse c 1 N Q N 0 1 cber d’une poesie anonyme qu’on lit au livre XI du Manybshfn, dans laquelle l’auteur se plaint de ne trouver personne au rendeq-vous assigne : Toki—mori no Le veilleur Ucbinasu lsu(umi A frappé son tambourin; , Yami-mireba, |‘en ai compte les coups: ? Toki ni wa narinu; L’heure est venue; [pas! Awanaku mo ayasbi. Comme il est étrange que je ne la voie Le veilleur, t0ki—m0ri, etait autrefois un fonctionnaire cbarge de faire connaitre l'beure ; zi cet efet, il disposait d’un tambourin d’asse{ grande dimension sur lequel il rrappaiz les beures d’apres les indications de la clepsydre. g Le rapport est, on le ·voit, fort lointain entre cette poesie et la piece; surtout, on ne saurait tirer de la premiere le caraetere symbolique que la seconde attribue d ce tam- bourin muet, et qui en est zi vrai dire la substance meme. La litterature japonaise ne fournissant rien d’autre en ce genre, c'est donc bien d l’auteur du n6 lui-meme que doit revenir tout l’bonneur de l’in·vent1bn. ;

Son oeuvre parait de plus remarquable par la facon large et sobre dont elle est traitee ; si elle contient diverses allusions et citations, comme l’exigeait la poetique de l'epoque, on ny remarque ni digressions de pure erudi- tion, ni episodes ou developpements d cdte du sujet. L’exposition est tres breve, et des les premiers mots du shite nous sommes en plein drame; des ce moment aussi apparait Ie symbolisme original et profond qui caraete- rise cette piece. · Le symbolisme du xv° siecle ? dira·t-on peut-etre. , Sans doute il ne montre pas beaucoup d’aeu·ores aussi

� I s I I ` I I AYA N0 TSUZUMI as l symbolisme a toujours si bien paru en etre l’essence meme ` que, l0rsqu’un auteur postérieur voulut un jour la trans- I ~ former et l’adapter au gout de son temps, il en changea a l I peu pres tout, l'époque, le lieu, fajabulation, l’objet maté- I riel meme autour duquel tourne toute la piece et dont elle tire son nom ,· il enleva au personnage principal son I caractere de vieillard qui le rend si émouvant, et en cela son inspiration ne parait pas a·voir été beureuse; de l’oeu·vre premiere il ne conser·va autant dire que le sym- . bolisme; et il ne crut pas, ce faisant, a·voir écrit une piece vraiment nouvelle ou originate, mais simplement avoir remanié en un sens plus moderne une oeuvre ancienne. as Pour beaucoup d’aeu·vres récentes, la forme nouvelle a emprunté et copié en une certaine mesure la forme ancienne », dit Seami dans son es Traité de la com- position des no », Nésaku sho; il en cite plusieurs egcem- ples, entre autres le suivant : Koi no omoni, as Le lourd E Fardeau d’amour », était autrefois Aya no taiko, or le E Tambour de damas ». Koi no 0m0ni nous présente en

, la cour, succombant sous le faix qu'elle lui a ordonné de ‘ porter en lui faisant espérer de la re·voir, et dont l’esprit revient tourmenter celle qui fut la cause de sa mort ,· c'est manifestement une tampa réplique d’Aya no tsuzumi. Mais combien le symbolisme, plus comprébensrf pent- étre, mais trop facile et un peu vulgaire, du 4 lourd far- deau d’amour » est in férieur zi celui du as tambourin de da- mas », ce tambourin muet, incapable d’é·veiller le moindre écho, derision d’autant plus cruelle qu’elle s'adresse a la faiblesse d’un vieillard! Combien il est mains riche I aussi, a moins d’arriere-plans, pour ainsi dire! Car le I tambourin est l'instrument qui marque les beures pour tous les bommes, et le vieillard, malgré ses ejforts, njr enten- I I

� ¤s4 c 1 N Q N O dra pas sonner celle qu’il attend ,· sa voix les tire des songes de la nuit, et elle n'éveillera paste vieillard de l’illusion sous le poids de laquelle il va mourir. ll meurt, mais son shiryb, an fantome d’un mort », apparait bientdt pour le venger et punir celle qui s'est jouée de lui. Fantome d’un mort, disons-nous, car il ne s'agit pas ici proprement d’un an revenant » au sens que les légendes occidentales donnent a ce terme. Le shiryb, comme l'ikiry6, afantome d'un vivant », conception asse{ étrange au premier abord, mais que les légendes japo- naises connaissent bien, est moins une manifestation pre- ternaturelle d’une personne existante ou ayant qu'un étre distinct, individualisant pour ainsi dire, incarnant, si ce mot pouvait étre employe ici, une ` passion ou un sentiment violent, étre produit en qualiti E d’ep'et par cette passion ou ce sentiment agissant comme i causes au sens bouddbique etdans lequelceux-ci atteignent [ a une existence propre et indépendante. Cet étre singu· “ lier est évidemment de nature mauvaise; il est redou- table, car il a toute la violence du sentiment qui lui a donné nazssance — c'est le terme propre — ; et de plus, son action ne connait aucune des restrictions que l'exiS- tence bumaine imposait d la manifestation de ce senti- ment. La scéne jinale, dans laquelle ce shiryb afole et tourmente la dame qui a causé la mort du vieillard. rappelle celle de Sotoba-Komachi .· toutes deux nous Q ojrent le spectacle de la vengeance postbume de l’amour 1 méconnu. Mais tandis que, dans ce dernier no, nous n'en apercevions que l’extérieur pour ainsi dire, l’esprit ‘ne manifestant sa présence que par les efets qu’elle produit. ici il apparait comme un personnage distinct, et nous voyons l’un en face de l’autre le bourreau et sa victim:. O./'I t

� I ’ AYA NO TSUZUMI ass

portés d la croire antérieure d lui. On vient de voir qu’il . la ccmsidérait comme de caractére ancien, et qu'elle avail été remaniée de son temps sous* le nom de Koi no 0m0ni. E Bien que celle-ci lui soit aussi généralement attribuee, une tradition conservée dans la famille Kwanre veut que le texte en ait été écrit par l’empereur Go·Hana{ono ( r 428-1464) et conjié par lui d Seami, qui en aurait com- posé la mussque et réglé la mise en scene. Mais si, comme tout semble l’indiquer, la rédaction du Nosaku shb doit se placer vers I4 3 5, Go-Hana{ono etant né vers 1419, il est bien impossible qu’il ait été l'auteur d’une piece dont parle cet ouvrage. D'autre part, Aya no tsuzumi a une é sorte de simplicité un peu rude et fruste qu'on ne trouve 2 pas dans les oeuvres de Seami, et non plus dans Koi no omonl. Quoique le plan et la marcbe de la piece soient . identiques dans les deux cas, les dialogues plus longs, les explications plus détaillées de la secondeseforcent de rendre plus aisé et presque naturel l'encbainement des · faits. De plus, le style concentré, surcbargé de sens et d’allusi¢ms parfois forcées d’Aya no tsuzumi, semble asser éloigné de la souplesse et de la facilité élégante et un peu précieuse de celui de Seami. Ces dijérences s’accusent d’ailleurs avec d'autant plus de netteté que la · ressemblance est plus grande et les points de contact plus nombreux entre les sujets de ces deux pieces. Pour toutes ces raisons, nous inclinons dpenser que c’est Seami lui·~méme qui a refondu sous la forme de Koi no omoni l'ancien Aya no tsuzuml, que celui-ci n'est pas de sa composition et doit remonter aux premieres années du xv° siécle, et probablement meme un peu plus baut. Mais, jusqu'd present du moins, rien ne perm: meme

� . ssa c 1 N Q N 6 d’essayer d’en déterminer plus précisément le veritable auteur. QA La structure de la piece ojre certaines irrégularités. L’entrée des personnages sy fait sans Paccompagnement des formes ordinaires, shidai, michiyuki, issci, etc.; les quelques pbrases bréves qu’écbangent a la scene ll le shite et le waki ne rappellenl que de loin le long dialogue en partie cbanté et terminé par un uta du cbaeur, dans le- quel les auteurs se plaisent ordinairement a déployer leur érudition el les jinesses de leur langage et qui tient géné- ralement une grande place dans les no. Un shidai appa- rait, il est wai, mais d une place un peu inattendue ; il esl cbanté par le cbceur comme introduction aux plaintes du vieillard. V} Cette curieuse piece n'existe plus actuellement que dans les répertoires des écoles Hosbé et K ongé. L’école K wanre, i suivant évidemment sur ce point la tradition laissée par Seami, la remplace par Koi no omoni, qu’elle est d'ailleurs seule d posséder. Komparu et Kita n’ont ni l’une ni l’autre. Nous suivons ici le texte de Hésbd. §' ` * u

AYA NO TSUZUMI

PERSONNAGES.

MAE-JITE. — Un vieux jardinier du palais.
NOCHI-JITE. — L’esprit ou fantôme du précédent.
TSURE. — Une dame du palais.
WAKI. — Un seigneur de la cour.

La scène est dans les jardins du palais de Ki-no-maru sur les bords de l’étang du Cannellier. A E ass c 1 N Q N 6 PREMIERE PARTIE - u On place sur le devant de la scene un arbuste auquel est attaché un tarnbourin. scENE-L l Entrée du wdki en costume de cour analogue in ceux qui i ont été décrits précédemment. ll est suivi peu apres, comme K dans Obara gv kd, par l’acteur comique charge de Yintermede, R ai, qui s'assied au pied de la colonne du kydgen. Le waki entre en scene et s’arréte au mmaria. R wax!. ] je suis un seigneur en service a la residence impériale I de Ki-no-maru (·) au pays de Chikuzen. Or ca, ily a ici ] un étang célébre nommé l’étang du Cannellier, et l’em— i pereur va souvent s'y promener. Un vieillard charge de balayer le jardin a apercu un jour le visage d’une dame du palais, et a concu [pour elle] un amour qui trouble ] son cozur. La chose est venue aux oreilles [de cette dame], et parce que la loi de l'amour est d’ignorer la distinction des rangs, elle a eu compassion. 4: Qy’0n suspende un tambourin aux branches du cannellier qui ; est au bord de l’étang, et qu’on le fasse battre par ce E vieillard; si le son de ce tambourin se fait entendre ius- I qu'au palals, alors je lui laisserai [de nouveau] apercevoir l mon visage », a—t-elle dit. Aussi vais-je appeler ce vieil- E lard et l’informer de ceci. Hola! Y a-t·il quelqu’un ici? Al (il se léve et vient saluer le waki). Me voici. i a I

� ` I AYA NO TSUZUMI zag wA1c1. Dis au vieillard chargé de balayer le iardin de venir de suite. A1. . · ]’0béis. (ll va 21 Pextrémité du pont et appelle.) Hola, vieillard chargé de balayer le jardinl On a besoin de toi et on te fait dire de venir de suite. Hate-toi de te rendre ici. (ll revient devant le waki.) Voici le vlcillard chargé de balayer le jardin. (ll retourne a sa place.) - SCENE 11. Entrée du shite. Il porte la perruque et un masque de vieillard; il est vétu du nosbimz et du mi{u·gvr0m0, vétement de travail en forme de blouse de couleur sombre, dont les · manches sont relevées jusqu’a l’épaule, et il tient un balai a la main. ll entre en scene et se place un peu en avant de la colorme du sbite. wA1<1. Hola, vieillard! Ton amour est venu in la connaissance de [cette dame], a qui toute révérence, et elle a compas- sion de toi. Viens donc battre le tambourin suspendu aux branches du cannellier de l'étang du Cannellier; si le son de ce tambourin se fait entendre jusqu'au palais, la dame te laissera une fois encore apercevoir son visage, a·t-elle dit. Viens donc en toute hate battre ce tam- bourin. " surrna. . ’ · le recois cet ordre avec respect; et puisqu’il en est ainsi, j'irai battre ce tambourin.

� no c 1 N Q N 6 WAR!. Viens par ici. (ll se dirige, suivi du sbin, vers le tam- bourin.) Voila le tambourin dont il s’agit; hite·t0i de Ic battre. ll va s’asseoir au pied de la colonne du waki. sum:. En vérité, je l’ai entendu dire, le cannellier de la lune ('), celul qul est au palais de la lune, est célébre entre tous les cannelliers. Mais celui-ci est [pour moi] le [seul] vral; et voici juste au bord de l’étang le tambourin suspendu in ses branches. Que le son s’en fasse entendre, et qu’il soit un frein [aux troubles] de mon amour (‘). Et voici Qp’a ma voix se méle celle de la cloche du soir; Comme ses tintements, se pressent les jours se succé· [dant l’un a l'autre; ‘ cuaaua. Et [toujours] c'est au soir qui va sulvre que je reporte [mon espoir (bis)! Ah! je veux frapper le tambourin [signal] de cette heure [attendue]! Répétition de ces vers en sourdine. SHITB (assis au daisb6·ma¢). Les conditions fussent—elles autres (‘), En un corps aussl vieux que la cigogne des nuits [obscures (‘), CH(EUR. Oh! la misére de nourrir des pensées d'amour! ‘

� A *1* A N 0 T s U *1 ¤ . surre. | L temps passe et `e ne le sais p s* et es v ues bl n [chissan es ¤.:1—11£1J11 uurqucai dum: Ie tambnurin ne res r1r1e·t-1l·pas(" su Ts. L pp cache mem de le V1 futu e ne m evenlle pas de [men réve]. cet su cmne *1, muu s' 1; ch n hm v'eilless uceua. iles r s mesl es tum Il nt; Et ces cuties qui Iissent une` une des tieurs den cm [cmu t nt eur t in [triste] su un vé d'he be (' . uespére dunc cet imuur a ssi tuurmente que l· [dawallie [‘ ? I surr crt ATI m Fl pcu Iuubli 1; mus. st un meu plu qu lui qui ’0ub1i s Mais 11 ce mcmde utes ch ses hum in s sont s mbl bles u cheval du [vi ii rd del b rriére(' . Les jnurs nuus éch ppent d une uite insziisissable. sannées *5s t et uzmdl tem sser venu, ch min qu 11 fau r suivre 111 sur es buisscns [s [d'puse] r¤see( , et le te rn de cett existe ce aussi b eve [ ue! r se du bu'ss0n I

� W c 1 N Q N O A qui les demander? Ah! miserable chose! Pourquoi, puisqu’il en est ainsi, puisque si bien je sais tout cela, m'abandonner in ce point in l’illusion? sl-HTH (ll se léve). Réveillez·vous! » crie, de l'aube cnaaun. Chassant le sommeil, le veilleur En frappant in coups presses son tambourin . Qui résonne. Aux sons [de celui-ci], de celle que j’attends, Ah! si je pouvais entrevoir le visage ou seulement le [damas de ses vétements I De damas ll ne sait pas que ce tambourin est fait; De toute la force de ses mains de vieillard [ ll a beau frapper (‘); il ne pergoit aucun son. I 4: Serait-ce donc que Page [a durci] mes oreilles? » se Et il écoute, il écoute. [demande—t-il, I - Des vagues du lac, de la pluie aux fenétres Les chocs me font tous entendre leur bruit; I Seul ce tambourin ne résonne pas. Ah! l'étrange tambourinl Et pourquoi donc aucun son n’en sort-il? I Cet amour, en frappant [le tambourin] je l’oublierai peut- [étre, pensais-je; Mais de ce tambourin de damas aucun son ne sort. Et Attendrai·je ce qui ne doit pas venir? [moi-meme snrrs. q Elle ne se montre pas En une nuit de pluie, la lune anxieusement attendue; Et il ne résonne pas le tambourln marquant l’heure Qu! dissipera les ténébres obscurcissant le cctur [qui · [l’attend] ('), I - I I I

� AYA NO TSUZUMI 245

Chœur.

Aux coups frappés sur le tambourin des heures, les jours passent ; C’était hier, c'est aujourd'hui ; j’espère en vain ;

Shite.

Celle à qui je me suis donné, pas même en songe

Chœur.

Ne se laisse voir. Dans mes pensées secrètes matin et soir.

Shite.

Je reste plongé. Le tambourin ne résonne pas ;

Chœur.

Elle ne se montre pas.
Qu’est-ce donc la ? or Le dieu tonnant lui-même
Ne peut séparer ceux qui s’aiment (') » ; oui,
Cela je l’ai bien entendu. Pourquoi donc alors
Trouvé-je si peu de recours ? Il dit,
Et détestant sa vie et maudissant cette femme :
Puisqu’il en est ainsi, à quoi bon
Continuer à vivre ? » [s’écrie—t-il]; et dans l’étang
Il se précipite et meurt,
Il précipite son corps misérable et meurt.

Pendant le chant de ces derniers vers, le shite quitte la scene et rentre dans le Icagami no ma. Ms c 1 N Q N 0 INTEBDIEDE ‘ Al (ll s’avance vers le milieu de la scene). Oh! oh! que dit·on? Ne raconte·t-on pas que Ie vieil- lard charge de balayer le jardin, désespéré de ce que Ie tambourin ne donnait pas de son, s’est jeté dans l'étang i du Cannellier et qu’il est mort? Hola, hola! quelle pitoyable chose! La raison pour laquelle il a fini ainsi, la voici exactement. Un jour que l'empereur était venu sur les bords de l'étang du Cannellier, cet homme, en dépit de la bassesse de sa condition (‘), apercut un instant la beauté d’une dame du palais et en concut un amour qui l troubla son cceur. On parle bien sans doute d’amours l sans espoir, mais cependant les sentiments de ce vieil- 1 lard ne laisssaient pas que d’inquiéter vaguement ('). E C'est alors que la dame ayant appris ce qu’i| en était, a ` eu compassion des sentiments de ce vieillard, parce que g l’amour ne fait pas de difference entre les conditions. Elle a ordonné de suspendre un tambourin au cannellier de l’étang du Cannellier et de le faire battre par le vieillard; si le son de ce tambourin se faisait entendre jusqu’au palais, elle devait se montrer a lui encore une fois. On é · suspendit le tambourin et on le tit battre, comme elle g l'avait dit. ll arrive, dit—on, que suivant le temps ou l’état i du ciel, méme un tambourin ordinaire ne donne pas de son; a plus forte raison ce tambourin-ci tendu de damas ne pouvait-il aucunement résonner. Le vieillard s'ima· gina pourtant que le tambourin devait résonner, mais que, peut-étre a cause de son age, ses oreilles n'en per- cevaient pas. le son. Aussi, voulant a toute force l’en- tendre, il se mit in frapper en désespéré; mais aucun son [

� AYA N0 TSUZUMI M7 n’en sortit. as Cette fois, tout est fini », se dit·ll alors, et il se jeta soudain dans l’étang du Cannellier ou il mourut. Vraiment il n’y a rien qui soit plus digne de pitié. C n’était sans doute qu’un homme de basse condition· cependant on ne peut laisser les choses en cet état, et je vais aller rendre compte de ce qui s’est passe. (ll s'ap· proche du waki, ou se tourne vers lui s’il s’est assis, et le salue.) Hola! je désire vous parler. Le vieillard charge de balayer le jardin, désespéré de ce que le tambourin ne résonnait pas, s’est jeté dans l'étang du Cannellier, et il est mort. wma. ` Qu’est·ce que tu dis? Tu dis que ce vieillard, désespér de ce que le tambourin ne résonnalt pas, s'estjeté dans l’étang du Cannellier P A1. Parfaltement; il s’est suicidé. l wax!. Alors je vals aller faire part de cette nouvelle. A1. Vous aurez bien raison. DEUXIEME PARTIE Entrée de la .Dame en costume ordinaire de femme, et portant un masque de jeune femme. Elle va s'asseoir a la place du waki, qui se retire d’abord en avant du chaaur, pui vient la saluer.

� ua c 1 N o N 0 serine m. wA1cL Hola! je désire vous parler. Ce vieillard, désespéré de ce que le tambourin ne résonnait pas, s'est jeté dans l’étang du Cannellier et est mort. Uattachement (‘) de cette sorte [d’esprits] est extrémement redoutable. Hatez-vous donc de venir le voir (‘). LA DAME (se levant et s’avan¢;ant). Hola! vous tous, écoutez doncl Le bmit que font ces vagues en se heurtant Ressemble aux sons d’un tambourin. D’ou cela vient—il? Oh! quels charmants sons de tambourin I Oh! que c’est charmantl WAKI. O prodigel les maniéres de cette dame Semblent d’une femme qui a perdu la raison! I Quelle peut en étre la cause? l LA DAME. ll est bien juste que j'aie perdu la raison. » Un tambourln de damas peut·il donc résonner? i ]’ai ordonné de frapper ce qui ne devait donner aucun son ; C'est alors que j’ai commencé de perdre la raison. wA¤u. i Elle dit. A la surface du lac bruissent les vagues du soir; LA mma. Parmi leurs chocs - i . H

� Y N 0 T S U z U M 1 wma. Un oix s'éléve. SCENE 1v. Le rusleau du gz ` a se leve, le nocbi-jitc commence ' h chanter de l'intérieur et s’avance peu in peu sur le pt nt. II porte la perruque blanche dite sbiro-gasbira, un masque de démon du genre aku-j6, l’atsu»-ita et l’6gu¢bi; il s’app i s r L une canne, et un ucbique, sorte de petit maillet Ea long . manche, arme ordinaire des démons, est passé dans sa cein- ture. uoc:-u-jrre. Du vieillard Devenu poussiére tlottante en cet étang, comme les [va u S cr-roauk. Reviennent sur elles-mémes, reviennent Yattachement et ¤ ' [la rancceur. ~ surrn. · De plalnte, de rancoeur, i ll serait insensé de parler ici. Combien insensé ll entre en scene, laisse tomber sa canne et saisit n maillet. cuaauk. Fut ce mauvais amour dont la colére me posséde. C tte [ran (Bur Ne s’éteindra pas, non, elle ne s’éteindra pas; Les nuages [qui ont obscurci] mon cozur ne se dissi ont

~ Sum;. I oc Aux champs d’Oyama L’eau des riziéres méme vint-elle A tarir,

Mon cceur est un lac, ie ne dirai pas la source ou il s’a!imente (‘). » ]’y étais résolu.
Pourquoi donc alors, avec tant de cruauté
M'avoir ordonné de faire résonner ce tambourin muet ?
N’était-ce pas me dire d’y (‘) dépenser tout mon coeur ?
Mon coeur s'était donné tout entier a la lune apercue entre les arbres (‘).

Choeur

Ce tambourin de damas suspendu at ce cannellier

Shite

Peut·il donc résonner ? peut—il résonner ? Essaie, frappe-le ! Il met la main sur l'épaule de la dame, et l’améne devant le tambourin.

Choeur

•< Frappe, frappe! » ll la presse : •< Comme le tambourin L'enchainement A coups précipités, vite, vite (‘), Frappe, frappe donc! » dit-il; Et il Ia harcéle en brandissant son maillet. •< Le tambourin ne résonne pas! Malheur ! ma!heur ! » S’écrie la dame; et sa voix Est rauque. •< Eh bien ! te repens·tu ? te repens-tu ?» Le sbite retourne au daisbd-mae, la dame au waki4. Du grand démon des regions obscures ('), Ahorasetsu (‘) (bis),

Telles doivent étre les tortures ; Les supplices mémes de la roue de feu (’) Qui écrase le corps et rompt les os, Ne sauraient étre plus grands que celui [que j'endure]. [Ah ! c’est horrible! Ah! quelle cause a bien pu produireun effet [si terrible] ? Shite

[L’enchaînement] de la cause et de l’effet est clair et immédiat (‘); le voilà devant mes yeux.

Choeur

Il est clair et immédiat ; le voilà devant mes yeux ;
je le reconnais. Sur le bord de l'étang
Aux vagues blanchissantes, au cannellier
Était suspendu le tambourin. Sans connaitre l'heure [qu'il sonnait] ()
je me suis épuisé à le frapper, j’y ai dépensé tout mon cœur ;
Puis je me suis jeté dans les flots de l’étang,
Et je m’y suis enfoncé, poussière flottant au gré des vagues. C’est moi
Qui soudain devenant fantôme,
Me suis emparé de cette dame pour la châtier,
La frappant de mon maillet comme se heurtent les vagues.
4: Dans l'étang, au bord oriental, la glace a fondu
Sous le souffle de la brise » ('); sous la tombée de la pluie
S'ouvrent les [lotus,] Lotus rouge et Grand lotus rouge [*]
Tous les poils de mon corps se hérissent. Par dessus les vagues
La carpe a bondi, et elle est devenue un horrible serpent.
je le comprends, tels doivent être
En vérité les démons des régions obscures (").
« Ah ! je la déteste, je la déteste !
Ah ! je la déteste, cette femme, je la déteste ! » s’écrie-t-il.
Et il s’enfonce au gouffre de l’amour.

NOTES

Page 238 :

(*) La prononciation ancienne etait Ko-no-maru, et c’est ainsi que Sei Shonagon écrit ce nom dans son Makura no soshi ; nous nous conformons ici au texte du nô qui donne Ki-no-maru.

Page 240 :

(*) Il a ete fait allusion a cette vieille legende chinoise a propos du no de Sotoba-Komaclu. Cf. ci-dessus, p. 192, n. 7 de la p. 176.

(‘) Expression tiree d’une poesie anonyme du livre XI du 1 xeumm : {

Aware cho La compassion ! Koto dani nakuba, Si ce mot au moins n’existait pas, Nani wo ka wa Où donc Koi no midare no Aux troubles de l’amour Tsukane-o ni sen ? Trouverais-je un frein ?

(•) Si la distance des rangs ne crealt pas entre celle que i’aime et moi d’aussi lnfranchlssables obstacles.

(•) La longevité de la cigogne est proverbiale. La cigogne crlant dans la nuit est assez souvent un symbole d’amour maternel et paternel; mais ici les « nuits obscures » ne sont sans doute qu’une epithete poetique de sens general, a moins qu’0n ne veuille y trouver insinue le sens : a un age ou il ne convient d’aimer que ses enfants.

Page 243 :

(*) Nami se dit aussi bien des « vagues » que des « rides », et c‘est le second sens, celui des « rides » symbolisant la vieillesse, qu’amène la suite logique de la phrase. Mais l‘auteur y substitue a

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