II - III
--Sertir en quatorze vers Selon des règles concises Aux prescriptions précises Le discobole univers,
Revers trouble, absurde avers, Esthétiques indécises, Éthiques sur rien assises, Érotiques à l’envers,
Toutes aurores qu’on lève, Et toutes bulles qui crèvent, Démons qu’on ne sait bannir,
Tout ce qui nous fait maudire La vie et la vient bénir, Tout ce qu’un sonnet doit dire.
--Gloire humaine offerte aux vers, Calme extase des églises, Chant des gouffres, chœur des brises, Tout ce que l’orbe univers
Roule, angélique ou pervers, Neige au cul des Cydalises, Aubes en fleur, ailes grises, L’empreindre en ce rien de vers,
Cœurs déclos, âmes fermées, Cieux qui s’ouvrent, joies, fumées, Ce qui meurt, ce qui renaît,
Tout espoir et toute envie, C’est beaucoup pour une vie, C’est assez pour un sonnet.
SUR UN PIED DANSE...
Entends comme brame...
--Mon Ame Brame Son
Bon Drame: Trame Dont
Mène La Laine
Ma Verve Serve!
ou bien:
--Brame Son Bon Drame
Mon Ame: Trame Dont
Ma Verve Serve
La Laine Mène!
ou encore:
Brame Mon âme Son bon drame: Trame dont mène La laine Ma verve Serve. etc...
PRINCIPES
--Il me semble pourtant que j’omets quelque chose, Quoi, je ne sais pas dire, et pourtant je sens bien, Ce recueil-là n’est pas complet: quelle est la chose Qui lui manque pour être bien, tout à fait bien?
Malheureux, tu n’as point promulgué ta technique! Voilà l’âpre hiatus, et voilà le souci Qui ce cœur dévasta! Seulement, de technique, Il faut donc l’avouer, je n’eus jamais souci!
Il urge cependant que je m’en déterre une: Tant de héros jamais n’ayant produit rien plus N’en sont héros que plus! je vais en bâtir une, Fais-lui, Lecteur, accueil: quoi te faut-il de plus?
Technique
--Tu veux naître Poète, eh! gars? baise ta plume, Tes brosses, burin, lyre ou pipeaux, puis écris, Vers carrés, biscornus, vers, proses; sois tout gris Ou tout resplendissant; mastique, fange et brume
Ou ravage l’azur: mais que ton cerveau fume D’un intérieur feu! trotte avec les esprits Bien peignés, ou bien sois un ange malappris, Comme l’Enfant Sigfried bête et dieu, fends l’enclume,
Mais comme lui sors-nous ton glaive de géant: Et le reste n’est pas, et le reste est néant, Et l’art sans rage aux reins, c’est morne apostasie;
Entends ce seul avis,--il semble insane--que: L’unique arcane pour fleurir en Poésie, C’est se sentir Poète, et le reste un beau jeu!
ÉPITAPHE
Passant: j’ai fait Psyché, puisant là ma substance, Anthinéa, L’Étang de Berre, Inscriptions, Et Le Chemin de Paradis, pour l’excellence Du parler précellant sur toutes nations.
Prospecteur de l’Avenir de l’Intelligence, J’ai scruté son présent, ses délabrés passés: Les Amants de Venise abrutis de démence M’ont ouvert tout un siècle en ses cerveaux blessés.
Tel mon contemporain le bon poète Eschyle, Passant, je tais ceci. Mais, sur le monument Qui me résumera contre un mur de ma ville,
Il me plairait que fût gravé tout simplement, Sans la palme qu’on voit le mois d’après flétrie: Ci-gît Charles Maurras, il servit sa Patrie.
RYTHMES ET CHANSONS
DOUBLE RONDEAU FLEURI
Muse évadons-nous aux campagnes folles Où nous engloutit une herbe odorante, Sentir nous bercer, immense auréole, Ton souffle, Nature, haleine géante Pour qui j’étais né.
J’étais né pour être encensé des roses.
J’étais né pour être encensé des roses Par Mai balancées avec harmonie: Pourquoi m’enliser en d’abjectes proses D’où toute syntaxe honnête est bannie: Pour être encensé?
J’étais né pour être encensé des roses!
Quoi, polémiquer à même des choses Pour qui j’eus toujours nausée infinie, O prosopopée! O hypotypose!
La prosopopée a tordu ses ailes Et l’hypotypose a crevé ses yeux; Nous avons perdu la face des dieux Et votre reflet, clartés immortelles: La prosopopée a tordu ses ailes.
Sanglote, épopée; hurlez, villanelles. Trompette, fends-toi; fleur, fais tes adieux: Tout est fade et gris, tout est odieux: La prosopopée a tordu ses ailes.
Immergeons en chœur aux boues actuelles: Nous avons perdu l’oreille des dieux Et votre reflet, clartés immortelles, Trompette, pipeaux, à vous tous adieu:
La prosopopée a tordu ses ailes Et l’hypotypose a crevé ses yeux.
NOËL BRETON
Sur l’air d’Anne de Bretagne
A la mémoire de mon fils Georges
C’est Marie, reine des vagues Et des goëmons, (bis) Qui regagne sa Bretagne: Vivent Marie et sainte Anne, Ah! Ah! Ah! Ave, ave Maria!
Saint Corentin l’accompagne Et saint Yve aussi. (bis) Ils cherchent par les campagnes, Vivent Marie et sainte Anne, Ah! Ah! Ah! Jésus qu’on dit près d’ici.
Ils ont fait toute la terre Et n’ont rien trouvé, (bis) Ils ne savent plus que faire: Où l’a-t-on caché, ma mère, Ah! Ah! Ah! Marie se met à pleurer.
Tous les maudits de la terre, Tous les mécréants, (bis) Nous poursuivent de leur haine, Nous et tous ceux qui nous aiment, Ah! Ah! Ah! Qu’ont-ils fait de mon enfant?
--Ma fille, lui dit sainte Anne, Encore essayons: (bis) Nous revoilà-z-en Bretagne, Vivent Marie et sainte Anne, Ah! Ah! Ah! Où c’est tout des bons garçons.
Entrent dans une cabane, Chez des paysans: (bis) --Que demandez-vous, Madame? Vivent Marie et sainte Anne, Ah! Ah! Ah! Vous êtes bien fatiguée.
Acceptez un coup de cidre Qu’on tire pour vous, (bis) Dites ce qui vous amène, Contez-nous vite vos peines, Ah! Ah! Ah! Et d’abord asseyez-vous.
--Je cherche mon fils, Madame, C’est l’Enfant Jésus; (bis) Les maudits me le volèrent Et c’est moi qui suis sa mère, Ah! Ah! Ah! Et nous ne le trouvons plus.
--Regardez-le qui sommeille Contre notre fils, (bis) Il sommeille comme un ange, Et j’ai taillé pour son lange, Ah! Ah! Ah! Ma robe de mariée.
Son lit est fait d’herbe fraîche Et genêt fleuri, (bis) Le bœuf et l’âne le lèchent Tout comme au temps de la crèche, Ah! Ah! Ah! Le chien et le chat aussi.
Jésus dans l’instant s’éveille, A tous il sourit; (bis) --Bonjour mère, et vous, sainte Anne, Et vous l’hôte, et vous, Madame, Ah! Ah! Ah! Que la paix soit avec vous!
C’est vraiment grande merveille Qu’enfant si petit (bis) Parle avec tant de sagesse, Car pour faire politesse, Ah! Ah! Ah! C’est en breton qu’il parla.
--Je monte revoir mon père Au ciel des élus; (bis) Pour vous que pourrons-nous faire, Parlez-en donc à ma mère, Ah! Ah! Ah! Qui m’avez si bien reçu?
--Seigneur, les gens de Bretagne Ne demandent rien, (bis) Qu’être chez eux en Bretagne Vivent Marie et sainte Anne, Ah! Ah! Ah! Et le droit d’être chrétiens.
--Mes amis, dit l’Enfant Juste, C’est très bien parlé; (bis) A vos droits si l’on y touche, Prenez vos fusils, vos fourches, Ah! Ah! Ah! Je serai-z-à vos côtés.
Et je vous confie ma mère Pour me la garder, (bis) Tout le temps que sur la terre --Vivent Jésus et sa mère, Ah! Ah! Ah! Il lui plaira de rester.
Moi, le ciel je le regagne Et vous laisse en don (bis) Notre-Dame à la Bretagne, Vivent Marie et sainte Anne, Ah! Ah! Ah! Et la Bretagne aux Bretons!
Mois de Marie 1924.
RYTHMES
I. Haï-Kaï triple
--Une cloche tinte, Le jour lutte, l’ombre monte, Tout sombre, tout sombre.
Quelle cloche tinte? Oh mon cœur, il bat si fort: Quoi donc va mourir?
La nuit dans mon cœur Et la nuit sur les campagnes; Rien ne tinte plus.
II. Pantoum = Haï-Kaï
--Il pleure dans mon cœur... --Il pleut doucement sur la ville... --Hélas, quelle langueur!
--SOUS UNE AVERSE DE LUMIÈRE LA VILLE BOUT DANS SA POUSSIÈRE... --Tout sombre, tout sombre...
--Mon cœur émigre, où, le sait-il? Vers tout delta d’or et d’avril... --Une cloche tinte...
--DANS LE CIEL DE BRAISE ET DE CENDRE JE VOIS L’AIR CUIT MONTER, DESCENDRE... --Le jour lutte, l’ombre monte...
--Loin du noir soleil dessécheur, Me dissoudre, être une fraîcheur?... --Tout sombre, tout sombre...
--DES NUES DE CUIVRE S’ACCUMULENT OÙ L’ÉLECTRICITÉ CIRCULE... --Une cloche tinte...
--Dans l’eau, fébrile et d’or, mouiller Mes bras: comme un chien patouiller! --C’est mon cœur qui bat si fort...
--LE CIEL EST PLOMB SUR PLOMB, IL PÈSE, TOUT RISSOLE, TROMBE ET FOURNAISE... --Qui donc va mourir?
--M’endormir, brute et bienheureux, Au revers d’un vieux chemin creux... --La nuit en mon cœur...
--L’ORAGE ÉCLATE, CROULE, ÉCUME, BAT L’UNIVERS COMME UNE ENCLUME... --Et l’ombre dans les campagnes...
--Dans la campagne sans un bruit, Entendre s’approcher la nuit, Mourir ainsi... --Rien ne tinte plus.
--SOUDAIN L’ARC-EN-CIEL,