L
1º L’L final et les mots en il.
La lettre =_l_= est une de celles qui se prononcent en français _à la fin des mots_.
Les finales en =_-al_= et en =_-el_= notamment sont très nombreuses et n’offrent point d’exceptions[631].
Les finales en =_-eul_=, =_-ol_= et =_-oil_= n’en ont pas davantage[632].
Parmi les finales en =_-oul_= et =_-ul_=, il faut excepter _pou_(ls) et _soû_(l), qu’on écrit aussi _saoul_ très mal à propos, et _cu_(l), avec ses composés _gratte-cu_(l), _torche-cu_(l), _cu_(l)-_blanc_, _cu_(l)-_de-jatte_, _cu_(l)-_de-bouteille_, _cu_(l)-_de-sac_, _cu_(l)-_de-lampe_, _cu_(l)-_de-poule_, etc.[633].
Les finales en =_-ail_=, =_-eil_=, =_-euil_=, et =_-ouil_= (y compris _œil_ et les mots en _-cueil_ et _-gueil_) ont un _l_ mouillé par l’_i_: _éma_il, _cora_il, _sole_il, _pare_il, _deu_il, _fauteu_il, _accue_il, _orgue_il, _fenou_il, etc.[634]. _Rail_ seul se prononce quelquefois _rèl_ à l’anglaise[635].
Restent les finales en =_-il_= après une consonne, qui appellent quelques observations.
D’abord le pronom _il_. Ce mot avait amui son _l_ depuis le XVIᵉ siècle, sauf en liaison, bien entendu. C’est un phénomène assez curieux qu’à cette époque on écrivait _a-il_ et on prononçait _ati_.
Ni le XVIIᵉ siècle, ni le XVIIIᵉ n’ont rétabli cet _l_ dans la prononciation courante, et le XVIIIᵉ siècle n’a cherché à le rétablir que dans le discours soutenu. Restaut reconnaît qu’il ne se prononce pas ailleurs. Depuis Domergue, les grammairiens veulent qu’on le prononce partout; mais dans l’usage courant et familier: _où va-t-i_(l), _i_(l) _vient_ s’entendent presque uniquement à côté de _i_l _a_. L’enseignement seul maintient cet _l_ dans la lecture et dans le langage soigné.
Les autres mots en =_-il_= se divisaient autrefois en deux catégories: les mots à _l_ simple et les mots à _l_ mouillé.
I.--_Les mots à_ =_l_= _simple_ ont gardé leur _l_ dans la prononciation ou l’ont repris s’ils l’avaient perdu. Ce sont: l’adjectif numéral _mi_l; des adjectifs venus d’adjectifs latins en _-ilis_, _puéri_l, _viri_l, _volati_l, _subti_l, _bissexti_l, _vi_l, _civi_l; le vieux pronom _ci_l; des substantifs également venus du latin: _fi_l (avec _profi_l et _morfi_l), _si_l, _exi_l, _pisti_l; et quelques mots étrangers, _ani_l, _tori_l, _alguazi_l, avec _béry_l[636].
II.--_Les mots à_ _=l=_ _mouillé_, d’origines variées ou inconnues, se sont au contraire tous altérés. Car autrefois l’_l_ final unique se mouillait fort bien[637]; mais cette prononciation a disparu progressivement, soit par l’affaiblissement du son mouillé, qui a amené la chute de la consonne, soit par changement de l’_l_ mouillé en _l_ simple[638]. Cette seconde catégorie se divise donc elle-même en deux groupes:
1º Dans la plupart des mots, on ne prononce plus l’_l_ depuis longtemps: ce sont _bari_(l), _charti_(l), _cheni_(l), _courbari_(l), _courti_(l), _couti_(l), _douzi_(l) ou _doisi_(l), _feni_(l), _fourni_(l), _fraisi_(l), _fusi_(l), _genti_(l), _nombri_(l), _outi_(l), _sourci_(l), et plus récemment _persi_(l), malgré le voisinage de formes mouillées toujours usitées, comme _bari_ll_et_, _outi_ll_er_, _fusi_ll_er_, _sourci_ll_er_, etc.[639].
_Genti_(l), qui appartenait d’abord à la première catégorie, à _l_ sonore (latin _gentilis_), est passé ensuite à la seconde, _avec_ _=l=_ _mouillé_, après quoi il a également amui son _l_[640]; toutefois, au singulier de _gentilhomme_, un _yod_ est demeuré nécessairement entre l’_i_ et l’_o_ (gentiyom).
2º Au contraire, _ci_l, _péni_l, _brési_l, _torti_l (pour _tortis_, sous l’influence de _torti_ll_er_), ont passé au groupe des mots à _l_ non mouillé; _péri_l aussi, quoiqu’il y ait encore quelques exceptions; _avri_l de même, après s’être prononcé _avri_ au XVIIᵉ siècle, et _avriy_ au commencement du XIXᵉ.
Il n’y a plus d’hésitation que pour quatre substantifs: _babil_, _grésil_, _gril_ et _mil_ (avec _grémil_). Non qu’on puisse y conserver le son mouillé, ou plutôt le _yod_, car il s’y entend de moins en moins, et ne saurait tarder à disparaître, malgré le voisinage de formes mouillées, comme _babi_ll_er_, _grési_ll_er_, _gri_ll_er_: la seule question est de savoir s’ils se prononceront définitivement avec ou sans _l_, car les deux coexistent. Il est probable que le son _il_ l’emportera dans _mi_l et _babi_l, comme dans _péri_l et _avri_l. Mais _grési_(l), et surtout _gri_(l), sans _l_, paraissent avoir des chances sérieuses[641].
2º L’L intérieur.
_Dans le corps des mots_, l’_=l=_ se prononce aujourd’hui partout, notamment dans _pou_l_pe_, _sou_l_te_ et _indu_l_t_, où il a revécu, grâce à l’orthographe, après une éclipse plus ou moins longue[642]. Il faut excepter _fi_(l)_s_ et _au_(l)_x_, pluriel de _ail_[643]. Je ne parle pas de _au_(l)_ne_, qui a cédé la place à _aune_, ni de _fau_(l)_x_, graphie assez ridicule pour _faux_, adoptée néanmoins par V. Hugo et quelques poètes, de ceux qui prétendent aussi écrire _lys_ pour _lis_[644].
Dans le parler populaire ou simplement rapide, l’_l_ intérieur tombe souvent, mais il sera bon de faire un petit effort pour le conserver. Ainsi, dans les mots en =_-lier_=, le peuple fait souvent tomber l’_l_, et prononce par exemple _escayer_, et surtout _souyer_, et cela depuis des siècles; de même _bi-yeux_ et _mi-yeu_, pour _bi-lieux_ et _mi-lieu_, _un yard_ pour _un liard_. Il faut éviter avec soin cette prononciation, et ne pas confondre _sou_-l_ier_ avec _souiller_ (souyé), quoique ces mots puissent parfaitement rimer ensemble[645].
Il n’en est pas tout à fait de même de _que_(l)_qu’un_, et surtout _que_(l)_qu_(e)_s-uns_, _que_(l)_qu’ chose_, et _que_(l)_qu’ fois_, qu’on entend le plus ordinairement dans la conversation courante, et cela depuis des siècles. Cette prononciation, parfaitement conforme au génie de la langue, qui admet mal le groupe _lq_, ne saurait être condamnée rigoureusement; mais ce n’est tout de même pas une raison pour la conseiller à l’exclusion de toute autre, comme le font les phonéticiens purs?
Où ira-t-on, si l’on entre dans cette voie? On dit aussi, dans la conversation, _capab_(le), _impossib_(le), _discip_(le), _muf_(le), au moins quand on parle vite, et surtout devant une consonne, nous l’avons vu à propos de l’_e muet_, et même quelquefois sans cela. Mais que ne dit-on pas? On dit non seulement _c_(el)_a_, qui est admis, mais _c_(el)_ui qui_ et _c_(el)_ui-ci_[646]; et aussi _j_(e l)_ui ai dit_, et même _j_(e lu)_i ai dit_; et non seulement _i_(l) _vient_, ou _ainsi soit-i_(l), mais aussi _e_(lle) _vient_ ou _e_(lle) _n’ vient pas_ (voire _a vient_!); et aussi _que_(l) _sale métier_, et (il) _y a du bon_, et (il n’)_y en a plus_ (ou _pus_); et non seulement _s’i_(l) _vous plaît_, mais _s’i_(l v)_ous plaît_[647], et _s’_(il v)_ous plaît_, et même _s’_(il) _te plaît_ et _s’_(il vous) _plaît_. Tout cela est admissible, ou du moins tolérable, à la grande rigueur. Mais va-t-on le conseiller aussi[648]?
Assurément, si l’on disait toujours _que_(l)_qu’ fois_, il faudrait bien en passer par là, et nos phonéticiens auraient raison; mais il s’en faut bien qu’on le dise toujours, pas plus qu’on ne dit toujours _çà_ pour _cela_: ces choses-là dépendent des lieux et des personnes à qui l’on parle. De telles formes sont donc simplement tolérables dans la conversation familière, mais nullement à proposer comme modèles[649].
3º L’L double après un i.
L’_l double_ se prononce, suivant les cas, de trois manières, comme un _l_ simple, comme deux _l_, et comme l’_l_ mouillé: c’est-à-dire bien entendu le _yod_.
Quand l’_l_ double est final, il se prononce simple, comme les autres consonnes, même après _i_: _bi_l(l) et _mandri_l(l), comme _footbal_(l) ou _atol_(l). C’est donc une erreur de mouiller _mandril_(l).
Quand l’_l_ double n’est pas final, sa prononciation dépend d’abord de la voyelle qui précède, suivant que cette voyelle est ou n’est pas un _i_, car si c’est un _i_, l’_l_ double est généralement mouillé.
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L’_l_ double est d’abord mouillé, sans exception, dans les groupes _-aill-_, _-eill-_, _-euill-_, _-ouill-_, à commencer par les finales muettes en _=-aille=_, _=-eille=_, _=-euille=_ et _=-ouille=_, qui correspondent aux finales masculines en _-ail_, _-eil_, _-euil_, _-ouil_: _éca_ille et _bata_ill_e_, _abe_ill_e_ et _ose_ill_e_, _feu_ill_e_ et _cue_ill_e_, _grenou_ill_e_, etc. Il en est de même dans le corps des mots, aussi bien qu’à la fin, d’autant plus que le groupe _=-ill-=_ intérieur dérive presque toujours d’une finale mouillée[650].
Ainsi l’addition de l’_i_ entre l’une des voyelles _a_, _e_, _ou_ et l’_l_ double supprime toute hésitation. C’est pourquoi la prononciation de _nouille_, autrefois écrit _noule_, a pu se fixer au son mouillé, tandis que _semoule_, longtemps mouillé, est retourné au son _oule_ non mouillé, par réaction orthographique et faute d’_i_.
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Le cas est moins simple quand le groupe _=-ill-=_ n’est pas précédé d’une voyelle, car alors l’_i_ se prononce, et la question de savoir si l’_l_ double est mouillé reste entière.
I. =Les finales muettes en ILLE.=--Ces finales sont presque toutes mouillées, comme les finales en _=-aille=_, _=-eille=_, _=-euille=_ et _=-ouille=_, étant donné que les finales non mouillées sont presque toutes en _=-ile=_ avec un seul _l_. Pourtant il y a des exceptions, quoiqu’elles tendent progressivement à disparaître, par l’effet de l’analogie[651].
1º Commençons par les verbes. On peut dire que _scinti_(l)_le_ non mouillé ne se défend plus guère; mais il n’y a pas si longtemps qu’il a mouillé ses _l_, et l’on conserve toujours à côté de lui _scinti_l-l_ation_, où les deux _l_ sont distincts.
Nous assistons actuellement à la transformation de _osci_(l)_le_ et _vaci_(l)_le_ en _osciye_ et _vaciye_, qui est bien près d’être achevée, surtout pour _vaci_(l)_le_, quoique _osci_l-l_ation_ et _vaci_l-l_ation_ soient aussi à peu près intacts. On doit encore conseiller _osci_(l)l_e_; on peut même conseiller _vaci_(l)l_e_, mais il ne faut pas se dissimuler que ce seront bientôt des archaïsmes. Et naturellement la conjugaison entière de ces verbes se trouve altérée de la même manière par réaction analogique.
Il y a encore un autre verbe qui est déjà touché légèrement, c’est _titi_(l)_le_.
Le seul verbe qui résiste absolument, parce qu’il est d’usage très courant, et même populaire, et appris par l’oreille autant que par l’œil, c’est _disti_(l)l_e_; on ne prononce même généralement qu’un _l_ dans _disti_(l)l_er_, et, par suite, _disti_(l)l_erie_ et _disti_(l)l_ation_.
2º En dehors des verbes, la prononciation non mouillée n’est guère plus répandue dans les finales en _=-ille=_. Cette prononciation ne se maintient que dans trois ou quatre mots extrêmement usités, ou, au contraire, dans un certain nombre de noms plus ou moins savants.
Les mots savants sont protégés précisément par un emploi assez restreint, ou du moins peu populaire: _papi_(l)l_e_, _pupi_(l)l_e_, _si_(l)l_e_, _sci_(l)l_e_, _baci_(l)l_e_, _vertici_(l)l_e_, _codici_(l)l_e_ et _myrti_(l)l_e_[652]. Les dictionnaires y ajoutent encore _fibri_(l)l_e_, mais ils feront bien de se corriger sur ce point. _Pupi_(l)l_e_ lui-même est déjà très atteint, et _myrti_(l)l_e_ n’est pas assez rare pour se défendre encore bien longtemps.
Mais, d’autre part, les mots d’usage tout à fait général et très courant se conservent plus sûrement encore que les mots savants, étant appris par l’oreille et non par l’œil; seulement ici ils sont tout juste trois, à savoir: deux adjectifs, _mi_(l)_le_ et _tranqui_(l)_le_[653], et un substantif, _vi_(l)_le_, avec _vaudevi_(l)_le_, dont l’étymologie est toujours contestée[654].
II. =Le groupe ILL intérieur.=--La finale en _=-ille=_ étant mouillée presque partout, toutes celles qui se rattachent plus ou moins à celle-là le sont également: _fusi_ll_ade_ et _outi_ll_age_, _sémi_ll_ant_ ou _bri_ll_anter_ (avec _casti_ll_an_ et _sévi_ll_an_), _corbi_ll_ard_ ou _babi_ll_arde_, _gaspi_ll_er_, _habi_ll_ement_ et _arti_ll_erie_, _bi_ll_et_ ou _fi_ll_ette_, _torpi_ll_eur_ et _péri_ll_eux_, _pavi_ll_on_, etc., et tous leurs dérivés.
Ont encore l’_l_ double mouillé quelques mots à finales plus rares: _ti_ll_ac_, _cabi_ll_aud_, _genti_ll_esse_, _ti_ll_eul_ et _fi_ll_eul_, _gri_ll_ot_, tous les mots qui commencent par _=quill-=_, ou encore des dérivés comme _bi_ll_ebaude_, et aussi _bi_ll_evesée_, sur qui les avis se partagent, bien à tort[655].
On peut y joindre l’_l_ double espagnol, notamment la finale _=-illa=_; malheureusement, à côté de _manzani_ll_a_, _guéri_ll_a_, _cuadri_ll_a_ ou _banderi_ll_ero_, qu’on prononce d’ordinaire correctement, on a trouvé plus savant et plus distingué de séparer les consonnes dans _chinchi_l-l_a_ (qui devient souvent _chinchi-la_) et _camari_l-l_a_: c’est une grave erreur, dont on pourrait bien aussi se corriger, puisque l’espagnol est toujours là[656].
On remarquera que la finale _=-ier=_, qu’on trouve dans un assez grand nombre de mots à la suite de l’_l_ double mouillé, ne change plus rien à la prononciation, qui est la même que si la finale était _=-er=_, de même qu’après _=gn=_: ainsi _quinca_illi_er_, _éca_illi_ère_, _vani_lli_er_, _manceni_lli_er_, _cornou_illi_er_, à côté de _ore_ill_er_, et _poula_ill_er_, qui avaient aussi un _i_, et l’ont perdu, tandis que les autres gardaient le leur. Au contraire, les finales verbales _=-ions=_ et _=-iez=_ ajoutent un _yod_ aux _ll_ mouillés, sans quoi il pourrait y avoir confusion de temps: _nous travaillions_ se prononce donc _nous trava_y-y_ons_, à côté du présent _trava_-y_ons_[657].
D’autre part, on a pu voir qu’il n’y avait point de finales mouillées après la voyelle _u_. Mais en _=-uille=_, cas particulier de _-ille_, nous connaissons déjà _aigui_ll_e_. On retrouve le même groupe _=ui=_ suivi de l’_l_ double mouillé dans _cui_ll_er_, et il est surprenant que l’_i_ ne se soit pas détaché de l’_u_ dans ce mot[658].
Au contraire, c’est _u_ qui se change en _ui_, très malencontreusement, et depuis bien longtemps, dans _ju-illet_, où l’_i_ ne devrait servir qu’à mouiller les _ll_, comme dans les finales en _-euille_ et _-ouille_. Ce qui le prouve bien, c’est que beaucoup de personnes prononcent encore _juliet_, qui est le faux mouillage: ce sont les mêmes qui prononcent _alieurs_. Mais la vraie prononciation est _ju-yet_[659].
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En somme, le groupe _=-ill-=_ est mouillé à peu près partout à l’intérieur des mots; les exceptions sont les suivantes:
1º Les dérivés de _vi_(l)l_e_, _tranqui_(l)l_e_ et _mi_(l)l_e_, à savoir: _vi_(l)l_age_, _vi_(l)l_ette_, avec _vi_l-l_a_ et _vi_l-l_égiature_, où sonnent deux _l_, comme dans les mots latins; _tranqui_(l)l_ité_, _tranqui_(l)l_iser_, _tranqui_(l)l_ement_; _mi_(l)l_ier_, _mi_(l)l_iard_, _mi_(l)l_ième_, _mi_(l)l_ion_, et aussi, par analogie, _bi_(l)l_ion_, _tri_(l)l_ion_, etc., avec _mi_l-l_énaire_, _mi_l-l_ésime_, _mi_l-l_imètre_, etc., où sonnent aussi deux _l_[660].
2º D’autre part, deux _l_ sonnent aussi, par conséquent sans mouillure, dans _pénici_l-l_é_, _vertici_l-l_é_, _sigi_l-l_é_, et les mots en _-illation_ et _-illaire_: _scinti_l-l_ation_, _capi_l-l_aire_ (et _capi_l-l_arité_), _anci_l-l_aire_, etc.; dans _pusi_l-l_anime_, dans _achi_l-l_ée_ et _achi_l-l_éide_[661].
3º De plus, en tête des mots, le préfixe _il-_ reste distinct devant un _l_: _i_l-l_uminé_, _i_l-l_égitime_, etc.; tout au plus peut-on réduire les deux _l_ à un, si l’on veut, dans _i_ll_ustration_, mais, en tout cas, on ne mouille jamais.
4º On ne prononce qu’un _l_ simple dans _li_(l)l_iputien_, qui a peu de chances de se mouiller, et dans _vi_(l)l_anelle_, qui est évidemment protégé par l’analogie de _vi_(l)l_e_ et _vi_(l)l_age_[662].
4º L’L double ailleurs qu’après un i.
Après une voyelle autre que _i_, l’_l_ double fait comme les autres consonnes, et se prononce comme un seul ou comme deux, suivant que le mot est plus ou moins usité. C’est le principe général, déjà vu ailleurs. Mais ici, _la prononciation double l’emporte de beaucoup_, et de nos jours plus qu’autrefois, soit que les mots soient plus savants, soit que l’habitude plus répandue du latin fasse conserver les _ll_, comme nous les conservons en latin[663]. Il n’y a rien d’ailleurs d’absolu, nous l’avons dit, et l’on prononce un _l_ ou deux dans beaucoup de mots, suivant qu’on parle plus ou moins vite.
C’est après un _a_ que l’_l_ double se réduit encore le plus souvent à un. Cela est indispensable dans _a_(l)l_er_, _a_(l)l_eu_, _a_(l)l_iance_, _a_(l)l_o_, _a_(l)l_onger_, _a_(l)l_otir_, _a_(l)l_umer_, _ba_(l)l_et_, _ba_(l)l_ot_, _ba_(l)l_ant_, _ba_(l)l_on_, _ca_(l)l_eux_ (à côté de _ca_l-l_osité_); _da_(l)l_er_, _fa_(l)l_oir_, _ga_(l)l_on_, _ha_(l)l_ali_, _insta_(l)l_er_, _va_(l)l_ée_, _va_(l)l_on_, et leurs familles. Il n’y a aucun inconvénient à en faire autant dans des mots aussi usités que _a_(l)l_aiter_, _a_(l)l_écher_, _a_(l)l_ouer_, et même _a_(l)l_egro_ ou _a_(l)l_egretto_, voire _a_(l)l_égresse_, _a_(l)l_éguer_, _a_(l)l_éger_, _ha_(l)l_ucination_, et quelques autres, encore que les deux _l_ s’y prononcent le plus souvent[664].
Après _e_, _o_, _u_, _y_, les deux _l_ se maintiennent mieux qu’après _a_.
Après _e_, ils ne se réduisent guère que dans _ce_(l)l_ier_, _ce_(l)l_ule_, _exce_(l)l_ent_, et, si l’on veut, dans _pe_(l)l_icule_, _rebe_(l)l_ion_ et _libe_(l)l_é_[665].
Dans les mots commençant par _=col-=_, les deux _l_ ne se réduisent régulièrement que dans _co_(l)l_er_, _co_(l)l_ège_, _co_(l)l_et_, _co_(l)l_ier_, _co_(l)l_ine_, _co_(l)l_ation_, et leurs parents, mais non pas dans les expressions savantes _co_l-l_ation des grades_ ou _co_l-l_ationner des registres_. Il n’y a d’ailleurs aucun inconvénient à y joindre _co_(l)l_ègue_, _co_(l)l_odion_ ou _co_(l)l_yre_, et quelques autres. On prononce aussi uniquement _do_(l)l_ar_, _fo_(l)l_et_, _mo_(l)l_et_, _mo_(l)l_ir_ et _mo_(l)l_usque_, et même, si l’on veut, _so_(l)l_icitude_[666].
Après _u_, ils ne se réduisent pas, sauf tout au plus dans _pu_(l)l_uler_, si l’on veut, ou _ébu_(l)l_ition_[667].
Après _y_, notamment, pour le préfixe _=syl-=_, la réduction est aussi rare que pour le préfixe _il-_.
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Si la tendance populaire, fort naturelle, était ici de réduire les deux _l_ à un seul, en revanche, il y a une autre tendance, également populaire, mais très fâcheuse, qui consiste au contraire à doubler l’_l_ après un pronom: _je_ ll’_ai vu_, _tu_ ll’_as dit_, _j’ te_ ll’_ai dit_. C’est sans doute par analogie avec _il l’a vu_, _il l’a dit_[668]. C’est un des plus anciens et des plus graves défauts de la prononciation parisienne, d’autant plus grave qu’il est extrêmement difficile à corriger.
En tête des mots, on trouve aussi l’_l_ double dans certaines langues, et c’est l’_l_ mouillé; mais _lloyd_ se francise avec _l_ simple, non mouillé[669].
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On a vu, plus haut, que _lh_ représentait dans le Midi l’_l_ mouillé. Ce groupe n’est pas passé dans le français; c’est donc le hasard seul qui a rapproché ces deux lettres dans _phi_l-(h)_ellène_ ou _phi_l-(h)_armonique_, où ils appartiennent à des éléments différents et ne sauraient se mouiller. On ne mouille pas non plus _si_l(h)_ouette_, qui vient d’un nom propre[670].
NOTE COMPLÉMENTAIRE.--On a vu que _il_ se prononçait partout _i_ autrefois, sauf devant une voyelle. C’est ce qui explique une faute d’orthographe qui était très fréquente alors (on la trouve dans Bossuet), et qui consistait à écrire _qui_ pour _qu’il_. On ne répétera jamais assez que c’est précisément à cette faute qu’est due la fortune d’une phrase fameuse de La Bruyère, qui nous paraît toujours surprenante et qu’on imite perpétuellement: _depuis plus de six mille ans qu’il y a des hommes_ et qui _pensent_. La Bruyère voulait dire _et qu’ils pensent_, pas autre chose: sa syntaxe, comme celle de tous ses contemporains, démontre sans contradiction possible que, pour justifier _et qui_, il eût fallu au moins une épithète à _hommes_.
M
1º L’M simple.
On a vu, au chapitre des nasales, qu’_à la fin des mots_ l’_=m=_ ne faisait jadis que nasaliser la voyelle précédente. Cette prononciation, purement française, a disparu progressivement. A part un petit nombre de mots[671], la prononciation étrangère ou latine a prévalu, les mots terminés en _m_ étant en effet presque tous étrangers ou latins: l’_m_ final y est donc séparé de la voyelle, et, par suite, s’y prononce: _madapola_m, _hare_m, _intéri_m, _albu_m[672].
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_Dans le corps des mots_, l’_m_ ne nasalise la voyelle qui précède que quand il est suivi lui-même d’une labiale _b_ ou _p_, ou dans le préfixe _em-_ (pour _en-_), suivi d’un _m_: _ambition_, _em-mener_, _simple_, _nymphe_, _compte_, etc., et aussi _comte_ et ses dérivés[673].
Devant toute autre consonne, l’_m_ se prononce à part: _ha_m_ster_, _déce_m_vir_, _triu_m_virat_[674].
D’autre part, dans le groupe _=mn=_ intérieur, l’_m_ avait cessé autrefois de se faire sentir, par assimilation de l’_m_ avec l’_n_[675]. Cette prononciation, qui a disparu dans la plupart des cas, s’est maintenue dans _da_(m)_ner_ et ses dérivés, ainsi que dans _auto_(m)_ne_, parce que le groupe _am_ ou _om_ s’est d’abord nasalisé: on entend parfois encore _d_an-_ner_. Mais on prononce aujourd’hui l’_m_ et l’_n_ dans _inde_m-ne, _ind_em-n_iser_ ou _inde_m-n_ité_[676], ainsi que dans _auto_m-n_al_, mot savant, aussi bien que dans _calo_m-n_ie_, _a_m-n_istie_, _o_m-n_ibus_ et tous les mots récents[677].
Le peuple laisse volontiers tomber l’_m_ dans les mots en _=-asme=_ et _=-isme=_: _cataplas_m_e_, _catéchis_m_e_, _rhumatis_m_e_; c’est une paresse dont il faut se garder avec soin[678].
2º L’M double.
L’_m double_, entre voyelles non caduques, subit toujours la distinction des mots très usités et des mots plus ou moins savants. Mais ici, plus qu’ailleurs, il y a lieu de faire attention à la voyelle qui précède.
On sait déjà qu’après _e_ initial (même devant un _e muet_), le premier _m_ ne fait que nasaliser la voyelle: c’est le préfixe _en_ qui se maintient en assimilant son _n_ à l’_m_ qui suit: _em_-m_ancher_, _em_-m_énager_, _em_m_ener_, etc., et par suite _rem_-m_ener_, etc.[679]. Mais on prononce deux _m_ dans _e_m-m_énagogue_, mot savant et récent. On n’en prononce qu’un dans les adverbes en _-emment_ (aman), mais deux dans _ge_m-m_ation_ et _pe_m-m_ican_[680].
Après _=a=_, _=i=_ et _=u=_, à part les adverbes en _-amment_, il est très rare qu’on ne prononce pas les deux _m_, sans doute parce que la plupart des mots sont des mots savants. _Épigra_(m)m_e_ même n’empêche pas _épigra_m-m_atique_. _Ga_(m)m_a_ est devenu _ga_m-m_a_. Il n’y a plus guère que _enfla_(m)m_er_, qui résiste absolument, et _gra_(m)m_aire_, qui résiste encore à moitié, mais on dit plutôt _gra_m-m_airien_, et à fortiori _gra_m-m_atical_, sans parler d’_infla_m-m_ation_. C’est à peine si on réduit encore parfois, quand on parle vite, les deux _m_ d’_i_m-m_ense_, _i_m-m_obile_, _i_m-m_oler_, _i_m-m_ortel_; mais pour tous les autres mots en _=im-=_, à peu près jamais[681].
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Cas particulier: beaucoup de personnes nasalisent le préfixe _im-_ dans _i_m-m_angeable_ et _i_m-m_anquable_. Assurément cela est soutenable, mais je ne crois pas que cette prononciation puisse prévaloir, par la raison qu’on ne nasalise pas le préfixe _=im-=_ dans _i_m-m_obile_ ou _i_m-m_odéré_, ni aucun autre de même formation. Sans doute il y a une différence, en ce que les autres mots sont tirés la plupart de formes latines et gardent la prononciation latine, tandis que ces deux-là sont formés directement sur des mots français, devant lesquels on met le préfixe. Mais _inébranlable_, _ineffaçable_, et beaucoup d’autres, sont dans le même cas, sans qu’on ait jamais songé à maintenir la nasale, comme on la maintient par exemple avec liaison dans _enorgueillir_. Il n’y a pas plus de raison pour prononcer _in_-m_angeable_ que pour prononcer _in_-n_effaçable_, et il est très naturel que ces deux mots suivent l’analogie, comme tous les autres[682].
Reste la voyelle _o_, dont le cas est tout différent. Il y a en effet un certain nombre de mots en _-omme_ très usités, dont les dérivés et composés, très usités aussi, ont dû conserver le son de l’_m_ unique: _co_(m)m_ent_, _ho_(m)m_age_, _po_(m)m_ier_, _po_(m)m_ade_, _so_(m)m_et_, _so_(m)m_ier_, _so_(m)m_meil_, etc., et les verbes _no_(m)m_er_, _so_(m)m_er_, _asso_(m)m_er_, _conso_(m)m_er_, avec _asso_(m)m_oir_. Mais déjà _so_m-m_ité_ ne se réduit plus guère; on dit souvent aussi _so_m-m_aire_ et plus encore _so_m-m_ation_[683].
Il reste encore, outre _do_(m)m_age_, les mots composés avec _com-_. Ici, il y a un peu plus de mots d’usage général que de mots plus ou moins savants: on prononce un _m_ dans _co_(m)m_ander_, _co_(m)m_encer_, _co_(m)m_ère_, _co_(m)m_erce_, _co_(m)m_ettre_, _co_(m)m_is_, _co_(m)m_ode_, _co_(m)m_un_ et même _co_(m)m_ende_ et tous leurs dérivés[684]; on en prononce deux dans _co_m-m_émorer_ et ses dérivés, _inco_m-m_ensurable_, _co_m-m_inatoire_, _co_m-m_odat_, _co_m-m_odore_, _co_m-m_otion_, _co_m-m_ittimus_, _co_m-m_uer_, _co_m-m_utateur_; de plus en plus aussi, malgré l’usage antérieur, dans _co_m-m_ensal_, _co_m-m_enter_, _co_m-m_entaire_, _co_m-m_isération_, souvent même dans _co_m-m_andite_, malgré _co_(m)m_ander_.
Toutefois les musiciens prononcent _co_(m)m_a_ et non _co_m-m_a_. Pour _commissure_ et _commissoire_, comme on ne peut pas doubler à la fois l’_m_ et l’_s_, il y a hésitation, mais on double plutôt l’_s_: _co(m)mi_s-s_ure_.
N
1º L’N simple.
L’_=n=_ est la consonne nasale par excellence.
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_A la fin des mots_, elle continue à n’être en français que le signe orthographique de la voyelle nasale: _=-an=_, _=-en=_, _=-in=_ (_-ain_, _-ein-_, _-oin_) _=-on=_, _=-un=_.
Il n’y a d’exceptions à peu près françaises que les finales en _=-en après consonne=_, finales autrefois nasales comme les autres, et même en _an_, puis en _in_, mais où l’_n_ s’est séparé de la voyelle sous l’influence de l’enseignement du latin, ces mots ayant un aspect latin: _liche_n, _éde_n, _polle_n, _cyclame_n, _hyme_n (sauf parfois à la rime), _spécime_n, _abdome_n, _dolme_n, etc. De tous les mots de cette finale, français ou étrangers, _examen_ est le seul qui ait conservé ou plutôt repris chez nous uniquement le son nasal[685].
En dehors des mots français en _=-en=_ après consonne, l’_n_ final précédé d’une voyelle ne se prononce que dans des mots et dans des noms propres étrangers: en _=-en=_ aussi d’abord[686]; puis en _=-man=_[687]; en _=-in=_, avec des noms allemands en _=-ain=_ et _=-ein=_[688]; enfin quelques mots savants et beaucoup de noms étrangers en _=-on=_[689]. La finale _=-oun=_ ne peut pas être nasale[690].
Les finales en _=n=_ suivi de _=c=_ ou _=g=_, de _=t=_ ou _=d=_ ou d’_=s=_, prononcés ou non, sont également nasales, sauf les troisièmes personnes du pluriel, dont la finale est muette, sauf aussi la plupart des mots anglais en _=-ing=_ et quelques noms étrangers en _=-ens=_ ou _=-ent=_[691].
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_Dans le corps des mots_, l’_n_ n’est distinct en français que devant une voyelle[692].
Dans _do_ñ_a_, _se_ñ_or_, _se_ñ_ora_, _malague_ñ_a_, même sans le _tilde_ qui le surmonte, il faut mouiller l’_n_: _dogna_, _segnor_. De même dans _ca_ñ_on_[693].
2º L’N double.
On a vu que l’_n double_ conserve le son nasal suivi d’_n_ simple dans les composés du préfixe _en-_, comme _en_-n_oblir_, et dans les mots de la famille d’_en-nui_. Ailleurs, entre voyelles non caduques, l’_n_ double a le son de l’_n_ simple sans nasale, notamment après _o_ dans les finales en _-onner_[694] ou _-onnaire_, et toutes celles qui se rattachent aux mots en _-on_ et _-onne_, aussi bien que celles qui se rattachent aux mots en _-en_, comme _doye_(n)_né_, _moye_(n)_nant_, _chie_(n)_ner_.
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L’_n_ double ne se prononce double que dans des mots plus ou moins savants, à savoir:
1º Dans les mots commençant par _ann-_, sauf _a_(n)_neau_, _a_(n)_née_, _a_(n)_niversaire_, _a_(n)_noncer_ et ses dérivés, et, si l’on veut, _a_(n)_nuel_, _a_(n)_nuaire_, _a_(n)_noter_ et _a_(n)_nuler_; dans _ca_n-n_ibale_, _tyra_n-n_ique_ et _tyra_n-n_iser_, _hosa_n-n_a_, _ta_n-n_ique_ et _brita_n-n_ique_;
2º Dans _e_n-n_éagone_, _bie_n-n_al_, _déce_n-n_al_ ou _septe_n-n_at_ et autres de même famille; dans _pe_n-n_on_, _pe_n-n_age_ et _empe_n-n_é_, _fesce_n-n_in_ ou _ante_n-n_ule_, mais non dans _he_(n)_né_ ni dans _te_(n)_nis_;
3º Dans les mots commençant par _inn-_, sauf _i_(n)_nocent_ et sa famille, et, si l’on veut, _i_(n)_nombrable_; dans _ci_n-n_ame_ et _ci_n-n_amome_, _mi_n-n_esænger_ et _pi_n-n_ule_;
4º Dans _co_n-n_exe_ et ses dérivés, _co_n-n_ivence_ et _prima do_n-n_a_; dans _su_n-n_ite_[695].
L’N mouillé.
On sait que l’_=n=_ mouillé est représenté en français par _=gn=_ (_ny_ à peu de chose près). On a vu au chapitre du _G_ dans quels cas le _g_ faisait une consonne distincte[696]. On a vu aussi aux chapitres de _OI_ et _AI_ comment l’_i_ s’était détaché du groupe _ign_, signe primitif de l’_n_ mouillé, pour se joindre à l’_a_ ou à l’_o_ qui précédait, remplaçant _Monta_-ign-_e_ par _Montai_-gn-_e_ et _po_-ign-_ard_ par _poi_-gn-_ard_[697].
La prononciation de _=gni=_ mouillé est assez difficile, étant à peu près _n_y_i_: il faut éviter cependant de faire entendre _compa_(g)_nie_[698], _si_(g)_nifier_, et surtout _ma_(g)_nifique_.
Les livres maintiennent encore _si_(g)_net_ non mouillé; mais ce résidu d’une prononciation désuète ne peut manquer de disparaître par l’effet de l’analogie, le mot étant de ceux qu’on apprend plutôt par l’œil[699].
Si le groupe _gn_ est suivi du suffixe _ier_, le son est le même que si le suffixe était seulement _er_: _gui_gn-_ier_, _Ré_gn-_ier_.
Nous ajouterons que _gn_ mouillé n’est jamais initial en français, sauf dans quelques mots de la langue populaire: gn_af_ (que quelques-uns écrivent gn_iaf_), gn_on_ ou gn_iole_, gn_an_gn_an_, gn_o_gn_ote_ et gn_ouf_.
P
_A la fin des mots_, dans les mots français ou entièrement francisés, le _=p=_, qui d’ailleurs y est assez rare, est ordinairement muet: _dra_(p), et aussi _sparadra_(p)[700], _cam_(p) et _cham_(p), _galo_(p), _siro_(p) et _tro_(p), _cou_(p) et _beaucou_(p), _lou_(p) et _cantalou_(p)[701].
Il n’y a d’exceptions que dans _ca_p et _ce_p[702]; naturellement aussi les interjections _ho_p, _hi_p, _hou_p.
Le _p_ se prononce naturellement dans les mots d’origine étrangère, _handica_p, _jala_p, _hana_p, _sale_p, _jule_p, _midshi_p, _bisho_p, _sto_p, _crou_p et _grou_p[703].
Le _p_ est encore muet dans _tem_(ps) et _printem_(ps), dans _exem_(pt), dans _rom_(ps) ou _rom_(pt) et leurs composés, dans _prom_(pt) et dans _cor_(ps).
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_Dans le corps des mots_, devant une consonne, le _p_ se prononce aujourd’hui. Il était muet autrefois dans les mots les plus usités, surtout devant un _t_[704]. Il est encore muet devant _t_ dans un grand nombre de mots:
1º _Ba_(p)_tême_ et tous les mots de la famille[705]. Peut-être dit-on quelquefois _ba_p_tismal_, non sans une nuance de pédantisme, mais on dit toujours _les fonts ba_(p)_tismaux_;
2º _Se_(p)_t_, _se_(p)_tième_ et _se_(p)_tièmement_, mais non les autres dérivés, qui sont tirés directement du latin, et gardent le _p_ comme en latin, y compris _se_p_tembre_, _se_p_tante_ et _se_p_tentrion_, par réaction étymologique[706];
3º _Exem_(p)_ter_, mais non _exem_p_tion_;
4º _Com_(p)_te_ et tous ses dérivés, avec ceux de _prom_(pt), y compris _com_(p)_tabilité_ et _prom_(p)_titude_;
5º _Scul_(p)_ter_ et sa famille, malgré Domergue;
Dans _che_(p)_tel_ (_che_ et non _ché_), on commence à prononcer le _p_ même dans les facultés de droit, et cela fait _ché_ et non plus _che_.
Pour _dompter_ et _indomptable_, la pratique et les opinions sont fort partagées. Depuis longtemps la tradition est pour _imdom_(p)_table_ et surtout _dom_(p)_ter_, mais je crains fort que le _p_, admis mal à propos par l’Académie, ne finisse par prévaloir.
On ne supprime plus le _p_ dans _présom_p_tion_, _présom_p_tif_, _présom_p_tueux_, _consom_p_tion_, _sym_p_tôme_, ni devant aucun autre _t_.
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C’est le _p_ qui conserve le mieux, quand il est _double_, la prononciation de la consonne simple. Il fut un temps où il n’y avait pas d’exceptions, mais nous n’en sommes plus là[707].
Il y a d’abord _a_p-p_endice_ et _a_p-p_endicite_, _a_p-p_étence_ et _a_p-p_étition_, _a_p-p_ogiature_ et _li_p-p_itude_, et les composés commençant par _hipp-_[708].
De plus, les mots très nombreux qui commencent par _ap-_, _op-_ et _sup-_, si peu savants qu’ils soient, sont déjà très touchés. Des mots comme _a_(p)_pliqué_ ou _a_(p)_porter_ sont actuellement intangibles; mais on double fréquemment le _p_ dans _a_p-p_âter_, sinon dans _a_(p)p_ât_, dans _a_p-p_réhender_, dans _a_p-p_réciable_ et _a_p-p_roprier_ (moins dans _a_(p)p_roprié_), et surtout dans _o_p-p_robre_, par emphase, et dans _su_p-p_uter_, qui a l’air savant. On le double parfois même, et ceci est plutôt à éviter, dans _a_p-p_arier_, _a_p-p_auvrir_, _a_p-p_ointer_, _a_p-p_ontement_, _a_p-p_réhension_, _o_p-p_ortunité_, voire, par emphase toujours, dans _o_p-p_rimer_ ou _o_p-p_resser_, parfois même dans _su_p-p_lanter_, _su_p-p_léer_ ou _su_p-p_lique_[709].
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On sait que _=ph=_ a partout le son de l’_f_: ce n’est qu’une graphie prétentieuse, à laquelle d’autres langues ont renoncé fort judicieusement[710].
Q
1º Le Q final.
Le _=q=_ n’est _final_ que dans _coq_ et _cinq_.
Dans _coq_, il ne s’est pas toujours prononcé[711]; il n’y a plus d’exceptions aujourd’hui.
Dans _cin_q, au contraire, on l’a toujours prononcé (c’est la règle générale des noms de nombre), sauf, bien entendu, devant un pluriel commençant par une consonne: _j’en ai cin_q, _le cin_q _mai_, _page cin_q, _cin_q _pour cent_, _cin_q _sur cin_q, et aussi, par liaison, _cin_q _amis_, mais _cin_(q) _francs_, _cin_(q) _cents_, _cin_(q) _mille_, _les cin_(q) _derniers_[712].
2º Le groupe QU.
_Dans le corps des mots_, le _=q=_ est toujours séparé de la voyelle qui sonne par un _u_, qui, en principe, ne s’entend pas[713]. Devant _e_ et _i_, notamment, le _c_ étant devenu sifflant devant ces voyelles, le rôle de la gutturale est régulièrement dévolu au groupe _=qu=_, la lettre _k_ étant peu française: _é_q(u)_erre_, q(u)_estion_, q(u)_itter_, et toutes les finales en _=-que=_.
Autrefois on adoucissait cette gutturale, comme le _g_, devant _e_ et _i_, au point qu’on arrivait à le mouiller, et Domergue distingue nettement entre _qu’il_ et _tranquille_. Cet usage n’est plus apprécié aujourd’hui, et on fera bien de l’éviter, comme pour le _g_[714].
De toute façon, l’_u_ qui suit le _q_ ne se prononce pas plus en français devant _e_ et _i_ que devant _a_ et _o_. Toutefois, il y a encore un certain nombre de mots plus ou moins savants tirés du latin, et le plus souvent d’origine récente, où il se prononce (jamais pourtant devant un _e muet_); il fait alors fonction de semi-voyelle.
I. =Devant E.=--L’_=u=_ se conserve devant _e_ dans _déli_qu_escence_, _li_qu_éfier_ et _li_qu_éfaction_--à côté de _li_q(u)_ide_ et _li_q(u)_eur_--, qu_esteur_ et qu_esture_, et _é_qu_estre_[715].
Mais ce dernier mot est bien près de passer à _é_k_estre_, comme ont fait avant lui _é_q(u)_erre_ et _sé_q(u)_estre_, et tant d’autres, y compris q(u)_érimonie_ et q(u)_ercitron_. D’autre part, _li_k_éfier_ est employé plus ou moins depuis deux siècles, et même, à l’origine, l’Académie ne connaissait pas d’autre prononciation. Enfin k_esteur_ est loin d’être rare.
Opposons-nous à ces prononciations fautives, mais soyons bien convaincus que _qué_ est destiné à devenir _ké_ partout, un jour ou l’autre[716].
II. =Devant I.=--L’_=u=_ se conserve mieux dans _=-qui-=_ et _=-quin-=_ que dans _=-que-=_, sans doute parce que les exemples en sont restés plus nombreux.
Il est vrai qu’il ne se prononce pas non plus dans quelques mots plus ou moins savants, comme q(u)_iproquo_, _jus_q(u)_iame_ ou _a_q(u)_ilon_, ni même dans _a_q(u)_ilin_ ou _s_q(u)_irre_, ni dans une partie des mots commençant par _=équi-=_, ni dans les finales _=-quin=_ et _=-quine=_, qui sont francisées jusque dans _bas_q(u)_ine_ ou _race é_q(u)_ine_.
En revanche, on prononce l’_u_:
1º Dans le latin qu_id_, _a_ qu_ia_, _re_qu_iem_, etc., avec qu_ibus_, qu_itus_ et même qu_idam_ (autrefois _kidan_);
2º Dans _é_qu_iangle_, _é_qu_idistant_, _é_qu_imultiple_, mots savants, et même _é_qu_ilatéral_, à côté d’_é_q(u)_ilibre_, _é_q(u)_inoxe_, _é_q(u)_ité_, _é_q(u)_ivaloir_, _é_q(u)_ivalent_--autrefois _é_q(u)_ipollent_--et _é_q(u)_ivoque_;
3º Dans _é_qu_isétique_ et _é_qu_itant_: quant à _é_qu_itation_, ce mot est dans le même cas qu’_équestre_, étant déjà à peu près passé à _é_q(u)_itation_;
4º Dans qu_iet_, qu_iescent_, qu_iétisme_ et quelquefois encore qu_iétude_, à côté de _in_q(u)_iétude_; mais il est difficile que _in_k_iétude_ n’entraîne pas définitivement k_iétude_;
5º Dans une partie des dérivés du latin _quinque_, car ne prononce pas l’_u_ dans q(u)_ine_, q(u)_inaire_ et q(u)_inola_, dans q(u)_inconce_ et q(u)_inquenove_, dans q(u)_int_, q(u)_inte_ et q(u)_inze_ et leurs dérivés naturels, y compris q(u)_intessence_--et autrefois le populaire _henri_q(u)_in_q(u)_iste_--; mais on le prononce dans qu_inquagénaire_ et tous les mots commençant par _quinque_--sauf q(u)_in_q(u)_enove_--, dans qu_intette_, qu_intidi_, qu_intil_, qu_into_ et même qu_intuple_, qui est souvent écorché;
6º Dans _obsé_qu_iosité_ et _obsé_qu_ieux_[717]; dans _obli_qu_ité_ et _ubi_qu_ité_; dans _ses_qu_ialtère_ et qu_iddité_;
7º Dans l’espagnol _con_qu_istador_, qui a gardé l’_u_, à côté de q(u)_ipos_, _li_q(u)_idambar_ et _bas_q(u)_ine_, qui l’ont perdu, sans compter q(u)_ina_, q(u)_inine_ ou q(u)_in_qu_ina_[718]. Ajoutons _es_qu_ire_, quand on le prononce à l’anglaise (eskouay’r).
III. =Devant O et A.=--Quoique le groupe _=qu=_ ne soit proprement utile dans les mots français que devant _=e=_ et _=i=_, on le trouve aussi devant _=o=_ et _=a=_, où il s’est conservé du latin, dans des mots plus ou moins savants, comme q(u)_alité_, q(u)_otient_, à côté de c_arré_, c_asser_, c_arême_, qui sont d’origine populaire. Mais du moins _=-quo-=_ se prononce toujours _co_[719]. Au contraire, _=-qua-=_ se prononce _coua_ (_kwa_) dans un certain nombre de ces mots, incomplètement francisés:
1º Dans le latin qu_ater_ ou qu_atuor_, _sine_ qu_a non_, _exe_qu_atur_, à côté de q(u)_asi_, q(u)_asiment_, q(u)_asimodo_, francisés depuis le moyen âge le plus reculé; à côté de _partie ali_q(u)_ante_, francisé lui-même aussi comme q(u)_ant_ et ses dérivés;
2º Dans _a_qu_afortiste_ (et _a_qu_a-tinte_, de l’italien), _a_qu_arelle_, _a_qu_arium_ et _a_qu_atile_, qui ont réagi sur _a_qu_atique_, francisé autrefois;
3º Dans _adé_qu_at_, _é_qu_ateur_, _é_qu_ation_, _é_qu_atorial_, mais non dans _reli_q(u)_at_;
4º Dans une partie des dérivés du latin _quatuor_, car nous ne prononçons pas l’_u_ dans des mots aussi complètement francisés que q(u)_adrille_, q(u)_art_, q(u)_artaut_, q(u)_atre_, q(u)_atorze_, q(u)_arante_, et leurs dérivés naturels, y compris _é_q(u)_arrir_; mais nous le prononçons _ou_ dans qu_adragénaire_, et tous les mots commençant par _quadr-_[720], y compris qu_adrige_, mais non q(u)_adrille_, dans qu_artette_ (de l’italien), qu_artidi_, qu_artil_ et _in_-qu_arto_, dans qu_aterne_ et qu_aternaire_[721];
5º Dans _lo_qu_ace_ et _lo_qu_acité_, qu’on écorche parfois; dans qu_assier_ et qu_assia amara_, _colli_qu_atif_ et _colli_qu_ation_; dans _squameux_ et _des_qu_amation_;
6º Enfin, dans quelques mots étrangers, _s_qu_ale_, _s_qu_are_, qu_aker_ et qu_akeresse_, qu_artz_ et qu_artzeux_, qu_attrocento_, qu_attrocentiste_ et _tutti_ qu_anti_[722].
R
1º L’R simple.
L’_=r=_, comme l’_=l=_, se prononce aujourd’hui régulièrement _à la fin des mots_. On l’articule partout, sauf dans _monsieu_(r) et _messieu_(rs), et dans la plupart des mots en _=-er=_. Ainsi _cha_r, _cauchema_r, _boudoi_r, _asseoi_r, _clai_r, _offri_r, _dési_r, _zéphi_r, _chaleu_r, _amou_r, _tréso_r, _obscu_r, etc.[723].
Pour les mots en _=-er=_, il faut distinguer les cas avec précision.
L’_=r=_ final est muet:
1º Dans les innombrables infinitifs en _=-er=_[724];
2º Dans les innombrables substantifs et adjectifs terminés par le suffixe _=-ier=_: _premie_(r), _menuisie_(r), _régulie_(r), _foye_(r), etc., etc., et l’adverbe _volontie_(rs)[725];
3º Dans les substantifs et adjectifs en _=-cher=_ et _=-ger=_, parce qu’en réalité ils appartiennent à la même catégorie que les précédents, ayant été autrefois en _-chier_ et _-gier_: ils sont une trentaine environ, comme _arche_(r), _dange_(r), _lége_(r)[726].
L’_=r=_ final est au contraire sonore en principe dans les mots en _=-er=_ (infinitifs à part) qui n’ont pas le suffixe _=-ier=_, et ne l’ont jamais eu, ce qui veut dire qu’ils ne sont non plus ni en _=-cher=_ ni en _=-ger=_. Mais ici, les mots proprement français sont en petit nombre. Ce sont des mots où _-er_ appartient au radical même du mot:
1º L’adverbe _hie_r, et les adjectifs _fie_r, _tie_r_s_ et _che_r, malgré l’_i_ et le _ch_[727];
2º _Fe_r et _enfe_r, _me_r et _ame_r, _ve_r et _hive_r;
3º Les formes de _quérir_ et de ses composés: _j’acquie_rs, _tu acquie_rs, _requie_rs, _conquie_rs, etc.[728];
4º Le mot _cuille_r, autrefois _cuillie_(r), qui s’est joint à ce groupe après beaucoup d’hésitation;
5º Les mots qui sont proprement latins, quoique francisés: _libe_r, _cance_r, _pate_r, _éthe_r, _magiste_r, _auste_r, etc., et tous les mots étrangers, francisés ou non: _bitte_r, _cheste_r, _eide_r, _kreutze_r, _messe_r, _place_r, etc.[729].
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Quand le groupe _=er=_ est suivi d’une consonne, même muette, et notamment d’un _=t=_, l’_r_ n’est plus final, mais intérieur, et s’y prononce comme partout: dans _haube_rt, _offe_rt, _cle_rc, _ne_rf, _pe_rd ou _pe_rds, comme dans _bava_rd, _pa_rt, _je pa_rs, _co_rps, _bou_rg, etc. Il n’y a d’exception que pour _ga_(rs)[730].
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On a vu au chapitre de l’_e_ muet, que l’_r final suivi d’un_ e _muet_ tombe facilement avec l’_e_ devant une consonne dans la prononciation rapide, quand il est précédé d’une muette ou d’une des spirantes _f_ et _v_: _maît_(re) _d’hôtel_. C’est une prononciation dont il ne faut pas abuser. Elle est certainement admissible dans la conversation familière, entre deux mots comme ceux-là; elle est surtout fréquente avec _notre_, _votre_ et _quatre_: _vot_(re) _cheval_, _quat_(re) _sous_; encore faut-il excepter, comme on l’a vu, _Not_re-_Dame_, le _Not_re _Père_, où le respect a maintenu l’_r_, et _quat_re-_vingts_, où le besoin de clarté a joué le même rôle. Mais, dans la lecture, il vaut mieux conserver l’_r_ partout.
La chute de l’_r_ est particulièrement incorrecte quand la finale muette n’est pas suivie d’une consonne: _du suc_(re), _du vinaig_(re), encore qu’ils datent de fort loin, sont certainement à éviter[731].
_Me_(r)_credi_ a été autrefois très correct, et Vaugelas l’approuvait[732]. Les grammairiens se sont longtemps battus là-dessus, mais la diffusion de l’instruction primaire a rétabli définitivement l’_r_, sans pourtant faire disparaître entièrement _me_(r)_credi_. Je ne saurais trop vivement déconseiller aujourd’hui cette prononciation, car on a une tendance à la tourner en ridicule, ainsi que celle qui double l’_r_ dans _mai_rer_ie_, pour _mai_r_ie_[733].
2º L’R double.
Les deux _r_ se prononcent toujours dans les futurs et conditionnels de trois verbes en _=-rir=_: _quérir_, _courir_ et _mourir_, et leurs composés[734]. Ce qui a dû contribuer tout au moins à les maintenir, c’est qu’ils empêchent la confusion du futur avec l’imparfait: _je cou_-r_ais_, _je cou_r-r_ai_. En revanche, c’est une faute très grave que de ne pas laisser l’_r_ simple dans les futurs _ve_(r)r_ai_, _enve_(r)r_ai_, _pou_(r)r_ai_, et leurs conditionnels, et aussi, _la bobinette che_(r)r_a_, toutes formes pour lesquelles il n’y a pas de confusion possible: on se contente d’allonger la voyelle qui précède.
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Ce cas spécial étant mis à part, l’_r_ double se prononce assez généralement comme un seul, beaucoup mieux que ne font _l_ ou _m_.
1º Cela est particulièrement sensible après un _=a=_. Les composés qui commencent par _=ar-=_, notamment, ne font entendre qu’un _r_, sauf quelquefois, par exemple, dans _a_r-r_acher_, _a_r-r_ogance_, ou _a_r-r_oger_[735]. On n’y peut guère ajouter que des mots comme _fa_r-r_ago_ ou _ma_r-r_ube_, qui sont à peine français, et, trop souvent, _na_r-r_ation_, _na_r-r_ateur_, _inéna_r-r_able_, et même _na_r-r_er_, qui auraient pu être respectés.
2º Après _=e=_, l’_r_ double est un peu plus atteint qu’après _a_. Ainsi, quoique _fe_(r)r_er_, _fe_(r)r_aille_ et tous les autres ne laissent entendre qu’un _r_, on en prononce quelquefois deux dans _fe_r-r_ugineux_, qui a un air plus savant. Dans tous les dérivés de _terre_, et ils sont nombreux, on n’entend qu’un _r_, et pourtant on en prononce parfois deux dans _te_r-r_estre_, et même dans le vieux mot _te_r-r_aqué_. Malgré _ve_(r)r_ue_, _ve_(r)r_uqueux_ reste douteux. _Inte_(r)r_oger_ et _inte_(r)r_ompre_ sont à peu près intacts; mais on entend souvent _inte_r-r_ogation_, _inte_r-r_uption_, _inte_r-r_upteur_, à côté d’_inte_r-r_ègne_. Des mots d’usage très courant, et qui n’ont aucune apparence savante, sont parfois atteints. Ainsi les deux _r_ d’_abe_r-r_ation_, _e_r-r_ata_ ou _e_r-r_atique_, ont réagi sur _e_r-r_oné_, _e_r-r_er_ et même _e_r-r_eur_[736]. De même _te_r-r_oriser_, _te_r-r_oriste_, _te_r-r_ifier_, ont réagi sur _te_r-r_ible_ et même _te_r-r_eur_, où l’emphase d’ailleurs explique ou excuse le double _r_[737].
3º Nous savons que les mots commençant par _=ir-=_ font entendre les deux _r_, même _i_r-r_iguer_ et _i_r-r_iter_, qui n’ont pas le sens privatif. Toutefois, _i_(r)r_iter_ ou _i_(r)r_itation_ sont encore parfaitement corrects. On dit naturellement _ci_r-r_us_, _ci_r-r_ipède_ et _py_r-r_hique_.
4º Parmi les mots commençant par _=cor-=_, on ne prononce qu’un _r_ dans _co_(r)_ridor_, _co_(r)_riger_ ou _inco_(r)_rigible_, _co_(r)_royer_ et _co_(r)_roi_, ordinairement aussi dans _co_(r)_respondre_ et ses dérivés et dans _co_(r)_rompre_. Mais ces derniers mots sont déjà atteints depuis longtemps, surtout dans le participe _co_r-r_ompu_, et l’on entend généralement deux _r_ dans tous les mots où figure le radical _corrupt-_; de même dans ceux où figure le radical _correct-_ (avec _co_r-r_égidor_), en outre dans _co_r-r_élatif_, _co_r-r_oborer_, _co_r-r_oder_ ou _co_r-r_osif_. D’autre part, on dit fréquemment _ho_r-r_eur_, _ho_r-r_ible_ et _abho_r-r_er_, par emphase, comme _te_r-r_eur_ et _te_r-r_ible_, et toujours _ho_r-r_ipiler_. On dit aussi _to_r-r_éfier_ et _to_r-r_ide_; et _to_r-r_entiel_ réagit parfois même sur _to_r-r_ent_. Je ne parle pas de mots tels que _bo_r-r_aginées_ ou _po_r-r_ection_. On notera que l’_r_ reste pourtant simple, même dans des mots savants comme _hémo_(r)r_agie_ ou _hémo_(r)r_oïdes_.
5º Après _=ou=_, l’_=r=_ simple se maintient: _cou_(r)r_oie_, _cou_(r)r_ier_, _cou_(r)r_oux_, _pou_(r)r_ir_. Encore _cou_(r)r_oucé_ n’est-il pas intact[738].
6º L’_=r=_ simple se maintient aussi tant bien que mal, plus mal que bien, dans _résu_(r)r_ection_; plus mal encore dans _insu_(r)r_ection_, presque plus dans _concu_r-r_ent_ et ses dérivés. On dit naturellement _scu_r-r_ile_, _su_r-r_énal_ et vase _mu_r-r_hin_[739].
S
1º L’S final.
_A la fin des mots_, en principe, l’_=s=_ ne se prononce plus en français depuis fort longtemps. Pour l’_=s=_ du pluriel, notamment, il n’y a pas d’exceptions[740].
Les exceptions sont, au contraire, assez nombreuses pour l’_=s=_ qui n’est pas la marque du pluriel, et alors il a toujours le son _dur_ ou _sourd_.
=1º Après un= _a_, il y a très peu d’exceptions dans les mots proprement français. Je n’en vois même que deux: l’une pour le monosyllabe _as_, terme de jeu, et par suite _ambesa_s: la prononciation _a_(s) est purement dialectale; l’autre pour les interjections _la_s, _héla_s, qui n’en font qu’une. Quant à _atla_s, _stra_s, _hypocra_s, ce sont en réalité des noms propres.
Les autres exceptions sont des mots grecs, latins ou étrangers: _Deo gratia_s, _per fa_s _et nefa_s, _habea_s _corpus_, _pancréa_s, _lia_s et _tria_s, _flint gla_s, _christma_s, _papa_s, _lépa_s, _upa_s, _lampa_s (s’humecter le), _madra_s, _abraxa_s, _alcaraza_s, _vasista_s, ou le provençal _ma_s[741].
On hésite aujourd’hui pour _vinda_s, autrefois _guinda_s, d’ailleurs peu usité; mais on ne prononce plus l’_=s=_, ni dans les noms d’étoffes, _jacona_(s), _lampa_(s), _ginga_(s) ou _dama_(s), celui-ci malgré l’étymologie; ni dans _balandra_(s), _sassafra_(s), _matra_(s) ou _tétra_(s), ni enfin dans _pampa_(s), où l’_=s=_ n’est que la marque du pluriel, dans un mot d’ailleurs francisé[742].
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Après _=oi=_, l’_s_ ne se prononce jamais: _boi_(s), _parfoi_(s), _courtoi_(s), etc. L’_s_ même de _troi_(s), longtemps sonore, comme la consonne finale de tous les noms de nombre, a fini par s’amuir.
=2º Après un= _e_, l’_s_ ne se prononce que dans _pataquè_s, altération de _pat-à-qu’est-ce_[743]; dans des mots latins ou grecs: _facie_s, _aspergè_s, _hermè_s, _palmarè_s, _herpè_s, _faire florè_s, _népenthè_s; dans les mots étrangers: _aloè_s et _cacatoè_s[744], _kermè_s, _xérè_s, _londrè_s, _cortè_s[745].
On ne doit donc pas plus prononcer l’_s_ dans _profè_(s) que dans _progrè_(s), _succè_(s) ou _prè_(s). Il se prononce aujourd’hui, à grand tort d’ailleurs, dans _è_s _lettres_, _è_s _sciences_ et autres expressions analogues, où figure un pluriel[746].
Après _=ai=_, comme après _oi_, l’_s_ ne se prononce jamais: _jamai_(s), _j’aimai_(s), etc.[747].
=3º Après un= _i_, les exceptions sont plus nombreuses qu’après _=a=_ ou _=e=_.
L’_s_ s’est maintenu ou définitivement rétabli depuis plus ou moins longtemps dans _maï_s, _jadi_s, _fi_(l)s et _li_s (y compris _fleur de li_s le plus souvent, malgré l’Académie); dans _méti_s, _cassi_s, _vi_s (substantif) et _tournevi_s[748]. La prononciation de ces mots sans _s_ est tout à fait surannée; on ne peut plus la conserver que pour les nécessités de la rime, et encore![749].
Les autres mots où l’_s_ se prononce sont des mots grecs ou latins: _bi_s (ne pas confondre avec l’adjectif), _ibi_s, _de profundi_s, _volubili_s, _in extremi_s, _tamari_s, _iri_s, _ex libri_s, _corylopsi_s, _oasi_s, _miti_s, _grati_s, _myosoti_s; ou des mots étrangers: _maravédi_s (et encore pas toujours), _tenni_s, et les vieux jurons gascons _cadédi_s ou _sandi_s[750].
On peut y joindre _spahi_s. Les dictionnaires ont conservé _spahi_, qui est assurément plus correct, étant un doublet de _cipaye_, et Loti s’en est contenté; mais l’armée d’Afrique a souvent dit _spahi_s; c’est un fait, et comme il convient d’appeler les gens comme ils s’appellent eux-mêmes, je crois qu’on peut dire spahis plutôt que spahi, malgré l’autorité de Pierre Loti[751].
=4º Après= _eu_, l’_s_ final ne se rencontre que dans des mots grecs et il s’y prononce; mais il n’y a de nom commun employé parfois que _basileu_s[752].
=5º Après= _o_, le seul mot de la langue vulgaire où l’_s_ se prononce est _o_s; encore n’est-ce tout à fait correct qu’au singulier[753].
Les autres mots où l’_s_ se prononce sont parfois d’origine latine, comme _salva no_s ou _nescio vo_s, ou étrangère: _albatro_s, puis _albino_s et _mérino_s, pluriels devenus singuliers, ainsi que le gascon _escampativo_s[754].
Presque tous sont d’origine grecque: _atropo_s, _paro_s, _cosmo_s, _tétano_s, _rhinocéro_s, _itho_s et _patho_s, _loto_s et autres mots savants[755].
=6º Après= _ou_, l’_s_ se prononce dans le monosyllabe _tou_s, non suivi de l’article ou d’un substantif devant lequel l’article est sous-entendu, autrement dit quand _tous_ est accentué: _ils viendront tou_s, _tou_s _viendront_, _un pour tou_s et _tou_s _pour un_, _tou_s _debout_ et même _tou_s _soldats_, _soldats_ étant ici une apposition; on dira au contraire _tou_(s) _les hommes_, ou _tou_(s) _soldats qui..._
Cette distinction très nette empêche toute confusion entre _ils ont tou_s _dit_ et _ils ont tou_(t) _dit_, _ils sont tou_s _fiers_ et _ils sont tou_(t) _fiers_, _ils savent tou_s _ce qu’on a dit_ et _ils savent tou_(t) _ce qu’on a dit_; mieux encore, entre _nous connaissons tou_s _les livres de..._ et _nous connaissons tou_(s) _les livres de..._
L’_s_ se prononce aussi dans les mots arabes _burnou_s et _couscou_s, et dans _négou_s, écrit aussi _négus_[756].
=7º Après un= _u_, l’_s_ final se prononce surtout dans un très grand nombre de mots latins ou qui peuvent passer pour tels: _angelu_s, _cactu_s, _calu_s, _carolu_s, _choru_s, _convolvulu_s, _crocu_s, _détritu_s[757], _eucalyptu_s, _fœtu_s, _hiatu_s, _humu_s, _in manu_s, _in partibu_s, _lapsu_s, _mordicu_s, _omnibu_s, _papyru_s, _orému_s, _prospectu_s, _rébu_s, _rictu_s, _sénatu_s-_consulte_, _sinu_s et _cosinu_s, _typhu_s, _viru_s, etc., dans _blocu_s et _négu_s, mots étrangers, sans parler des mots familiers qui se sont formés sur l’analogie des mots latins, comme _laïu_s, _motu_s, _olibriu_s, _quitu_s ou _rasibu_s, avec _gibu_s.
Dans les mots proprement français, l’_s_ ne se prononce pas[758]. _Obu_s lui-même, où l’_s_ se prononce régulièrement avec le son doux (_obuse_), peut-être par l’analogie d’_obu_s_ier_, s’est si bien francisé que dans l’armée on prononce régulièrement _obu_, qui est donc devenu la meilleure prononciation. La seule prononciation qui ne vaille rien du tout, c’est _obusse_.
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Pourtant l’_s_ se retrouve dans deux ou trois mots.
Quoique l’_s_ d’_abu_(s) ne se prononce pas, le monosyllabe _us_ paraît avoir repris assez généralement le sien, sans doute en qualité de monosyllabe réduit à une voyelle, et pour s’élargir un peu; mais ce mot ne s’emploie guère que dans l’expression _us et coutumes_, où la liaison se fait tout aussi bien avec un _s_ doux: _u_(s) z_et coutumes_.
D’autre part, la prononciation de _plus_ est assez délicate et assez variable.
On ne prononce jamais l’_s_ dans la négation _ne... plu_(s): _je n’en veux plu_(s) et de même _sans plu_(s)[759]; ni dans les comparatifs ou superlatifs: _plu_(s) _grand_, _le plu_(s) _grand_, _plu_(s) _justement_, _j’ai plu_(s) _fait que vous ne pensez_, _une plu_(s)-_value_; ni devant _de_, dans tous les sens: _plu_(s) _de monde_, _plu_(s) _d’amour_; ni quand il est répété: _plu_(s) _j’en ai, plu_(s) _j’en veux_, ou opposé à _moins_: _plu_(s) _j’en ai, moins j’en veux_, ou _ni plu_(s) _ni moins_[760].
Mais quand _plus_ est suivi immédiatement de _que_, on prononce volontiers l’_s_, sauf après _pas_ ou _d’autant_: _pas plu_(s) _que vous_, _d’autant plu_(s) _que je ne sais si..._, mais _j’ai fait plu_(s) _ou plu_s _que vous ne pensez_, _j’ai cinq ans de plu_(s) ou _de plu_s _que lui_.
On le prononce aussi quand _plus_ est séparé par _que_ d’un adjectif ou d’un adverbe: _plu_s _que content_, à côté de _plu_(s) content; _plu_s _qu’à moitié_, à côté de _plu_(s) _d’à moitié_; mais surtout on prononce régulièrement et nécessairement l’_s_ de _plu_s-_que-parfait_, malgré la résistance de beaucoup d’instituteurs et d’institutrices: _plu_(s)-_que-parfait_ est tout à fait suranné.
On prononce également l’_s_ dans les opérations de l’arithmétique ou de l’algèbre: _le signe plu_s, _deux plu_s _deux égalent quatre_, _plu_s _par plu_s _donne plu_s.
Enfin, d’une façon générale, sauf dans _ne... plu_(s) et _de plus en plu_(s), il y a une tendance à prononcer l’_s_ quand _plus_ est final. A vrai dire, _rien de plu_(s) vaut mieux que _rien de plu_s, sans doute à cause de la négation; et dans le style tragique, _je te dirai bien plu_(s), _il y va de bien plu_(s), semblent encore s’imposer; mais on dira très bien, surtout dans le langage familier, _il y a plu_s ou _trois jours au plu_s; on dira même nécessairement: _plu_s... _un lit_, et même, quoique moins bien, _de plu_s... _un lit_, ou _de plu_s, _je n’en crois rien_, ou encore _après mille ans et plu_s, sauf en vers, s’il y a une suite:
Après mille ans et plu(s) de guerre déclarée
L’analogie de _plus_ s’est exercée sur _sus_, dont on prononce souvent l’_s_ dans _en su_s, comme dans _en plu_s. Mais à part l’expression _en sus_, le mot est généralement suivi de _a_, ce qui amène une liaison; il en résulte que beaucoup de personnes prononcent _courir su_s avec l’_s_, mais c’est une prononciation discutable[761].
=8º Après les voyelles nasales=, l’_s_ final n’est pas moins muet qu’après les voyelles orales: _dan_(s), _céan_(s), _san_(s), _gen_(s), _repen_(s), _consen_(s), _plain_(s), _étein_(s), _tien_(s), _vien_(s), _moin_(s), _aimon_(s), etc. Il faut donc éviter _moinsse_ avec le plus grand soin, et aussi _gensse_[762].
Pourtant le mot _sens_ a repris peu à peu son _s_ dans presque tous les cas: _bon sen_(s) ou _contresen_(s), qui ont résisté longtemps, ont à peu près disparu[763]; _sen_(s) _commun_ lui-même, qui s’est conservé plus longtemps et tient encore, sans doute parce que la prononciation de l’_s_ y est entravée par la consonne qui suit, est déjà néanmoins fort atteint, et sans doute destiné à disparaître. Il ne restera bientôt plus que _sen_(s) _dessus dessous_ et _sen_(s) _devant derrière_, qui justement sont sans rapport avec _sen_s[764].
On prononce également l’_s_ dans _mon_s pour _monsieur_, dans le mot savant _cen_s, dans le vieux mot _ain_s, et dans les mots latins où _en_ sonne _in_: _gen_s, _delirium tremen_s, _semperviren_s, etc., sur l’analogie desquels Labiche a formé _labaden_s[765].
=9º Après les consonnes=, il faut distinguer, suivant la consonne qui précède.
Quand l’_s_ est séparé de la voyelle _par une consonne non articulée_, il ne se prononce pas non plus: _ga_(rs), _la_(cs) et _entrela_(cs), _poi_(ds), _le_(gs) et _me_(ts), _pui_(ts), _pou_(ls), _tem_(ps) et _défen_(ds), _rom_(ps) et _fon_(ds), _cor_(ps) et _remor_(ds)[766].
Ceux même qui prononcent à tort le _g_ de _le_(gs) ne vont pas jusqu’à prononcer l’_s_. La seule exception est _fi_(l)s, que nous avons vu à l’_i_.
En revanche, à part _cor_(ps), le groupe final _ps_ se prononce toujours entier, parce qu’il n’appartient pas à des mots proprement français: _la_ps et _rela_ps, _schna_ps, _re_ps, _se_ps, _bice_ps, _prince_ps, _force_ps, _éthio_ps et _anchilo_ps.
On articule aussi intégralement _ra_ms et _auro_chs (aurox). On notera seulement la tendance qui se manifeste, notamment chez Victor Hugo, à remplacer _auro_chs par _auro_ch: en ce cas, le pluriel se prononce comme le singulier; mais c’est _auro_chs qui est le vrai mot[767].
D’autre part, quand l’_s_ est séparé de la voyelle _par un r_, l’_r_ se prononce toujours[768]; mais l’_s_ ne se prononce pas: _unive_r(s), _alo_r(s), _toujou_r(s), _ailleu_r(s), etc. Il faut éviter avec grand soin de prononcer _alorsse_, quoiqu’on prononce l’_s_ dans le composé _lor_s_que_. Le substantif _cour_(s) se prononce de même sans _s_.
Il y a pourtant trois exceptions: le mot _mar_s a repris son _s_ depuis longtemps[769]; les mots _mœur_s et _our_s ont repris le leur au dernier siècle, et il n’est plus possible de le supprimer qu’en vers, pour l’harmonie, et surtout quand la rime l’exige[770].
2º L’S intérieur.
_Dans le corps des mots_, l’_s_ se prononce presque toujours, mais quand il se prononce, il est tantôt dur ou sourd, ce qui est le son normal, tantôt doux ou sonore.
I.--=Devant une consonne=, l’_s_ se prononce partout en principe, et toujours ou presque toujours avec le son dur: les _s_ qui ne se prononçaient pas ont en effet disparu de l’orthographe. Il se prononce ainsi même à la fin des mots: _fi_s_c_, _bu_s_c_, _mu_s_c_ et les mots en _=-st=_[771].
Mais tous ces mots où l’_s_ se prononce devant une consonne sont en réalité des mots d’emprunt, ou bien des mots que l’orthographe a altérés en y restaurant un _s_ autrefois muet[772].
Par analogie, l’_s_ se prononce depuis longtemps même dans _lor_s_que_, _pre_s_que_, _pui_s_que_, malgré l’étymologie _lor_(s), _prè_(s), _pui_(s), parce que les éléments se sont fondus en un mot unique, comme dans _ju_s_que_; mais _tandi_(s) _que_ n’est pas dans le même cas, les composants étant encore distincts: il vaut donc mieux éviter d’y prononcer l’_s_.
L’_s_ se prononce aussi dans _su_s_dit_, qui s’écrit en un seul mot, mais non dans _su_s-_tonique_ et _su_s-_dominante_, qui s’écrivent en deux. Il me paraît choquant dans _su_s_nommé_ et _su_s_mentionné_, qui pourraient bien se prononcer comme les précédents.
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Dans les mots composés commençant par les articles _les_ et _des_ ou l’adjectif possessif _mes_, ces monosyllabes sont demeurés distincts, et l’_s_ ne s’y prononce pas: _le_(s)_quels_, _de_(s)_quels_, _me_(s)_dames_[773].
Il y a aussi un mot simple où l’_s_ intérieur, muet devant une consonne, a été conservé dans l’écriture, probablement par oubli, tous ceux qui étaient dans le même cas ayant été éliminés: c’est _cheve_(s)_ne_, résidu singulier d’une orthographe disparue[774].
Aux mots commençant par un _s_ suivi d’une sourde, _c_, _p_, _t_, le peuple, surtout dans le Midi, ajoute volontiers l’_e_ prosthétique des grammairiens: es_tatue_. Cela n’est sans doute point à imiter[775].
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Dans le groupe _=sc=_, qu’on ne trouve que dans les mots relativement récents ou qui ont repris des lettres abolies, les deux consonnes se prononcent sans difficulté devant _a_, _o_, _u_: _e_s-c_argot_, _e_s-c_ompte_, sc_olaire_, sc_ulpture_.
Devant _e_ et _i_, on entend généralement deux _s_: _a_s-c_ète_, _tran_s-c_endant_, _la_s-c_if_, _re_s-c_inder_[776].
Toutefois on ne peut entendre qu’un _s_ en tête des mots: _un s_(c)_eau_, _une s_(c)_ie_[777]. On n’entend qu’un _s_ aussi (ou un _c_) à l’intérieur d’un certain nombre de mots: d’abord _ob_(s)_cène_ et _ob_(s)_cénité_, où il est difficile de faire autrement; puis _fa_(s)_cé_, de _fa_(s)_ce_, terme de blason[778]; _de_(s)_cendre_ et ses dérivés; _con_(s)_cience_ et ses dérivés, quoiqu’on entende généralement deux _s_ dans _e_s-c_ient_, _pre_s-c_ience_ et _con_s-c_ient_; enfin _di_(s)_ciple_ et _di_(s)_cipline_ avec ses dérivés; et l’on peut encore y joindre, si l’on veut, _a_(s)_censeur_ et _a_(s)_cension_ (surtout la fête), _di_(s)_cerner_ et _di_(s)_cernement_, _su_(s)_ceptible_ et _su_(s)_citer_.
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Nous avons vu déjà que l’_=s=_ prenait naturellement le son doux du _=z=_, par accommodation, devant une douce, _b_, _d_, _g_, _v_ et _j_: s_bire_ et _pre_s_byte_, _péla_s_gique_ et _di_s_joindre_, _tran_s_gresser_, s_velte_ ou _tran_s_versal_. C’est là un phénomène spontané pour lequel il ne faut aucun effort, aucune étude[779]. L’_s_ prend souvent aussi le même son dans les mots en _-isme_ comme _rhumati_s_me_ (izme) ou même en _-asme_; mais ceci s’impose beaucoup moins[780].
II. =Entre consonne et voyelle=, l’_s_ est encore dur en principe.
Il est dur notamment après un _r_: _sur_-s_eoir_ et _sur_-s_is_ (et non _sur_z_is_), _traver_-s_in_, _subver_-s_if_, etc.; mais il est doux dans _jer_s_ey_[781].
Il est doux entre _l_ et _a_, dans _bal_s_amique_ et les mots de cette famille[782].
On a vu que l’accommodation changeait le _b_ en _p_ dans les mots qui commencent par _abs-_ et _obs-_, et aussi _subs-_, mais sauf devant _i_. En effet, dans _sub_s_ister_, l’accommodation paraît être plus souvent régressive, c’est-à-dire que c’est la seconde consonne qui s’accommode à la première: _su_bz_ister_ plutôt que _su_ps_ister_, et de même _su_bz_istance_, sans doute par l’analogie de _dé_s_ister_, _e_x_ister_ et _ré_s_ister_, dont nous allons parler dans un instant[783].
Il en est de même le plus souvent dans _su_bs_ide_ et _su_bs_idiaire_[784].
Au contraire, c’est le _b_ qui se change normalement en _p_ dans _a_bs_ide_ et dans _su_bs_équent_[785].
III. =Entre deux voyelles= _dont la première n’est pas nasale_, l’_s_ prend régulièrement le son doux, quelle que soit l’étymologie: _ro_s_e_, _va_s_e_, _cyti_s_e_, _ba_s_ilique_, _va_s_istas_, _philo_s_ophe_, _mi_s_anthrope_, etc.[786]. Il prend le son doux même dans les préfixes à _s_ final _dés-_ et _més-_, et cela peut passer pour une liaison naturelle: _dé_s-_unir_, _dé_s-_armer_, _mé_s-_user_, _mé_s-_intelligence_, etc.[787]. Pourtant l’_s_ est resté dur dans _dy_s-_enterie_ et _dy_s-_entérique_[788].
L’_s_ prend encore le son doux, et ceci pourrait surprendre, dans _dé_-s_igner_ et _se dé_-s_ister_ (sans parler de _dé_s_oler_), et généralement après les préfixes _ré-_ et _pré-_: _ré_-s_erver_ et _pré_-s_erver_, _ré_-s_ider_ et _pré_-s_ider_, _ré_-s_olution_, _ré_-s_onance_, _ré_-s_umer_ et _pré_-s_umer_, _pré_s_age_, _pré_-s_omption_, etc. Cela tient à ce que, dans ces mots, le simple a disparu, ou bien il est resté avec un sens très différent: dans les deux cas, le composé est traité comme un mot simple.
Il en est de même du mot _aba_s_ourdir_, où l’élément _sourd_ a pu être méconnu, et par l’absence d’un préfixe usité, et à cause du sens abstrait qu’a pris le mot.
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Néanmoins, l’_s_ reste dur dans certains cas, avec ou sans préfixe, et beaucoup plus souvent qu’on ne croit:
1º Après les préfixes _pré-_, _ré-_ et _dé-_ eux-mêmes, dans _pré_-s_éance_ et _pré_-s_upposer_, sans doute parce qu’ici le simple est trop connu pour s’altérer; dans _pré_-s_u_ (le mot est dans Pascal); dans _ré_-s_ection_ et _ré_-s_équer_, _dé_-s_uet_ et _dé_-s_uétude_, qui gardent la prononciation du latin.
2º Et cette fois sans exception, à la suite de toute une série de préfixes qui restent toujours distincts du mot principal: _a-_, dans _a_-s_eptique, a_-s_ymétrie_ ou _a_-s_ymptote_; _para-_, dans _para_-s_élène_ et _para_-s_ol_ (malgré l’_s_ doux de _para_-s_ite_, vieux mot dont le simple n’existe pas); _contre-_ et _entre-_, dans _contre_-s_ens_, _contre_-s_eing_, _contre_-s_igner_ et _contre_-s_ol_, _s’entre_-s_ecourir_ ou _s’entre_-s_uivre_, et _entre_-s_ol_; _anti-_, dans _anti_-s_ocial_ ou _anti_-s_eptique_; _co-_ et _pro-_, dans _co_-s_eigneur_, _co_-s_ignataire_, _co_-s_inus_ ou _co_-s_écante_, et _pro_-s_ecteur_; _uni-_, _bi-_ et _tri-_, _proto-_ et _deuto-_, etc., dans _uni_-s_exuel_ et une foule de composés chimiques, botaniques ou même mathématiques[789]; plusieurs autres encore, qui marquent également le nombre, surtout dans le vocabulaire grammatical: _mono_-s_yllabe_ et _mono_-s_yllabique_, _tétra_-s_yllabe_, _déca_-s_yllabe_, etc., _poly_-s_yllabe_ et _poly_-s_ynodie_, _pari_-s_yllabique_ et _impari_-s_yllabique_[790].
3º Dans quelques mots composés à éléments mal soudés, quoique liés dans l’écriture: _tourne_s_ol_ et _gira_s_ol_, _soubre_s_aut_, _havre_s_ac_, _vrai_s_emblable_ et _vrai_s_emblance_, _pré_s_alé_, _vivi_s_ection_, _gymno_s_ophiste_, _idio_s_yncrasie_, _petro_s_ilex_, _sangui_s_orbe_, etc.[791].
4º Dans quelques mots simples, exclusivement savants et techniques, où l’on conserve la prononciation d’origine, comme _thé_s_is_ ou _ba_s_ileus_.
5º Dans une onomatopée comme _su_s_urrer_, _su_s_urrement_, que les dictionnaires altèrent fort mal à propos[792].
6º Enfin dans quelques mots étrangers plus ou moins employés, l’adoucissement de l’_s_ entre deux voyelles étant propre au français: ainsi le grec _kyrie elei_s_on_, ou l’italien _impre_s_ario_, à demi francisé d’ailleurs, puisqu’on nasalise _im_[793]. Pourtant l’_s_ s’est adouci dans l’espagnol _bra_s_ero_ et l’italien _ri_s_oluto_ ou _fanta_s_ia_, apparemment par l’analogie de _bra_s_ier_, _ré_s_olution_, _fantai_s_ie_[794].
=IV. Entre une voyelle nasale et une autre voyelle=, l’_s_ reste dur, parce qu’autrefois l’_n_ se prononçait: _an_s_e_, _pen_s_er_, _pen_s_ion_, _encen_s_er_, _in_s_igne_, _con_s_idérer_, etc., et même _in_s_ister_, malgré l’_s_ doux de _ré_s_ister_ et des autres.
Toutefois, avec le préfixe =_trans-_=, on a encore un phénomène de liaison, comme avec _dés-_ et _més-_, et c’est un _z_ qu’on entend, sans exception, dans _tran_s_alpin_, _tran_s_action_, _tran_s_atlantique_, _tran_s_iger_, _tran_s_it_, _tran_s_itaire_, _tran_s_itif_, _tran_s_ition_, _tran_s_itoire_, _tran_s_humer_ et _tran_s_humance_.
Mais l’_s_ du substantif _transe_ est nécessairement dur, comme dans toutes les finales en _-anse_, et il se maintient encore dur tant bien que mal dans _tran_s_i_ et _tran_s_ir_, très fréquemment altérés par le voisinage de _tran_s_it_. _Tran_s_ept_ a aussi l’_s_ dur, étant pour _tran_ss_ept_[795].
On entend quelquefois, mais à tort, l’_s_ doux dans _in_-s_urrection_, par analogie avec _ré_s_urrection_.
Enfin l’_s_ est doux dans _nan_s_ouk_[796].
3º L’S double.
L’=s= _double_ final se prononce comme l’_s_ dur, mais il abrège la voyelle qui précède: _ray-gra_ss, _me_ss, _expre_ss, _mi_ss, etc.
L’=s= double intérieur, qui n’a jamais le son doux, représente d’abord assez souvent un _s_ simple, qu’on a doublé après un _e_ dans certains composés, uniquement pour empêcher que le son doux ne remplace mal à propos le son dur, entre deux voyelles.
Nous avons vu tout à l’heure qu’après _é fermé_ on se contentait souvent d’un seul _s_ en pareil cas, malgré le danger d’adoucissement: _pré-_s_éance_, _dé-_s_uet_; mais on écrit avec deux _s_, et peu de logique, _pre_(s)_sentir_ et _pre_(s)_sentiment_[797].
Après un _e_ muet, un seul _s_ a suffi encore, dans quelques composés cités plus haut, comme _entre_s_ol_, _havre_s_ac_ ou _soubre_s_aut_; mais on met deux _s_ à _re_(s)s_aut_ et à _re_(s)s_auter_, et partout après le préfixe _re-_, dans les mots de la langue écrite: _re_(s)s_embler_, _re_(s)s_entir_, _re_(s)s_ort_, _re_(s)s_ource_, etc.[798], ainsi que dans _de_(s)s_us_ et _de_(s)s_ous_, sans compter _re_(s)s_usciter_, dont l’_e_ est fermé. Je ne sais si cet emploi de l’_s_ double après le préfixe _re-_ est très heureux, car s’il fait respecter le son de l’_s_, en revanche il fait altérer malencontreusement à beaucoup de personnes la prononciation de l’_e muet_ lui-même, et le mal n’est guère moindre[799].
Il va sans dire que dans tous ces mots, que l’_e_ soit fermé ou muet, on ne peut prononcer qu’un seul _s_, puisque l’_s_ ajouté n’y est en quelque sorte qu’un signe orthographique conventionnel, destiné à maintenir le son dur ou sourd.
Mais on peut aller plus loin, et dire qu’en français, d’une façon générale, entre deux voyelles, _l_’s _simple est un_ s _doux et l_’s _double un_ s _dur_.
Cette distinction très nette a peut-être contribué à maintenir généralement la prononciation d’un _s_ simple quand il y en a deux. Toujours est-il que l’_s_ double se prononce simple beaucoup plus souvent que les liquides _l_, _m_, _n_, _r_, malgré la tendance générale que nous avons signalée si souvent. Il est rare qu’on prononce deux _s_ dans les mots d’usage courant, qui sont très nombreux, et peut-être même ne l’a-t-on jamais fait dans les mots tels que _a_(s)s_eoir_, _pa_(s)s_age_, _va_(s)s_al_, _ma_(s)s_acre_, _e_(s)s_ai_, _e_(s)s_uyer_, _me_(s)s_ie_, _me_(s)s_age_, _i_(s)s_u_, _bo_(s)s_u_, _fau_(s)s_aire_, _bou_(s)s_ole_, _hu_(s)s_ard_, etc. L’_s_ reste simple notamment dans tous les composés de _des-_, comme _de_(s)s_aler_, _de_(s)s_errer_, _de_(s)s_ouder_, et dans tous les mots en _-seur_, _-sion_, _-soir_ ou _-soire_, quelle que soit la voyelle précédente: _embra_(s)s_eur_, _oppre_(s)s_eur_, _régi_(s)s_eur_ ou _endo_(s)s_eur_, _pa_(s)s_ion_, _pre_(s)s_ion_, _commi_(s)s_ion_ ou _percu_(s)s_ion_, _pre_(s)s_oir_ ou _acce_(s)s_oire_.
Il y a pourtant des exceptions, cela va sans dire aussi notamment pour les préfices =as-= et =dis-=[800].
1º Le préfixe =_as-_= étant plus populaire que savant, dans tous les composés, sauf _a_s-s_imiler_ et ses dérivés, on devrait ne prononcer qu’un _s_[801]. Toutefois, je ne vois guère que _a_(s)s_aut_, _a_(s)s_embler_ et _a_(s)s_emblage_, _a_(s)s_eoir_, _a_(s)s_iéger_, _a_(s)s_iette_ et _a_(s)s_ise_, _a_(s)s_ez_, _a_(s)s_urer_ et ses dérivés, qui soient à peu près intacts. Les plus atteints sont _a_s-s_agir_, _a_s-s_ainir_, _a_s-s_écher_, _a_s-s_éner_ (pour _a_(s)s_ener_), _a_s-s_entiment_, _a_s-s_ermenté_, _a_ss_ertion_, _a_s-s_ervir_, _a_s-s_idu_ et _a_s-s_iduité_, _a_s-s_igner_ et _a_s-s_ignation_, _a_s-s_ombrir_, _a_s-s_omption_, _a_s-s_onance_, _a_s-s_ourdir_, _a_s-s_ouvir_ et _a_s-s_umer_. Mais pas plus dans ceux-là que dans les autres, il n’est indispensable de prononcer deux _s_.
2º Au contraire, le préfixe =_dis-_= étant expressément un préfixe savant, les composés font entendre généralement deux _s_. Il n’y a d’exception incontestable que pour _di_(s)s_iper_ et ses dérivés et _di_(s)s_oudre_[802]; mais on fera bien de prononcer aussi avec un seul _s_ _di_(s)s_olu_[803], _di_(s)s_erter_ et _di_(s)s_ertation_, _di_(s)s_imuler_ et _di_(s)s_imulation_[804], voire même _di_(s)s_éminer_, _di_(s)s_ension_ ou _di_(s)s_entiment_, ces mots étant d’un usage fort général[805].
3º Aux préfixes _as-_ et _dis-_ on peut ajouter =_intus-_= et =_trans-_=, dans _intu_s-s_usception_, _tran_s-s_udation_ ou _tran_s-s_ubstantiation_.
4º Il n’y a plus qu’un certain nombre de mots plus ou moins savants où l’on prononce deux _s_: _a_s-s_a fœtida_, _pa_s-s_ible_ et _impa_s-s_ible_, _pa_s-s_if_ et ses dérivés (sauf en grammaire) et _pa_s-s_iflore_, _cla_s-s_ification_ et quelquefois _cla_s-s_ique_, et aussi _jura_s-s_ique_[806];--_te_s-s_ère_ et _pe_s-s_aire_, _e_s-s_ence_ (au sens figuré) et ses dérivés, _ince_s-s_ible_ et _immarce_s-s_ible_, et les composés en _pre_s-s_ible_; _congre_s-s_iste_ et _progre_s-s_iste_, qui, avec _proce_s-s_us_, réagissent sur _progre_s-s_if_, _proce_s-s_if_ et quelques mots _en-essif_; _me_s-s_idor_, _se_s-s_ile_, _pe_s-s_imiste_ et _pe_s-s_imisme_, et au besoin _e_s-s_ouflé_ ou _e_s-s_aimer_;--les mots en _i_s-s_ible_ et leurs dérivés, et, si l’on veut, les mots en _i_s-s_ime_ et _i_s-s_imo_, avec _commi_s-s_oire_, _fi_s-s_ipare_ et _fi_s-s_ipède_, et _by_s-s_us_, auxquels on joint quelquefois _fi_s-s_ure_ et _bi_s-s_extile_;--enfin _glo_s-s_aire_, _o_s-s_ature_, _o_s-s_ification_, _o_s-s_uaire_ et quelquefois _o_s-s_eux_, avec _fo_s-s_ile_ et _opo_s-s_um_[807].
· · ·
Nous savons que le groupe anglais _=sh=_ équivaut au _ch_ français à toute place: sh_elling_, sh_ocking_ ou sh_ampoing_, _engli_sh, _mackinto_sh ou _stockfi_sh[808]. A la vérité _fa_sh_ion_ se prononçait aussi bien _fazion_ à la française, que _facheune_, à l’anglaise, et de même _fa_sh_ionable_; mais ces deux mots sont tout à fait tombés en désuétude.
C’est aussi au _ch_ français que correspondent le groupe germanique _=sch=_[809], le danois _=sj=_, le polonais _=sz=_ et l’_=s=_ hongrois[810].
T
1º Le T final.
_A la fin des mots_, le =t=, comme l’_s_, en principe ne se prononce pas: _acha_(t), _avoca_(t), _étroi_(t), _bonne_(t), _livre_(t), _tombai_(t), _crédi_(t), _peti_(t), _calico_(t), _tripo_(t), _prévô_(t), _défau_(t), _ragou_(t), _institu_(t), _cha_(t)-_huan_(t), _vacan_(t), _accen_(t), _événemen_(t), _sain_(t), _poin_(t), _fron_(t), _défun_(t), _dépar_(t), _concer_(t), _transpor_(t), _meur_(t), _accour_(t), etc., etc.[811]. Les exceptions sont même beaucoup plus rares que pour l’_s_ parmi les mots proprement français. Naturellement elles affectent surtout des monosyllabes, qui sont en quelque sorte renforcés ou élargis par cette prononciation.
=1º Après= _a_, il n’y a que les adjectifs _fa_t et _ma_t, avec les termes d’échecs _ma_t et _pa_t; _adéqua_(t) et _immédia_(t) n’en sont plus, ni _opia_(t), quoique l’Académie ait encore maintenu le _t_ en 1878.
Il faut ajouter cependant les mots latins, _exea_t, _fia_t, _staba_t, _magnifica_t, _viva_t, qui ne sont pas en voie de se franciser dans la prononciation; on entend bien parfois _des viva_(ts), mais c’est une fâcheuse analogie, amenée sans doute par le pluriel[812].
Après _=oi=_, il n’y a rien, pas plus _doi_(gt) que _adroi_(t) ou _pourvoi_(t). Toutefois, quand _soit_ est employé seul, on fait volontiers sonner le _t_, pour renforcer le mot, comme on l’a déjà vu ailleurs.
=2º Après= _e_, il n’y a que _ne_t, _fre_t et _se_(p)t.
Pour _ne_t, il ne saurait y avoir de discussion[813].
Pour _fre_t, tous les dictionnaires maintiennent _fre_(t). Ils pourraient peut-être se corriger, parce que la marine marchande ignore absolument cette prononciation: or quel est l’usage qui doit prévaloir ici, sinon précisément celui de la marine marchande?
Enfin, pour _se_(p)t, il faut naturellement dire _sè_ devant un pluriel commençant par une consonne: _se_(pt) _sous_, _se_(pt) _cents_, _se_(pt) _mille_[814]. Malheureusement nos cuisinières, marchands et comptables ne connaissent guère d’autre prononciation que _se_(p)t, en toute circonstance, sous le fallacieux prétexte que l’on pourrait confondre _se_(pt) _sous_ et _se_(pt) _cents_ avec _seize sous_ et _seize cents_! Et leur prononciation a passé peu à peu de la cuisine à la salle à manger, du comptoir au salon. Essayons encore de réagir si nous pouvons, mais je crains fort qu’il ne faille bientôt céder sur ce point[815].
A _ne_t, _fre_t et _se_(p)t on fera bien de ne pas ajouter _juille_t, pas plus qu’_alphabe_t, la prononciation du _t_ dans ces mots étant surannée ou dialectale. Quant à _ce_t, il ne s’écrit que devant une voyelle, et nécessairement il se lie.
On prononce naturellement le _t_ dans quelques mots latins ou étrangers: _e_t _cetera_[816], _hic e_t _nunc_, _hic jace_t, _lice_t, _tace_t, _clare_t, et _water-close_t; mais _débe_(t) et _place_(t) sont francisés depuis fort longtemps; _croque_(t), _cricke_(t), _ticke_(t) le sont aussi, et même _pick-pocke_(t), et souvent _water-close_(t)[817].
Après =ai=, il n’y a pas d’exceptions, sauf une tendance très marquée à faire sentir le _t_ du substantif _fait_, au singulier, surtout quand il est final ou accentué: _en fai_t, _au fai_t, _par le fai_t, _voie de fai_t, _voici le fai_t, _il est de fai_t, _je mets en fai_t, _je l’ai pris sur le fai_t, _c’est un fai_t, et même _c’est un fai_t _constant_, _c’est le fai_t _d’un honnête homme_, _le fai_t _de mentir_, _le fai_t _du prince_; mais on ne doit jamais faire sentir le _t_ au pluriel, ni dans _fai_t _divers_, singulier identique au pluriel, ni dans _en fai_t _de_ ou _tout à fai_t.
=3º Après= _i_, le _t_ sonne encore presque toujours dans les mots qui viennent de mots latins en _-itus_ et _-itum_: _coï_t, _introï_t, _obi_t, _bardi_t, _aconi_t, _ri_t (même mot que rite), _prétéri_t, _pruri_t et _transi_t; mais on a cessé généralement de le prononcer dans _subi_(t) aussi bien que dans _gratui_(t). Il en est de même dans _ci-gî_(t). On le prononce encore le plus souvent dans _grani_t, mais _grani_(t) se répand.
On le prononce aussi, naturellement, dans _hui_t, avec la seule restriction, toujours la même, des pluriels commençant par des consonnes: _page hui_t, _in-dix-hui_t, _le hui_t _mai_, et aussi, par liaison, _hui_t _hommes_, mais _hui_(t) _sous_, _hui_(t) _cents_, _hui_(t) _mille_[818].
Enfin il doit toujours sonner dans les mots latins, francisés ou non, dans _accessi_t, _satisfeci_t et même _défici_t, malgré l’usage de quelques personnes, aussi bien que dans _incipi_t, _suffici_t, _explici_t, _exi_t et _affidavi_t, ainsi que dans _voorui_t et _dead-hea_t[819].
4º Après _o_, le _t_ ne sonne plus aujourd’hui que dans _do_t, où il ouvre l’_o_, bien entendu. Cette exception paraît venir de ce que le mot avait autrefois deux formes, un masculin _do_(t) et un féminin _dote_ (cf. _aubépin_ et _aubépine_); le féminin se serait ici conservé avec l’orthographe du masculin. C’est d’ailleurs le seul mot en _-ot_ qui soit féminin. Quoi qu’il en soit, la prononciation _do_(t) est aujourd’hui particulière au sud-ouest[820].
5º Dans les finales _-aut_ et _-ault_, le _t_ ne sonne jamais[821]; pas davantage dans _-eut_, ni dans _-out_ et _-oult_, les mots étrangers, _lock-ou_t, _vermou_t, _knou_t, _raou_t et _stou_t, mais non _racahou_(t).
Surtout il ne doit pas plus sonner dans (a)_oû_(t) que dans _debou_(t), malgré l’usage de quelques provinces[822].
=6º Après= _u_, le _t_ final sonne toujours dans un certain nombre de mots savants: _azimu_t, _cajepu_t, _occipu_t, _sincipu_t et _compu_t, avec _u_t et _capu_t; quelquefois aussi, mais à tort, dans _scorbu_(t) et _précipu_(t); de plus, dans les interjections _chu_t et _zu_t, et dans les monosyllabes _lu_t, _ru_t et _bru_t[823]. La province y ajoute généralement un autre monosyllabe, _bu_t, malgré _débu_(t), mais à Paris on prononce toujours _bu_(t)[824].
=7º Après les voyelles nasales= (les mots en _-ant_ et _-ent_ sont particulièrement innombrables), le _t_ ne sonne pas plus en français qu’après les voyelles orales, même si une autre consonne s’intercale, comme dans _exem_(pt), _vin_(gt), _prom_(pt), _rom_(pt), _corrom_(pt), _interrom_(pt).
Il a longtemps sonné dans _ving_(t), comme sonnaient l’_s_ et l’_x_ de _troi_s et _deu_x, conformément à l’usage de tous les noms de nombre; c’est aussi incorrect aujourd’hui que le serait _cente_ pour _cen_(t), qui ne semble pas avoir jamais été dit. Toutefois le _t_ de _vingt_ sonne encore dans _vin_(g)t _et un_, par liaison, et aussi dans _vin_(g)t-_deux_, _vin_(g)t-_trois_, etc., malgré la consonne qui suit, soit par un souvenir de _vin_(g)_t et deux_, _vin_(g)_t et trois_, où se faisait la liaison, soit plutôt par analogie avec _trente-deux_, _quarante-quatre_, _cinquante-sept_, etc. Mais il ne sonne pas dans _quatre-vin_(gt)_-un_, _-deux_, _-trois_, etc., et cela se comprend: s’il sonnait par exemple dans _quatre-vingt-trois_, ce serait _quatre fois vingt-trois_, et non _quatre fois vingt plus trois_; il y a des siècles que cette distinction a été faite inconsciemment. Il est vrai que tous ces _t_, devant _deux_, deviennent nécessairement des _d_: _vin_d d_eux_; ce n’est pas une raison cependant pour prononcer _vin_(g)te_-deux_[825].
Le _t_ sonne encore dans quelques mots étrangers, comme _can_t ou _pippermin_t[826].
=8º Restent= _les consonnes_. Le _t_ ne sonne pas après un _r_: _écar_(t), _exper_(t), _ressor_(t), _cour_(t), et aussi _heur_(t), où il a longtemps sonné; _spor_(t) lui même est francisé, et _dog-car_(t) à peu près; mais _flir_t garde son _t_, même quand on le francise[827]. En revanche, le _t_ sonne après et avec les consonnes _c_, _l_, _p_, _s_.
Pour les mots en _=-ct=_, nous avons vu plus haut qu’il ne fallait plus excepter que les mots en _=-spect=_, _ami_(ct) et _instin_(ct), mais non _exa_ct, _abje_ct, _verdi_ct, _distri_ct, _succin_ct et _distin_ct, ni aucun autre[828].
Les mots en _=lt=_ ne sont pas des mots français: _cobal_t, _mal_t, _smal_t, _spal_t, _vel_dt, _vol_t, sauf le vieux mot _mou_lt, et _indu_lt, où l’orthographe a rétabli la prononciation disparue de _lt_[829].
Si des mots en _=pt=_ nous éliminons _se_(p)t, examiné tout à l’heure, où le _p_ ne sonne pas, et les mots en _-empt_ et _-ompt_, où ne sonnent ni _p_ ni _t_, il reste trois ou quatre mots savants où les deux consonnes se prononcent: _ra_pt, qui a longtemps flotté, _conce_pt, _transe_pt et _abru_pt[830].
Le groupe final _=st=_ se prononce dans quelques mots, la plupart étrangers: _ha_st (armes d’), _balla_st, _to_(a)st, _e_st et _oue_st, _le_st, _zi_st et _ze_st, _whi_st, _o_st et souvent _compo_st. Il est muet dans le verbe _e_(st)[831].
Ajoutons pour terminer que l’_h_ après le _t_ final, qui d’ailleurs est toujours d’origine étrangère, ne change rien en français au son du _t_; mais naturellement le _t_ suivi d’un _h_ se prononce toujours: _feldspa_th, _ane_th, _zéni_th, _mammou_th, _lu_th et _bismu_th[832].
2º Le T intérieur et le groupe TI.
_Dans le corps des mots_, le _=t=_ se maintient difficilement entre deux consonnes, si la dernière n’est pas un _r_, comme dans _as_t_ral_. Aussi est-il devenu muet dans _as_(th)_me_ et _as_(th)_matique_, _is_(th)_me_ et _is_(th)_mique_, et même _pos_(t-s)_criptum_ et parfois _pos_(t)_dater_: c’est toujours la répugnance du français à prononcer trois consonnes consécutives qui ne s’accommodent pas ensemble, et c’est ordinairement celle du milieu qui est alors écrasée entre les autres, à moins qu’elle ne soit un _s_[833].
Dans les mots en _=-iste=_, comme dans les mots en _=isme=_, le peuple laisse volontiers tomber la syllabe finale: _artis_(te), _anarchis_(te). Il dit de même _prétex_(te) ou _insec_(te): paresse de langage, qu’il faut éviter.
L’_h_ ne change rien au _t_, bien entendu: t(h)_éâtre_, t(h)_on_, t(h)_ym_, _at_(h)_ée_, _got_(h)_ique_, etc.
· · ·
Mais la question la plus intéressante concernant le _t_ intérieur est celle de son traitement devant l’_i_ suivi d’une voyelle.
La règle générale n’est pas douteuse: _Devant un_ i _suivi d’une autre voyelle_, _le_ t _prend le son de l’_s _dur_[834].
Cette règle s’applique notamment à la plupart des mots en _=-tie=_ et _=-tien=_, à presque tous les mots en _=-tiaire=_, _=-tiel=_, _=-tieux=_, _=-tion=_, avec tous leurs dérivés, et à une foule d’autres mots: _supréma_t_ie_, _iner_t_ie_, _béo_t_ien_, _ter_t_iaire_, _torren_t_iel_, _ambi_t_ieux_, _na_t_ion_, _na_t_ional_, etc., et aussi bien _nup_t_ial_, _gen_t_iane_, _spar_t_iate_, _pa_t_ient_, _pa_t_ience_, _sa_t_iété_, _pé_t_iole_, etc., etc.[835]
En réalité cette prononciation nous vient tout simplement de la prononciation adoptée depuis des siècles, à tort ou à raison, pour le latin[836]. Aussi appartient-elle essentiellement à des mots d’origine savante, tandis que les mots d’origine populaire conservent en principe le son normal du _t_, notamment quand l’_i_ fait diphtongue étymologiquement avec un _e_, comme dans _pi_t_ié_.
On peut dire pourtant que la prononciation sifflante est la règle générale, d’abord parce que les mots de formation savante sont les plus nombreux, ensuite parce que les mots nouveaux ont ordinairement suivi l’analogie des précédents, et que les mots isolés qui sont restés en dehors de la règle tendent souvent à s’y soumettre. On constate même ce phénomène curieux d’une prononciation d’origine savante devenant populaire, et altérant par cela même d’autres mots savants, faute de pouvoir altérer les mots les plus usités.
J’ajoute qu’il est plus facile d’énumérer les exceptions que les cas où la règle s’applique, ainsi qu’on le fait parfois, non sans beaucoup d’omissions.
Les exceptions sont d’ailleurs nombreuses, et il y en a de toutes les sortes. On se rappelle la réponse de Nodier à Dupaty, qui prétendait qu’_entre deux_ =_i_= le _t_ avait toujours le son de l’_s_: «La règle est sans exceptions,» répondait-il à Nodier. Et Nodier de répliquer, du tac au tac: «Mon cher confrère, prenez _picié_ de mon ignorance, et faites-moi l’_amicié_ de me répéter seulement la _moicié_ de ce que vous venez de dire.» Ceci se passait à l’Académie, où l’on peut croire que les rieurs ne furent pas pour Dupaty. Mais ce n’était là qu’un exemple, et il y a d’autres exceptions même entre deux _i_, sans compter les autres combinaisons, qui sont multiples[837].
I.--Il y a d’abord deux catégories de mots qu’il faut éliminer, parce que la prononciation sifflante est impossible ou à peu près. Ce sont:
1º _Tous les mots dans lesquels le =t= est déjà précédé d’une sifflante_, _s_ ou _x_, ce qui empêche absolument le _t_ de s’altérer, aussi bien en latin qu’en français: _bas_t_ion_, _ques_t_ion_, _immix_t_ion_ (une douzaine de mots en =_-tion_=); _dynas_t_ie_, _modes_t_ie_, _amnis_t_ie_ (une douzaine de mots en =_-tie_=); _bes_t_ial_, _bes_t_iole_, _ves_t_iaire_, etc., etc.[838].
A cette catégorie appartiennent aussi _é_t_iage_, _châ_t_ier_ et _chré_t_ien_ avec sa famille, autrefois _e_st_iage_, _cha_st_ier_ et _chre_st_ien_.
2º _Tous les imparfaits et subjonctifs présents_, où le _t_ ne peut pas changer le son qu’il a dans les autres formes: _é_t_ais_, _é_t_ions_, _é_t_iez_, _por_t_ais_, _por_t_ions_, _por_t_iez_, que nous _men_t_ions_, que vous _men_t_iez_, etc.[839].
De plus, pour le même motif, les participes féminins des verbes en _tir_: _sor_t_i_, _sor_t_ie_, _anéan_t_i_, _anéan_t_ie_, etc., avec les substantifs de formation française dérivés des mêmes verbes: _rô_t_ie_, _garan_t_ie_, _par_t_ie_, _sor_t_ie_, et le féminin d’_appren_t_i_[840].
II.--Voici maintenant toute la collection des _mots d’origine populaire où =-ti-= est suivi d’un_ e, _et où le groupe =ie= est une diphtongue étymologique_, le latin ayant à la place une voyelle unique, devant laquelle le _t_ n’a pas pu s’altérer. Ce sont:
1º Les trois substantifs en =_-tié_=: _pi_t_ié_, _moi_t_ié_, _ami_t_ié_, avec _inimi_t_ié_[841];
2º Les adjectifs et substantifs en =_-tier_= ou =_-tière_=, à suffixe _-ier_, féminin _-ière_, comme _en_t_ier_ ou _héri_t_ier_, _jarre_t_ière_ ou _taba_t_ière_: ils sont près de deux cents[842];
3º Les mots qui ont le suffixe =_-ième_=, à savoir _sep_t_ième_, _hui_t_ième_, _ving_t_ième_, etc., avec _quan_t_ième_ ou _pénul_t_ième_[843];
4º Les formes verbales de _tenir_ et ses composés, t_ient_ ou _con_t_ient_, _dé_t_iendra_ on _main_t_iendrait_, avec les dérivés _entre_t_ien_, _main_t_ien_, _sou_t_ien_[844];
5º Enfin les mots t_iède_, t_iers_ et t_ien_, où le _t_ est initial, et _an_t_ienne_, où il ne l’est pas[845].
III.--Il y a encore un certain nombre de mots d’origines diverses.
1º Voici d’abord trois mots en =_-tie_=: _or_t_ie_, d’origine populaire[846]; _so_t_ie_, dérivé populaire de _sot_, qui avait deux _t_ autrefois comme _sottise_, et qui a gardé sa prononciation en devenant savant; enfin _tu_t_ie_, qui ne vient pas du latin[847].
_Épizoo_t_ie_ est encore flottant[848].
2º Voici quelques mots plus ou moins savants, où =_ti-_= a résisté à l’analogie et a gardé la prononciation du grec: d’abord _éléphan_t_iasis_ ou _é_t_iologie_, sans compter _tiare_; d’autre part tous les mots où le _t_ est séparé de l’_i_ par un _h_, ce _th_ étant grec: _sympa_t(h)_ie_, _py_t(h)_ie_, _corin_t(h)_ien_; de sorte qu’ici non seulement l’_h_ ne change rien au _t_, mais aide à le conserver intact[849].
Pourtant la tendance générale est telle que le mot _chrestoma_t(h)_ie_ a été fortement altéré et l’est encore assez généralement; mais la prononciation correcte de ce mot savant, qui n’est pas latin, est _tie_ et non _cie_, et les jeunes professeurs commencent à la restaurer.
3º Il y a encore les mots qui ont un préfixe en =_-ti_=, à savoir: d’une part le mot _cen_ti_are_, qui a gardé devant le mot _are_ la prononciation uniforme du préfixe _centi-_, quoiqu’une diphtongue s’y soit formée dès le principe; d’autre part les mots commençant par le préfixe _anti-_, comme _an_ti_alcoolisme_, où il n’y a point de diphtongue.
4º Restent quelques mots populaires d’origine inconnue: _galima_t_ias_, qu’une étymologie fantaisiste a rattaché à _Ma_th_ias_; _é_t_ioler_, _é_t_iolement_, qui se rattachent peut-être à _é_t_eule_; et aussi l’espagnol _pa_t_io_[850].
Cette énumération, qu’on trouvera ici pour la première fois, fut longue sans doute, mais celle des mots où le _t_ est sifflant l’eût été davantage, et peut-être même impossible, en tout cas beaucoup plus difficile à classer méthodiquement[851].
3º Le T double.
Le _=t= double_ se prononce encore simple assez généralement, et autrefois il n’y avait point d’exception.
Parmi les mots commençant par =_att-_=, qui sont fort nombreux, il n’y a guère qu’_a_t-t_ique_ et _a_t-t_icisme_ où l’on soit à peu près obligé de prononcer deux _t_[852]; mais il faut avouer que cette prononciation commence à atteindre fortement beaucoup d’autres mots où elle ne s’impose nullement, comme _a_t-t_enter_, _a_t-t_entif_, _a_t-t_énuer_, _a_t-t_errer_, _a_t-t_ester_, _a_t-t_iédir_, _a_t-t_itré_, _a_t-t_itude_, _a_t-t_ouchement_, _a_t-t_raction_, _a_t-t_ributif_, _a_t-t_rister_, _a_t-t_rition_.
Cette prononciation est plus correcte dans _ba_t-t_ologie_, _intermi_t-t_ent_ et _intermi_t-t_ence_, _commi_t-t_imus_ et _commi_t-t_itur_, _gu_t-t_ural_ et _gu_t-t_a-percha_; mais elle atteint aussi depuis plus d’un siècle d’autres mots, comme _sagi_t-t_aire_, _li_t-t_éraire_, _li_t-t_éral_, _li_t-t_érature_, _li_t-t_oral_ et _pi_t-t_oresque_.
Elle est d’ailleurs légitime dans les mots qui viennent de l’italien, où les deux consonnes se prononcent régulièrement: _conce_t-t_i_, _vende_t-t_a_, _je_t-t_atura_, _dile_t-t_ante_, _libre_t-t_o_ et _libre_t-t_iste_, _grupe_t-t_o_, _tu_t-t_i_ et _so_t-t_o voce_, et aussi dans _gu_t-t_a-percha_. Mais on ne prononce plus qu’un _t_ généralement dans _ghe_(t)t_o_ et _confe_(t)t_i_, qui se sont popularisés, souvent aussi dans _larghe_(t)t_o_[853].
On ne prononce jamais qu’un _t_ dans _sco_(t)t_ish_[854].
V et W.
Le =_v_= s’appelait autrefois =_u_= consonne, et ne se distinguait pas typographiquement de l’_u_[855].
Du _v_ simple il n’y a rien à dire, sinon qu’il faut éviter de le supprimer devant _oi_, et de dire (v)_oiture_, (v)_oilà_, _la_(v)_oir_, au _r_(ev)_oir_[856].
Le =_v_= allemand se prononce =_f_=; mais cela ne nous intéresse guère que pour les noms propres non francisés[857].
Le _v_ a aussi le son de l’_f_ à la fin des noms slaves, surtout après un _o_, où il est souvent double[858].
Le =_w_= n’est pas français. Mais le _w_ germanique se prononce comme le _v_ français, ainsi que celui du polonais _redo_w_a_[859].
Le =_w_= anglais demande plus d’attention.
En principe, devant une voyelle, il a le son de la semi-voyelle _ou_: w_ater-closet_ ou w_aterproof_, w_attman_, w_arf_, w_hist_, w_hig_, w_isky_, w_ig_w_am_, w_orkhouse_, _s_w_ell_, _tram_w_ay_, _rail_w_ay_, _sand_w_ich_[860]. Mais quand il se francise, c’est presque toujours en _v_; ainsi il est complètement francisé en _v_ dans w_agon_ et ses dérivés, à peu près dans w_arrant_ et ses dérivés, souvent aussi dans w_aterproof_, quoiqu’on ne francise pas _oo_, et dans w_ater-closet_ ou w_attman_. S’il s’est francisé définitivement en _ou_ dans w_hist_, c’est parce que le mot ne s’est pas répandu dans le peuple; mais _tram_w_ay_ a beaucoup de peine à se franciser tout à fait avec le son _ou_, qui pourtant semble l’emporter[861].
Nous avons réduit _aw_ à _au_ dans _outl_aw, _l_aw_n-tennis_, _tomah_aw_k_, _dr_aw_back_[862].
Nous avons accepté pour l’anglais _ew_ la prononciation _iou_; ainsi pour _mild_ew, qui eut la chance d’être appris par l’oreille et non par l’œil; mais nous l’écrivons beaucoup mieux _mildiou_, comme il convient. _Intervi_ew se prononce indifféremment _viev_ ou _viou_, et le premier finira sans doute par s’imposer, ne fût-ce qu’à cause du dérivé _intervi_ew_er_, pour lequel la prononciation _viou-ver_ est assez ridicule[863].
L’anglais _ow_ se prononce comme _o_ fermé dans _b_o(w)-_wind_o(w), _r_o(w)_ing_, _arr_o(w)-_root_, _sn_o(w)-_boot_, et quelquefois _co_(w)-_boy_ (pour _caouboï_); d’autre part nous réduisons facilement _ow_ à _ou_ dans _cl_ow_n_, _teag_ow_n_, _c_ow_pox_ ou _br_ow_ning_[864].
X et Z
1º L’X final.
_A la fin des mots français_, l’=_x_= n’est plus généralement qu’un signe orthographique qui tient simplement la place d’un _s_[865]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que l’_s_ du pluriel, notamment après _u_, dans tous les mots en _-aux_, _-eux_, _-oux_, au singulier comme au pluriel: _fau_(x), _veau_(x), _aïeu_(x), _heureu_(x), _dou_(x), _genou_(x), etc., etc.[866]. Il n’y a même pour ceux-là aucune exception, pas même pour _deu_(x), dont l’_x_ s’est amui, comme l’_s_ de _troi_(s), quoiqu’il se soit conservé dans _six_ et _dix_, dont nous allons parler[867].
L’_x_ final ne se prononce pas davantage dans _pai_(x), _fai_(x) et ses composés, ni dans les mots en _-oix_[868].
Il ne se prononce pas non plus dans _pri_(x), _perdri_(x) et _crucifi_(x), ni dans _flu_(x), _reflu_(x), _influ_(x)[869].
On vient de voir que l’_x_ final se prononce par exception dans les noms de nombre _six_ et _dix_, comme se prononcent les consonnes finales de _cin_q, _sep_t, _hui_t, _neu_f; mais ceci demande des explications.
D’abord cet _x_ devrait s’écrire _s_, comme autrefois, car il a conservé ici le son de la langue vulgaire, où il a toujours sonné comme un _s_: _j’en ai si_x, _page di_x, _Charles di_x, _le si_x _mai_, _le di_x _août_.
En second lieu, il faut excepter, bien entendu, suivant la règle des adjectifs numéraux, les cas où _six_ et _dix_ sont suivis d’un pluriel commençant par une consonne: _di_(x) _francs_, _si_(x) _sous_, _si_(x) _cents_, _di_(x) _mille_[870].
Mais d’autre part, si le pluriel commence par une voyelle, ce n’est encore pas le son normal de l’_s_ qu’on entend; car il se produit alors simplement un phénomène de liaison, d’où il résulte que l’_s_ est doux[871]. De là la différence qu’il y a entre _si_x _hommes_ (si-zom) et _si_x _avril_ (si-savril): le nom du mois n’étant pas multiplié, _dix_ et _six_ se prononcent _dis_ et _sis_ devant _avril_, _août_, _octobre_, comme devant _mai_, _juin_ ou _septembre_. A vrai dire, on prononce souvent _si zavril_ comme _si zhommes_, comme on dit aussi _entre si zet huit_, mais ce sont des abus de liaison; au pis aller, pour _si_x _et huit_, on peut choisir entre le son dur et le son doux, tandis que pour _si_x _hommes_ on n’a pas le choix: l’_s_ est nécessairement doux.
On fait aussi la liaison par analogie, et quoiqu’il n’y ait pas multiplication, dans _dix-huit_ (dizuite) et ses dérivés.
Par analogie avec _di_x_-huit_, on prononce également un _s_ doux dans _di_x_-neuf_, comme on prononce le _t_ dans _ving_t_-quatre_ ou _ving_t_-neuf_.
Dans _di_x_-sept_, l’_x_ garde le son de l’_s_ dur à cause de l’autre _s_ qui suit: _dis-sète_; d’ailleurs, quand on parle vite, on dit facilement _di-sète_, l’_s_ double se réduisant à un, comme dans tous les mots populaires[872].
On prononce de même avec un _s_ dur les termes de musique _si_x_-quatre_ ou _si_x_-huit_, quoiqu’il y ait multiplication, parce qu’en réalité ce n’est pas _quatre_ et _huit_ qui sont multipliés, mais seulement les notes représentées par ces chiffres, de sorte que les deux chiffres qui indiquent la mesure restent toujours distincts; _sizuit_ est donc encore un abus de liaison, d’ailleurs très tolérable.
· · ·
Comme _six_ et _dix_, _coccy_x se prononce avec un _s_ simple, au moins par euphonie[873].
· · ·
En dehors de _six_, _dix_ et _coccyx_, quand l’_x_ final se prononce, il se prononce _cs_. Mais cela n’a lieu que dans des mots grecs, latins ou étrangers, comme _inde_x, _sile_x ou _sphin_x[874].
2º L’X intérieur.
_Dans le corps des mots_, l’_x_ se prononce en principe _cs_ devant une voyelle comme devant une consonne: d’abord dans les finales muettes, _a_x_e_, _ri_x_e_, _se_x_e_[875]; et aussi bien dans _la_x_atif_, _a_x_iome_ ou _ma_x_ime_, _le_x_ique_ ou _se_x_uel_, _fi_x_er_ ou _lu_x_ure_, comme dans _te_x_tuel_, _bisse_x_til_ ou _mi_x_ture_[876].
Mais en réalité tous ces mots sont des mots d’emprunt, et il en reste beaucoup d’autres où l’_x_ ne se prononce pas ou pas toujours _cs_[877].
D’abord nous retrouvons l’_s_ dur simple de la prononciation populaire dans _soi_x_ante_ et ses dérivés, où l’_x_ étymologique a été rétabli après coup, comme dans _six_ et _dix_[878].
Nous retrouvons aussi l’_s_ doux de la simple liaison dans les dérivés de _deux_, _six_ et _dix_: _deu_x_ième_, _di_x_ième_, _si_x_ième_, _si_x_ain_ se prononcent comme _deu_(x) _hommes_ ou _si_(x) _hommes_[879].
· · ·
Mais surtout les mots qui commencent par =_ex_= ou =_x_= demandent un examen spécial.
On notera en premier lieu que devant une consonne sifflante, c’est-à-dire devant =_ce_= ou =_ci_= ou devant un =_s_=, la seconde partie de l’_x_ se confondant nécessairement avec le son qui suit, le son _ecs_ se trouve réduit à _ec_: _e_c-c_ellent_, _e_c-c_entrique_ ou _e_c-s_angue_[880].
Au contraire, devant une consonne non sifflante, on a une tendance naturelle, quand on parle vite, et même sans cela chez le peuple, à réduire _ecs_, non à _ec_, mais à _es_: _e_s_trême_, _e_s_cuse_, _e_s_press_[881].
Cette tendance doit être combattue en général, notamment quand il n’y a qu’une consonne, comme dans _e_s_cuse_, autrefois correct. Elle est plus admissible dans les mots commençant par _excl-_ ou _excr-_, comme _e_x_clamation_ ou _e_x_crément_, mais là même elle est familière et médiocrement correcte[882].
· · ·
D’autre part et surtout, devant une voyelle, _ex-_ initial (ou _hex-_) s’adoucit régulièrement en _egz_. Par exemple: _e_x_alter_, _e_x_haler_, _e_x_écuter_, _e_x_iger_, _e_x_otique_, _e_x_ubérant_, _he_x_amètre_, etc., et, par suite, _ine_x_igible_ ou _ine_x_act_; il faut y ajouter _se_x_agénaire_ et _se_x_agésime_, et peut-être aussi _se_x_ennal_[883]. Seuls _e_x_écration_ et _e_x_écrable_ sont très souvent prononcés avec _cs_, par emphase.
Cette tendance à adoucir l’_x_ après l’_e_ initial est si forte qu’elle atteint chez nous jusqu’à la prononciation du latin. On croit même qu’elle a commencé par le latin. En tout cas, il ne nous suffit même pas de dire _e_x_eat_ ou _e_x_ercitus_ avec _gz_: même une expression latine composée comme _e_x _æquo_, qui ne peut guère s’altérer en latin, s’altère en français, où nous la traitons comme un substantif: _un ex æquo_, _des ex æquo_, et par suite comme un mot simple. _E_x _abrupto_ s’altère beaucoup moins souvent[884].
_En tête des mots_, l’_x_ ne garde le son de _cs_ que parce que les mots, d’ailleurs en très petit nombre, sont savants et d’un usage restreint: x_érasie_, x_érophagie_, x_iphoïde_, x_ylographie_; encore devient-il _gz_ très souvent dans x_ylophone_, qui est un peu plus connu[885].
3º Le Z
Le =_z_= _final_, dans les mots proprement français, est dans le même cas que l’_x_: il remplace simplement un _s_, même quand il représente étymologiquement _ts_[886]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que l’_s_ ou l’_x_, notamment dans toutes les secondes personnes du pluriel: _aime_(z), _aimie_(z), _aimerie_(z), etc.
Il ne se prononce pas davantage dans le mot _sonne_(z), qui est en réalité un impératif, ni dans les substantifs _ne_(z) et _bie_(z), disparu devant _bief_, ni dans l’adverbe _asse_(z) et les prépositions _che_(z) et _re_(z), de _re_(z)_-de-chaussée_[887].
On voit que le _z_ final muet suit généralement un _e_; mais le _z_ ne se prononce pas davantage dans _ra_(z) _de marée_, ni dans _ri_(z); et si, en France, on le prononce ordinairement dans _ran_z _des vaches_, en Suisse on prononce _ran_, et on doit y savoir comment ce mot se prononce[888].
Le _z_ final se prononce dans _ga_z et dans _fe_z; mais ce sont des mots étrangers[889].
Le _z_ final allemand, avec ou sans _t_ devant, se prononce _ts_: _quar_tz, _kronprin_z[890].
Et même _tz_ après _l_ se réduisent le plus souvent à un _s_: _eau de sel_(t)z[891].
On n’entend également qu’un _s_ dans _ruol_z.
_Dans le corps ou en tête des mots_, le _z_ français a toujours le son d’un _s_ doux devant une voyelle: z_èle_, z_one_, _bron_z_é_, _topa_z_e_, _ri_z_ière_, etc.
Il en est de même du =_z_=, simple ou double, des mots étrangers, quand nous les francisons: _la_z_arone_, _scher_z_o_, _pou_(z)z_olane_, _mue_(z)z_in_, souvent aussi _ra_(z)z_ia_ ou _la_(z)z_i_[892].
Quand nous ne francisons pas les mots étrangers, le _z_ allemand se prononce _ts_[893].
Le _z_ italien, simple ou double, se prononce quelquefois aussi _ts_, comme dans _gra_z_ioso_, plus souvent _dz_: _pia_zz_a_, _pia_zz_etta_, _la_zz_i_, _me_zz_o_, _me_zz_anine_, _pi_zz_icati_[894].
L’espagnol _pla_z_a_ se prononce _plaça_.
RÉCAPITULATION DES CONSONNES
On vient de voir de quelles manières différentes peuvent se prononcer à l’occasion les mêmes lettres, sans compter les cas où elles ne se prononcent pas du tout. Nous allons, pour récapituler ce chapitre, faire rapidement l’inverse, et montrer de combien de manières s’écrit chez nous chacun des sons que nous employons.
On a déjà vu les innombrables graphies des voyelles nasales; ceci achèvera de faire admirer comme il convient la logique de notre orthographe. Cette fois nous suivrons l’ordre rationnel qui est sans inconvénients.
Parmi les _explosives_, les _labiales_ =b= et =p= et les _dentales_ =_d_= et =_t_= se bornent à pouvoir s’écrire simples ou doubles, tout en se prononçant simples: _ha_b_it_ et _a_bb_é_, _râ_p_er_ et _a_pp_el_, _a_d_ieu_ et _a_dd_ition_, _bâ_t_ir_ et _ba_tt_re_. Elles peuvent aussi s’interchanger: _a_b_sent_ devient _a_p_sent_ et _mé_d_ecine_ devient _me_t_sine_. Tout cela est peu de chose et, si le reste y ressemblait, notre orthographe serait une pure merveille[895].
Mais pour les _gutturales_, c’est une autre affaire: la gutturale forte ou sourde s’écrit _c_ dans _ra_c_onter_, _cc_ dans _a_cc_ord_, _ch_ dans ch_rétien_, _k_ dans k_épi_, _ck_ dans _bo_ck, _kh_ dans kh_édive_, _q_ dans _co_q, _qu_ dans qu_atre_, _cq_ dans _Ja_cq_ues_, _cqu_ dans _be_cqu_eter_, _x_ dans _e_x_cès_ ou X_érès_, et même _g_ dans _Bour_g, sans compter qu’elle fait ordinairement la moitié de l’_x_; la gutturale douce ou sonore s’écrit _g_ dans g_rave_, _gg_ dans _a_gg_raver_, _gu_ dans gu_eule_, _gh_ dans gh_etto_, _c_ dans _se_c_ond_, parfois même _ch_ dans _dra_ch_me_, ou _qu_ dans _a_qu_educ_, et fait la moitié de l’_x_ dans _e_x_emple_.
De même, parmi les _spirantes_, nous retrouvons un peu plus de simplicité dans les _fricatives_ et les _chuintantes_: les fortes s’écrivent seulement de quatre manières: _f_, _ff_, _ph_ ou _v_, et _ch_, _sh_, _sch_ ou _j_: f_ait_, _e_ff_et_, ph_are_, _crè_(v)e_-cœur_, et ch_at_, sh_ako_, sch_isme_, _re_j(e)_ter_; les douces n’en ont que trois: _v_, _w_ ou _f_, et _j_, _g_ ou _ge_: v_ague_, w_agon_, _neu_f _ans_, et _en_j_ôler_, _rou_g_ir_, g_eôle_, sans compter _ta_ch(e) _de vin_.
Mais les _sifflantes_ se rattrapent: la forte s’écrit _s_ dans s_el_, _ss_ dans _a_ss_ez_, _c_ dans c_e_c_i_, _ç_ dans _re_ç_u_, _sc_ dans sc_ie_, _t_ dans _pa_t_ience_, _x_ dans _soi_x_ante_, _z_ dans _quart_z, sans compter qu’elle fait presque toujours la seconde moitié de l’_x_, quand l’_x_ se prononce, et aussi la seconde moitié du _z_, quand on le prononce _ts_; la douce s’écrit _z_ dans z_èle_, _zz_ dans _pou_zz_olane_, _s_ dans _rai_s_on_, _x_ dans _deu_x_ième_, et fait la seconde moitié de l’_x_ dans _e_x_emple_.
Les sons de =l=, =m=, =n=, =r= se bornent à s’écrire par une lettre ou par deux; _r_ devient aussi _rh_ dans rh_um_.
Enfin =l= mouillé s’écrit _ll_ dans _bi_ll_e_, _ill_ dans _pa_ill_e_, _l_ simple dans _genti_l_homme_, _lh_ dans _Mi_lh_au_, _gli_ dans _Bro_gli_e_. L’_n_ mouillé se contente de _gn_ dans _a_gn_eau_ ou _ign_ dans _o_ign_on_, et au besoin _ni_ dans _pa_ni_er_, sans parler de _ñ_ dans _do_ñ_a_.
Assurément, dans cette multiplicité de signes employés un peu partout pour les mêmes sons (et j’en ai peut-être oublié), il y en a beaucoup qui ne peuvent pas être évités. D’autres ne sont pas gênants. Mais on conviendra qu’une certaine simplification ne ferait de mal à personne et que _la langue_ surtout s’en porterait beaucoup mieux, étant soustraite ainsi à de graves dangers d’altération.
Les langues doivent s’altérer, ou, si l’on aime mieux, évoluer avec les siècles, c’est fatal; mais en vérité est-ce le rôle des meilleurs écrivains de les y aider en s’obstinant à défendre une prétendue _ortho_graphe, qui serait la plus ridicule du monde, si la primauté sur ce point n’appartenait à l’anglaise?
LES LIAISONS
Quelques considérations préliminaires.
Au début du XVIᵉ siècle, toutes les consonnes finales se prononçaient partout, sauf devant un mot commençant par une consonne, quand les deux mots étaient liés par le sens[896].
Au contraire, à partir du XVIIᵉ siècle, les consonnes ont généralement cessé peu à peu de se prononcer dans l’usage ordinaire, sauf devant une voyelle (ou un _h_ muet), quand les mots étaient intimement liés par le sens. Je dis _dans l’usage ordinaire_, parce que les consonnes sont tombées beaucoup moins vite dans la prononciation oratoire et dans celle des vers, surtout à la rime. D’ailleurs, même dans l’usage courant, les consonnes ne sont pas tombées dans _tous_ les mots. D’autre part, beaucoup de consonnes tombées ont reparu et reparaissent encore grâce à l’orthographe: ne faut-il pas parler comme on écrit? Mais alors c’est tout ou rien: ou bien la consonne se prononce toujours, ou bien elle ne se prononce jamais.
Il y a pourtant des consonnes qui ont continué a se prononcer seulement devant une voyelle, _dans certains cas_: ce qui reste de cette prononciation, c’est ce qu’on appelle communément _liaison_. La consonne finale ainsi prononcée sert phonétiquement d’initiale au mot suivant[897].
Les liaisons sont encore très usitées en vers, d’abord parce que la poésie est essentiellement traditionnaliste, ensuite parce qu’en vers elles ont pour but et pour effet d’empêcher l’hiatus, que la plupart des poètes évitent encore avec soin. Aussi n’est-il pas impossible que la poésie devienne un jour comme le Conservatoire ou le Musée des liaisons; elle les conserverait comme elle conserve tant d’autres choses surannées, en prosodie, en vocabulaire, en syntaxe.
Dans la prose, et surtout dans la conversation ordinaire, on en fait infiniment moins. Un certain nombre pourtant sont encore obligatoires. D’autres seraient ridicules ailleurs qu’en vers.
D’ailleurs un grand nombre de liaisons sont facultatives et dépendent souvent du goût de chacun. Mais elles dépendent encore davantage des circonstances: il est évident qu’on en fait plus en lisant qu’en parlant, parce qu’en lisant on recherche la correction du langage, tandis qu’en parlant on ne cherche qu’à se faire comprendre avec le moins d’effort possible; on en fait plus aussi dans un discours suivi, pour le même motif, que dans une conversation familière.
D’une façon générale, les professeurs en font plus que les gens du monde, à cause de l’habitude qu’ils en ont; les instituteurs en font trop, non pas tant peut-être en parlant qu’en enseignant à lire, car ils ne savent pas toujours que, même en lisant, il y en a qu’on ne fait pas.
Mais les acteurs surtout en abusent étrangement, soit sous prétexte de correction, soit parce qu’ils s’imaginent qu’ils se font mieux comprendre, et cela à la Comédie-Française comme ailleurs, plus qu’ailleurs, hélas! et dans la comédie en prose aussi bien que dans la tragédie. Pourtant ils devraient comprendre que, dans la comédie, un personnage qui ne parle pas comme tout le monde est ridicule; et la tragédie même, comme tout théâtre en vers, est assez artificielle par elle-même pour qu’on n’y ajoute pas encore des artifices surannés, quand il n’y a pas nécessité[898].
· · ·
Avant d’entrer dans le détail des liaisons, nous indiquerons quelques règles générales.
On sait déjà que la liaison est interdite (aussi bien que l’élision, car les deux vont presque toujours ensemble) devant un _h aspiré_. Elle l’est également dans d’autres cas dont voici l’énumération[899]:
1º Devant les noms de nombre _un_ et _onze_: _les numéro_(s) _un et deux_, _sur le_(s) _une heure_[900]; _no_(s) _onze enfants_, _aprè_(s) _onze heures_, _Loui_(s) _onze_; et, quoiqu’on dise régulièrement _il es_(t) t_onze heures_, avec liaison, cas spécial, on dira pourtant _ils étai_(ent) _onze_ ou _ils son_(t) _onze_[901];
2º Devant l’adverbe _oui_: _je di_(s) _oui_; _pour un oui, pour un non_[902];
3º Devant les interjections: _ce_(s) _ah!_ _ce_(s) _oh!_ et en général quand on cite un mot isolé, qu’on isole précisément en ne liant pas[903];
4º Devant _uhlan_, et devant les mots commençant par un _y_ grec suivi d’une voyelle, parce que cet _y_ fait alors fonction de semi-voyelle: _de_(s) _uhlans_, _de_(s) _yachts_, _de_(s) _youyous_.
De plus il ne peut y avoir de liaison qu’entre des mots liés par le sens, parfois même très étroitement. Il ne saurait donc y avoir de liaison, en principe, même dans la lecture, par-dessus un signe de ponctuation.
Il va sans dire aussi que les liaisons, étant conservées, en principe, dans une intention d’harmonie, et notamment pour éviter les hiatus, ne sauraient être maintenues dans les cas où elles produisent à l’oreille un son plus désagréable que ne serait l’absence de liaison.
En outre, il n’y a plus aujourd’hui de liaison proprement dite pour les quatre liquides grecques, _l_, _m_, _n_, _r_, sauf d’une part le cas des nasales, qui sera étudié spécialement, et d’autre part trois ou quatre adjectifs en _-ier_, surtout _premier_ et _dernier_, quand ils sont devant un substantif, suivant une loi que nous étudierons plus loin: _premie_(r) r_acte_, _dernie_(r) r_acte_. Il y a bien encore les infinitifs en _-er_, mais ils se lient de moins en moins en prose, sauf la prose oratoire, et cette liaison sera bientôt réservée exclusivement à la poésie[904]. Même _laisse_(r)_-aller_ ne se lie pas.
On se rappelle qu’ici, en cas de liaison, l’_e_ s’ouvre à demi, comme dans _premier_ et _dernier_: _mangè_(r) r_avec plaisir_, _donnè_(r) r_aux pauvres_, etc.[905].
Ces cas étant éliminés, il ne reste plus que les _muettes_ et les _spirantes_.
Enfin, tandis que les consonnes finales qui se prononcent toujours gardent aujourd’hui devant une voyelle le même son que devant une consonne (_le li_s _est blanc_), au contraire celles qui ne se prononcent qu’en liaison, ou dans des cas limités, peuvent s’altérer, les muettes ne se liant qu’avec le son de la forte, _p_, _k_, _t_, tandis que les spirantes ne se lient en principe qu’avec le son de la douce, _v_ et _z_[906].
LIAISONS DES MUETTES
1º Les labiales et les gutturales.
Les _labiales_ ne se lient pas, sauf le _p_ des adverbes _beaucoup_ et _trop_ devant un participe ou un adjectif, ou devant la préposition _à_. Il y conserve son articulation normale, étant une forte: _il a beaucou_(p) p_appris_, _il y a beaucou_(p) p_à faire_, tandis qu’on ne fait pas de liaison dans _il y a un cou_(p) _à faire_; de même _j’ai tro_(p) p_à dire_, _je suis tro_(p) p_ému_. Encore ces liaisons ne sont-elles pas tout à fait obligatoires dans la conversation, sauf peut-être la dernière, à cause du lien étroit qui est entre les mots.
On dit aussi: _qui tro_(p) p_embrasse mal étreint_, à cause de l’inversion qui appuie _trop_ sur _embrasse_; mais on ne peut plus dire _tro_(p) p_est trop_, et ce n’est guère qu’en vers qu’on peut prononcer _c’est dire beaucou_(p) p_en peu de mots_, ou encore _beaucou_(p) p_ont cru_.
En vers, on peut même encore lier _coup_: _par un cou_(p) p_imprévu_, mais seulement avec un adjectif, et cela prend un air assez archaïque. On ne saurait aller plus loin, et l’on dira toujours, même en vers, un _plom_(b) _assassin_, _un cham_(p) _immense_, _le cam_(p) _ennemi_, _un dra_(p) _usé_, voire même _un lou_(p) _affamé_, et à _fortiori_ _du plom_(b) _et du fer_.
· · ·
Les _gutturales_ ne se lient pas beaucoup plus: _le cri_(c) _est lourd_, _fran_(c) _et net_, _blan_(c) _et noir_, et aussi bien _du blan_(c) _au noir_, _de flan_(c) _en flanc_, _l’étan_(g) _est vide_, et aussi bien _un étan_(g) _immense_, n’admettent plus la liaison, même en vers.
_Les jugements de cour vous rendront blan_(c) _ou noir_[907].
Toutefois on peut encore lier, même en prose, le _c_ de l’adjectif _franc_ devant un substantif: _un fran_(c) k_étourdi_, et on lie toujours les expressions composées _fran_(c) k_archer_, _fran_(c) k_alleu_] et à _fran_(c) k_étrier_. Ceci permettra peut-être de lier en vers:
_Être fran_(c) k_et sincère est mon plus grand talent_[908];
mais c’est tout juste, et _taba_(c) k_à priser_ ne saurait plus guère passer aujourd’hui, et moins encore _il me convain_(c) k_assez_.
Quoique le _c_ de _croc_ isolé ne se lie jamais, on le lie nécessairement dans _cro_(c)-k_en-jambe_ (avec ouverture de l’_o_), les mots composés étant généralement traités comme des mots simples, où toutes les consonnes se prononceraient normalement[909].
· · ·
Dans les mots en _-spect_, c’est le _c_ qui se lie, mais on ne le lie en prose que dans l’expression inséparable _respe_(ct) k_humain_, tandis qu’en vers la liaison est encore acceptable partout:
Et cent brimborions dont l’_aspe_(ct) k_importune_[910].
Le _g_ ne se lie plus dans l’usage courant que dans l’expression composée _san_(g) k_et eau_. Dans la lecture, on y ajoute _san_(g) k_humain_, _san_(g) k_artériel_, en vers seulement _san_(g) k_impur_.
On peut aussi lier en vers ou dans le style oratoire le _g_ de _ran_(g): _ran_(g) k_élevé_, mais non pas cependant _ran_(g) k_auquel!_ De même celui de _lon_(g):
Quittez le _lon_(g) k_espoir_ et les vaines pensées[911].
Mais en prose on prononce sans liaison même une expression composée comme de _lon_(g) _en large_.
On voit qu’en liaison, comme nous l’avons dit, la gutturale douce devient forte[912].
On fait aussi entendre le _g_ de _jou_(g) et celui de _le_(gs) devant une voyelle, cette fois sans le changer en _c_, mais ceci est plutôt un fait de prononciation qu’un phénomène de liaison.
A l’intérieur _d’oran_(g)_-outan_(g), malgré la règle générale, il n’y a pas de liaison.
D’autre part, avec _cler_(c) et _por_(c), et les mots en _er_(g) et _our_(g), la liaison est inutile, puisqu’il n’y a pas d’hiatus à éviter[913].
2º Les dentales, D et T.
Les _dentales_, _d_ et _t_, se lient infiniment plus que les autres muettes, et ceci va nous permettre d’énoncer quelques principes généraux[914]. Naturellement, vu le nombre des liaisons, c’est ici surtout qu’intervient le goût personnel, et beaucoup de liaisons qui sont nécessaires en vers sont facultatives dans le langage courant, où l’hiatus est fréquent; mais il y a aussi des liaisons qui sont interdites partout ou obligatoires partout.
I. =Les verbes.=--Il y a d’abord l’innombrable catégorie des _formes verbales_, troisièmes personnes et participes.
Pour les troisièmes personnes autres que celles en _-ent_, et même pour _aient_ ou _soient_, traités comme _ait_ et _soit_, la liaison est encore très souvent obligatoire. Plus les formes sont usitées, plus la liaison est nécessaire: par exemple l’emploi de formes comme _est_ ou _sont_, _avait_ ou _ont_, sans liaison, est certainement incorrect, surtout si ce sont des auxiliaires, comme dans _ils on_(t) t_aimé_[915]. De même devant l’infinitif: _il veu_(t) t_aller_, _il vi_(t) t_entrer_, ou encore _il veu_(t) t_y aller_, _il veu_(t) t_en avoir_. On lie également, et plus nécessairement encore, quand il y a inversion du verbe et du sujet: _di_(t)-t_il_, que _per_(d)-t_on?_
Hors ces cas, la liaison est moins nécessaire: _il pein_(t) t_avec feu_, ou _il pren_(d) t_un livre_, ou _ils mangeaien_(t) t_et buvaient_, ne sont pas aussi indispensables que _il e_(st) t_à Paris_; pourtant ce sont encore les seules formes qui soient admissibles, quand on veut parler correctement.
Il en est de même pour les finales muettes en _-ent_: on dit assez facilement et de plus en plus, _ils mange_(nt) _un morceau et recommence_(nt) _à travailler_; mais _ils mange_(nt) t_un morceau_, _ils aime_(nt) t_à rire_, _deux noires vale_(nt) t_une blanche_ sont encore des façons de parler beaucoup plus correctes, sans qu’on y puisse relever le moindre pédantisme.
Il n’y en a aucun non plus à lier les participes, surtout les plus employés: _ceci est fai_(t) t_avec soin_, est encore fort usité, et d’une diction plus soignée que _fai_(t) _avec soin_; de même _ils étaient là mangean_(t) t_et buvant_, encore que ce ne soit pas indispensable.
II. =Adjectifs et adverbes.=--Il y a ensuite la catégorie également innombrable des _adjectifs_ et des _adverbes_. Mais ici encore il faut distinguer.
Dans le langage parlé, l’adjectif se lie à peu près uniquement, mais obligatoirement, avec le substantif qui le suit; seulement on ne peut mettre devant le substantif, dans la langue courante, qu’un très petit nombre d’adjectifs généralement courts. C’est d’abord _cet_ et _tout_, qui se lient toujours, étant toujours devant le substantif: _ce_(t) t_homme_ ou _tou_(t) t_homme_; puis quelques autres, dont la place peut varier: _gran_(d) t_homme_, _sain_(t) t_homme_, _parfai_(t) t_honnête homme_, _secon_(d) t_acte_; de même encore _ving_(t) t_hommes_ ou _cen_(t) t_hommes_. Cette liaison est donc en somme assez restreinte, car une expression comme _froi_(d) t_hiver_ appartient déjà au langage écrit; en parlant, on dit plutôt _hiver froid_. En tout cas, la liaison est nécessaire dans cette construction, parce que le lien y est plus étroit entre les mots ainsi placés, l’adjectif étant en quelque sorte proclitique et s’appuyant sur le substantif[916].
· · ·
Si l’adjectif n’est pas devant son substantif, il ne se lie plus guère qu’en vers, pour éviter l’hiatus, ou tout au plus dans la lecture. Dans le langage parlé, on dira bien encore, si l’on veut, _j’ai froi_(d) t_aux pieds_, parce qu’il y a là comme une expression toute faite où _froid_ devient substantif, puisqu’on dit de même _le froi_(d) t_aux pieds_. Mais on ne dit pas _le chau_(d) t_aux pieds_; on dira donc _j’ai chau_(d) _aux pieds_, malgré l’hiatus de deux voyelles identiques; on dit même sans liaison _chau_(d) et _froid_, qui est pourtant une expression composée, mais composée de deux substantifs; on dira donc à fortiori _alternativement chau_(d) _et froid_; et de même presque uniquement _il est gran_(d) _et fort_, _un sain_(t) _a pu seul..._, _le secon_(d) _est venu_[917].
En revanche la préposition _à_ requiert ordinairement la liaison de l’adjectif devant son complément, à cause du lien étroit qui les joint: _tou_(t) t_à vous_, _prê_(t) t_à sortir_[918].
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De même que l’adjectif se lie au substantif, l’adverbe de manière se lie nécessairement à l’adjectif. C’est d’abord _tout_, bien entendu; par exemple _il est tou_(t) t_autre_; de même _vraimen_(t) t_aimable_, _tendremen_(t) t_aimé_, _tout à fai_(t) t_extraordinaire_.
On dit de même encore _commen_(t) t_allez-vous?_ à cause du lien intime qui unit les mots; et la liaison n’est pas moins indispensable dans _quan_(t) t_à_, comme elle se faisait autrefois dans _quan_(d) t_et quand_.
Quand le lien est moins intime, l’adverbe se lie encore, mais moins nécessairement: _partou_(t) t_où vous serez_, _tan_(t) t_il est beau_, _tellemen_(t) t_on est serré_; de même pour _autant_ ou _tantôt_ répétés, pour _aussitôt_, _bientôt_, _souvent_, _cependant_; mais on lie nécessairement dans _aussitô_(t) t_après_ ou _bientô_(t) t_après_.
La négation _point_ se lie toujours, étant inséparable de ce qui la suit: _je ne t’ai poin_(t) t_aimé!_
De même le pronom relatif _dont_ et la conjonction _quand_: _quan_(d) t_il viendra_, _don_(t) t_il est_. De même ou à peu près les prépositions _avant_, _pendant_, _devant_ et autres, avec leurs régimes: _avan_(t) t_un jour_, _pendan_(t) t_un jour_, _devan_(t) t_une femme_[919].
III. =Les substantifs.=--Les liaisons que nous venons d’examiner sont à peu près les seules. Par conséquent les _substantifs_ en principe ne se lient plus, sauf en vers, bien entendu. Et encore, même en vers, le _d_ ne se lie guère: _un nœu_(d) _assorti_, _le ni_(d) _est vide_, _blon_(d) _ardent_ s’imposent partout et toujours. Que dis-je? _Le petit cha_(t) t_est mort_, si cher aux ingénues de la Comédie-Française, a bien de la peine à passer. Sans doute c’est ainsi que Molière prononçait; mais aujourd’hui on se demande s’il ne vaudrait pas mieux éviter l’hiatus avec une pause, ou simplement laisser l’hiatus.
Quant au langage courant, il ne lie plus guère ni _d_ ni _t_, même quand le substantif est suivi de son adjectif. Ceci permet de distinguer par exemple _un savan_(t) t_Allemand_, où _savant_ est adjectif, et _un savan_(t) _allemand_, où _savant_ est substantif, distinction qu’on ne fait pas en vers, quand on dit:
_Un sot savan_(t) t_est sot plus qu’un so_(t) t_ignorant_[920].
En prose on évitera tout au plus l’hiatus de deux voyelles identiques: _en quel endroi_(t) t_avez-vous vu_; encore cette liaison convient-elle mieux à la lecture qu’à la conversation[921].
· · ·
_Tout_ lui-même, qui se lie si facilement, et même si nécessairement, ne se lie plus dans le langage courant, quand il est substantif: _le tou_(t) _et la partie_, _le tou_(t) _est de savoir_, tandis que le pronom indéfini sujet se lie toujours: _tou_(t) t_est fini_.
Toutefois, ici encore, la préposition _à_, je ne dis plus requiert, mais admet régulièrement la liaison, _nous avons droi_(t) t_à cette faveur_.
De plus la liaison reste nécessaire, comme partout, dans les mots ou expressions composés: d’abord, naturellement, celles où entre le mot _tout_; puis d’autres, comme _gue_(t)-t_apens_, pon__(t) t_aux ânes_, _mo_(t) t_à mot_, _po_(t) t_à eau_, _po_(t) t_au lait_, _po_(t) t_au feu_, _po_(t) t_au noir_, _po_(t) t_aux roses_[922]; et aussi _peti_(t) t_à petit_, _de hau_(t) t_en bas_, _d’un bou_(t) t_à l’autre_, _bou_(t) t_à bout_, _bu_(t) t_à but_, _de bou_(t) t_en bout_, _de bu_(t) t_en blanc_, _de fon_(d) t_en comble_, _de momen_(t) t_en moment_, _de poin_(t) t_en point_[923]; et même _accen_(t) t_aigu_, et _c’est un droi_(t) t_acquis_. Et ainsi _pied_, qui avait perdu son _d_, et pour lequel Malherbe et Ménage n’acceptaient aucune liaison, a repris celles de _pie_(d) t_à terre_, _de pie_(d) t_en cap_, et même _pie_(d) t_à pied_; et l’on distingue _avoir un pie_(d) t_à terre_ (logement) et _avoir un pie_(d) _à terre_ (sens littéral).
En revanche, _cha_(t) _échaudé_ ou _cha_(t) _en poche_ ne sauraient passer pour des mots composés, et la liaison ne s’y fait plus guère, malgré Littré. Elle n’est même plus indispensable dans _au doi_(gt) _et à l’œil_, pas plus que dans _mon_(t) _Etna_, _mon_(t) _Hécla_ ou _mon_(t) _Œta_, où elle est seulement possible[924].
IV. =Après un R.=--Mais il y a surtout une catégorie de liaisons qu’il importe absolument d’éviter, en vers aussi bien qu’en prose: c’est celle des finales où le _t_ est précédé d’un _r_; ou plutôt la liaison s’y fait si naturellement par l’_r_, qu’on n’a nul besoin d’en chercher une autre, qui est depuis longtemps condamnée.
C’est une chose dont on ne convaincra pas facilement la plupart des comédiens! Et je ne parle pas seulement des chanteurs, qui ne croiraient pas vibrer suffisamment s’ils ne criaient pas _Mor_(t) t_à l’impie_! La tradition est pareille à la Comédie-Française, mais elle n’en est pas meilleure, et _prendre par_(t) t_à_, qu’on y entend, ne saurait pas plus passer que _par_(t) t_à deux_, qui serait grotesque.
De même, avec un _d_, _bavar_(d) _impudent_, _regar_(d) e_ffaré_, _abor_(d) _aimable_, _sour_(d) _et muet_, et aussi bien avec un _t_, _ar_t _exquis_ ou même _ar_(t) _oratoire_, _un quar_(t) _au moins_, un _rempar_(t) _infranchissable_, _déser_(t) _immense_, _por_(t) _ouvert_, _ver_(t) _et bleu_, et à fortiori _le sor_(t) _en est jeté_, ne sauraient admettre de liaison en aucune circonstance et sous aucun prétexte.
Même si l’adjectif est devant le substantif, mieux vaut ne pas lier: _un for_(t) _avantage_, _un cour_(t) _espace de temps_. Il en est de même des verbes: _il par_(t) _au matin_, _il conquier_(t) _un empire_, _il est mor_(t) _avant l’âge_.
Ainsi la règle est presque absolue aujourd’hui et on n’y fait plus que fort peu d’exceptions.
L’usage s’est généralisé peu à peu de lier le _t_ de l’adverbe _fort_, par analogie avec _trop_, _tant_ et les autres; on dit donc aujourd’hui généralement _for_(t) t_habile_ ou _for_(t) t_aimable_, mais jamais _le for_(t) t_et le faible_, ni _le plus for_(t) t_en est fait_, ni même _for_(t) t_en gueule_[925].
On lie aussi le _t_, bien entendu, dans les formes interrogatives, qui d’ailleurs sont de moins en moins usitées: _par_(t)-t_il_? _d’où sor_(t)-t_il_? On peut même dire _cela ne ser_(t) t_à rien_, pour éviter la cacophonie de _rarien_, mais jamais _qui ser_(t) t_à table_.
Enfin on dit généralement de la _mor_(t) t_aux rats_, pour le même motif[926].
C’est à peu près tout. Je ne conseille même pas plus _par rappor_(t) t_à_ et _de par_(t) t_et d’autre_, qui se disent très souvent, que _de par_(t) t_en par_(t), qui est devenu fort rare, ou _bor_(d) t_à bord_, _mor_(t) t_ou vif_, _souffrir mor_(t) t_et passion_, _à tor_(t) t_et à travers_, qui ne se disent jamais.
On ne dit pas non plus _du nor_(d) t_au midi_; mais beaucoup de personnes disent _nor_(d)-d_est_ et _nor_(d)-d_ouest_, sans doute par analogie avec _su_d_-est_ et _su_d_-ouest_. Cette assimilation, d’ailleurs fort ancienne, est extrêmement contestable, car le _d_ de _su_d se prononce toujours, et celui de _nor_(d) jamais; aussi le _d_ de _su_d reste-t-il _d_ dans _su_d_-ouest_, fort légitimement; mais à quel titre le _d_ de _nord_ peut-il se prononcer _d_ dans _nor_(d)_-ouest_ ou _nor_(d)_-est_? Sans doute il est possible de traiter le mot composé comme un mot simple, et il est vrai que les marins disent aussi _nordet_, par analogie avec _sudet_; mais en revanche ils disent _noroit_, et même _suroit_, ce qui est remarquable. Je conclus qu’il vaut mieux prononcer _nor_(d)_-ouest_, ce qui entraîne à peu près nécessairement _nor_(d)_-est_.
_LIAISONS DES SPIRANTES_
1º Les chuintantes et les fricatives.
Les _chuintantes_, n’étant jamais muettes à la fin d’un mot, n’ont pas de liaisons.
Les _fricatives_ n’en ont pas davantage. Pourtant il y a une exception, reste de l’ancienne liaison de l’_f_ avec changement en _v_[927]. Voici dans quel cas. Nous avons vu que _neuf_ se prononçait _neu_ fermé sans _f_ devant un pluriel, ce qui doit amener régulièrement une liaison si ce pluriel commence par une voyelle. Or, dans cette liaison, l’_f_ devrait se changer en _v_, comme dans _neu_v_aine_ et _neu_v_ième_. Mais ce phénomène ne se retrouve guère en réalité que dans deux expressions, d’ailleurs extrêmement usitées, et qui pour ce motif se conservent intactes: d’une part, _neu_(f) v_ans_, _dix-neu_(f) v_ans_, etc., d’autre part, _neu_(f) v_heures_. C’est à peu près tout: à peine peut-on dire _neu_(f) v_hommes_; en tout cas il est bien difficile aujourd’hui de dire _neu_(f) v_œufs_ ou _neu_(f) v_enfants_; c’est pourquoi, devant la plupart des pluriels commençant par une voyelle, la liaison, si c’est une liaison, se fait généralement par _f_; plus exactement, on prononce _neu_f, comme si le mot qui suit n’était pas un pluriel: _neu_f _amis_, et même _neu_f _années_, à côté de _neu_(f) v_ans_[928].
2º Les sifflantes, S, X, Z.
Restent les _sifflantes_, _s_ et _z_, et aussi _x_, partout où il remplace l’_s_, c’est-à-dire partout où il ne se prononce pas.
Le cas des sifflantes est au moins aussi important que celui des dentales, et demande à être aussi étudié de près.
Là encore il y a beaucoup de liaisons qui, nécessaires en vers, sont facultatives en prose, d’autres qui sont encore obligatoires partout ou interdites partout.
De plus, les principes généraux sont sur beaucoup de points les mêmes que pour les dentales, ce qui nous permettra de passer plus rapidement sur ces points.
J’ajoute que la liaison se fait toujours en _s_ doux ou _z_: c’est un cas particulier de la prononciation de l’_s_ entre deux voyelles. Le phénomène est si général et si nécessaire, que l’_s_ dur qui sonne à la fin des mots s’adoucit couramment devant une voyelle, quand les mots sont liés par le sens: on dit beaucoup moins _fi_(ls) s_unique_ que _fi_(ls) z_unique_[929].
I. =Les différentes espèces de mots.=--Comme pour le _t_, les _substantifs_ en principe ne se lient guère qu’en vers ou dans la lecture; je parle bien entendu des substantifs singuliers, le pluriel étant l’objet d’un examen spécial.
Même des expressions aussi courantes que la _voix humaine_, _le temps est beau_, ou même un _avis important_, qu’on peut encore lier si l’on veut, s’emploieront plutôt sans liaison dans la conversation courante[930].
La liaison n’est plus guère nécessaire que dans les expressions toutes faites, comme _pa_(s) z_à pas_, _au pi_(s) z_aller_, _de temp_(s) z_en temp_(s), _de temp_(s) z_à autre_, _en temp_(s) z_et lieu_, _do_(s) z_à dos_, _do_(s) z_au feu et ventre à table_, ou encore _la pai_(x) z_et la guerre_, pour éviter un hiatus désagréable. En revanche, il y a des substantifs qui n’admettent jamais aucune liaison, comme _noix_, _nez_ ou _riz_: _ne_(z) _aquilin_, _ne_(z) _au vent_, _nez à ne_(z), _ri_(z) _au lait_.
On peut même dire que tous les noms propres sont dans ce cas: c’est à peine si l’on pourrait dire, dans la conversation, _Pari_(s) z_est grand_.
· · ·
Les _adjectifs_ se lient aussi dans les mêmes conditions que pour le _t_, mais il y en a beaucoup moins. On dira donc _ba_s z_étage_ toujours, ou encore _gra_s z_à lard_; mais _ba_(s) z_et profond_ dans la lecture seulement, _ba_(s) _et profond_ dans la langue parlée.
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Il en est de même encore pour les _verbes_. Dans les formes les plus courantes, la liaison est indispensable, et l’on ne conçoit guère les formes des verbes _être_ et _avoir_ sans liaison. Et pourtant elle est déjà moins indispensable dans l’usage à la suite de _nous avons_ et _vous avez_ qu’avec les monosyllabes du singulier, _je suis_, _tu es_, _tu as_, et aussi _nous sommes_, _vous êtes_; elle est même moins indispensable après _tu as_ qu’après _tu es_[931].
Elle est encore évidemment nécessaire devant _y_ et _en_ toniques: _va_(s)-z_y_, _alle_(z)-z_y_, et même avec _e muet_: _songe_(s)-z_y bien_, _donne_(s)-z_en_[932].
La liaison est un peu moins nécessaire, mais c’est encore la prononciation correcte, comme pour le _t_, devant _y_ et _en_ atones, et devant un infinitif: _je veu_(x) z_aller_, _je veu_(x) z_y aller_ ou _vous aime_(z) z_à rire_; moins encore dans _tu va_(s) z_en Suisse_, ou _en_ est préposition. Pourtant beaucoup de personnes diront très naturellement _si tu va_(s) z_à Paris_, pour éviter l’hiatus désagréable de deux voyelles identiques, mais ce n’est point indispensable; pas davantage dans _je rend_(s) _à César_ ou _rende_(z) _à César_. On parlera plus loin des formes à _e muet_ suivi d’un _s_.
· · ·
La liaison est encore nécessaire avec les prépositions monosyllabiques, _dans_, _dès_, _sans_, _chez_, _sous_, devant leurs régimes[933]: _dan_(s) z_un jour_, _san_(s) z_amour_, _che_(z) z_elle_, _sou_(s) z_un arbre_; elle est un peu moins indispensable avec _après_ ou _depuis_. Elle est réservée à la lecture avec _ci-inclus_, _non compris_ ou même _hormis_, tout à fait inusitée avec _hors_, _vers_, _envers_, _à travers_, dont nous parlerons tout à l’heure.
La liaison doit se faire aussi correctement avec les mots négatifs _pas_, _plus_, _jamais_, si peu qu’ils soient liés au mot suivant: _je n’aime pa_(s) z_à boire_, _nous n’irons plu_(s) z_au bois_, _jamai_(s) z_on a vu_; de même avec les adverbes de quantité _plus_, _moins_, _très_, _assez_, portant sur le mot qui suit: _plu_(s) z_aimable_, _moin_(s) z_il en fait_, et même, en vers, _asse_(z) z_et trop longtemps_.
Elle se fait naturellement dans des expressions composées, comme _de mieu_(x) z_en mieux_, _de plu_(s) z_en plus_, _de moin_(s) z_en moins_, voire même, si l’on veut, _d’ore_(s) z_et déjà_, sans parler de _vi_(s)-z_à-vis_.
D’autres adverbes, comme _autrefois_, _parfois_, _quelquefois_, _désormais_, _longtemps_, _puis_, se lient encore très correctement, mais plutôt dans la lecture.
La conjonction _mais_ se lie fort bien aussi, même par-dessus une virgule, car les conjonctions monosyllabiques, à moins qu’on ne veuille produire un effet spécial, ne se séparent guère des mots qui les suivent:
_Mai_(s), z_en_ disant cela, songez-vous, je vous prie...[934].
II. =Les pluriels.=--Mais le rôle principal de la liaison ici, celui qu’elle paraît devoir jouer pendant longtemps encore, c’est de marquer le pluriel. Sur ce point, elle ne fléchit guère.
C’est pour cela que les articles pluriels, _les_, _des_, _aux_, ainsi que _ces_, les adjectifs possessifs ou indéfinis, _mes_, _les_, _ses_, _nos_, _vos_, _leurs_, _certains_, _plusieurs_, etc., les adjectifs numéraux, _deux_, _trois_, _six_, _dix_, _quatre-vingt_, se lient encore sans exception, devant un substantif, bien entendu, même précédé de son adjectif: _le_(s) z_amis_, _ce_(s) z_hommes_, _certain_(s) z_auteurs_, _plusieur_(s) z_autres personnes_, _deu_(x) z_aimables personnes_, et même _deu_(x) z_ix_(x) ou _troi_(s) z_em_ (m), et aussi, avec double liaison, _ce_(s) z_aimable_(s) z_enfants_.
Ces liaisons sont si nécessaires que le peuple ajoute volontiers _quatre_ à _deux_, _trois_, _six_ et _dix_: _le bal des Quat_(re) z_Arts_ et même _par quatre_ z_officiers_.
Que dis-je? L’expression _entre quat_(re) z_yeux_ a été l’objet de nombreuses discussions, beaucoup de grammairiens, et notamment Littré, l’ayant admise. Et il est certain que _entre quatre yeux_ est difficile à prononcer, mais _entre quat’yeux_ serait encore plus facile que _entre quat’zyeux_; ce n’est donc pas pour son euphonie que cette expression s’est répandue. En réalité, ce n’est même pas une question de liaison: l’expression vient tout simplement de ce que pour le peuple le mot _œil_ n’a pas d’autre pluriel que _zyeux_, et non _yeux_, qu’il ignore[935].
Si ces mots ne sont pas suivis d’un substantif, la liaison ne se fait plus dans la conversation: ainsi _plusieur_(s) _ont prétendu_, où _plusieurs_ devient pronom; de même _deu_(x) et _deux quatre, troi_(s) et _trois six, ceu_(x) _et celles_, toutes liaisons qui se font fort bien dans la lecture. On peut bien lier aussi _troi_(s) z_avril_, quoique ce soit tout autre chose que _troi_(s) z_ans_; mais ce sera uniquement pour éviter un hiatus désagréable; et l’on dira plus naturellement _deu_(x) _avril_, sans liaison.
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Les pronoms personnels _nous_, _vous_, _ils_, _elles_, et même _les_, devant les verbes ou devant _en_ et _y_, sont à peu près dans la même situation que les adjectifs devant les substantifs. Aussi lie-t-on nécessairement: _nou_(s) z_avons dit, je vou_(s) z_ai vu_, _elle_(s) z_ont fait_, _elle_(s) z_en ont_, _elle_(s) z_y vont_, _je le_(s) z_attends_.
Mais quand ces mots ne sont pas dans cette position, ils ne se lient plus dans la conversation: _pour vou_(s) _et pour nous_, _donne-le_(s) _à mon père_; _donne-le_(s) z_à mon père_ semble tout à fait prétentieux. _Eux_ lui-même ne se lie pas devant le verbe, parce qu’il n’est pas proclitique comme _ils_: _eu_(x) _ont été à Paris_. Toutes ces liaisons se font naturellement dans la lecture.
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Il va sans dire que l’_adjectif_ se lie avec le substantif qui le suit, puisque cette liaison se fait déjà au singulier; mais même les mots qui ne se lient pas au singulier, _adjectifs_ ou _substantifs_, peuvent se lier au pluriel: _grand_(s) z_et forts_, _les saint_(s) z_ont dit_, _les second_(s) z_ont fait_, et aussi _des gen_(s) z_âgés_.
Et ceci pourra servir à l’occasion à marquer une différence de sens, car on distinguera correctement _un marchand de drap_(s) z_anglais_, où _anglais_ est l’épithète de _draps_, et _un marchand de drap_(s) _anglais_, où _anglais_ est l’épithète de _marchand_.
Cette liaison est particulièrement nécessaire dans les mots ou expressions composées qui n’ont pas de singulier comme _Cham_(ps)-z_Élysées_ ou _Éta_(ts)-z_Unis_[936].
Il y a toutefois des mots qui ne pourraient pas supporter la liaison: _on a vu des match_(s) _admirables_[937]. Mais la tendance générale est si forte qu’on ajoute parfois l’_s_ doux même à l’_s_ dur: _les mœur_s z_antiques_, ce qui mène à _mœurse zantiques_.
En pareil cas, c’est l’_s_ dur qui doit prévaloir, bien entendu: puisque l’_s_ final sonne partout, il doit sonner devant une voyelle comme devant une consonne. On dira donc de préférence des _our_(s) s_affamés_, puisqu’on ne dit plus des _our_(s), et de même _des fil_(s) s_aimables_.
On préfère cependant _tou_(s) z_ensemble_, pour éviter la cacophonie de _sansan_. L’_s de tous_ a d’ailleurs une tendance à s’adoucir devant une voyelle, ne fût-ce que par analogie avec celui de _tou_(s) atone et proclitique, qui est forcément doux: _à tou_(s) z_égards_, ceci étant un cas ordinaire de liaison.
Et voici encore une remarque curieuse. De ce que les substantifs et adjectifs qui ne se lient pas au singulier peuvent se lier au pluriel, il résulte cette conséquence inattendue, que les mots qui ont déjà un _s_ final au singulier, et qui, au singulier, ne se lient pas dans la conversation, peuvent le faire au pluriel: _un ca_(s) _intéressant_, _des ca_(s) z_intéressants_, _un repa_(s) _excellent_, _des repa_(s) z_excellents_[938].
On voit même l’_s_ s’intercaler et se lier _nécessairement_ dans _genti_(ls)z_hommes_, soit parce qu’il ne fait qu’un mot, soit par analogie avec _grand_(s) z_hommes_[939].
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La liaison est également nécessaire quand une des conjonctions _et_, _ou_, unit deux substantifs sans article entre eux; et cela non seulement dans les expressions toutes faites qui ont un article en tête, comme _les pont_(s) z_et chaussées_, _les voie_(s) z_et moyens_, _les voie_(s) z_et communications_, mais même entre deux substantifs quelconques sans aucun article, comme _vertu_(s) z_et vices_, _leçon_(s) z_ou devoirs_, _vin_(s) z_et liqueurs_: outre que le lien est ainsi plus étroit, la liaison est nécessaire pour marquer le pluriel en l’absence d’article.
Quand il y a deux articles, la liaison avec la conjonction reste correcte, mais n’est plus nécessaire. On peut donc dire _les messieur_(s) z_et les dames_, ou plus simplement _les messieur_(s) _et les dames_, tout comme _messieur_(s) _un tel et un tel_[940].
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Au contraire, les mots composés ordinaires, j’entends ceux qui ont un singulier[941], sont traités comme les mots simples, et ne peuvent marquer leur pluriel qu’à la fin. Ainsi l’_s_ intérieur du pluriel, quand il y en a un, et même s’il n’y en a pas d’autre, ne s’y prononce jamais, le pluriel se prononçant alors comme le singulier. On dira donc, sans exception, _des orang_(s)-_outangs_, _des char_(s)-_à-bancs_, et tout aussi bien _des ar_(cs)-k_en-ciel_, _des cro_(cs)-k_enjambe_, _des por_(cs)-k_épics_, des _gue_(ts)-t_apens_, _des po_(ts)-t_au-feu_, la consonne _c_ ou _t_ de ces mots, qui en fait sert d’initiale à la seconde syllabe, ne permettant pas l’introduction de l’_s_[942].
On dira même de préférence _les du_(cs) k_et pairs_, parce que _duc_(s) z_et pairs_ ferait supposer qu’il s’agit de deux catégories distinctes. On dira de même sans liaison _des moulin_(s) _à vent_, _des ciseau_(x) _à froid_, _des salle_(s) _à manger_[943]. Dans l’exemple de _salle_(s) _à manger_, nous retrouvons encore la question de l’_e muet_, qu’il faut traiter à part.
III. =L’S après l’E muet.=--En principe, l’_e muet_ a une tendance naturelle à s’élider sans liaison, quand il est suivi d’un _s_. Il est même assez rare que le peuple fasse la liaison de l’_s_ après un _e muet_; il va jusqu’à dire _elle_(s) _ont fait_ ou _vous ête_(s) _un brave homme_.
Pourtant l’_s_ du pronom _elles_ ne peut pas correctement ne pas se lier. Il en est de même, nous l’avons dit, des impératifs devant _en_ et _y_: _donne_(s)-z_en_, _songe_(s)-z_y bien_; et aussi des formes verbales monosyllabiques si usitées, _sommes_ et _êtes_: _nous somm_(es) z_amis_, _vous ête_(s) z_un brave homme_.
Il y a encore deux formes verbales pareilles, _dites_ et _faites_, qui sont dans le même cas: _dite_(s) z_un mot_, _vous faite_(s) z_un beau travail_; on est peutêtre un peu moins exigeant pour _dites_ que pour _faites_, mais ce n’est qu’une nuance[944].
On ne peut pas non plus ne pas lier l’adjectif pluriel placé devant le substantif: _jeune_(s) z_années_. On liera même très bien le substantif pluriel avec l’adjectif qui suit: _les Inde_(s) z_occidentales_, _les Pyrénée_(s)-z_Orientales_, qui sont d’ailleurs un mot composé, _les femme_(s) z_anglaises_[945]; et l’on pourra distinguer aussi _une fabrique d’arme_(s) z_anglaises_, où l’épithète qualifie _armes_, et _une fabrique d’arme_(s) _anglaise_, où l’épithète qualifie _fabrique_.
On dira aussi, sans article, _homme_(s) z_et femmes_, _femme_(s) z_ou enfants_, _sage_(s) z_et fous_, et la liaison restera possible avec l’article, sans être nécessaire.
De même, on peut dire à la rigueur _deux livre_(s) z_et demie_. Pourtant il n’est guère admis de dire _deux heure_(s) z_et demie_: cette prononciation a un air prétentieux, ou témoigne du moins d’une certaine recherche, qui n’est pas exempte d’un pédantisme inconscient, et l’on fera mieux de dire _deux heures et demie_, comme _une heure et demie_; quant à dire _deux heure_(s) z_et quart_ ou _deux heure_(s) z_un quart_, je ne crois pas qu’on s’y risque beaucoup, non plus qu’à dire _entre onze heure_(s) z_et midi_ ou _trois heure_(s) z_après_: ce serait presque ridicule, alors qu’on dit correctement _trois an_(s) z_après_. On ne dit pas davantage _des pompe_(s) z_à vapeur_, sans parler des _maître_(s) z_ès arts_, qui est imprononçable.
On dira même moins souvent ou moins facilement dans la conversation: _ces homme_(s) z_ont fait leur devoir_ que: _ces gen_(s) z_ont fait leur devoir_.
On voit que la liaison de la syllabe muette avec _s_, _au pluriel_, est plus restreinte dans la langue parlée que celle de la syllabe tonique. Même dans la lecture ou le discours, elle est souvent évitée comme désagréable à l’oreille, et il y a une foule de cas où elle ne peut se faire qu’en vers. Mais là elle est naturellement indispensable, sans quoi les vers seraient faux:
Et fit tourner le sort des _Perse_(s) z_aux Romains_[946]. Nos _prince_(s) z_ont-ils_ eu des soldats plus fidèles?[947].
A vrai dire, les poètes mettent quelquefois le lecteur à de rudes épreuves, jusqu’à Racine lui-même:
Mes _promesse_(s) z_au_(x) z_un_(s) z_éblouirent les yeux_[948].
Encore peut-on se tirer d’affaire ici par une pause après _promesses_; mais alors le vers paraît clocher, parce que l’_e muet_ a l’air de s’élider. Ce sont des pauses qu’il faut éviter autant que possible, et l’on n’hésitera pas à dire, par exemple:
Quels _reproche_(s), z_hélas!_ auriez-vous à vous faire?[949].
car le mot _hélas!_ se lie assez bien à ce qui précède. Il y a d’ailleurs des pauses qui ne sont guère possibles, comme dans
Et le soir on lançait des _flèche_(s) z_au_(x) z_étoiles_,
où la liaison de _flèches_ demande de la délicatesse[950].
Si l’_s_ même du pluriel ne se prononce pas toujours volontiers dans l’usage courant après un _e muet_, il en est de même à fortiori pour celui de la _seconde personne du singulier_, à part l’impératif suivi de _en_ ou _y_. Car on est bien obligé de dire _songe_(s)-z_y_ ou _donne_(z)-_en_, puisque l’_s_ a été mis là exprès pour cela. Ou plutôt l’_s_ a été prononcé là avant qu’on ne l’écrivît; mais on dit de préférence sans liaison: _tu aime_(s) _à rire_, _tu chante_(s) _à ravir_.
Sans doute, _tu chante_(s) z_à ravir_ irait encore assez bien en vers; mais que dire de _Tu lâche_(s) z_Oscar_, que Victor Hugo a mis dans _la Forêt mouillée_?
D’autre part, quand Lamartine écrit dans _la Mort de Socrate_:
Toi qui, m’accompagnant comme un oiseau fidèle, _Caresse_ encor mon front au doux vent de ton aile,
il fait une faute d’orthographe, c’est certain, et il en a fait beaucoup de pareilles; mais peut-être a-t-il mieux aimé la faire que d’écrire _Me caresse_(s) z_encore_, qui était facile. On se demande lequel des deux valait le mieux. Tout bien considéré, je crois que les poètes auraient mieux fait d’élider franchement et par principe, malgré l’_s_, toutes ces secondes personnes de première conjugaison.
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Quant à l’_s_ des _noms propres_, il est vraiment impossible de le prononcer, même dans la lecture ou le discours; si on ne le prononce pas après une consonne ou une voyelle simple, ce n’est pas pour le prononcer après un _e muet_: imagine-t-on _Versaille_(s) z_est superbe, George_(s) z_Ohnet_ ou _Charle_(s)-z_Albert_?
Ces liaisons étaient sans doute possibles autrefois, mais il y a longtemps, et aujourd’hui les poètes eux-mêmes préfèrent supprimer l’_s_. Voici par exemple deux vers d’_Aymerillot_, où Victor Hugo avait le choix:
Le _bon_ roi _Charle_ est plein de douleur et d’ennui. _Charle, en_ voyant ces tours, tressaille sur les monts.
Ni _bon_, ni _en_ n’étaient indispensables; mais dans le premier vers, le poète n’a pas voulu d’une liaison qui contredisait si catégoriquement l’usage universel, et peut-être a-t-il ajouté _bon_ uniquement pour l’éviter; dans le second, il a mieux aimé, ayant le choix, supprimer l’_s_ que de supprimer _en_[951].
Victor Hugo, Edmond Rostand font généralement de même pour l’adverbe _certes_. Suivant les besoins du vers, Molière écrit _certe_ ou _certes_, et _grâce_ ou _grâces_.
IV. =L’S après un R.=--Enfin, de même que pour le _t_, il importe particulièrement d’éviter la liaison de l’_s_ précédé d’un _r_, sauf deux cas: d’une part, dans un mot composé, comme _tier_(s)-z_état_, traité comme un mot simple[952]; d’autre part, au pluriel.
Et encore, au pluriel, il faut distinguer.
On dira uniquement _plusieur_(s) z_enfants_ et _diver_(s) z_auteurs_, parce que l’adjectif est devant le substantif, et aussi des _jour_(s) z_heureux_, pour éviter une cacophonie. Mais déjà on pourra dire au choix des _part_(s) z_égales_, à cause du lien qui existe entre les mots, ou _des part_(s) _égales_, comme au singulier; de même _des ver_(s) z_admirables_ ou des _ver_(s) _admirables_.
Et l’on dira plutôt _des cor_(s) _anglais_, parce que _cor anglais_ est presque un mot composé, qui se prononce au pluriel comme au singulier; de même, à fortiori, _des cuiller_(s) _à café_, _des fer_(s) _à repasser_, _des ver_(s) _à soie_[953].
Si l’usage a fait prévaloir, du moins parmi les spécialistes, _art_(s) z_et métiers_, _art_(s) z_et manufactures_, c’est que ce sont là comme des mots composés dont le singulier n’existe pas, ce qui rappelle le cas de _Cham_(ps)-z_Élysées_.
On dira encore fort bien: _aveugles, sourd_(s) z_et muets, tous guérissaient_, parce qu’il s’agit de catégories différentes, mais on dira _les sour_(ds) _et muets_, comme au singulier, et aussi _les sour_(ds) _et les muets_, _les bavar_(ds) _aiment à_..., _ses discour_(s) _ont quelque chose de_...
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Telles sont les distinctions qu’on peut faire au pluriel. Au singulier, c’est plus simple: il n’y a pas de distinctions à faire. On dira uniquement _un ver_(s) _admirable_, comme _une par_(t) _égale_, et de même à fortiori _l’univer_(s) _est immense_, et cela où que ce soit, en vers comme en prose, puisqu’il n’y a pas d’hiatus à éviter, ni de vers qui fussent faux sans cela. La liaison ici est non seulement inutile, puisque l’_r_ se lie naturellement avec la voyelle qui suit, mais de plus prétentieuse, n’étant plus employée nulle part. Il y a beau temps déjà que Legouvé, dans son _Art de la lecture_, raillait _le corp_(s) z_ensanglanté_ d’un certain avocat.
On ne fait même pas de liaisons dans des expressions qui pourraient passer pour composées, comme _corp_(s) _et âme_ ou _corp_(s) _à corps_ ou _prendre le mor_(s) _aux dents_[954].
On n’en fait pas davantage dans les verbes: _je par_(s) _aujourd’hui_, _tu sor_(s) _avec moi_.
Avec l’adverbe _toujours_, la liaison, de moins en moins fréquente, est encore admise ou tolérée, même en parlant, sans doute en souvenir du pluriel qui est dans le mot. Mais les prépositions _hors_, _vers_, _envers_, _à travers_ ne doivent pas plus se lier que les autres mots, même dans une expression toute faite, comme _enver_(s) _et contre tous_. Il y a peu de liaisons plus désagréables, je dirais presque plus désobligeantes, que celle de _ver_(s) z_elle_[955].
Je rappelle, pour terminer, que les liaisons les plus correctes, si elles ne sont pas absolument indispensables, doivent être évitées, même dans la lecture, si elles produisent une cacophonie. Or, c’est avec l’_s_ que le cas se produit le plus facilement. Ainsi _tu a_(s) z_ôté_ est parfaitement correct: _tu le_(s) z_as_ est indispensable; mais _tu le_(s) z_a_(s) z_ôtés_ est inadmissible; on dira donc _tu le_(s) _a_(s) _ôtés_, la seconde liaison n’étant pas indispensable comme la première.
_LIAISONS DES NASALES_
En résumé, nous n’avons trouvé jusqu’ici de liaisons importantes et vivantes qu’avec le son du _t_ ou de l’_s_ doux. Il y en a encore une, moins importante, mais très curieuse, c’est celle de l’_n_ dans les _finales nasales_, l’_m_ ne se liant jamais.
Les finales nasales se liaient autrefois, comme toutes les consonnes, et par suite ne faisaient pas en vers les hiatus qu’elles font aujourd’hui pour nous[956].
Aujourd’hui la liaison des nasales est réduite presque uniquement aux adjectifs placés devant le substantif, cas essentiel, comme on l’a vu, en matière de liaison. Or les adjectifs qui peuvent être à cette place sont en somme assez peu nombreux, surtout en prose.
La plupart des adjectifs qui peuvent se lier sont en =-ain=: _cert_ain, _haut_ain, _loint_ain, _hum_ain, _proch_ain, _soud_ain, _souver_ain, _v_ain et _vil_ain, avec _pl_ein, _anci_en et _moy_en. Mais la liaison offre ici un phénomène très remarquable, car la nasale se décompose, et c’est le son du féminin qu’on entend: _certai_-n_auteur_, _un vai_-n_espoir_, _un vilai_-n_enfant_, _en plei_-n_air_, _le moye_-n_âge_, _un ancie_-n_ami_, et même _au prochai_-n_avertissement_; et en vers, ou dans le style oratoire, _un certai_-n_espoir_, _un soudai_-n_espoir_, ou encore:
Agrippine, Seigneur, se l’était bien promis: Elle a repris sur vous son _souverai_-n_empire_[957].
On dit de même un _mie_-n_ami_, un _sie_-n_ami_, expressions d’ailleurs assez rares[958].
On conçoit que l’existence du féminin a singulièrement facilité, ou peut-être, pour mieux dire, a seule permis cette décomposition. On se rappelle d’ailleurs que la voyelle _orale_ qui correspond phonétiquement au son _in_ n’est pas _i_, mais bien _è_, ce qui facilite encore la décomposition: _in_ devient _è_ très naturellement[959].
Il est vrai que quelques personnes lient sans décomposer: _plein_ n_air_; mais c’est encore une erreur, qui provient uniquement du fétichisme de l’orthographe, et du besoin de prononcer les mots comme ils sont écrits. Ou peut-être est-ce un respect scrupuleux d’anciennes traditions: l’abbé Rousselot a remarqué que cette prononciation se rencontre de préférence dans certains milieux traditionalistes et réactionnaires.
En tout cas, elle est presque aussi surannée que an-_née_, _sol_en-_nel_ ou _ard_em-_ment_ prononcés avec des nasales[960].
Naturellement on dira sans liaison: _vain et faux_, _ancien et démodé_, etc., l’adjectif n’étant pas devant un substantif.
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Il y a encore quelques autres adjectifs qui sont dans le même cas que les adjectifs en _-ain_.
Il n’y en a point en =_-an_=, et cette finale ne doit jamais se lier.
En =_-on_=, il y a _bon_, et le phénomène est exactement le même: _un bo_-n_élève_, et non _un bon_ n_élève_[961]; alors qu’on dit _bon à rien_, _bon à tirer_, sans liaison.
L’exemple de _bon_ est suivi par _mon_, _ton_, _son_, qui sont aussi des adjectifs, et sont traités comme si leurs féminins étaient _monne_, _tonne_, _sonne_: _mo_-n_habit_, _to_-n_amour_, _so_-n_esprit_[962].
Le cas des adjectifs en =-in= est plus délicat, car _-in_ fait au féminin _-ine_, qui ne correspond pas phonétiquement au masculin. Pourtant la grande diffusion des cantiques de Noël a répandu et imposé l’expression _divi_-n_enfant_. Par analogie, on dira très correctement _divi_-n_Achille_, _divi_-n_Ulysse_, _divi_-n_Homère_; mais ici la décomposition de la nasale s’impose moins absolument, quoique la liaison soit également indispensable. C’est d’ailleurs le seul adjectif en _-in_ qui puisse se décomposer: _malin esprit_ ou _fin esprit_ se lieront donc _au besoin_ sans décomposition; mais je pense qu’_esprit malin_ et surtout _esprit fin_ vaudraient beaucoup mieux[963].
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On peut dire de =_-un_= la même chose que de _-in_: le féminin ne correspond pas phonétiquement au masculin[964]. Néanmoins l’adjectif _un_ s’est longtemps décomposé comme les autres, et Littré disait encore _u_-n_homme_. Cette prononciation a disparu à peu près complètement, à Paris du moins, chez les personnes instruites. Cela tient sans doute à ce que des confusions de genre se sont produites. Par exemple le peuple faisait _u_-n_omnibus_ du féminin. Dès lors les personnes instruites ont craint peut-être qu’on ne les accusât de faire féminins des noms masculins, et l’usage s’est établi de faire la liaison sans décomposer: _un_ n_homme_, _un_ n_ami_, _un_ n_un_[965].
On dit aussi _un_ n_à un_, et même, si l’on veut, _l’un_ n_et l’autre_[966]; mais on dit sans liaison _un ou deux_, et même _un et un font deux_, _l’un est venu_, _l’autre est resté_; et à _ving et un_ n_ans_, où _ans_ est multiplié par _ving et un_, on opposera _vingt et un avril_, où avril n’est pas multiplié[967].
_Aucun_ a fait exactement comme _un_, dont il est composé, et conserve aujourd’hui le son nasal en se liant devant un substantif: _un_ n_homme_, _aucun_ n_homme_. On dit aussi _d’un commun_ n_accord_, ou encore _chacun_ n_un_, qui évite un hiatus désagréable, et même, en géométrie, _chacun_ n_à chacun_; mais, à part ces expressions, on lie très rarement _chacun_ et _quelqu’un_, et seulement dans la lecture.
Outre les adjectifs, il y a encore cinq ou six _mots invariables_ qui se lient: les pronoms indéfinis _en_ (pronom ou adverbe), _on_ et _rien_, l’adverbe _bien_ et la préposition _en_, parfois même l’adverbe _combien_. Ces mots-là aussi se lient sans se dénasaliser, tout simplement sans doute parce qu’ils n’ont pas et ne peuvent pas avoir de féminin: ainsi _je n’en_ n_ai pas_, _s’en_ n_aller_, _on_ n_a dit_, _je n’ai rien_ n_accepté_, _rien_ n_à dire_, _rien_ n_autre_, _vous êtes bien_ n_aimable_, ou _bien_ n_à plaindre_, _bien_ n_entendu_, _c’est bien_ n_à vous de_..., _en_ n_Asie_, _en_ n_argent_, _en_ n_étourdi_, _en_ n_aimant_; et aussi, mais moins nécessairement, _combien_ n_avez-vous de...?_[968].
Naturellement, pour que la liaison puisse se faire, il faut que le lien entre les mots soit suffisant, car on dira sans liaison _donnez-m’en un peu_, _parlez-en à votre père_, _a-t-on été_, _je n’ai rien aujourd’hui_, _rien ou peu de chose_, _nous sommes bien ici_, _bien et vite_, _combien y a-t-il d’habitants à Paris?_ et cela même en vers, au moins dans les premiers exemples.
Mieux encore: il arrive que _on_ est traité comme une sorte de nom propre, et en ce cas il ne se lie pas. Ainsi, à une phrase telle que _on_ n_a prétendu que_..., il sera répondu, sans liaison: On _est un sot_, comme on dirait _Caton est un grand homme_.
CONCLUSION
En somme, et tout bien considéré, on a pu voir que même en prose, même dans la conversation la plus courante, il se fait encore un assez grand nombre de liaisons, dont certaines sont absolument indispensables. Il est même à noter que, pour quelques liaisons qu’on faisait autrefois et que nous ne faisons plus, en revanche la diffusion de l’enseignement a rétabli dans l’usage courant de la conversation beaucoup de liaisons que le XVIIᵉ siècle et le XVIIIᵉ n’y faisaient déjà plus. Au XVIIᵉ siècle, les personnes les plus instruites disaient couramment sans liaison, d’après le témoignage des meilleurs grammairiens, cités par Thurot: _vene_(z) _ici_, _je sui_(s) _assez bien_, _voyon_(s) _un peu_, _avez-vou_(s) _appris_, _des cruauté_(s) _inouïes_, _des tromperie_(s) _inutiles_, et même _d’inutile_(s) _adresses_; et encore _commen_(t) avez-vous _dit_, _i_(ls) _doive_(nt) _arriver_, _nous somme_(s) _allés_; toutes façons de parler qui subsistent plus ou moins dans le langage de la bonne compagnie, celle qui, par tradition, garde, dans la conversation comme dans les manières, cette simplicité qui est une de ses élégances.
Il nous faut répéter, pour conclure, ce que nous avons dit maintes fois dans cet ouvrage: le parler des gens du monde n’est pas celui des professeurs, des acteurs, et, en général, des gens qui font profession de la parole, avocats, hommes politiques, etc.
Molière avait bien remarqué ces nuances, comme il se voit par les recommandations qu’il adresse à l’un des comédiens de _l’Impromptu de Versailles_: «Vous faites le poète, vous, et vous devez vous remplir de ce personnage, marquer cet air pédant qui se conserve parmi le commerce du beau monde, ce ton de voix sentencieux, et cette exactitude de prononciation qui appuie sur toutes les syllabes, et ne laisse échapper aucune lettre de la plus sévère orthographe.»
Depuis le temps de Molière, et pour diverses raisons, les façons de parler prétentieuses qu’il raillait si bien ont gagné du terrain, et elles ont atteint des classes sociales qui, jusqu’à présent, en étaient exemptes. Mais, aujourd’hui comme autrefois, le dire de l’abbé d’Olivet reste vrai: «La conversation des honnêtes gens est pleine d’hiatus volontaires qui sont tellement autorisés par l’usage que, si l’on parlait autrement, cela serait d’un pédant ou d’un provincial.»
INDEX ALPHABÉTIQUE
DES FINALES
-a, 18.
-ab, -abe, 23.
-able, -âble, 30.
-abre, 32.
-ac, 21, 212.
-ace, -âce, 22.
-ache,-âche, 22.
-acle, -âcle, 30.
-acre, -âcre, 31.
-act, 215.
-ad, -ade, 24.
-adre, 31-32.
-af, -afe, 22.
-afle, 30.
-afre, -âfre, 31.
-ag, 24.
-age, 29.
-agne, 26.
-agre, 31.
-ague, 24.
-ah, 19.
-ai, 79.
-aï, 119.
-aid, 81, 229.
-aide, 83.
-aie, 56, 81.
-aigne, 83.
-ail, 26, 259.
-aile, 83.
-aille, 26, 28, 264.
-ailler, -ailleur, etc., 35-36.
-aime, 83-84.
-ain, 344.
-ainc, 213.
-aine, 84.
-aing, 236-37.
-ains, 308.
-air, -aire, 84, 292.
-airie, 85.
-ais, 81, 302.
-aise, 84.
-aisse, 83.
-ait, 81, 327.
-aite, 82.
-aître, 85.
-aix, 344.
-ak, 45.
-al, 24, 258.
-ale, -âle, -alle, 24.
-am, 24, 129-131, 274.
-ame, -âme, -amme, 24.
-amment, 276.
-an, 25, 134.
-anc, 213.
-and, 135, 228.
-ane, -âne, -anne, 25-26.
-ang, 236-238.
-ans, 303-309.
-ant, 135, 228, 329.
-ap, 21, 284.
-ape, -âpe, -appe, 21.
-aphe, 22.
-aple, 31.
-apre, -âpre, 31.
-aque, -âque, 21.
-ar, 28, 292.
-ard, 28, 228.
-are, -arre, 28, 29.
-archat, 222.
-archie, 224.
-aron, -arron, 36.
-art, 28, 330.
-as, 19-20, 23, 300-301.
-ase, 29.
-aser, -asif, etc., 34, 36.
-asme, 275, 315.
-ass, -asse, -âsse, 22.
-asser, 34.
-assion, 38.
-at, 19, 45, 325.
-ate, -âte, -atte, 19, 45.
-ateur, -ation, -atif, 38.
-atre, -âtre, 31.
-atrice, -ature, 38.
-au, 113, 116.
-aube, -auce, etc., 114.
-aud, 113, 229.
-aude, -auffe, etc., 114.
-auld, 229, 261.
-ault, 268, 328.
-aur, -aure, 114-15.
-aut, -aute, 113-14, 328.
-auté, 115.
-aux, 344.
-ave, 29.
-avre, 32.
-ay, 80.
-aye, 28, 83, 191.
-ayer, 163, 191, 193.
-az, -aze, 29, 350-51.
-berg, 67, 236, 238.
-bourg, -burg, 236, 238.
-burn, -burns, -bury, 126.
-chée, -chéen, 223.
-cher, 293-94.
-chi, 226.
-chin, 224.
-chine, -chique, -chisme, -chiste, 225.
-chite, 225.
-cueil, 93, 259.
-é, 52.
-e latin ou étranger, 52, 75-76.
-è, 54.
-eb, -èbe, 61.
-èble, -èbre, 68.
-ec, -ecq, -ecque, 57, 212.
-èce, 59-60.
-èche, -êche, 59.
-ècle, -ècre, 68.
-ect, 215-16.
-ed, -ède, 61.
-èdre, 68.
-ée, -ées, 56.
-éen, 137.
-ef, -effe, 59, 231.
-èfle, -effre, 68.
-eg, 61.
-ège, 65.
-ègle, 68.
-ègne, 64.
-ègre, 68.
-ègue, 61.
-eiche, -eige, etc., 82-85.
-eil, 65, 259.
-eille, 65, 83, 264.
-é-je, 65.
-el, 61, 258.
-èle, -ête, -elle, 61.
-elier, -elions, -eliez, 166.
-em, 62, 129, 131, 274.
-emble, -embre, 140.
-ème, -ême, -emme, 62-63.
-emment, 74, 131, 276.
-empe, -emple, 140.
-en, 64, 136-38, 279.
-enc, 140.
-ence, 140.
-end, 138.
-ende, -endre, 140.
-ène, -êne, -enne, 61.
-eng, 140, 237-38.
-ennal, -ennat, etc., 281.
-enné, -ennant, etc., 281.
-ens, 139-140, 308-309.
-ense, 140.
-ent, 138, 161, 329.
-ente, 140.
-entiel, -ention, 141.
-ep, -èpe, -êpe, -eppe, 57-58.
-eph, -èphe, 59.
-èpre, -êpre, 68.
-eps, 309-10.
-èque, -êque, 57.
-er, 53-54, 66-67, 292 sqq.
-erd, 228.
-ère, -erre, 66.
-èrement, 73.
-ers, 295, 310.
-ès, 55, 60, 301-302.
-esce, 59.
-èse, 68.
-esle, -esme, -esne, etc., 313.
-esse, 59-60.
-essible, -essif, etc., 323.
-et, 55, 58, 326-27.
-êt, 55.
-ète, -ête, -ette, 58.
-ètre, -être, -ettre, 69.
-etti, -etto, etc., 340.
-eu, -eue, 90.
-euble, 93.
-eude, 92.
-euf, 91, 93, 231.
-euil, 93, 259.
-euille, 93, 264.
-eul, 93, 258.
-eule, 92, 93.
-eumatique, 96.
-eume, 92.
-eune, -eûne, 92, 93.
-euple, 93.
-eur, 93-94, 292.
-eure, -eurre, 93-94.
-eurer, 96.
-eus, 92, 304.
-euse, 91.
-eusement, 95.
-eut, 91.
-eute, -eutre, 92.
-eutique, 96.
-euve, -euvre, 94.
-eux, 90, 91, 344.
-ève, êve, 67.
-èvre, 69-70.
-ey, 345.
-ey, 80.
-eyer, 163, 193.
-ez, 53, 68, 350-51.
-èze, 68.
-field, 78, 229.
-ford, 228.
-ger, 293-94.
-gua, 241.
-guë, 244.
-gueil, 93, 259.
-guier, -guière, 243.
-i, -ie, 117, 118.
-ibe, 118.
-ic, 118, 212.
-ict, 217.
-iez, 220, 352.
-ide, 118.
-ien, 136-37.
-iens, 308.
-ient, 138.
-ier, -iers, 53, 268, 293, 295.
-if, 118, 231.
-ig, igue, 118, 238, 241.
-iions, -iiez, 119, 189, 190.
-il, 259-60.
-ille, 265-67.
-illa, 268.
-illade, -illage, etc., 267, 270.
-im, -ime, 118, 274.
-in, 145, 279.
-inck, 146.
-inct, 217.
-ing, 120, 145-46, 237-38.
-ins, 309.
-ions, -iez, 268.
-ip, -ique, 118.
-ir, -ire, 118, 292.
-is, 117, 302-303
-ise, isse, 118.
-iser, 119.
-isme, 275, 315.
-issible, -issime, etc., 323.
-iste, 333.
-it, -ite, 117-18, 327-28.
-itz, 351.
-ix, 117, 344-46.
-iz, 350-51.
-land, 135, 228.
-lier, 262.
-machie, 224.
-man, -mann, 131, 279.
-mesnil, 313.
-o, 98.
-ob, -obe, 104.
-oble, obre, 108.
-oc, 100, 102, 212.
-oce, -oche, 102.
-ocle, -ocre, 108.
-od, 100, 229.
-ode, 104.
-oë anglais, 53.
-of, -ofe, 102.
-ofle, -ofre, 108.
-oge, -ogue, 104.
-ogre, 108.
-ogue, 104.
-oi, oie, 46.
-oï, 119.
-oide, -oif, -oile, etc., 47-48.
-oing, 236-37.
-oir, oire, 47, 292.
-ois, 46, 301.
-oit, oite, 40-47, 325-26.
-oix, 47, 344.
-ol, -ole, -olle, 104.
-ome, -omme, 104-6.
-ompt, 329.
-on, 148, 388.
-onc , 213.
-ond, 288.
-one, -onne, 106.
-ong, 236-38.
-onner, -onnaire, etc., 281.
-ons, 302.
-ont, 325.
-op, -ope, 100, 102.
-ophe, 102.
-ople, -opre, 108.
-ops, 309-10.
-ogue, 102.
-or, 108, 292.
-ord, 108, 228.
-ore, -orre, 108.
-orer, 111.
-ors, 108.
-ort, 108, 330.
-os, 98, 102, 304.
-ose, 101.
-oser, -oisif, -osion, 110.
-osité, -osition, 110.
-osse, 102.
-ost, 331.
-ot, 98-99, 327-28.
-ote, -otte, 102.
-oter, -otif, 111.
-otion, 110.
-otre, 108.
-ou, 121.
-oud, 121, 228.
-ouil, 259.
-ouille, 122, 264.
-ouiller, 122.
-oul, 258-59.
-ould, 229, 261.
-oult, 261, 328.
-oup, 284.
-our, -oure, 121, 292.
-ourd, 228.
-ourer, 122.
-ous, 121, 304-5.
-ouser, 122.
-out, 121, 328-29.
-oux, 344.
-ove, 104.
-ow, 341, 343.
-own, -owski, 343.
-oyau, 191.
-oyer, 163, 193-94.
-oz, 107, 351.
-put, 329.
-quin, -quine, 289.
-schi, 226.
-seur, -sion, -soir(e), 321.
-son anglais, 148.
-spect, 216, 330, 361-62.
-stadt, 325.
-tiaire, -tial, 333.
-tie, 333, 335, 337.
-tié, 334, 336.
-tiel et dér., 333.
-tième, 336.
-tien, -tienne, 333, 337.
-tier, tière, 336.
-tieux et dér., 333.
-tion et dér., 187, 333, 335.
-ton anglais, 148.
-u, ude, etc., 121-22
-ueil, 93.
-uite, 242.
-um, 123, 125.
-un, 149, 389.
-ur, -ure, 121, 292.
-urer, -urie, 122.
-us, 305-307.
-user, 122.
-ut, 329.
-ux, 344.
-uyer, 193.
-uz, 351.
-ville, 266-67.
-viller, villier, 270, 291.
-yen, 137.
INDEX ALPHABÉTIQUE
DES PRINCIPAUX MOTS ET NOMS PROPRES
N. B. Cet index eût été plus que doublé, si on y avait introduit tous les mots du texte et tous les noms propres. Mais c’eût été parfaitement inutile. D’abord une foule de mots sont cités comme exemples de prononciation normale pour les finales principales, et pour ceux-là l’index qui précède doit évidemment suffire. On peut même dire que cet index, qui est très étendu, en y joignant la _Table des matières_ qui est fort développée, suffirait aisément pour trouver n’importe quel mot. On n’a pas voulu cependant refuser au lecteur un index alphabétique, qui dans certains cas peut être commode; mais on n’y a mis que l’utile, c’est-à-dire les mots sur la prononciation desquels on peut hésiter, ceux qui sont cités plus d’une fois, ceux qui sont l’objet de remarques spéciales, enfin tous ceux qui ont quelques chances d’y être cherchés. Par exemple certains mots techniques et rares ne sont employés que par les spécialistes, qui connaissent leur prononciation: à quoi bon en encombrer un index où personne ne les cherchera? D’autre part beaucoup de noms propres sont insérés dans des listes plus ou moins longues, où on les trouvera aussi facilement ou aussi rapidement avec la _Table des matières_ qu’à l’aide d’un index alphabétique. A quoi bon répéter par exemple au W les listes qui sont déjà au chapitre du W? De même pour beaucoup de mots étrangers. Il suffit que le lecteur soit bien averti qu’un mot qui est absent de la liste n’est pas pour ce motif absent du livre. J’ajoute que les abréviations imprimées en italique représentent plusieurs mots qui sont dans la même page, ou même des séries nombreuses, comme les finales.
A
Abatucci, 125, 220.
abbaye, 190.
abject, 215, 330.
ab ovo, 111.
Abraham, 25, 129, 130.
abricotier, 111.
abrupt, 331.
Abruzzes, 351.
_abs-_, 202, 315.
accessit, 328.
accroc, 100, 212.
accueil, 93.
Achéron, 224.
achète, 222.
Achille, 225, 267.
achillée, -éide, 225-26, 270.
Achmet, 226.
aconit, 327.
acrimonie, 33.
Adam, 37, 129-30.
adéquat, 291, 325.
adosser, 110.
ad patres, 38.
adventice, 141, 142.
adventif, 141.
affairé, 85.
affres, 31, 32.
Agen, 138.
Agenais, 165.
agneau, 87.
Agnès, agnus, 245.
aigu, 85.
_aigu-_, 242-44.
aimer, 85.
Aïnos, 304.
ains, 308.
aisé, 85.
Aix, 344.
Ajaccio, 219, 255.
Alais, 302.
albatros, 102, 304.
albinos, 102, 304.
alcarazas, 300.
alcool, 104.
Alexis, 303.
Alger, 294.
Algésiras, 319.
alguazil, 36, 243, 260.
aliquante, 291.
Allah, 19.
alleluia, 193.
all right, 120.
almanach, 221.
Almeida, 88.
alors, 310.
aloyau, 190.
alphabet, 326.
Alsace, 315.
altier, 293.
amarrer, 34.
ambesas, 300.
amer, 294.
amict, 217, 330.
Amiens, 139, 309.
amitié, 334, 336.
Anchise, 226.
ancillaire, 270.
Angers, 295.
Angra-Pequeña, 280, 289.
anguille, 242, 265.
anis, 37.
_ann-_, 281.
Anne, 26.
année, 131, 281.
Annunzio, 149, 282.
anspect, 216.
antechrist, 331.
_anti-_ devant voy., 383.
_anti-_ devant _s_ et voy., 317.
antienne, 337.
anus, 38.
Anvers, 310.
aoriste, Aoste, 41.
août, 39-40, 329.
aoûter, aoûteron, 40-41.
api, 37.
aplomb, 210.
_app-_, 286.
appendice, -icite, 142, 286.
appétit, 165.
appogiature, 246.
a priori, 38.
_aqua-_, 291.
aqueduc, 165.
aquilin, aquilon, 289.
arachide, 225.
araignée, 87.
arc-boutant, etc., 214.
archal, 222.
_arché-_, 223.
_archi-_, 225.
arctique, 217.
Arcueil, 93.
Argens, 139, 309.
Argueil, 93.
arguer, 241.
Arguin, 146, 243.
argutie, 337.
aristo, 100.
Arkansas, 319.
_arr-_, 297.
Arras, 301.
arriéré, 73.
arroser, 110.
arrow-root, 113, 343.
_Ars-_, 315.
arsenic, 213.
arts et métiers, 384.
Aruns, 149, 309.
as, 300.
aseptique, 317.
Asnières, 33.
aspect, 216.
_ass-_, 322.
Assas (d’), 301.
assez, 53, 350.
assied, assieds, 52, 228.
asthme, -atique, 315, 332.
_asym-_, 317.
atlas, 23, 300.
_att-_, 339.
atterrir, 73.
_au-_ initial, 115-116.
Aubenas, 301.
Auch, 114, 221.
Auerstædt, 57, 61, 78.
Augsbourg, 244.
aujourd’hui, 116.
aulne, _Auln-_, 261-62.
Aunis, 303.
Aureng-Zeyb, 88, 238.
aurochs, 309.
Austerlitz, 351.
auto, 100.
automne, -al, 275.
autrui, 197.
Auxerre, -ois, 347.
Auxonne, 347.
avant-hier, 366.
avec, 213.
aveline, 37.
aveugle, 92, 93.
avril, 261.
Ay, 191.
ayant, 189.
aye, ayent, 163, 194.
Ayen, 191.
azimut, 329.
B
Baal, 24.
babil, 261.
baby, 43, 121.
Bacciochi, 220, 226.
Bacchus, 37.
bacille, 266.
Bædeker, 68, 78.
Bagration, 339.
Baïes, 28.
bairam, 88.
Balaam, 25.
balaye, 193.
balbutier, 336.
balsamique, 315.
Banyuls, 125, 310.
banzaï, 119.
_bapt-_, 285.
bardit, 327.
bar-maid, 88.
baroque, 37.
barricade, 34.
_basa-_, 36.
bascule, 38.
Basile, 36.
basileus, 72, 304, 318.
basilique, basoche, 36.
basquine, 289.
basset, bassesse, basson, 35.
bastonnade, 38.
Bataves, 37.
_bay-_, _Bay-_, 191.
Baylen, 88.
Bayreuth, 88, 92.
_baz-_, _Baz-_, 36.
Béarn, 280.
beaucoup, 284, 360.
Beauvaisis, 303.
Bebel, 76.
_bec-_, 212.
beefsteack, 43, 313.
Beethoven, 78.
béguin, béguine, 243.
Belfort, 262.
Belsunce, 149, 315.
Belzébuth, 332.
_Ben-_, 144.
bengali, 143.
Benjamin, 143.
benjoin, 143.
Benserade, 143.
Bentivoglio, 144, 246, 280.
benzine, 144.
Berlioz, 107.
Bernoulli, 269.
Besenval, 141.
besicles, 170.
besson, 171.
bêta, 18.
bêtise, 72.
_Beu-_, 96.
beugle, 92.
Beyrouth, 88.
bief, biez, 231, 350.
bien, 136, 390.
bigarré, -reau, 34, 37.
bill, 264.
billebaude, -vesée, 267.
Billom, 130.
bis, 303.
Biscaye, 28, 191.
blason, 36.
Blaye, 28, 191.
bleuet, bluet, 94.
blockhaus, 116, 304.
Blücher, 224, 295.
bluff, bluffer, 126.
boa, 112.
bobo, 111.
Bœcklin, 77, 146.
Boerhaave, 39, 78.
Boers, 66, 78.
bœuf, 91, 93, 231-32.
Bohême, 199.
Boilly, 269.
_Bois-_, 312.
bonneterie, 173.
book, 112.
bookmaker, 42-43.
Boson, 110.
Boullongne, 282.
bourg, Bourg, 236, 363.
bourgmestre, 236.
Bourgueil, 93.
bow-window, 343.
boy, 50.
boyard, 191.
boycotter, 50.
brahme, 25.
Bramante, 52.
brame, 25.
brasero, 76, 318.
brayette, 191.
bréchet, 170.
Bretagne, 87.
breuvage, 93.
breveté, 170, 173.
bric (de) et de broc, 212.
briqueterie, 173.
broc, 100, 212.
Broglie, 246.
_bronch-_, 222.
Brongniart, 232.
Brooklyn, 113, 146.
browning, 145, 238, 343.
Brown-Sequard, 291, 343.
bruire, bruit, etc., 197.
Brunswick, 149.
brut, 329.
Bruxelles, 347.
bruyant, 190, 192.
bruyère, 192.
Buch, 221.
budget, 126.
_Buona-_, 125.
Bueil, 53.
Buenos-Ayres, 60, 84, 88.
buffleterie, 172.
bulbul, 124.
bull, John Bull, 125.
burg, 124.
but, 329.
Buzenval, 143.
Byron, 121, 148.