L
1º L’L final et les mots en il.
La lettre =l= est une de celles qui se prononcent en français à la fin des mots.
Les finales en =-al= et en =-el= notamment sont très nombreuses et n’offrent point d’exceptions[631].
Les finales en =-eul=, =-ol= et =-oil= n’en ont pas davantage[632].
Parmi les finales en =-oul= et =-ul=, il faut excepter pou(ls) et soû(l), qu’on écrit aussi saoul très mal à propos, et cu(l), avec ses composés gratte-cu(l), torche-cu(l), cu(l)-blanc, cu(l)-de-jatte, cu(l)-de-bouteille, cu(l)-de-sac, cu(l)-de-lampe, cu(l)-de-poule, etc.[633].
Les finales en =-ail=, =-eil=, =-euil=, et =-ouil= (y compris œil et les mots en -cueil et -gueil) ont un l mouillé par l’i: éma il, cora il, sole il, pare il, deu il, fauteu il, accue il, orgue il, fenou il, etc.[634]. Rail seul se prononce quelquefois rèl à l’anglaise[635].
Restent les finales en =-il= après une consonne, qui appellent quelques observations.
D’abord le pronom il. Ce mot avait amui son l depuis le XVIᵉ siècle, sauf en liaison, bien entendu. C’est un phénomène assez curieux qu’à cette époque on écrivait a-il et on prononçait ati.
Ni le XVIIᵉ siècle, ni le XVIIIᵉ n’ont rétabli cet l dans la prononciation courante, et le XVIIIᵉ siècle n’a cherché à le rétablir que dans le discours soutenu. Restaut reconnaît qu’il ne se prononce pas ailleurs. Depuis Domergue, les grammairiens veulent qu’on le prononce partout; mais dans l’usage courant et familier: où va-t-i(l), i(l) vient s’entendent presque uniquement à côté de i l a. L’enseignement seul maintient cet l dans la lecture et dans le langage soigné.
Les autres mots en =-il= se divisaient autrefois en deux catégories: les mots à l simple et les mots à l mouillé.
I.--Les mots à =l= simple ont gardé leur l dans la prononciation ou l’ont repris s’ils l’avaient perdu. Ce sont: l’adjectif numéral mi l; des adjectifs venus d’adjectifs latins en -ilis, puéri l, viri l, volati l, subti l, bissexti l, vi l, civi l; le vieux pronom ci l; des substantifs également venus du latin: fi l (avec profi l et morfi l), si l, exi l, pisti l; et quelques mots étrangers, ani l, tori l, alguazi l, avec béry l[636].
II.--Les mots à =l= mouillé, d’origines variées ou inconnues, se sont au contraire tous altérés. Car autrefois l’l final unique se mouillait fort bien[637]; mais cette prononciation a disparu progressivement, soit par l’affaiblissement du son mouillé, qui a amené la chute de la consonne, soit par changement de l’l mouillé en l simple[638]. Cette seconde catégorie se divise donc elle-même en deux groupes:
1º Dans la plupart des mots, on ne prononce plus l’l depuis longtemps: ce sont bari(l), charti(l), cheni(l), courbari(l), courti(l), couti(l), douzi(l) ou doisi(l), feni(l), fourni(l), fraisi(l), fusi(l), genti(l), nombri(l), outi(l), sourci(l), et plus récemment persi(l), malgré le voisinage de formes mouillées toujours usitées, comme bari ll et, outi ll er, fusi ll er, sourci ll er, etc.[639].
Genti(l), qui appartenait d’abord à la première catégorie, à l sonore (latin gentilis), est passé ensuite à la seconde, avec =l= mouillé, après quoi il a également amui son l[640]; toutefois, au singulier de gentilhomme, un yod est demeuré nécessairement entre l’i et l’o (gentiyom).
2º Au contraire, ci l, péni l, brési l, torti l (pour tortis, sous l’influence de torti ll er), ont passé au groupe des mots à l non mouillé; péri l aussi, quoiqu’il y ait encore quelques exceptions; avri l de même, après s’être prononcé avri au XVIIᵉ siècle, et avriy au commencement du XIXᵉ.
Il n’y a plus d’hésitation que pour quatre substantifs: babil, grésil, gril et mil (avec grémil). Non qu’on puisse y conserver le son mouillé, ou plutôt le yod, car il s’y entend de moins en moins, et ne saurait tarder à disparaître, malgré le voisinage de formes mouillées, comme babi ll er, grési ll er, gri ll er: la seule question est de savoir s’ils se prononceront définitivement avec ou sans l, car les deux coexistent. Il est probable que le son il l’emportera dans mi l et babi l, comme dans péri l et avri l. Mais grési(l), et surtout gri(l), sans l, paraissent avoir des chances sérieuses[641].
2º L’L intérieur.
Dans le corps des mots, l’=l= se prononce aujourd’hui partout, notamment dans pou l pe, sou l te et indu l t, où il a revécu, grâce à l’orthographe, après une éclipse plus ou moins longue[642]. Il faut excepter fi(l)s et au(l)x, pluriel de ail[643]. Je ne parle pas de au(l)ne, qui a cédé la place à aune, ni de fau(l)x, graphie assez ridicule pour faux, adoptée néanmoins par V. Hugo et quelques poètes, de ceux qui prétendent aussi écrire lys pour lis[644].
Dans le parler populaire ou simplement rapide, l’l intérieur tombe souvent, mais il sera bon de faire un petit effort pour le conserver. Ainsi, dans les mots en =-lier=, le peuple fait souvent tomber l’l, et prononce par exemple escayer, et surtout souyer, et cela depuis des siècles; de même bi-yeux et mi-yeu, pour bi-lieux et mi-lieu, un yard pour un liard. Il faut éviter avec soin cette prononciation, et ne pas confondre sou-l ier avec souiller (souyé), quoique ces mots puissent parfaitement rimer ensemble[645].
Il n’en est pas tout à fait de même de que(l)qu’un, et surtout que(l)qu(e)s-uns, que(l)qu’ chose, et que(l)qu’ fois, qu’on entend le plus ordinairement dans la conversation courante, et cela depuis des siècles. Cette prononciation, parfaitement conforme au génie de la langue, qui admet mal le groupe lq, ne saurait être condamnée rigoureusement; mais ce n’est tout de même pas une raison pour la conseiller à l’exclusion de toute autre, comme le font les phonéticiens purs?
Où ira-t-on, si l’on entre dans cette voie? On dit aussi, dans la conversation, capab(le), impossib(le), discip(le), muf(le), au moins quand on parle vite, et surtout devant une consonne, nous l’avons vu à propos de l’e muet, et même quelquefois sans cela. Mais que ne dit-on pas? On dit non seulement c(el)a, qui est admis, mais c(el)ui qui et c(el)ui-ci[646]; et aussi j(e l)ui ai dit, et même j(e lu)i ai dit; et non seulement i(l) vient, ou ainsi soit-i(l), mais aussi e(lle) vient ou e(lle) n’ vient pas (voire a vient!); et aussi que(l) sale métier, et (il) y a du bon, et (il n’)y en a plus (ou pus); et non seulement s’i(l) vous plaît, mais s’i(l v)ous plaît[647], et s’(il v)ous plaît, et même s’(il) te plaît et s’(il vous) plaît. Tout cela est admissible, ou du moins tolérable, à la grande rigueur. Mais va-t-on le conseiller aussi[648]?
Assurément, si l’on disait toujours que(l)qu’ fois, il faudrait bien en passer par là, et nos phonéticiens auraient raison; mais il s’en faut bien qu’on le dise toujours, pas plus qu’on ne dit toujours çà pour cela: ces choses-là dépendent des lieux et des personnes à qui l’on parle. De telles formes sont donc simplement tolérables dans la conversation familière, mais nullement à proposer comme modèles[649].
3º L’L double après un i.
L’l double se prononce, suivant les cas, de trois manières, comme un l simple, comme deux l, et comme l’l mouillé: c’est-à-dire bien entendu le yod.
Quand l’l double est final, il se prononce simple, comme les autres consonnes, même après i: bi l(l) et mandri l(l), comme footbal(l) ou atol(l). C’est donc une erreur de mouiller mandril(l).
Quand l’l double n’est pas final, sa prononciation dépend d’abord de la voyelle qui précède, suivant que cette voyelle est ou n’est pas un i, car si c’est un i, l’l double est généralement mouillé.
· · ·
L’l double est d’abord mouillé, sans exception, dans les groupes -aill-, -eill-, -euill-, -ouill-, à commencer par les finales muettes en =-aille=, =-eille=, =-euille= et =-ouille=, qui correspondent aux finales masculines en -ail, -eil, -euil, -ouil: éca ille et bata ill e, abe ill e et ose ill e, feu ill e et cue ill e, grenou ill e, etc. Il en est de même dans le corps des mots, aussi bien qu’à la fin, d’autant plus que le groupe =-ill-= intérieur dérive presque toujours d’une finale mouillée[650].
Ainsi l’addition de l’i entre l’une des voyelles a, e, ou et l’l double supprime toute hésitation. C’est pourquoi la prononciation de nouille, autrefois écrit noule, a pu se fixer au son mouillé, tandis que semoule, longtemps mouillé, est retourné au son oule non mouillé, par réaction orthographique et faute d’i.
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Le cas est moins simple quand le groupe =-ill-= n’est pas précédé d’une voyelle, car alors l’i se prononce, et la question de savoir si l’l double est mouillé reste entière.
I. =Les finales muettes en ILLE.=--Ces finales sont presque toutes mouillées, comme les finales en =-aille=, =-eille=, =-euille= et =-ouille=, étant donné que les finales non mouillées sont presque toutes en =-ile= avec un seul l. Pourtant il y a des exceptions, quoiqu’elles tendent progressivement à disparaître, par l’effet de l’analogie[651].
1º Commençons par les verbes. On peut dire que scinti(l)le non mouillé ne se défend plus guère; mais il n’y a pas si longtemps qu’il a mouillé ses l, et l’on conserve toujours à côté de lui scinti l-l ation, où les deux l sont distincts.
Nous assistons actuellement à la transformation de osci(l)le et vaci(l)le en osciye et vaciye, qui est bien près d’être achevée, surtout pour vaci(l)le, quoique osci l-l ation et vaci l-l ation soient aussi à peu près intacts. On doit encore conseiller osci(l)l e; on peut même conseiller vaci(l)l e, mais il ne faut pas se dissimuler que ce seront bientôt des archaïsmes. Et naturellement la conjugaison entière de ces verbes se trouve altérée de la même manière par réaction analogique.
Il y a encore un autre verbe qui est déjà touché légèrement, c’est titi(l)le.
Le seul verbe qui résiste absolument, parce qu’il est d’usage très courant, et même populaire, et appris par l’oreille autant que par l’œil, c’est disti(l)l e; on ne prononce même généralement qu’un l dans disti(l)l er, et, par suite, disti(l)l erie et disti(l)l ation.
2º En dehors des verbes, la prononciation non mouillée n’est guère plus répandue dans les finales en =-ille=. Cette prononciation ne se maintient que dans trois ou quatre mots extrêmement usités, ou, au contraire, dans un certain nombre de noms plus ou moins savants.
Les mots savants sont protégés précisément par un emploi assez restreint, ou du moins peu populaire: papi(l)l e, pupi(l)l e, si(l)l e, sci(l)l e, baci(l)l e, vertici(l)l e, codici(l)l e et myrti(l)l e[652]. Les dictionnaires y ajoutent encore fibri(l)l e, mais ils feront bien de se corriger sur ce point. Pupi(l)l e lui-même est déjà très atteint, et myrti(l)l e n’est pas assez rare pour se défendre encore bien longtemps.
Mais, d’autre part, les mots d’usage tout à fait général et très courant se conservent plus sûrement encore que les mots savants, étant appris par l’oreille et non par l’œil; seulement ici ils sont tout juste trois, à savoir: deux adjectifs, mi(l)le et tranqui(l)le[653], et un substantif, vi(l)le, avec vaudevi(l)le, dont l’étymologie est toujours contestée[654].
II. =Le groupe ILL intérieur.=--La finale en =-ille= étant mouillée presque partout, toutes celles qui se rattachent plus ou moins à celle-là le sont également: fusi ll ade et outi ll age, sémi ll ant ou bri ll anter (avec casti ll an et sévi ll an), corbi ll ard ou babi ll arde, gaspi ll er, habi ll ement et arti ll erie, bi ll et ou fi ll ette, torpi ll eur et péri ll eux, pavi ll on, etc., et tous leurs dérivés.
Ont encore l’l double mouillé quelques mots à finales plus rares: ti ll ac, cabi ll aud, genti ll esse, ti ll eul et fi ll eul, gri ll ot, tous les mots qui commencent par =quill-=, ou encore des dérivés comme bi ll ebaude, et aussi bi ll evesée, sur qui les avis se partagent, bien à tort[655].
On peut y joindre l’l double espagnol, notamment la finale =-illa=; malheureusement, à côté de manzani ll a, guéri ll a, cuadri ll a ou banderi ll ero, qu’on prononce d’ordinaire correctement, on a trouvé plus savant et plus distingué de séparer les consonnes dans chinchi l-l a (qui devient souvent chinchi-la) et camari l-l a: c’est une grave erreur, dont on pourrait bien aussi se corriger, puisque l’espagnol est toujours là[656].
On remarquera que la finale =-ier=, qu’on trouve dans un assez grand nombre de mots à la suite de l’l double mouillé, ne change plus rien à la prononciation, qui est la même que si la finale était =-er=, de même qu’après =gn=: ainsi quinca illi er, éca illi ère, vani lli er, manceni lli er, cornou illi er, à côté de ore ill er, et poula ill er, qui avaient aussi un i, et l’ont perdu, tandis que les autres gardaient le leur. Au contraire, les finales verbales =-ions= et =-iez= ajoutent un yod aux ll mouillés, sans quoi il pourrait y avoir confusion de temps: nous travaillions se prononce donc nous trava y-y ons, à côté du présent trava-y ons[657].
D’autre part, on a pu voir qu’il n’y avait point de finales mouillées après la voyelle u. Mais en =-uille=, cas particulier de -ille, nous connaissons déjà aigui ll e. On retrouve le même groupe =ui= suivi de l’l double mouillé dans cui ll er, et il est surprenant que l’i ne se soit pas détaché de l’u dans ce mot[658].
Au contraire, c’est u qui se change en ui, très malencontreusement, et depuis bien longtemps, dans ju-illet, où l’i ne devrait servir qu’à mouiller les ll, comme dans les finales en -euille et -ouille. Ce qui le prouve bien, c’est que beaucoup de personnes prononcent encore juliet, qui est le faux mouillage: ce sont les mêmes qui prononcent alieurs. Mais la vraie prononciation est ju-yet[659].
· · ·
En somme, le groupe =-ill-= est mouillé à peu près partout à l’intérieur des mots; les exceptions sont les suivantes:
1º Les dérivés de vi(l)l e, tranqui(l)l e et mi(l)l e, à savoir: vi(l)l age, vi(l)l ette, avec vi l-l a et vi l-l égiature, où sonnent deux l, comme dans les mots latins; tranqui(l)l ité, tranqui(l)l iser, tranqui(l)l ement; mi(l)l ier, mi(l)l iard, mi(l)l ième, mi(l)l ion, et aussi, par analogie, bi(l)l ion, tri(l)l ion, etc., avec mi l-l énaire, mi l-l ésime, mi l-l imètre, etc., où sonnent aussi deux l[660].
2º D’autre part, deux l sonnent aussi, par conséquent sans mouillure, dans pénici l-l é, vertici l-l é, sigi l-l é, et les mots en -illation et -illaire: scinti l-l ation, capi l-l aire (et capi l-l arité), anci l-l aire, etc.; dans pusi l-l anime, dans achi l-l ée et achi l-l éide[661].
3º De plus, en tête des mots, le préfixe il- reste distinct devant un l: i l-l uminé, i l-l égitime, etc.; tout au plus peut-on réduire les deux l à un, si l’on veut, dans i ll ustration, mais, en tout cas, on ne mouille jamais.
4º On ne prononce qu’un l simple dans li(l)l iputien, qui a peu de chances de se mouiller, et dans vi(l)l anelle, qui est évidemment protégé par l’analogie de vi(l)l e et vi(l)l age[662].
4º L’L double ailleurs qu’après un i.
Après une voyelle autre que i, l’l double fait comme les autres consonnes, et se prononce comme un seul ou comme deux, suivant que le mot est plus ou moins usité. C’est le principe général, déjà vu ailleurs. Mais ici, la prononciation double l’emporte de beaucoup, et de nos jours plus qu’autrefois, soit que les mots soient plus savants, soit que l’habitude plus répandue du latin fasse conserver les ll, comme nous les conservons en latin[663]. Il n’y a rien d’ailleurs d’absolu, nous l’avons dit, et l’on prononce un l ou deux dans beaucoup de mots, suivant qu’on parle plus ou moins vite.
C’est après un a que l’l double se réduit encore le plus souvent à un. Cela est indispensable dans a(l)l er, a(l)l eu, a(l)l iance, a(l)l o, a(l)l onger, a(l)l otir, a(l)l umer, ba(l)l et, ba(l)l ot, ba(l)l ant, ba(l)l on, ca(l)l eux (à côté de ca l-l osité); da(l)l er, fa(l)l oir, ga(l)l on, ha(l)l ali, insta(l)l er, va(l)l ée, va(l)l on, et leurs familles. Il n’y a aucun inconvénient à en faire autant dans des mots aussi usités que a(l)l aiter, a(l)l écher, a(l)l ouer, et même a(l)l egro ou a(l)l egretto, voire a(l)l égresse, a(l)l éguer, a(l)l éger, ha(l)l ucination, et quelques autres, encore que les deux l s’y prononcent le plus souvent[664].
Après e, o, u, y, les deux l se maintiennent mieux qu’après a.
Après e, ils ne se réduisent guère que dans ce(l)l ier, ce(l)l ule, exce(l)l ent, et, si l’on veut, dans pe(l)l icule, rebe(l)l ion et libe(l)l é[665].
Dans les mots commençant par =col-=, les deux l ne se réduisent régulièrement que dans co(l)l er, co(l)l ège, co(l)l et, co(l)l ier, co(l)l ine, co(l)l ation, et leurs parents, mais non pas dans les expressions savantes co l-l ation des grades ou co l-l ationner des registres. Il n’y a d’ailleurs aucun inconvénient à y joindre co(l)l ègue, co(l)l odion ou co(l)l yre, et quelques autres. On prononce aussi uniquement do(l)l ar, fo(l)l et, mo(l)l et, mo(l)l ir et mo(l)l usque, et même, si l’on veut, so(l)l icitude[666].
Après u, ils ne se réduisent pas, sauf tout au plus dans pu(l)l uler, si l’on veut, ou ébu(l)l ition[667].
Après y, notamment, pour le préfixe =syl-=, la réduction est aussi rare que pour le préfixe il-.
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Si la tendance populaire, fort naturelle, était ici de réduire les deux l à un seul, en revanche, il y a une autre tendance, également populaire, mais très fâcheuse, qui consiste au contraire à doubler l’l après un pronom: je ll’ai vu, tu ll’as dit, j’ te ll’ai dit. C’est sans doute par analogie avec il l’a vu, il l’a dit[668]. C’est un des plus anciens et des plus graves défauts de la prononciation parisienne, d’autant plus grave qu’il est extrêmement difficile à corriger.
En tête des mots, on trouve aussi l’l double dans certaines langues, et c’est l’l mouillé; mais lloyd se francise avec l simple, non mouillé[669].
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On a vu, plus haut, que lh représentait dans le Midi l’l mouillé. Ce groupe n’est pas passé dans le français; c’est donc le hasard seul qui a rapproché ces deux lettres dans phi l-(h)ellène ou phi l-(h)armonique, où ils appartiennent à des éléments différents et ne sauraient se mouiller. On ne mouille pas non plus si l(h)ouette, qui vient d’un nom propre[670].
NOTE COMPLÉMENTAIRE.--On a vu que il se prononçait partout i autrefois, sauf devant une voyelle. C’est ce qui explique une faute d’orthographe qui était très fréquente alors (on la trouve dans Bossuet), et qui consistait à écrire qui pour qu’il. On ne répétera jamais assez que c’est précisément à cette faute qu’est due la fortune d’une phrase fameuse de La Bruyère, qui nous paraît toujours surprenante et qu’on imite perpétuellement: depuis plus de six mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. La Bruyère voulait dire et qu’ils pensent, pas autre chose: sa syntaxe, comme celle de tous ses contemporains, démontre sans contradiction possible que, pour justifier et qui, il eût fallu au moins une épithète à hommes.
M
1º L’M simple.
On a vu, au chapitre des nasales, qu’à la fin des mots l’=m= ne faisait jadis que nasaliser la voyelle précédente. Cette prononciation, purement française, a disparu progressivement. A part un petit nombre de mots[671], la prononciation étrangère ou latine a prévalu, les mots terminés en m étant en effet presque tous étrangers ou latins: l’m final y est donc séparé de la voyelle, et, par suite, s’y prononce: madapola m, hare m, intéri m, albu m[672].
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Dans le corps des mots, l’m ne nasalise la voyelle qui précède que quand il est suivi lui-même d’une labiale b ou p, ou dans le préfixe em- (pour en-), suivi d’un m: ambition, em-mener, simple, nymphe, compte, etc., et aussi comte et ses dérivés[673].
Devant toute autre consonne, l’m se prononce à part: ha m ster, déce m vir, triu m virat[674].
D’autre part, dans le groupe =mn= intérieur, l’m avait cessé autrefois de se faire sentir, par assimilation de l’m avec l’n[675]. Cette prononciation, qui a disparu dans la plupart des cas, s’est maintenue dans da(m)ner et ses dérivés, ainsi que dans auto(m)ne, parce que le groupe am ou om s’est d’abord nasalisé: on entend parfois encore d an-ner. Mais on prononce aujourd’hui l’m et l’n dans inde m-ne, ind em-n iser ou inde m-n ité[676], ainsi que dans auto m-n al, mot savant, aussi bien que dans calo m-n ie, a m-n istie, o m-n ibus et tous les mots récents[677].
Le peuple laisse volontiers tomber l’m dans les mots en =-asme= et =-isme=: cataplas m e, catéchis m e, rhumatis m e; c’est une paresse dont il faut se garder avec soin[678].
2º L’M double.
L’m double, entre voyelles non caduques, subit toujours la distinction des mots très usités et des mots plus ou moins savants. Mais ici, plus qu’ailleurs, il y a lieu de faire attention à la voyelle qui précède.
On sait déjà qu’après e initial (même devant un e muet), le premier m ne fait que nasaliser la voyelle: c’est le préfixe en qui se maintient en assimilant son n à l’m qui suit: em-m ancher, em-m énager, em m ener, etc., et par suite rem-m ener, etc.[679]. Mais on prononce deux m dans e m-m énagogue, mot savant et récent. On n’en prononce qu’un dans les adverbes en -emment (aman), mais deux dans ge m-m ation et pe m-m ican[680].
Après =a=, =i= et =u=, à part les adverbes en -amment, il est très rare qu’on ne prononce pas les deux m, sans doute parce que la plupart des mots sont des mots savants. Épigra(m)m e même n’empêche pas épigra m-m atique. Ga(m)m a est devenu ga m-m a. Il n’y a plus guère que enfla(m)m er, qui résiste absolument, et gra(m)m aire, qui résiste encore à moitié, mais on dit plutôt gra m-m airien, et à fortiori gra m-m atical, sans parler d’infla m-m ation. C’est à peine si on réduit encore parfois, quand on parle vite, les deux m d’i m-m ense, i m-m obile, i m-m oler, i m-m ortel; mais pour tous les autres mots en =im-=, à peu près jamais[681].
· · ·
Cas particulier: beaucoup de personnes nasalisent le préfixe im- dans i m-m angeable et i m-m anquable. Assurément cela est soutenable, mais je ne crois pas que cette prononciation puisse prévaloir, par la raison qu’on ne nasalise pas le préfixe =im-= dans i m-m obile ou i m-m odéré, ni aucun autre de même formation. Sans doute il y a une différence, en ce que les autres mots sont tirés la plupart de formes latines et gardent la prononciation latine, tandis que ces deux-là sont formés directement sur des mots français, devant lesquels on met le préfixe. Mais inébranlable, ineffaçable, et beaucoup d’autres, sont dans le même cas, sans qu’on ait jamais songé à maintenir la nasale, comme on la maintient par exemple avec liaison dans enorgueillir. Il n’y a pas plus de raison pour prononcer in-m angeable que pour prononcer in-n effaçable, et il est très naturel que ces deux mots suivent l’analogie, comme tous les autres[682].
Reste la voyelle o, dont le cas est tout différent. Il y a en effet un certain nombre de mots en -omme très usités, dont les dérivés et composés, très usités aussi, ont dû conserver le son de l’m unique: co(m)m ent, ho(m)m age, po(m)m ier, po(m)m ade, so(m)m et, so(m)m ier, so(m)m meil, etc., et les verbes no(m)m er, so(m)m er, asso(m)m er, conso(m)m er, avec asso(m)m oir. Mais déjà so m-m ité ne se réduit plus guère; on dit souvent aussi so m-m aire et plus encore so m-m ation[683].
Il reste encore, outre do(m)m age, les mots composés avec com-. Ici, il y a un peu plus de mots d’usage général que de mots plus ou moins savants: on prononce un m dans co(m)m ander, co(m)m encer, co(m)m ère, co(m)m erce, co(m)m ettre, co(m)m is, co(m)m ode, co(m)m un et même co(m)m ende et tous leurs dérivés[684]; on en prononce deux dans co m-m émorer et ses dérivés, inco m-m ensurable, co m-m inatoire, co m-m odat, co m-m odore, co m-m otion, co m-m ittimus, co m-m uer, co m-m utateur; de plus en plus aussi, malgré l’usage antérieur, dans co m-m ensal, co m-m enter, co m-m entaire, co m-m isération, souvent même dans co m-m andite, malgré co(m)m ander.
Toutefois les musiciens prononcent co(m)m a et non co m-m a. Pour commissure et commissoire, comme on ne peut pas doubler à la fois l’m et l’s, il y a hésitation, mais on double plutôt l’s: co(m)mi s-s ure.
N
1º L’N simple.
L’=n= est la consonne nasale par excellence.
· · ·
A la fin des mots, elle continue à n’être en français que le signe orthographique de la voyelle nasale: =-an=, =-en=, =-in= (-ain, -ein-, -oin) =-on=, =-un=.
Il n’y a d’exceptions à peu près françaises que les finales en =-en après consonne=, finales autrefois nasales comme les autres, et même en an, puis en in, mais où l’n s’est séparé de la voyelle sous l’influence de l’enseignement du latin, ces mots ayant un aspect latin: liche n, éde n, polle n, cyclame n, hyme n (sauf parfois à la rime), spécime n, abdome n, dolme n, etc. De tous les mots de cette finale, français ou étrangers, examen est le seul qui ait conservé ou plutôt repris chez nous uniquement le son nasal[685].
En dehors des mots français en =-en= après consonne, l’n final précédé d’une voyelle ne se prononce que dans des mots et dans des noms propres étrangers: en =-en= aussi d’abord[686]; puis en =-man=[687]; en =-in=, avec des noms allemands en =-ain= et =-ein=[688]; enfin quelques mots savants et beaucoup de noms étrangers en =-on=[689]. La finale =-oun= ne peut pas être nasale[690].
Les finales en =n= suivi de =c= ou =g=, de =t= ou =d= ou d’=s=, prononcés ou non, sont également nasales, sauf les troisièmes personnes du pluriel, dont la finale est muette, sauf aussi la plupart des mots anglais en =-ing= et quelques noms étrangers en =-ens= ou =-ent=[691].
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Dans le corps des mots, l’n n’est distinct en français que devant une voyelle[692].
Dans do ñ a, se ñ or, se ñ ora, malague ñ a, même sans le tilde qui le surmonte, il faut mouiller l’n: dogna, segnor. De même dans ca ñ on[693].
2º L’N double.
On a vu que l’n double conserve le son nasal suivi d’n simple dans les composés du préfixe en-, comme en-n oblir, et dans les mots de la famille d’en-nui. Ailleurs, entre voyelles non caduques, l’n double a le son de l’n simple sans nasale, notamment après o dans les finales en -onner[694] ou -onnaire, et toutes celles qui se rattachent aux mots en -on et -onne, aussi bien que celles qui se rattachent aux mots en -en, comme doye(n)né, moye(n)nant, chie(n)ner.
· · ·
L’n double ne se prononce double que dans des mots plus ou moins savants, à savoir:
1º Dans les mots commençant par ann-, sauf a(n)neau, a(n)née, a(n)niversaire, a(n)noncer et ses dérivés, et, si l’on veut, a(n)nuel, a(n)nuaire, a(n)noter et a(n)nuler; dans ca n-n ibale, tyra n-n ique et tyra n-n iser, hosa n-n a, ta n-n ique et brita n-n ique;
2º Dans e n-n éagone, bie n-n al, déce n-n al ou septe n-n at et autres de même famille; dans pe n-n on, pe n-n age et empe n-n é, fesce n-n in ou ante n-n ule, mais non dans he(n)né ni dans te(n)nis;
3º Dans les mots commençant par inn-, sauf i(n)nocent et sa famille, et, si l’on veut, i(n)nombrable; dans ci n-n ame et ci n-n amome, mi n-n esænger et pi n-n ule;
4º Dans co n-n exe et ses dérivés, co n-n ivence et prima do n-n a; dans su n-n ite[695].
L’N mouillé.
On sait que l’=n= mouillé est représenté en français par =gn= (ny à peu de chose près). On a vu au chapitre du G dans quels cas le g faisait une consonne distincte[696]. On a vu aussi aux chapitres de OI et AI comment l’i s’était détaché du groupe ign, signe primitif de l’n mouillé, pour se joindre à l’a ou à l’o qui précédait, remplaçant Monta-ign-e par Montai-gn-e et po-ign-ard par poi-gn-ard[697].
La prononciation de =gni= mouillé est assez difficile, étant à peu près n y i: il faut éviter cependant de faire entendre compa(g)nie[698], si(g)nifier, et surtout ma(g)nifique.
Les livres maintiennent encore si(g)net non mouillé; mais ce résidu d’une prononciation désuète ne peut manquer de disparaître par l’effet de l’analogie, le mot étant de ceux qu’on apprend plutôt par l’œil[699].
Si le groupe gn est suivi du suffixe ier, le son est le même que si le suffixe était seulement er: gui gn-ier, Ré gn-ier.
Nous ajouterons que gn mouillé n’est jamais initial en français, sauf dans quelques mots de la langue populaire: gn af (que quelques-uns écrivent gn iaf), gn on ou gn iole, gn an gn an, gn o gn ote et gn ouf.
P
A la fin des mots, dans les mots français ou entièrement francisés, le =p=, qui d’ailleurs y est assez rare, est ordinairement muet: dra(p), et aussi sparadra(p)[700], cam(p) et cham(p), galo(p), siro(p) et tro(p), cou(p) et beaucou(p), lou(p) et cantalou(p)[701].
Il n’y a d’exceptions que dans ca p et ce p[702]; naturellement aussi les interjections ho p, hi p, hou p.
Le p se prononce naturellement dans les mots d’origine étrangère, handica p, jala p, hana p, sale p, jule p, midshi p, bisho p, sto p, crou p et grou p[703].
Le p est encore muet dans tem(ps) et printem(ps), dans exem(pt), dans rom(ps) ou rom(pt) et leurs composés, dans prom(pt) et dans cor(ps).
· · ·
Dans le corps des mots, devant une consonne, le p se prononce aujourd’hui. Il était muet autrefois dans les mots les plus usités, surtout devant un t[704]. Il est encore muet devant t dans un grand nombre de mots:
1º Ba(p)tême et tous les mots de la famille[705]. Peut-être dit-on quelquefois ba p tismal, non sans une nuance de pédantisme, mais on dit toujours les fonts ba(p)tismaux;
2º Se(p)t, se(p)tième et se(p)tièmement, mais non les autres dérivés, qui sont tirés directement du latin, et gardent le p comme en latin, y compris se p tembre, se p tante et se p tentrion, par réaction étymologique[706];
3º Exem(p)ter, mais non exem p tion;
4º Com(p)te et tous ses dérivés, avec ceux de prom(pt), y compris com(p)tabilité et prom(p)titude;
5º Scul(p)ter et sa famille, malgré Domergue;
Dans che(p)tel (che et non ché), on commence à prononcer le p même dans les facultés de droit, et cela fait ché et non plus che.
Pour dompter et indomptable, la pratique et les opinions sont fort partagées. Depuis longtemps la tradition est pour imdom(p)table et surtout dom(p)ter, mais je crains fort que le p, admis mal à propos par l’Académie, ne finisse par prévaloir.
On ne supprime plus le p dans présom p tion, présom p tif, présom p tueux, consom p tion, sym p tôme, ni devant aucun autre t.
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C’est le p qui conserve le mieux, quand il est double, la prononciation de la consonne simple. Il fut un temps où il n’y avait pas d’exceptions, mais nous n’en sommes plus là[707].
Il y a d’abord a p-p endice et a p-p endicite, a p-p étence et a p-p étition, a p-p ogiature et li p-p itude, et les composés commençant par hipp-[708].
De plus, les mots très nombreux qui commencent par ap-, op- et sup-, si peu savants qu’ils soient, sont déjà très touchés. Des mots comme a(p)pliqué ou a(p)porter sont actuellement intangibles; mais on double fréquemment le p dans a p-p âter, sinon dans a(p)p ât, dans a p-p réhender, dans a p-p réciable et a p-p roprier (moins dans a(p)p roprié), et surtout dans o p-p robre, par emphase, et dans su p-p uter, qui a l’air savant. On le double parfois même, et ceci est plutôt à éviter, dans a p-p arier, a p-p auvrir, a p-p ointer, a p-p ontement, a p-p réhension, o p-p ortunité, voire, par emphase toujours, dans o p-p rimer ou o p-p resser, parfois même dans su p-p lanter, su p-p léer ou su p-p lique[709].
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On sait que =ph= a partout le son de l’f: ce n’est qu’une graphie prétentieuse, à laquelle d’autres langues ont renoncé fort judicieusement[710].
Q
1º Le Q final.
Le =q= n’est final que dans coq et cinq.
Dans coq, il ne s’est pas toujours prononcé[711]; il n’y a plus d’exceptions aujourd’hui.
Dans cin q, au contraire, on l’a toujours prononcé (c’est la règle générale des noms de nombre), sauf, bien entendu, devant un pluriel commençant par une consonne: j’en ai cin q, le cin q mai, page cin q, cin q pour cent, cin q sur cin q, et aussi, par liaison, cin q amis, mais cin(q) francs, cin(q) cents, cin(q) mille, les cin(q) derniers[712].
2º Le groupe QU.
Dans le corps des mots, le =q= est toujours séparé de la voyelle qui sonne par un u, qui, en principe, ne s’entend pas[713]. Devant e et i, notamment, le c étant devenu sifflant devant ces voyelles, le rôle de la gutturale est régulièrement dévolu au groupe =qu=, la lettre k étant peu française: é q(u)erre, q(u)estion, q(u)itter, et toutes les finales en =-que=.
Autrefois on adoucissait cette gutturale, comme le g, devant e et i, au point qu’on arrivait à le mouiller, et Domergue distingue nettement entre qu’il et tranquille. Cet usage n’est plus apprécié aujourd’hui, et on fera bien de l’éviter, comme pour le g[714].
De toute façon, l’u qui suit le q ne se prononce pas plus en français devant e et i que devant a et o. Toutefois, il y a encore un certain nombre de mots plus ou moins savants tirés du latin, et le plus souvent d’origine récente, où il se prononce (jamais pourtant devant un e muet); il fait alors fonction de semi-voyelle.
I. =Devant E.=--L’=u= se conserve devant e dans déli qu escence, li qu éfier et li qu éfaction--à côté de li q(u)ide et li q(u)eur--, qu esteur et qu esture, et é qu estre[715].
Mais ce dernier mot est bien près de passer à é k estre, comme ont fait avant lui é q(u)erre et sé q(u)estre, et tant d’autres, y compris q(u)érimonie et q(u)ercitron. D’autre part, li k éfier est employé plus ou moins depuis deux siècles, et même, à l’origine, l’Académie ne connaissait pas d’autre prononciation. Enfin k esteur est loin d’être rare.
Opposons-nous à ces prononciations fautives, mais soyons bien convaincus que qué est destiné à devenir ké partout, un jour ou l’autre[716].
II. =Devant I.=--L’=u= se conserve mieux dans =-qui-= et =-quin-= que dans =-que-=, sans doute parce que les exemples en sont restés plus nombreux.
Il est vrai qu’il ne se prononce pas non plus dans quelques mots plus ou moins savants, comme q(u)iproquo, jus q(u)iame ou a q(u)ilon, ni même dans a q(u)ilin ou s q(u)irre, ni dans une partie des mots commençant par =équi-=, ni dans les finales =-quin= et =-quine=, qui sont francisées jusque dans bas q(u)ine ou race é q(u)ine.
En revanche, on prononce l’u:
1º Dans le latin qu id, a qu ia, re qu iem, etc., avec qu ibus, qu itus et même qu idam (autrefois kidan);
2º Dans é qu iangle, é qu idistant, é qu imultiple, mots savants, et même é qu ilatéral, à côté d’é q(u)ilibre, é q(u)inoxe, é q(u)ité, é q(u)ivaloir, é q(u)ivalent--autrefois é q(u)ipollent--et é q(u)ivoque;
3º Dans é qu isétique et é qu itant: quant à é qu itation, ce mot est dans le même cas qu’équestre, étant déjà à peu près passé à é q(u)itation;
4º Dans qu iet, qu iescent, qu iétisme et quelquefois encore qu iétude, à côté de in q(u)iétude; mais il est difficile que in k iétude n’entraîne pas définitivement k iétude;
5º Dans une partie des dérivés du latin quinque, car ne prononce pas l’u dans q(u)ine, q(u)inaire et q(u)inola, dans q(u)inconce et q(u)inquenove, dans q(u)int, q(u)inte et q(u)inze et leurs dérivés naturels, y compris q(u)intessence--et autrefois le populaire henri q(u)in q(u)iste--; mais on le prononce dans qu inquagénaire et tous les mots commençant par quinque--sauf q(u)in q(u)enove--, dans qu intette, qu intidi, qu intil, qu into et même qu intuple, qui est souvent écorché;
6º Dans obsé qu iosité et obsé qu ieux[717]; dans obli qu ité et ubi qu ité; dans ses qu ialtère et qu iddité;
7º Dans l’espagnol con qu istador, qui a gardé l’u, à côté de q(u)ipos, li q(u)idambar et bas q(u)ine, qui l’ont perdu, sans compter q(u)ina, q(u)inine ou q(u)in qu ina[718]. Ajoutons es qu ire, quand on le prononce à l’anglaise (eskouay’r).
III. =Devant O et A.=--Quoique le groupe =qu= ne soit proprement utile dans les mots français que devant =e= et =i=, on le trouve aussi devant =o= et =a=, où il s’est conservé du latin, dans des mots plus ou moins savants, comme q(u)alité, q(u)otient, à côté de c arré, c asser, c arême, qui sont d’origine populaire. Mais du moins =-quo-= se prononce toujours co[719]. Au contraire, =-qua-= se prononce coua (kwa) dans un certain nombre de ces mots, incomplètement francisés:
1º Dans le latin qu ater ou qu atuor, sine qu a non, exe qu atur, à côté de q(u)asi, q(u)asiment, q(u)asimodo, francisés depuis le moyen âge le plus reculé; à côté de partie ali q(u)ante, francisé lui-même aussi comme q(u)ant et ses dérivés;
2º Dans a qu afortiste (et a qu a-tinte, de l’italien), a qu arelle, a qu arium et a qu atile, qui ont réagi sur a qu atique, francisé autrefois;
3º Dans adé qu at, é qu ateur, é qu ation, é qu atorial, mais non dans reli q(u)at;
4º Dans une partie des dérivés du latin quatuor, car nous ne prononçons pas l’u dans des mots aussi complètement francisés que q(u)adrille, q(u)art, q(u)artaut, q(u)atre, q(u)atorze, q(u)arante, et leurs dérivés naturels, y compris é q(u)arrir; mais nous le prononçons ou dans qu adragénaire, et tous les mots commençant par quadr-[720], y compris qu adrige, mais non q(u)adrille, dans qu artette (de l’italien), qu artidi, qu artil et in-qu arto, dans qu aterne et qu aternaire[721];
5º Dans lo qu ace et lo qu acité, qu’on écorche parfois; dans qu assier et qu assia amara, colli qu atif et colli qu ation; dans squameux et des qu amation;
6º Enfin, dans quelques mots étrangers, s qu ale, s qu are, qu aker et qu akeresse, qu artz et qu artzeux, qu attrocento, qu attrocentiste et tutti qu anti[722].
R
1º L’R simple.
L’=r=, comme l’=l=, se prononce aujourd’hui régulièrement à la fin des mots. On l’articule partout, sauf dans monsieu(r) et messieu(rs), et dans la plupart des mots en =-er=. Ainsi cha r, cauchema r, boudoi r, asseoi r, clai r, offri r, dési r, zéphi r, chaleu r, amou r, tréso r, obscu r, etc.[723].
Pour les mots en =-er=, il faut distinguer les cas avec précision.
L’=r= final est muet:
1º Dans les innombrables infinitifs en =-er=[724];
2º Dans les innombrables substantifs et adjectifs terminés par le suffixe =-ier=: premie(r), menuisie(r), régulie(r), foye(r), etc., etc., et l’adverbe volontie(rs)[725];
3º Dans les substantifs et adjectifs en =-cher= et =-ger=, parce qu’en réalité ils appartiennent à la même catégorie que les précédents, ayant été autrefois en -chier et -gier: ils sont une trentaine environ, comme arche(r), dange(r), lége(r)[726].
L’=r= final est au contraire sonore en principe dans les mots en =-er= (infinitifs à part) qui n’ont pas le suffixe =-ier=, et ne l’ont jamais eu, ce qui veut dire qu’ils ne sont non plus ni en =-cher= ni en =-ger=. Mais ici, les mots proprement français sont en petit nombre. Ce sont des mots où -er appartient au radical même du mot:
1º L’adverbe hie r, et les adjectifs fie r, tie r s et che r, malgré l’i et le ch[727];
2º Fe r et enfe r, me r et ame r, ve r et hive r;
3º Les formes de quérir et de ses composés: j’acquie rs, tu acquie rs, requie rs, conquie rs, etc.[728];
4º Le mot cuille r, autrefois cuillie(r), qui s’est joint à ce groupe après beaucoup d’hésitation;
5º Les mots qui sont proprement latins, quoique francisés: libe r, cance r, pate r, éthe r, magiste r, auste r, etc., et tous les mots étrangers, francisés ou non: bitte r, cheste r, eide r, kreutze r, messe r, place r, etc.[729].
· · ·
Quand le groupe =er= est suivi d’une consonne, même muette, et notamment d’un =t=, l’r n’est plus final, mais intérieur, et s’y prononce comme partout: dans haube rt, offe rt, cle rc, ne rf, pe rd ou pe rds, comme dans bava rd, pa rt, je pa rs, co rps, bou rg, etc. Il n’y a d’exception que pour ga(rs)[730].
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On a vu au chapitre de l’e muet, que l’r final suivi d’un e muet tombe facilement avec l’e devant une consonne dans la prononciation rapide, quand il est précédé d’une muette ou d’une des spirantes f et v: maît(re) d’hôtel. C’est une prononciation dont il ne faut pas abuser. Elle est certainement admissible dans la conversation familière, entre deux mots comme ceux-là; elle est surtout fréquente avec notre, votre et quatre: vot(re) cheval, quat(re) sous; encore faut-il excepter, comme on l’a vu, Not re-Dame, le Not re Père, où le respect a maintenu l’r, et quat re-vingts, où le besoin de clarté a joué le même rôle. Mais, dans la lecture, il vaut mieux conserver l’r partout.
La chute de l’r est particulièrement incorrecte quand la finale muette n’est pas suivie d’une consonne: du suc(re), du vinaig(re), encore qu’ils datent de fort loin, sont certainement à éviter[731].
Me(r)credi a été autrefois très correct, et Vaugelas l’approuvait[732]. Les grammairiens se sont longtemps battus là-dessus, mais la diffusion de l’instruction primaire a rétabli définitivement l’r, sans pourtant faire disparaître entièrement me(r)credi. Je ne saurais trop vivement déconseiller aujourd’hui cette prononciation, car on a une tendance à la tourner en ridicule, ainsi que celle qui double l’r dans mai rer ie, pour mai r ie[733].
2º L’R double.
Les deux r se prononcent toujours dans les futurs et conditionnels de trois verbes en =-rir=: quérir, courir et mourir, et leurs composés[734]. Ce qui a dû contribuer tout au moins à les maintenir, c’est qu’ils empêchent la confusion du futur avec l’imparfait: je cou-r ais, je cou r-r ai. En revanche, c’est une faute très grave que de ne pas laisser l’r simple dans les futurs ve(r)r ai, enve(r)r ai, pou(r)r ai, et leurs conditionnels, et aussi, la bobinette che(r)r a, toutes formes pour lesquelles il n’y a pas de confusion possible: on se contente d’allonger la voyelle qui précède.
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Ce cas spécial étant mis à part, l’r double se prononce assez généralement comme un seul, beaucoup mieux que ne font l ou m.
1º Cela est particulièrement sensible après un =a=. Les composés qui commencent par =ar-=, notamment, ne font entendre qu’un r, sauf quelquefois, par exemple, dans a r-r acher, a r-r ogance, ou a r-r oger[735]. On n’y peut guère ajouter que des mots comme fa r-r ago ou ma r-r ube, qui sont à peine français, et, trop souvent, na r-r ation, na r-r ateur, inéna r-r able, et même na r-r er, qui auraient pu être respectés.
2º Après =e=, l’r double est un peu plus atteint qu’après a. Ainsi, quoique fe(r)r er, fe(r)r aille et tous les autres ne laissent entendre qu’un r, on en prononce quelquefois deux dans fe r-r ugineux, qui a un air plus savant. Dans tous les dérivés de terre, et ils sont nombreux, on n’entend qu’un r, et pourtant on en prononce parfois deux dans te r-r estre, et même dans le vieux mot te r-r aqué. Malgré ve(r)r ue, ve(r)r uqueux reste douteux. Inte(r)r oger et inte(r)r ompre sont à peu près intacts; mais on entend souvent inte r-r ogation, inte r-r uption, inte r-r upteur, à côté d’inte r-r ègne. Des mots d’usage très courant, et qui n’ont aucune apparence savante, sont parfois atteints. Ainsi les deux r d’abe r-r ation, e r-r ata ou e r-r atique, ont réagi sur e r-r oné, e r-r er et même e r-r eur[736]. De même te r-r oriser, te r-r oriste, te r-r ifier, ont réagi sur te r-r ible et même te r-r eur, où l’emphase d’ailleurs explique ou excuse le double r[737].
3º Nous savons que les mots commençant par =ir-= font entendre les deux r, même i r-r iguer et i r-r iter, qui n’ont pas le sens privatif. Toutefois, i(r)r iter ou i(r)r itation sont encore parfaitement corrects. On dit naturellement ci r-r us, ci r-r ipède et py r-r hique.
4º Parmi les mots commençant par =cor-=, on ne prononce qu’un r dans co(r)ridor, co(r)riger ou inco(r)rigible, co(r)royer et co(r)roi, ordinairement aussi dans co(r)respondre et ses dérivés et dans co(r)rompre. Mais ces derniers mots sont déjà atteints depuis longtemps, surtout dans le participe co r-r ompu, et l’on entend généralement deux r dans tous les mots où figure le radical corrupt-; de même dans ceux où figure le radical correct- (avec co r-r égidor), en outre dans co r-r élatif, co r-r oborer, co r-r oder ou co r-r osif. D’autre part, on dit fréquemment ho r-r eur, ho r-r ible et abho r-r er, par emphase, comme te r-r eur et te r-r ible, et toujours ho r-r ipiler. On dit aussi to r-r éfier et to r-r ide; et to r-r entiel réagit parfois même sur to r-r ent. Je ne parle pas de mots tels que bo r-r aginées ou po r-r ection. On notera que l’r reste pourtant simple, même dans des mots savants comme hémo(r)r agie ou hémo(r)r oïdes.
5º Après =ou=, l’=r= simple se maintient: cou(r)r oie, cou(r)r ier, cou(r)r oux, pou(r)r ir. Encore cou(r)r oucé n’est-il pas intact[738].
6º L’=r= simple se maintient aussi tant bien que mal, plus mal que bien, dans résu(r)r ection; plus mal encore dans insu(r)r ection, presque plus dans concu r-r ent et ses dérivés. On dit naturellement scu r-r ile, su r-r énal et vase mu r-r hin[739].
S
1º L’S final.
A la fin des mots, en principe, l’=s= ne se prononce plus en français depuis fort longtemps. Pour l’=s= du pluriel, notamment, il n’y a pas d’exceptions[740].
Les exceptions sont, au contraire, assez nombreuses pour l’=s= qui n’est pas la marque du pluriel, et alors il a toujours le son dur ou sourd.
=1º Après un= a, il y a très peu d’exceptions dans les mots proprement français. Je n’en vois même que deux: l’une pour le monosyllabe as, terme de jeu, et par suite ambesa s: la prononciation a(s) est purement dialectale; l’autre pour les interjections la s, héla s, qui n’en font qu’une. Quant à atla s, stra s, hypocra s, ce sont en réalité des noms propres.
Les autres exceptions sont des mots grecs, latins ou étrangers: Deo gratia s, per fa s et nefa s, habea s corpus, pancréa s, lia s et tria s, flint gla s, christma s, papa s, lépa s, upa s, lampa s (s’humecter le), madra s, abraxa s, alcaraza s, vasista s, ou le provençal ma s[741].
On hésite aujourd’hui pour vinda s, autrefois guinda s, d’ailleurs peu usité; mais on ne prononce plus l’=s=, ni dans les noms d’étoffes, jacona(s), lampa(s), ginga(s) ou dama(s), celui-ci malgré l’étymologie; ni dans balandra(s), sassafra(s), matra(s) ou tétra(s), ni enfin dans pampa(s), où l’=s= n’est que la marque du pluriel, dans un mot d’ailleurs francisé[742].
· · ·
Après =oi=, l’s ne se prononce jamais: boi(s), parfoi(s), courtoi(s), etc. L’s même de troi(s), longtemps sonore, comme la consonne finale de tous les noms de nombre, a fini par s’amuir.
=2º Après un= e, l’s ne se prononce que dans pataquè s, altération de pat-à-qu’est-ce[743]; dans des mots latins ou grecs: facie s, aspergè s, hermè s, palmarè s, herpè s, faire florè s, népenthè s; dans les mots étrangers: aloè s et cacatoè s[744], kermè s, xérè s, londrè s, cortè s[745].
On ne doit donc pas plus prononcer l’s dans profè(s) que dans progrè(s), succè(s) ou prè(s). Il se prononce aujourd’hui, à grand tort d’ailleurs, dans è s lettres, è s sciences et autres expressions analogues, où figure un pluriel[746].
Après =ai=, comme après oi, l’s ne se prononce jamais: jamai(s), j’aimai(s), etc.[747].
=3º Après un= i, les exceptions sont plus nombreuses qu’après =a= ou =e=.
L’s s’est maintenu ou définitivement rétabli depuis plus ou moins longtemps dans maï s, jadi s, fi(l)s et li s (y compris fleur de li s le plus souvent, malgré l’Académie); dans méti s, cassi s, vi s (substantif) et tournevi s[748]. La prononciation de ces mots sans s est tout à fait surannée; on ne peut plus la conserver que pour les nécessités de la rime, et encore![749].
Les autres mots où l’s se prononce sont des mots grecs ou latins: bi s (ne pas confondre avec l’adjectif), ibi s, de profundi s, volubili s, in extremi s, tamari s, iri s, ex libri s, corylopsi s, oasi s, miti s, grati s, myosoti s; ou des mots étrangers: maravédi s (et encore pas toujours), tenni s, et les vieux jurons gascons cadédi s ou sandi s[750].
On peut y joindre spahi s. Les dictionnaires ont conservé spahi, qui est assurément plus correct, étant un doublet de cipaye, et Loti s’en est contenté; mais l’armée d’Afrique a souvent dit spahi s; c’est un fait, et comme il convient d’appeler les gens comme ils s’appellent eux-mêmes, je crois qu’on peut dire spahis plutôt que spahi, malgré l’autorité de Pierre Loti[751].
=4º Après= eu, l’s final ne se rencontre que dans des mots grecs et il s’y prononce; mais il n’y a de nom commun employé parfois que basileu s[752].
=5º Après= o, le seul mot de la langue vulgaire où l’s se prononce est o s; encore n’est-ce tout à fait correct qu’au singulier[753].
Les autres mots où l’s se prononce sont parfois d’origine latine, comme salva no s ou nescio vo s, ou étrangère: albatro s, puis albino s et mérino s, pluriels devenus singuliers, ainsi que le gascon escampativo s[754].
Presque tous sont d’origine grecque: atropo s, paro s, cosmo s, tétano s, rhinocéro s, itho s et patho s, loto s et autres mots savants[755].
=6º Après= ou, l’s se prononce dans le monosyllabe tou s, non suivi de l’article ou d’un substantif devant lequel l’article est sous-entendu, autrement dit quand tous est accentué: ils viendront tou s, tou s viendront, un pour tou s et tou s pour un, tou s debout et même tou s soldats, soldats étant ici une apposition; on dira au contraire tou(s) les hommes, ou tou(s) soldats qui...
Cette distinction très nette empêche toute confusion entre ils ont tou s dit et ils ont tou(t) dit, ils sont tou s fiers et ils sont tou(t) fiers, ils savent tou s ce qu’on a dit et ils savent tou(t) ce qu’on a dit; mieux encore, entre nous connaissons tou s les livres de... et nous connaissons tou(s) les livres de...
L’s se prononce aussi dans les mots arabes burnou s et couscou s, et dans négou s, écrit aussi négus[756].
=7º Après un= u, l’s final se prononce surtout dans un très grand nombre de mots latins ou qui peuvent passer pour tels: angelu s, cactu s, calu s, carolu s, choru s, convolvulu s, crocu s, détritu s[757], eucalyptu s, fœtu s, hiatu s, humu s, in manu s, in partibu s, lapsu s, mordicu s, omnibu s, papyru s, orému s, prospectu s, rébu s, rictu s, sénatu s-consulte, sinu s et cosinu s, typhu s, viru s, etc., dans blocu s et négu s, mots étrangers, sans parler des mots familiers qui se sont formés sur l’analogie des mots latins, comme laïu s, motu s, olibriu s, quitu s ou rasibu s, avec gibu s.
Dans les mots proprement français, l’s ne se prononce pas[758]. Obu s lui-même, où l’s se prononce régulièrement avec le son doux (obuse), peut-être par l’analogie d’obu s ier, s’est si bien francisé que dans l’armée on prononce régulièrement obu, qui est donc devenu la meilleure prononciation. La seule prononciation qui ne vaille rien du tout, c’est obusse.
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Pourtant l’s se retrouve dans deux ou trois mots.
Quoique l’s d’abu(s) ne se prononce pas, le monosyllabe us paraît avoir repris assez généralement le sien, sans doute en qualité de monosyllabe réduit à une voyelle, et pour s’élargir un peu; mais ce mot ne s’emploie guère que dans l’expression us et coutumes, où la liaison se fait tout aussi bien avec un s doux: u(s) z et coutumes.
D’autre part, la prononciation de plus est assez délicate et assez variable.
On ne prononce jamais l’s dans la négation ne... plu(s): je n’en veux plu(s) et de même sans plu(s)[759]; ni dans les comparatifs ou superlatifs: plu(s) grand, le plu(s) grand, plu(s) justement, j’ai plu(s) fait que vous ne pensez, une plu(s)-value; ni devant de, dans tous les sens: plu(s) de monde, plu(s) d’amour; ni quand il est répété: plu(s) j’en ai, plu(s) j’en veux, ou opposé à moins: plu(s) j’en ai, moins j’en veux, ou ni plu(s) ni moins[760].
Mais quand plus est suivi immédiatement de que, on prononce volontiers l’s, sauf après pas ou d’autant: pas plu(s) que vous, d’autant plu(s) que je ne sais si..., mais j’ai fait plu(s) ou plu s que vous ne pensez, j’ai cinq ans de plu(s) ou de plu s que lui.
On le prononce aussi quand plus est séparé par que d’un adjectif ou d’un adverbe: plu s que content, à côté de plu(s) content; plu s qu’à moitié, à côté de plu(s) d’à moitié; mais surtout on prononce régulièrement et nécessairement l’s de plu s-que-parfait, malgré la résistance de beaucoup d’instituteurs et d’institutrices: plu(s)-que-parfait est tout à fait suranné.
On prononce également l’s dans les opérations de l’arithmétique ou de l’algèbre: le signe plu s, deux plu s deux égalent quatre, plu s par plu s donne plu s.
Enfin, d’une façon générale, sauf dans ne... plu(s) et de plus en plu(s), il y a une tendance à prononcer l’s quand plus est final. A vrai dire, rien de plu(s) vaut mieux que rien de plu s, sans doute à cause de la négation; et dans le style tragique, je te dirai bien plu(s), il y va de bien plu(s), semblent encore s’imposer; mais on dira très bien, surtout dans le langage familier, il y a plu s ou trois jours au plu s; on dira même nécessairement: plu s... un lit, et même, quoique moins bien, de plu s... un lit, ou de plu s, je n’en crois rien, ou encore après mille ans et plu s, sauf en vers, s’il y a une suite:
Après mille ans et plu(s) de guerre déclarée
L’analogie de plus s’est exercée sur sus, dont on prononce souvent l’s dans en su s, comme dans en plu s. Mais à part l’expression en sus, le mot est généralement suivi de a, ce qui amène une liaison; il en résulte que beaucoup de personnes prononcent courir su s avec l’s, mais c’est une prononciation discutable[761].
=8º Après les voyelles nasales=, l’s final n’est pas moins muet qu’après les voyelles orales: dan(s), céan(s), san(s), gen(s), repen(s), consen(s), plain(s), étein(s), tien(s), vien(s), moin(s), aimon(s), etc. Il faut donc éviter moinsse avec le plus grand soin, et aussi gensse[762].
Pourtant le mot sens a repris peu à peu son s dans presque tous les cas: bon sen(s) ou contresen(s), qui ont résisté longtemps, ont à peu près disparu[763]; sen(s) commun lui-même, qui s’est conservé plus longtemps et tient encore, sans doute parce que la prononciation de l’s y est entravée par la consonne qui suit, est déjà néanmoins fort atteint, et sans doute destiné à disparaître. Il ne restera bientôt plus que sen(s) dessus dessous et sen(s) devant derrière, qui justement sont sans rapport avec sen s[764].
On prononce également l’s dans mon s pour monsieur, dans le mot savant cen s, dans le vieux mot ain s, et dans les mots latins où en sonne in: gen s, delirium tremen s, semperviren s, etc., sur l’analogie desquels Labiche a formé labaden s[765].
=9º Après les consonnes=, il faut distinguer, suivant la consonne qui précède.
Quand l’s est séparé de la voyelle par une consonne non articulée, il ne se prononce pas non plus: ga(rs), la(cs) et entrela(cs), poi(ds), le(gs) et me(ts), pui(ts), pou(ls), tem(ps) et défen(ds), rom(ps) et fon(ds), cor(ps) et remor(ds)[766].
Ceux même qui prononcent à tort le g de le(gs) ne vont pas jusqu’à prononcer l’s. La seule exception est fi(l)s, que nous avons vu à l’i.
En revanche, à part cor(ps), le groupe final ps se prononce toujours entier, parce qu’il n’appartient pas à des mots proprement français: la ps et rela ps, schna ps, re ps, se ps, bice ps, prince ps, force ps, éthio ps et anchilo ps.
On articule aussi intégralement ra ms et auro chs (aurox). On notera seulement la tendance qui se manifeste, notamment chez Victor Hugo, à remplacer auro chs par auro ch: en ce cas, le pluriel se prononce comme le singulier; mais c’est auro chs qui est le vrai mot[767].
D’autre part, quand l’s est séparé de la voyelle par un r, l’r se prononce toujours[768]; mais l’s ne se prononce pas: unive r(s), alo r(s), toujou r(s), ailleu r(s), etc. Il faut éviter avec grand soin de prononcer alorsse, quoiqu’on prononce l’s dans le composé lor s que. Le substantif cour(s) se prononce de même sans s.
Il y a pourtant trois exceptions: le mot mar s a repris son s depuis longtemps[769]; les mots mœur s et our s ont repris le leur au dernier siècle, et il n’est plus possible de le supprimer qu’en vers, pour l’harmonie, et surtout quand la rime l’exige[770].
2º L’S intérieur.
Dans le corps des mots, l’s se prononce presque toujours, mais quand il se prononce, il est tantôt dur ou sourd, ce qui est le son normal, tantôt doux ou sonore.
I.--=Devant une consonne=, l’s se prononce partout en principe, et toujours ou presque toujours avec le son dur: les s qui ne se prononçaient pas ont en effet disparu de l’orthographe. Il se prononce ainsi même à la fin des mots: fi s c, bu s c, mu s c et les mots en =-st=[771].
Mais tous ces mots où l’s se prononce devant une consonne sont en réalité des mots d’emprunt, ou bien des mots que l’orthographe a altérés en y restaurant un s autrefois muet[772].
Par analogie, l’s se prononce depuis longtemps même dans lor s que, pre s que, pui s que, malgré l’étymologie lor(s), prè(s), pui(s), parce que les éléments se sont fondus en un mot unique, comme dans ju s que; mais tandi(s) que n’est pas dans le même cas, les composants étant encore distincts: il vaut donc mieux éviter d’y prononcer l’s.
L’s se prononce aussi dans su s dit, qui s’écrit en un seul mot, mais non dans su s-tonique et su s-dominante, qui s’écrivent en deux. Il me paraît choquant dans su s nommé et su s mentionné, qui pourraient bien se prononcer comme les précédents.
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Dans les mots composés commençant par les articles les et des ou l’adjectif possessif mes, ces monosyllabes sont demeurés distincts, et l’s ne s’y prononce pas: le(s)quels, de(s)quels, me(s)dames[773].
Il y a aussi un mot simple où l’s intérieur, muet devant une consonne, a été conservé dans l’écriture, probablement par oubli, tous ceux qui étaient dans le même cas ayant été éliminés: c’est cheve(s)ne, résidu singulier d’une orthographe disparue[774].
Aux mots commençant par un s suivi d’une sourde, c, p, t, le peuple, surtout dans le Midi, ajoute volontiers l’e prosthétique des grammairiens: es tatue. Cela n’est sans doute point à imiter[775].
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Dans le groupe =sc=, qu’on ne trouve que dans les mots relativement récents ou qui ont repris des lettres abolies, les deux consonnes se prononcent sans difficulté devant a, o, u: e s-c argot, e s-c ompte, sc olaire, sc ulpture.
Devant e et i, on entend généralement deux s: a s-c ète, tran s-c endant, la s-c if, re s-c inder[776].
Toutefois on ne peut entendre qu’un s en tête des mots: un s(c)eau, une s(c)ie[777]. On n’entend qu’un s aussi (ou un c) à l’intérieur d’un certain nombre de mots: d’abord ob(s)cène et ob(s)cénité, où il est difficile de faire autrement; puis fa(s)cé, de fa(s)ce, terme de blason[778]; de(s)cendre et ses dérivés; con(s)cience et ses dérivés, quoiqu’on entende généralement deux s dans e s-c ient, pre s-c ience et con s-c ient; enfin di(s)ciple et di(s)cipline avec ses dérivés; et l’on peut encore y joindre, si l’on veut, a(s)censeur et a(s)cension (surtout la fête), di(s)cerner et di(s)cernement, su(s)ceptible et su(s)citer.
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Nous avons vu déjà que l’=s= prenait naturellement le son doux du =z=, par accommodation, devant une douce, b, d, g, v et j: s bire et pre s byte, péla s gique et di s joindre, tran s gresser, s velte ou tran s versal. C’est là un phénomène spontané pour lequel il ne faut aucun effort, aucune étude[779]. L’s prend souvent aussi le même son dans les mots en -isme comme rhumati s me (izme) ou même en -asme; mais ceci s’impose beaucoup moins[780].
II. =Entre consonne et voyelle=, l’s est encore dur en principe.
Il est dur notamment après un r: sur-s eoir et sur-s is (et non sur z is), traver-s in, subver-s if, etc.; mais il est doux dans jer s ey[781].
Il est doux entre l et a, dans bal s amique et les mots de cette famille[782].
On a vu que l’accommodation changeait le b en p dans les mots qui commencent par abs- et obs-, et aussi subs-, mais sauf devant i. En effet, dans sub s ister, l’accommodation paraît être plus souvent régressive, c’est-à-dire que c’est la seconde consonne qui s’accommode à la première: su bz ister plutôt que su ps ister, et de même su bz istance, sans doute par l’analogie de dé s ister, e x ister et ré s ister, dont nous allons parler dans un instant[783].
Il en est de même le plus souvent dans su bs ide et su bs idiaire[784].
Au contraire, c’est le b qui se change normalement en p dans a bs ide et dans su bs équent[785].
III. =Entre deux voyelles= dont la première n’est pas nasale, l’s prend régulièrement le son doux, quelle que soit l’étymologie: ro s e, va s e, cyti s e, ba s ilique, va s istas, philo s ophe, mi s anthrope, etc.[786]. Il prend le son doux même dans les préfixes à s final dés- et més-, et cela peut passer pour une liaison naturelle: dé s-unir, dé s-armer, mé s-user, mé s-intelligence, etc.[787]. Pourtant l’s est resté dur dans dy s-enterie et dy s-entérique[788].
L’s prend encore le son doux, et ceci pourrait surprendre, dans dé-s igner et se dé-s ister (sans parler de dé s oler), et généralement après les préfixes ré- et pré-: ré-s erver et pré-s erver, ré-s ider et pré-s ider, ré-s olution, ré-s onance, ré-s umer et pré-s umer, pré s age, pré-s omption, etc. Cela tient à ce que, dans ces mots, le simple a disparu, ou bien il est resté avec un sens très différent: dans les deux cas, le composé est traité comme un mot simple.
Il en est de même du mot aba s ourdir, où l’élément sourd a pu être méconnu, et par l’absence d’un préfixe usité, et à cause du sens abstrait qu’a pris le mot.
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Néanmoins, l’s reste dur dans certains cas, avec ou sans préfixe, et beaucoup plus souvent qu’on ne croit:
1º Après les préfixes pré-, ré- et dé- eux-mêmes, dans pré-s éance et pré-s upposer, sans doute parce qu’ici le simple est trop connu pour s’altérer; dans pré-s u (le mot est dans Pascal); dans ré-s ection et ré-s équer, dé-s uet et dé-s uétude, qui gardent la prononciation du latin.
2º Et cette fois sans exception, à la suite de toute une série de préfixes qui restent toujours distincts du mot principal: a-, dans a-s eptique, a-s ymétrie ou a-s ymptote; para-, dans para-s élène et para-s ol (malgré l’s doux de para-s ite, vieux mot dont le simple n’existe pas); contre- et entre-, dans contre-s ens, contre-s eing, contre-s igner et contre-s ol, s’entre-s ecourir ou s’entre-s uivre, et entre-s ol; anti-, dans anti-s ocial ou anti-s eptique; co- et pro-, dans co-s eigneur, co-s ignataire, co-s inus ou co-s écante, et pro-s ecteur; uni-, bi- et tri-, proto- et deuto-, etc., dans uni-s exuel et une foule de composés chimiques, botaniques ou même mathématiques[789]; plusieurs autres encore, qui marquent également le nombre, surtout dans le vocabulaire grammatical: mono-s yllabe et mono-s yllabique, tétra-s yllabe, déca-s yllabe, etc., poly-s yllabe et poly-s ynodie, pari-s yllabique et impari-s yllabique[790].
3º Dans quelques mots composés à éléments mal soudés, quoique liés dans l’écriture: tourne s ol et gira s ol, soubre s aut, havre s ac, vrai s emblable et vrai s emblance, pré s alé, vivi s ection, gymno s ophiste, idio s yncrasie, petro s ilex, sangui s orbe, etc.[791].
4º Dans quelques mots simples, exclusivement savants et techniques, où l’on conserve la prononciation d’origine, comme thé s is ou ba s ileus.
5º Dans une onomatopée comme su s urrer, su s urrement, que les dictionnaires altèrent fort mal à propos[792].
6º Enfin dans quelques mots étrangers plus ou moins employés, l’adoucissement de l’s entre deux voyelles étant propre au français: ainsi le grec kyrie elei s on, ou l’italien impre s ario, à demi francisé d’ailleurs, puisqu’on nasalise im[793]. Pourtant l’s s’est adouci dans l’espagnol bra s ero et l’italien ri s oluto ou fanta s ia, apparemment par l’analogie de bra s ier, ré s olution, fantai s ie[794].
=IV. Entre une voyelle nasale et une autre voyelle=, l’s reste dur, parce qu’autrefois l’n se prononçait: an s e, pen s er, pen s ion, encen s er, in s igne, con s idérer, etc., et même in s ister, malgré l’s doux de ré s ister et des autres.
Toutefois, avec le préfixe =trans-=, on a encore un phénomène de liaison, comme avec dés- et més-, et c’est un z qu’on entend, sans exception, dans tran s alpin, tran s action, tran s atlantique, tran s iger, tran s it, tran s itaire, tran s itif, tran s ition, tran s itoire, tran s humer et tran s humance.
Mais l’s du substantif transe est nécessairement dur, comme dans toutes les finales en -anse, et il se maintient encore dur tant bien que mal dans tran s i et tran s ir, très fréquemment altérés par le voisinage de tran s it. Tran s ept a aussi l’s dur, étant pour tran ss ept[795].
On entend quelquefois, mais à tort, l’s doux dans in-s urrection, par analogie avec ré s urrection.
Enfin l’s est doux dans nan s ouk[796].
3º L’S double.
L’=s= double final se prononce comme l’s dur, mais il abrège la voyelle qui précède: ray-gra ss, me ss, expre ss, mi ss, etc.
L’=s= double intérieur, qui n’a jamais le son doux, représente d’abord assez souvent un s simple, qu’on a doublé après un e dans certains composés, uniquement pour empêcher que le son doux ne remplace mal à propos le son dur, entre deux voyelles.
Nous avons vu tout à l’heure qu’après é fermé on se contentait souvent d’un seul s en pareil cas, malgré le danger d’adoucissement: pré-s éance, dé-s uet; mais on écrit avec deux s, et peu de logique, pre(s)sentir et pre(s)sentiment[797].
Après un e muet, un seul s a suffi encore, dans quelques composés cités plus haut, comme entre s ol, havre s ac ou soubre s aut; mais on met deux s à re(s)s aut et à re(s)s auter, et partout après le préfixe re-, dans les mots de la langue écrite: re(s)s embler, re(s)s entir, re(s)s ort, re(s)s ource, etc.[798], ainsi que dans de(s)s us et de(s)s ous, sans compter re(s)s usciter, dont l’e est fermé. Je ne sais si cet emploi de l’s double après le préfixe re- est très heureux, car s’il fait respecter le son de l’s, en revanche il fait altérer malencontreusement à beaucoup de personnes la prononciation de l’e muet lui-même, et le mal n’est guère moindre[799].
Il va sans dire que dans tous ces mots, que l’e soit fermé ou muet, on ne peut prononcer qu’un seul s, puisque l’s ajouté n’y est en quelque sorte qu’un signe orthographique conventionnel, destiné à maintenir le son dur ou sourd.
Mais on peut aller plus loin, et dire qu’en français, d’une façon générale, entre deux voyelles, l’s simple est un s doux et l’s double un s dur.
Cette distinction très nette a peut-être contribué à maintenir généralement la prononciation d’un s simple quand il y en a deux. Toujours est-il que l’s double se prononce simple beaucoup plus souvent que les liquides l, m, n, r, malgré la tendance générale que nous avons signalée si souvent. Il est rare qu’on prononce deux s dans les mots d’usage courant, qui sont très nombreux, et peut-être même ne l’a-t-on jamais fait dans les mots tels que a(s)s eoir, pa(s)s age, va(s)s al, ma(s)s acre, e(s)s ai, e(s)s uyer, me(s)s ie, me(s)s age, i(s)s u, bo(s)s u, fau(s)s aire, bou(s)s ole, hu(s)s ard, etc. L’s reste simple notamment dans tous les composés de des-, comme de(s)s aler, de(s)s errer, de(s)s ouder, et dans tous les mots en -seur, -sion, -soir ou -soire, quelle que soit la voyelle précédente: embra(s)s eur, oppre(s)s eur, régi(s)s eur ou endo(s)s eur, pa(s)s ion, pre(s)s ion, commi(s)s ion ou percu(s)s ion, pre(s)s oir ou acce(s)s oire.
Il y a pourtant des exceptions, cela va sans dire aussi notamment pour les préfices =as-= et =dis-=[800].
1º Le préfixe =as-= étant plus populaire que savant, dans tous les composés, sauf a s-s imiler et ses dérivés, on devrait ne prononcer qu’un s[801]. Toutefois, je ne vois guère que a(s)s aut, a(s)s embler et a(s)s emblage, a(s)s eoir, a(s)s iéger, a(s)s iette et a(s)s ise, a(s)s ez, a(s)s urer et ses dérivés, qui soient à peu près intacts. Les plus atteints sont a s-s agir, a s-s ainir, a s-s écher, a s-s éner (pour a(s)s ener), a s-s entiment, a s-s ermenté, a ss ertion, a s-s ervir, a s-s idu et a s-s iduité, a s-s igner et a s-s ignation, a s-s ombrir, a s-s omption, a s-s onance, a s-s ourdir, a s-s ouvir et a s-s umer. Mais pas plus dans ceux-là que dans les autres, il n’est indispensable de prononcer deux s.
2º Au contraire, le préfixe =dis-= étant expressément un préfixe savant, les composés font entendre généralement deux s. Il n’y a d’exception incontestable que pour di(s)s iper et ses dérivés et di(s)s oudre[802]; mais on fera bien de prononcer aussi avec un seul s di(s)s olu[803], di(s)s erter et di(s)s ertation, di(s)s imuler et di(s)s imulation[804], voire même di(s)s éminer, di(s)s ension ou di(s)s entiment, ces mots étant d’un usage fort général[805].
3º Aux préfixes as- et dis- on peut ajouter =intus-= et =trans-=, dans intu s-s usception, tran s-s udation ou tran s-s ubstantiation.
4º Il n’y a plus qu’un certain nombre de mots plus ou moins savants où l’on prononce deux s: a s-s a fœtida, pa s-s ible et impa s-s ible, pa s-s if et ses dérivés (sauf en grammaire) et pa s-s iflore, cla s-s ification et quelquefois cla s-s ique, et aussi jura s-s ique[806];--te s-s ère et pe s-s aire, e s-s ence (au sens figuré) et ses dérivés, ince s-s ible et immarce s-s ible, et les composés en pre s-s ible; congre s-s iste et progre s-s iste, qui, avec proce s-s us, réagissent sur progre s-s if, proce s-s if et quelques mots en-essif; me s-s idor, se s-s ile, pe s-s imiste et pe s-s imisme, et au besoin e s-s ouflé ou e s-s aimer;--les mots en i s-s ible et leurs dérivés, et, si l’on veut, les mots en i s-s ime et i s-s imo, avec commi s-s oire, fi s-s ipare et fi s-s ipède, et by s-s us, auxquels on joint quelquefois fi s-s ure et bi s-s extile;--enfin glo s-s aire, o s-s ature, o s-s ification, o s-s uaire et quelquefois o s-s eux, avec fo s-s ile et opo s-s um[807].
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Nous savons que le groupe anglais =sh= équivaut au ch français à toute place: sh elling, sh ocking ou sh ampoing, engli sh, mackinto sh ou stockfi sh[808]. A la vérité fa sh ion se prononçait aussi bien fazion à la française, que facheune, à l’anglaise, et de même fa sh ionable; mais ces deux mots sont tout à fait tombés en désuétude.
C’est aussi au ch français que correspondent le groupe germanique =sch=[809], le danois =sj=, le polonais =sz= et l’=s= hongrois[810].
T
1º Le T final.
A la fin des mots, le =t=, comme l’s, en principe ne se prononce pas: acha(t), avoca(t), étroi(t), bonne(t), livre(t), tombai(t), crédi(t), peti(t), calico(t), tripo(t), prévô(t), défau(t), ragou(t), institu(t), cha(t)-huan(t), vacan(t), accen(t), événemen(t), sain(t), poin(t), fron(t), défun(t), dépar(t), concer(t), transpor(t), meur(t), accour(t), etc., etc.[811]. Les exceptions sont même beaucoup plus rares que pour l’s parmi les mots proprement français. Naturellement elles affectent surtout des monosyllabes, qui sont en quelque sorte renforcés ou élargis par cette prononciation.
=1º Après= a, il n’y a que les adjectifs fa t et ma t, avec les termes d’échecs ma t et pa t; adéqua(t) et immédia(t) n’en sont plus, ni opia(t), quoique l’Académie ait encore maintenu le t en 1878.
Il faut ajouter cependant les mots latins, exea t, fia t, staba t, magnifica t, viva t, qui ne sont pas en voie de se franciser dans la prononciation; on entend bien parfois des viva(ts), mais c’est une fâcheuse analogie, amenée sans doute par le pluriel[812].
Après =oi=, il n’y a rien, pas plus doi(gt) que adroi(t) ou pourvoi(t). Toutefois, quand soit est employé seul, on fait volontiers sonner le t, pour renforcer le mot, comme on l’a déjà vu ailleurs.
=2º Après= e, il n’y a que ne t, fre t et se(p)t.
Pour ne t, il ne saurait y avoir de discussion[813].
Pour fre t, tous les dictionnaires maintiennent fre(t). Ils pourraient peut-être se corriger, parce que la marine marchande ignore absolument cette prononciation: or quel est l’usage qui doit prévaloir ici, sinon précisément celui de la marine marchande?
Enfin, pour se(p)t, il faut naturellement dire sè devant un pluriel commençant par une consonne: se(pt) sous, se(pt) cents, se(pt) mille[814]. Malheureusement nos cuisinières, marchands et comptables ne connaissent guère d’autre prononciation que se(p)t, en toute circonstance, sous le fallacieux prétexte que l’on pourrait confondre se(pt) sous et se(pt) cents avec seize sous et seize cents! Et leur prononciation a passé peu à peu de la cuisine à la salle à manger, du comptoir au salon. Essayons encore de réagir si nous pouvons, mais je crains fort qu’il ne faille bientôt céder sur ce point[815].
A ne t, fre t et se(p)t on fera bien de ne pas ajouter juille t, pas plus qu’alphabe t, la prononciation du t dans ces mots étant surannée ou dialectale. Quant à ce t, il ne s’écrit que devant une voyelle, et nécessairement il se lie.
On prononce naturellement le t dans quelques mots latins ou étrangers: e t cetera[816], hic e t nunc, hic jace t, lice t, tace t, clare t, et water-close t; mais débe(t) et place(t) sont francisés depuis fort longtemps; croque(t), cricke(t), ticke(t) le sont aussi, et même pick-pocke(t), et souvent water-close(t)[817].
Après =ai=, il n’y a pas d’exceptions, sauf une tendance très marquée à faire sentir le t du substantif fait, au singulier, surtout quand il est final ou accentué: en fai t, au fai t, par le fai t, voie de fai t, voici le fai t, il est de fai t, je mets en fai t, je l’ai pris sur le fai t, c’est un fai t, et même c’est un fai t constant, c’est le fai t d’un honnête homme, le fai t de mentir, le fai t du prince; mais on ne doit jamais faire sentir le t au pluriel, ni dans fai t divers, singulier identique au pluriel, ni dans en fai t de ou tout à fai t.
=3º Après= i, le t sonne encore presque toujours dans les mots qui viennent de mots latins en -itus et -itum: coï t, introï t, obi t, bardi t, aconi t, ri t (même mot que rite), prétéri t, pruri t et transi t; mais on a cessé généralement de le prononcer dans subi(t) aussi bien que dans gratui(t). Il en est de même dans ci-gî(t). On le prononce encore le plus souvent dans grani t, mais grani(t) se répand.
On le prononce aussi, naturellement, dans hui t, avec la seule restriction, toujours la même, des pluriels commençant par des consonnes: page hui t, in-dix-hui t, le hui t mai, et aussi, par liaison, hui t hommes, mais hui(t) sous, hui(t) cents, hui(t) mille[818].
Enfin il doit toujours sonner dans les mots latins, francisés ou non, dans accessi t, satisfeci t et même défici t, malgré l’usage de quelques personnes, aussi bien que dans incipi t, suffici t, explici t, exi t et affidavi t, ainsi que dans voorui t et dead-hea t[819].
4º Après o, le t ne sonne plus aujourd’hui que dans do t, où il ouvre l’o, bien entendu. Cette exception paraît venir de ce que le mot avait autrefois deux formes, un masculin do(t) et un féminin dote (cf. aubépin et aubépine); le féminin se serait ici conservé avec l’orthographe du masculin. C’est d’ailleurs le seul mot en -ot qui soit féminin. Quoi qu’il en soit, la prononciation do(t) est aujourd’hui particulière au sud-ouest[820].
5º Dans les finales -aut et -ault, le t ne sonne jamais[821]; pas davantage dans -eut, ni dans -out et -oult, les mots étrangers, lock-ou t, vermou t, knou t, raou t et stou t, mais non racahou(t).
Surtout il ne doit pas plus sonner dans (a)oû(t) que dans debou(t), malgré l’usage de quelques provinces[822].
=6º Après= u, le t final sonne toujours dans un certain nombre de mots savants: azimu t, cajepu t, occipu t, sincipu t et compu t, avec u t et capu t; quelquefois aussi, mais à tort, dans scorbu(t) et précipu(t); de plus, dans les interjections chu t et zu t, et dans les monosyllabes lu t, ru t et bru t[823]. La province y ajoute généralement un autre monosyllabe, bu t, malgré débu(t), mais à Paris on prononce toujours bu(t)[824].
=7º Après les voyelles nasales= (les mots en -ant et -ent sont particulièrement innombrables), le t ne sonne pas plus en français qu’après les voyelles orales, même si une autre consonne s’intercale, comme dans exem(pt), vin(gt), prom(pt), rom(pt), corrom(pt), interrom(pt).
Il a longtemps sonné dans ving(t), comme sonnaient l’s et l’x de troi s et deu x, conformément à l’usage de tous les noms de nombre; c’est aussi incorrect aujourd’hui que le serait cente pour cen(t), qui ne semble pas avoir jamais été dit. Toutefois le t de vingt sonne encore dans vin(g)t et un, par liaison, et aussi dans vin(g)t-deux, vin(g)t-trois, etc., malgré la consonne qui suit, soit par un souvenir de vin(g)t et deux, vin(g)t et trois, où se faisait la liaison, soit plutôt par analogie avec trente-deux, quarante-quatre, cinquante-sept, etc. Mais il ne sonne pas dans quatre-vin(gt)-un, -deux, -trois, etc., et cela se comprend: s’il sonnait par exemple dans quatre-vingt-trois, ce serait quatre fois vingt-trois, et non quatre fois vingt plus trois; il y a des siècles que cette distinction a été faite inconsciemment. Il est vrai que tous ces t, devant deux, deviennent nécessairement des d: vin d d eux; ce n’est pas une raison cependant pour prononcer vin(g)te-deux[825].
Le t sonne encore dans quelques mots étrangers, comme can t ou pippermin t[826].
=8º Restent= les consonnes. Le t ne sonne pas après un r: écar(t), exper(t), ressor(t), cour(t), et aussi heur(t), où il a longtemps sonné; spor(t) lui même est francisé, et dog-car(t) à peu près; mais flir t garde son t, même quand on le francise[827]. En revanche, le t sonne après et avec les consonnes c, l, p, s.
Pour les mots en =-ct=, nous avons vu plus haut qu’il ne fallait plus excepter que les mots en =-spect=, ami(ct) et instin(ct), mais non exa ct, abje ct, verdi ct, distri ct, succin ct et distin ct, ni aucun autre[828].
Les mots en =lt= ne sont pas des mots français: cobal t, mal t, smal t, spal t, vel dt, vol t, sauf le vieux mot mou lt, et indu lt, où l’orthographe a rétabli la prononciation disparue de lt[829].
Si des mots en =pt= nous éliminons se(p)t, examiné tout à l’heure, où le p ne sonne pas, et les mots en -empt et -ompt, où ne sonnent ni p ni t, il reste trois ou quatre mots savants où les deux consonnes se prononcent: ra pt, qui a longtemps flotté, conce pt, transe pt et abru pt[830].
Le groupe final =st= se prononce dans quelques mots, la plupart étrangers: ha st (armes d’), balla st, to(a)st, e st et oue st, le st, zi st et ze st, whi st, o st et souvent compo st. Il est muet dans le verbe e(st)[831].
Ajoutons pour terminer que l’h après le t final, qui d’ailleurs est toujours d’origine étrangère, ne change rien en français au son du t; mais naturellement le t suivi d’un h se prononce toujours: feldspa th, ane th, zéni th, mammou th, lu th et bismu th[832].
2º Le T intérieur et le groupe TI.
Dans le corps des mots, le =t= se maintient difficilement entre deux consonnes, si la dernière n’est pas un r, comme dans as t ral. Aussi est-il devenu muet dans as(th)me et as(th)matique, is(th)me et is(th)mique, et même pos(t-s)criptum et parfois pos(t)dater: c’est toujours la répugnance du français à prononcer trois consonnes consécutives qui ne s’accommodent pas ensemble, et c’est ordinairement celle du milieu qui est alors écrasée entre les autres, à moins qu’elle ne soit un s[833].
Dans les mots en =-iste=, comme dans les mots en =isme=, le peuple laisse volontiers tomber la syllabe finale: artis(te), anarchis(te). Il dit de même prétex(te) ou insec(te): paresse de langage, qu’il faut éviter.
L’h ne change rien au t, bien entendu: t(h)éâtre, t(h)on, t(h)ym, at(h)ée, got(h)ique, etc.
· · ·
Mais la question la plus intéressante concernant le t intérieur est celle de son traitement devant l’i suivi d’une voyelle.
La règle générale n’est pas douteuse: Devant un i suivi d’une autre voyelle, le t prend le son de l’s dur[834].
Cette règle s’applique notamment à la plupart des mots en =-tie= et =-tien=, à presque tous les mots en =-tiaire=, =-tiel=, =-tieux=, =-tion=, avec tous leurs dérivés, et à une foule d’autres mots: supréma t ie, iner t ie, béo t ien, ter t iaire, torren t iel, ambi t ieux, na t ion, na t ional, etc., et aussi bien nup t ial, gen t iane, spar t iate, pa t ient, pa t ience, sa t iété, pé t iole, etc., etc.[835]
En réalité cette prononciation nous vient tout simplement de la prononciation adoptée depuis des siècles, à tort ou à raison, pour le latin[836]. Aussi appartient-elle essentiellement à des mots d’origine savante, tandis que les mots d’origine populaire conservent en principe le son normal du t, notamment quand l’i fait diphtongue étymologiquement avec un e, comme dans pi t ié.
On peut dire pourtant que la prononciation sifflante est la règle générale, d’abord parce que les mots de formation savante sont les plus nombreux, ensuite parce que les mots nouveaux ont ordinairement suivi l’analogie des précédents, et que les mots isolés qui sont restés en dehors de la règle tendent souvent à s’y soumettre. On constate même ce phénomène curieux d’une prononciation d’origine savante devenant populaire, et altérant par cela même d’autres mots savants, faute de pouvoir altérer les mots les plus usités.
J’ajoute qu’il est plus facile d’énumérer les exceptions que les cas où la règle s’applique, ainsi qu’on le fait parfois, non sans beaucoup d’omissions.
Les exceptions sont d’ailleurs nombreuses, et il y en a de toutes les sortes. On se rappelle la réponse de Nodier à Dupaty, qui prétendait qu’entre deux =i= le t avait toujours le son de l’s: «La règle est sans exceptions,» répondait-il à Nodier. Et Nodier de répliquer, du tac au tac: «Mon cher confrère, prenez picié de mon ignorance, et faites-moi l’amicié de me répéter seulement la moicié de ce que vous venez de dire.» Ceci se passait à l’Académie, où l’on peut croire que les rieurs ne furent pas pour Dupaty. Mais ce n’était là qu’un exemple, et il y a d’autres exceptions même entre deux i, sans compter les autres combinaisons, qui sont multiples[837].
I.--Il y a d’abord deux catégories de mots qu’il faut éliminer, parce que la prononciation sifflante est impossible ou à peu près. Ce sont:
1º Tous les mots dans lesquels le =t= est déjà précédé d’une sifflante, s ou x, ce qui empêche absolument le t de s’altérer, aussi bien en latin qu’en français: bas t ion, ques t ion, immix t ion (une douzaine de mots en =-tion=); dynas t ie, modes t ie, amnis t ie (une douzaine de mots en =-tie=); bes t ial, bes t iole, ves t iaire, etc., etc.[838].
A cette catégorie appartiennent aussi é t iage, châ t ier et chré t ien avec sa famille, autrefois e st iage, cha st ier et chre st ien.
2º Tous les imparfaits et subjonctifs présents, où le t ne peut pas changer le son qu’il a dans les autres formes: é t ais, é t ions, é t iez, por t ais, por t ions, por t iez, que nous men t ions, que vous men t iez, etc.[839].
De plus, pour le même motif, les participes féminins des verbes en tir: sor t i, sor t ie, anéan t i, anéan t ie, etc., avec les substantifs de formation française dérivés des mêmes verbes: rô t ie, garan t ie, par t ie, sor t ie, et le féminin d’appren t i[840].
II.--Voici maintenant toute la collection des mots d’origine populaire où =-ti-= est suivi d’un e, et où le groupe =ie= est une diphtongue étymologique, le latin ayant à la place une voyelle unique, devant laquelle le t n’a pas pu s’altérer. Ce sont:
1º Les trois substantifs en =-tié=: pi t ié, moi t ié, ami t ié, avec inimi t ié[841];
2º Les adjectifs et substantifs en =-tier= ou =-tière=, à suffixe -ier, féminin -ière, comme en t ier ou héri t ier, jarre t ière ou taba t ière: ils sont près de deux cents[842];
3º Les mots qui ont le suffixe =-ième=, à savoir sep t ième, hui t ième, ving t ième, etc., avec quan t ième ou pénul t ième[843];
4º Les formes verbales de tenir et ses composés, t ient ou con t ient, dé t iendra on main t iendrait, avec les dérivés entre t ien, main t ien, sou t ien[844];
5º Enfin les mots t iède, t iers et t ien, où le t est initial, et an t ienne, où il ne l’est pas[845].
III.--Il y a encore un certain nombre de mots d’origines diverses.
1º Voici d’abord trois mots en =-tie=: or t ie, d’origine populaire[846]; so t ie, dérivé populaire de sot, qui avait deux t autrefois comme sottise, et qui a gardé sa prononciation en devenant savant; enfin tu t ie, qui ne vient pas du latin[847].
Épizoo t ie est encore flottant[848].
2º Voici quelques mots plus ou moins savants, où =ti-= a résisté à l’analogie et a gardé la prononciation du grec: d’abord éléphan t iasis ou é t iologie, sans compter tiare; d’autre part tous les mots où le t est séparé de l’i par un h, ce th étant grec: sympa t(h)ie, py t(h)ie, corin t(h)ien; de sorte qu’ici non seulement l’h ne change rien au t, mais aide à le conserver intact[849].
Pourtant la tendance générale est telle que le mot chrestoma t(h)ie a été fortement altéré et l’est encore assez généralement; mais la prononciation correcte de ce mot savant, qui n’est pas latin, est tie et non cie, et les jeunes professeurs commencent à la restaurer.
3º Il y a encore les mots qui ont un préfixe en =-ti=, à savoir: d’une part le mot cen ti are, qui a gardé devant le mot are la prononciation uniforme du préfixe centi-, quoiqu’une diphtongue s’y soit formée dès le principe; d’autre part les mots commençant par le préfixe anti-, comme an ti alcoolisme, où il n’y a point de diphtongue.
4º Restent quelques mots populaires d’origine inconnue: galima t ias, qu’une étymologie fantaisiste a rattaché à Ma th ias; é t ioler, é t iolement, qui se rattachent peut-être à é t eule; et aussi l’espagnol pa t io[850].
Cette énumération, qu’on trouvera ici pour la première fois, fut longue sans doute, mais celle des mots où le t est sifflant l’eût été davantage, et peut-être même impossible, en tout cas beaucoup plus difficile à classer méthodiquement[851].
3º Le T double.
Le =t= double se prononce encore simple assez généralement, et autrefois il n’y avait point d’exception.
Parmi les mots commençant par =att-=, qui sont fort nombreux, il n’y a guère qu’a t-t ique et a t-t icisme où l’on soit à peu près obligé de prononcer deux t[852]; mais il faut avouer que cette prononciation commence à atteindre fortement beaucoup d’autres mots où elle ne s’impose nullement, comme a t-t enter, a t-t entif, a t-t énuer, a t-t errer, a t-t ester, a t-t iédir, a t-t itré, a t-t itude, a t-t ouchement, a t-t raction, a t-t ributif, a t-t rister, a t-t rition.
Cette prononciation est plus correcte dans ba t-t ologie, intermi t-t ent et intermi t-t ence, commi t-t imus et commi t-t itur, gu t-t ural et gu t-t a-percha; mais elle atteint aussi depuis plus d’un siècle d’autres mots, comme sagi t-t aire, li t-t éraire, li t-t éral, li t-t érature, li t-t oral et pi t-t oresque.
Elle est d’ailleurs légitime dans les mots qui viennent de l’italien, où les deux consonnes se prononcent régulièrement: conce t-t i, vende t-t a, je t-t atura, dile t-t ante, libre t-t o et libre t-t iste, grupe t-t o, tu t-t i et so t-t o voce, et aussi dans gu t-t a-percha. Mais on ne prononce plus qu’un t généralement dans ghe(t)t o et confe(t)t i, qui se sont popularisés, souvent aussi dans larghe(t)t o[853].
On ne prononce jamais qu’un t dans sco(t)t ish[854].
V et W.
Le =v= s’appelait autrefois =u= consonne, et ne se distinguait pas typographiquement de l’u[855].
Du v simple il n’y a rien à dire, sinon qu’il faut éviter de le supprimer devant oi, et de dire (v)oiture, (v)oilà, la(v)oir, au r(ev)oir[856].
Le =v= allemand se prononce =f=; mais cela ne nous intéresse guère que pour les noms propres non francisés[857].
Le v a aussi le son de l’f à la fin des noms slaves, surtout après un o, où il est souvent double[858].
Le =w= n’est pas français. Mais le w germanique se prononce comme le v français, ainsi que celui du polonais redo w a[859].
Le =w= anglais demande plus d’attention.
En principe, devant une voyelle, il a le son de la semi-voyelle ou: w ater-closet ou w aterproof, w attman, w arf, w hist, w hig, w isky, w ig w am, w orkhouse, s w ell, tram w ay, rail w ay, sand w ich[860]. Mais quand il se francise, c’est presque toujours en v; ainsi il est complètement francisé en v dans w agon et ses dérivés, à peu près dans w arrant et ses dérivés, souvent aussi dans w aterproof, quoiqu’on ne francise pas oo, et dans w ater-closet ou w attman. S’il s’est francisé définitivement en ou dans w hist, c’est parce que le mot ne s’est pas répandu dans le peuple; mais tram w ay a beaucoup de peine à se franciser tout à fait avec le son ou, qui pourtant semble l’emporter[861].
Nous avons réduit aw à au dans outl aw, l aw n-tennis, tomah aw k, dr aw back[862].
Nous avons accepté pour l’anglais ew la prononciation iou; ainsi pour mild ew, qui eut la chance d’être appris par l’oreille et non par l’œil; mais nous l’écrivons beaucoup mieux mildiou, comme il convient. Intervi ew se prononce indifféremment viev ou viou, et le premier finira sans doute par s’imposer, ne fût-ce qu’à cause du dérivé intervi ew er, pour lequel la prononciation viou-ver est assez ridicule[863].
L’anglais ow se prononce comme o fermé dans b o(w)-wind o(w), r o(w)ing, arr o(w)-root, sn o(w)-boot, et quelquefois co(w)-boy (pour caouboï); d’autre part nous réduisons facilement ow à ou dans cl ow n, teag ow n, c ow pox ou br ow ning[864].
X et Z
1º L’X final.
A la fin des mots français, l’=x= n’est plus généralement qu’un signe orthographique qui tient simplement la place d’un s[865]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que l’s du pluriel, notamment après u, dans tous les mots en -aux, -eux, -oux, au singulier comme au pluriel: fau(x), veau(x), aïeu(x), heureu(x), dou(x), genou(x), etc., etc.[866]. Il n’y a même pour ceux-là aucune exception, pas même pour deu(x), dont l’x s’est amui, comme l’s de troi(s), quoiqu’il se soit conservé dans six et dix, dont nous allons parler[867].
L’x final ne se prononce pas davantage dans pai(x), fai(x) et ses composés, ni dans les mots en -oix[868].
Il ne se prononce pas non plus dans pri(x), perdri(x) et crucifi(x), ni dans flu(x), reflu(x), influ(x)[869].
On vient de voir que l’x final se prononce par exception dans les noms de nombre six et dix, comme se prononcent les consonnes finales de cin q, sep t, hui t, neu f; mais ceci demande des explications.
D’abord cet x devrait s’écrire s, comme autrefois, car il a conservé ici le son de la langue vulgaire, où il a toujours sonné comme un s: j’en ai si x, page di x, Charles di x, le si x mai, le di x août.
En second lieu, il faut excepter, bien entendu, suivant la règle des adjectifs numéraux, les cas où six et dix sont suivis d’un pluriel commençant par une consonne: di(x) francs, si(x) sous, si(x) cents, di(x) mille[870].
Mais d’autre part, si le pluriel commence par une voyelle, ce n’est encore pas le son normal de l’s qu’on entend; car il se produit alors simplement un phénomène de liaison, d’où il résulte que l’s est doux[871]. De là la différence qu’il y a entre si x hommes (si-zom) et si x avril (si-savril): le nom du mois n’étant pas multiplié, dix et six se prononcent dis et sis devant avril, août, octobre, comme devant mai, juin ou septembre. A vrai dire, on prononce souvent si zavril comme si zhommes, comme on dit aussi entre si zet huit, mais ce sont des abus de liaison; au pis aller, pour si x et huit, on peut choisir entre le son dur et le son doux, tandis que pour si x hommes on n’a pas le choix: l’s est nécessairement doux.
On fait aussi la liaison par analogie, et quoiqu’il n’y ait pas multiplication, dans dix-huit (dizuite) et ses dérivés.
Par analogie avec di x-huit, on prononce également un s doux dans di x-neuf, comme on prononce le t dans ving t-quatre ou ving t-neuf.
Dans di x-sept, l’x garde le son de l’s dur à cause de l’autre s qui suit: dis-sète; d’ailleurs, quand on parle vite, on dit facilement di-sète, l’s double se réduisant à un, comme dans tous les mots populaires[872].
On prononce de même avec un s dur les termes de musique si x-quatre ou si x-huit, quoiqu’il y ait multiplication, parce qu’en réalité ce n’est pas quatre et huit qui sont multipliés, mais seulement les notes représentées par ces chiffres, de sorte que les deux chiffres qui indiquent la mesure restent toujours distincts; sizuit est donc encore un abus de liaison, d’ailleurs très tolérable.
· · ·
Comme six et dix, coccy x se prononce avec un s simple, au moins par euphonie[873].
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En dehors de six, dix et coccyx, quand l’x final se prononce, il se prononce cs. Mais cela n’a lieu que dans des mots grecs, latins ou étrangers, comme inde x, sile x ou sphin x[874].
2º L’X intérieur.
Dans le corps des mots, l’x se prononce en principe cs devant une voyelle comme devant une consonne: d’abord dans les finales muettes, a x e, ri x e, se x e[875]; et aussi bien dans la x atif, a x iome ou ma x ime, le x ique ou se x uel, fi x er ou lu x ure, comme dans te x tuel, bisse x til ou mi x ture[876].
Mais en réalité tous ces mots sont des mots d’emprunt, et il en reste beaucoup d’autres où l’x ne se prononce pas ou pas toujours cs[877].
D’abord nous retrouvons l’s dur simple de la prononciation populaire dans soi x ante et ses dérivés, où l’x étymologique a été rétabli après coup, comme dans six et dix[878].
Nous retrouvons aussi l’s doux de la simple liaison dans les dérivés de deux, six et dix: deu x ième, di x ième, si x ième, si x ain se prononcent comme deu(x) hommes ou si(x) hommes[879].
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Mais surtout les mots qui commencent par =ex= ou =x= demandent un examen spécial.
On notera en premier lieu que devant une consonne sifflante, c’est-à-dire devant =ce= ou =ci= ou devant un =s=, la seconde partie de l’x se confondant nécessairement avec le son qui suit, le son ecs se trouve réduit à ec: e c-c ellent, e c-c entrique ou e c-s angue[880].
Au contraire, devant une consonne non sifflante, on a une tendance naturelle, quand on parle vite, et même sans cela chez le peuple, à réduire ecs, non à ec, mais à es: e s trême, e s cuse, e s press[881].
Cette tendance doit être combattue en général, notamment quand il n’y a qu’une consonne, comme dans e s cuse, autrefois correct. Elle est plus admissible dans les mots commençant par excl- ou excr-, comme e x clamation ou e x crément, mais là même elle est familière et médiocrement correcte[882].
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D’autre part et surtout, devant une voyelle, ex- initial (ou hex-) s’adoucit régulièrement en egz. Par exemple: e x alter, e x haler, e x écuter, e x iger, e x otique, e x ubérant, he x amètre, etc., et, par suite, ine x igible ou ine x act; il faut y ajouter se x agénaire et se x agésime, et peut-être aussi se x ennal[883]. Seuls e x écration et e x écrable sont très souvent prononcés avec cs, par emphase.
Cette tendance à adoucir l’x après l’e initial est si forte qu’elle atteint chez nous jusqu’à la prononciation du latin. On croit même qu’elle a commencé par le latin. En tout cas, il ne nous suffit même pas de dire e x eat ou e x ercitus avec gz: même une expression latine composée comme e x æquo, qui ne peut guère s’altérer en latin, s’altère en français, où nous la traitons comme un substantif: un ex æquo, des ex æquo, et par suite comme un mot simple. E x abrupto s’altère beaucoup moins souvent[884].
En tête des mots, l’x ne garde le son de cs que parce que les mots, d’ailleurs en très petit nombre, sont savants et d’un usage restreint: x érasie, x érophagie, x iphoïde, x ylographie; encore devient-il gz très souvent dans x ylophone, qui est un peu plus connu[885].
3º Le Z
Le =z= final, dans les mots proprement français, est dans le même cas que l’x: il remplace simplement un s, même quand il représente étymologiquement ts[886]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que l’s ou l’x, notamment dans toutes les secondes personnes du pluriel: aime(z), aimie(z), aimerie(z), etc.
Il ne se prononce pas davantage dans le mot sonne(z), qui est en réalité un impératif, ni dans les substantifs ne(z) et bie(z), disparu devant bief, ni dans l’adverbe asse(z) et les prépositions che(z) et re(z), de re(z)-de-chaussée[887].
On voit que le z final muet suit généralement un e; mais le z ne se prononce pas davantage dans ra(z) de marée, ni dans ri(z); et si, en France, on le prononce ordinairement dans ran z des vaches, en Suisse on prononce ran, et on doit y savoir comment ce mot se prononce[888].
Le z final se prononce dans ga z et dans fe z; mais ce sont des mots étrangers[889].
Le z final allemand, avec ou sans t devant, se prononce ts: quar tz, kronprin z[890].
Et même tz après l se réduisent le plus souvent à un s: eau de sel(t)z[891].
On n’entend également qu’un s dans ruol z.
Dans le corps ou en tête des mots, le z français a toujours le son d’un s doux devant une voyelle: z èle, z one, bron z é, topa z e, ri z ière, etc.
Il en est de même du =z=, simple ou double, des mots étrangers, quand nous les francisons: la z arone, scher z o, pou(z)z olane, mue(z)z in, souvent aussi ra(z)z ia ou la(z)z i[892].
Quand nous ne francisons pas les mots étrangers, le z allemand se prononce ts[893].
Le z italien, simple ou double, se prononce quelquefois aussi ts, comme dans gra z ioso, plus souvent dz: pia zz a, pia zz etta, la zz i, me zz o, me zz anine, pi zz icati[894].
L’espagnol pla z a se prononce plaça.
RÉCAPITULATION DES CONSONNES
On vient de voir de quelles manières différentes peuvent se prononcer à l’occasion les mêmes lettres, sans compter les cas où elles ne se prononcent pas du tout. Nous allons, pour récapituler ce chapitre, faire rapidement l’inverse, et montrer de combien de manières s’écrit chez nous chacun des sons que nous employons.
On a déjà vu les innombrables graphies des voyelles nasales; ceci achèvera de faire admirer comme il convient la logique de notre orthographe. Cette fois nous suivrons l’ordre rationnel qui est sans inconvénients.
Parmi les explosives, les labiales =b= et =p= et les dentales =d= et =t= se bornent à pouvoir s’écrire simples ou doubles, tout en se prononçant simples: ha b it et a bb é, râ p er et a pp el, a d ieu et a dd ition, bâ t ir et ba tt re. Elles peuvent aussi s’interchanger: a b sent devient a p sent et mé d ecine devient me t sine. Tout cela est peu de chose et, si le reste y ressemblait, notre orthographe serait une pure merveille[895].
Mais pour les gutturales, c’est une autre affaire: la gutturale forte ou sourde s’écrit c dans ra c onter, cc dans a cc ord, ch dans ch rétien, k dans k épi, ck dans bo ck, kh dans kh édive, q dans co q, qu dans qu atre, cq dans Ja cq ues, cqu dans be cqu eter, x dans e x cès ou X érès, et même g dans Bour g, sans compter qu’elle fait ordinairement la moitié de l’x; la gutturale douce ou sonore s’écrit g dans g rave, gg dans a gg raver, gu dans gu eule, gh dans gh etto, c dans se c ond, parfois même ch dans dra ch me, ou qu dans a qu educ, et fait la moitié de l’x dans e x emple.
De même, parmi les spirantes, nous retrouvons un peu plus de simplicité dans les fricatives et les chuintantes: les fortes s’écrivent seulement de quatre manières: f, ff, ph ou v, et ch, sh, sch ou j: f ait, e ff et, ph are, crè(v)e-cœur, et ch at, sh ako, sch isme, re j(e)ter; les douces n’en ont que trois: v, w ou f, et j, g ou ge: v ague, w agon, neu f ans, et en j ôler, rou g ir, g eôle, sans compter ta ch(e) de vin.
Mais les sifflantes se rattrapent: la forte s’écrit s dans s el, ss dans a ss ez, c dans c e c i, ç dans re ç u, sc dans sc ie, t dans pa t ience, x dans soi x ante, z dans quart z, sans compter qu’elle fait presque toujours la seconde moitié de l’x, quand l’x se prononce, et aussi la seconde moitié du z, quand on le prononce ts; la douce s’écrit z dans z èle, zz dans pou zz olane, s dans rai s on, x dans deu x ième, et fait la seconde moitié de l’x dans e x emple.
Les sons de =l=, =m=, =n=, =r= se bornent à s’écrire par une lettre ou par deux; r devient aussi rh dans rh um.
Enfin =l= mouillé s’écrit ll dans bi ll e, ill dans pa ill e, l simple dans genti l homme, lh dans Mi lh au, gli dans Bro gli e. L’n mouillé se contente de gn dans a gn eau ou ign dans o ign on, et au besoin ni dans pa ni er, sans parler de ñ dans do ñ a.
Assurément, dans cette multiplicité de signes employés un peu partout pour les mêmes sons (et j’en ai peut-être oublié), il y en a beaucoup qui ne peuvent pas être évités. D’autres ne sont pas gênants. Mais on conviendra qu’une certaine simplification ne ferait de mal à personne et que la langue surtout s’en porterait beaucoup mieux, étant soustraite ainsi à de graves dangers d’altération.
Les langues doivent s’altérer, ou, si l’on aime mieux, évoluer avec les siècles, c’est fatal; mais en vérité est-ce le rôle des meilleurs écrivains de les y aider en s’obstinant à défendre une prétendue ortho graphe, qui serait la plus ridicule du monde, si la primauté sur ce point n’appartenait à l’anglaise?
LES LIAISONS
Quelques considérations préliminaires.
Au début du XVIᵉ siècle, toutes les consonnes finales se prononçaient partout, sauf devant un mot commençant par une consonne, quand les deux mots étaient liés par le sens[896].
Au contraire, à partir du XVIIᵉ siècle, les consonnes ont généralement cessé peu à peu de se prononcer dans l’usage ordinaire, sauf devant une voyelle (ou un h muet), quand les mots étaient intimement liés par le sens. Je dis dans l’usage ordinaire, parce que les consonnes sont tombées beaucoup moins vite dans la prononciation oratoire et dans celle des vers, surtout à la rime. D’ailleurs, même dans l’usage courant, les consonnes ne sont pas tombées dans tous les mots. D’autre part, beaucoup de consonnes tombées ont reparu et reparaissent encore grâce à l’orthographe: ne faut-il pas parler comme on écrit? Mais alors c’est tout ou rien: ou bien la consonne se prononce toujours, ou bien elle ne se prononce jamais.
Il y a pourtant des consonnes qui ont continué a se prononcer seulement devant une voyelle, dans certains cas: ce qui reste de cette prononciation, c’est ce qu’on appelle communément liaison. La consonne finale ainsi prononcée sert phonétiquement d’initiale au mot suivant[897].
Les liaisons sont encore très usitées en vers, d’abord parce que la poésie est essentiellement traditionnaliste, ensuite parce qu’en vers elles ont pour but et pour effet d’empêcher l’hiatus, que la plupart des poètes évitent encore avec soin. Aussi n’est-il pas impossible que la poésie devienne un jour comme le Conservatoire ou le Musée des liaisons; elle les conserverait comme elle conserve tant d’autres choses surannées, en prosodie, en vocabulaire, en syntaxe.
Dans la prose, et surtout dans la conversation ordinaire, on en fait infiniment moins. Un certain nombre pourtant sont encore obligatoires. D’autres seraient ridicules ailleurs qu’en vers.
D’ailleurs un grand nombre de liaisons sont facultatives et dépendent souvent du goût de chacun. Mais elles dépendent encore davantage des circonstances: il est évident qu’on en fait plus en lisant qu’en parlant, parce qu’en lisant on recherche la correction du langage, tandis qu’en parlant on ne cherche qu’à se faire comprendre avec le moins d’effort possible; on en fait plus aussi dans un discours suivi, pour le même motif, que dans une conversation familière.
D’une façon générale, les professeurs en font plus que les gens du monde, à cause de l’habitude qu’ils en ont; les instituteurs en font trop, non pas tant peut-être en parlant qu’en enseignant à lire, car ils ne savent pas toujours que, même en lisant, il y en a qu’on ne fait pas.
Mais les acteurs surtout en abusent étrangement, soit sous prétexte de correction, soit parce qu’ils s’imaginent qu’ils se font mieux comprendre, et cela à la Comédie-Française comme ailleurs, plus qu’ailleurs, hélas! et dans la comédie en prose aussi bien que dans la tragédie. Pourtant ils devraient comprendre que, dans la comédie, un personnage qui ne parle pas comme tout le monde est ridicule; et la tragédie même, comme tout théâtre en vers, est assez artificielle par elle-même pour qu’on n’y ajoute pas encore des artifices surannés, quand il n’y a pas nécessité[898].
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Avant d’entrer dans le détail des liaisons, nous indiquerons quelques règles générales.
On sait déjà que la liaison est interdite (aussi bien que l’élision, car les deux vont presque toujours ensemble) devant un h aspiré. Elle l’est également dans d’autres cas dont voici l’énumération[899]:
1º Devant les noms de nombre un et onze: les numéro(s) un et deux, sur le(s) une heure[900]; no(s) onze enfants, aprè(s) onze heures, Loui(s) onze; et, quoiqu’on dise régulièrement il es(t) t onze heures, avec liaison, cas spécial, on dira pourtant ils étai(ent) onze ou ils son(t) onze[901];
2º Devant l’adverbe oui: je di(s) oui; pour un oui, pour un non[902];
3º Devant les interjections: ce(s) ah! ce(s) oh! et en général quand on cite un mot isolé, qu’on isole précisément en ne liant pas[903];
4º Devant uhlan, et devant les mots commençant par un y grec suivi d’une voyelle, parce que cet y fait alors fonction de semi-voyelle: de(s) uhlans, de(s) yachts, de(s) youyous.
De plus il ne peut y avoir de liaison qu’entre des mots liés par le sens, parfois même très étroitement. Il ne saurait donc y avoir de liaison, en principe, même dans la lecture, par-dessus un signe de ponctuation.
Il va sans dire aussi que les liaisons, étant conservées, en principe, dans une intention d’harmonie, et notamment pour éviter les hiatus, ne sauraient être maintenues dans les cas où elles produisent à l’oreille un son plus désagréable que ne serait l’absence de liaison.
En outre, il n’y a plus aujourd’hui de liaison proprement dite pour les quatre liquides grecques, l, m, n, r, sauf d’une part le cas des nasales, qui sera étudié spécialement, et d’autre part trois ou quatre adjectifs en -ier, surtout premier et dernier, quand ils sont devant un substantif, suivant une loi que nous étudierons plus loin: premie(r) r acte, dernie(r) r acte. Il y a bien encore les infinitifs en -er, mais ils se lient de moins en moins en prose, sauf la prose oratoire, et cette liaison sera bientôt réservée exclusivement à la poésie[904]. Même laisse(r)-aller ne se lie pas.
On se rappelle qu’ici, en cas de liaison, l’e s’ouvre à demi, comme dans premier et dernier: mangè(r) r avec plaisir, donnè(r) r aux pauvres, etc.[905].
Ces cas étant éliminés, il ne reste plus que les muettes et les spirantes.
Enfin, tandis que les consonnes finales qui se prononcent toujours gardent aujourd’hui devant une voyelle le même son que devant une consonne (le li s est blanc), au contraire celles qui ne se prononcent qu’en liaison, ou dans des cas limités, peuvent s’altérer, les muettes ne se liant qu’avec le son de la forte, p, k, t, tandis que les spirantes ne se lient en principe qu’avec le son de la douce, v et z[906].
LIAISONS DES MUETTES
1º Les labiales et les gutturales.
Les labiales ne se lient pas, sauf le p des adverbes beaucoup et trop devant un participe ou un adjectif, ou devant la préposition à. Il y conserve son articulation normale, étant une forte: il a beaucou(p) p appris, il y a beaucou(p) p à faire, tandis qu’on ne fait pas de liaison dans il y a un cou(p) à faire; de même j’ai tro(p) p à dire, je suis tro(p) p ému. Encore ces liaisons ne sont-elles pas tout à fait obligatoires dans la conversation, sauf peut-être la dernière, à cause du lien étroit qui est entre les mots.
On dit aussi: qui tro(p) p embrasse mal étreint, à cause de l’inversion qui appuie trop sur embrasse; mais on ne peut plus dire tro(p) p est trop, et ce n’est guère qu’en vers qu’on peut prononcer c’est dire beaucou(p) p en peu de mots, ou encore beaucou(p) p ont cru.
En vers, on peut même encore lier coup: par un cou(p) p imprévu, mais seulement avec un adjectif, et cela prend un air assez archaïque. On ne saurait aller plus loin, et l’on dira toujours, même en vers, un plom(b) assassin, un cham(p) immense, le cam(p) ennemi, un dra(p) usé, voire même un lou(p) affamé, et à fortiori du plom(b) et du fer.
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Les gutturales ne se lient pas beaucoup plus: le cri(c) est lourd, fran(c) et net, blan(c) et noir, et aussi bien du blan(c) au noir, de flan(c) en flanc, l’étan(g) est vide, et aussi bien un étan(g) immense, n’admettent plus la liaison, même en vers.
Les jugements de cour vous rendront blan(c) ou noir[907].
Toutefois on peut encore lier, même en prose, le c de l’adjectif franc devant un substantif: un fran(c) k étourdi, et on lie toujours les expressions composées fran(c) k archer, fran(c) k alleu] et à fran(c) k étrier. Ceci permettra peut-être de lier en vers:
Être fran(c) k et sincère est mon plus grand talent[908];
mais c’est tout juste, et taba(c) k à priser ne saurait plus guère passer aujourd’hui, et moins encore il me convain(c) k assez.
Quoique le c de croc isolé ne se lie jamais, on le lie nécessairement dans cro(c)-k en-jambe (avec ouverture de l’o), les mots composés étant généralement traités comme des mots simples, où toutes les consonnes se prononceraient normalement[909].
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Dans les mots en -spect, c’est le c qui se lie, mais on ne le lie en prose que dans l’expression inséparable respe(ct) k humain, tandis qu’en vers la liaison est encore acceptable partout:
Et cent brimborions dont l’aspe(ct) k importune[910].
Le g ne se lie plus dans l’usage courant que dans l’expression composée san(g) k et eau. Dans la lecture, on y ajoute san(g) k humain, san(g) k artériel, en vers seulement san(g) k impur.
On peut aussi lier en vers ou dans le style oratoire le g de ran(g): ran(g) k élevé, mais non pas cependant ran(g) k auquel! De même celui de lon(g):
Quittez le lon(g) k espoir et les vaines pensées[911].
Mais en prose on prononce sans liaison même une expression composée comme de lon(g) en large.
On voit qu’en liaison, comme nous l’avons dit, la gutturale douce devient forte[912].
On fait aussi entendre le g de jou(g) et celui de le(gs) devant une voyelle, cette fois sans le changer en c, mais ceci est plutôt un fait de prononciation qu’un phénomène de liaison.
A l’intérieur d’oran(g)-outan(g), malgré la règle générale, il n’y a pas de liaison.
D’autre part, avec cler(c) et por(c), et les mots en er(g) et our(g), la liaison est inutile, puisqu’il n’y a pas d’hiatus à éviter[913].
2º Les dentales, D et T.
Les dentales, d et t, se lient infiniment plus que les autres muettes, et ceci va nous permettre d’énoncer quelques principes généraux[914]. Naturellement, vu le nombre des liaisons, c’est ici surtout qu’intervient le goût personnel, et beaucoup de liaisons qui sont nécessaires en vers sont facultatives dans le langage courant, où l’hiatus est fréquent; mais il y a aussi des liaisons qui sont interdites partout ou obligatoires partout.
I. =Les verbes.=--Il y a d’abord l’innombrable catégorie des formes verbales, troisièmes personnes et participes.
Pour les troisièmes personnes autres que celles en -ent, et même pour aient ou soient, traités comme ait et soit, la liaison est encore très souvent obligatoire. Plus les formes sont usitées, plus la liaison est nécessaire: par exemple l’emploi de formes comme est ou sont, avait ou ont, sans liaison, est certainement incorrect, surtout si ce sont des auxiliaires, comme dans ils on(t) t aimé[915]. De même devant l’infinitif: il veu(t) t aller, il vi(t) t entrer, ou encore il veu(t) t y aller, il veu(t) t en avoir. On lie également, et plus nécessairement encore, quand il y a inversion du verbe et du sujet: di(t)-t il, que per(d)-t on?
Hors ces cas, la liaison est moins nécessaire: il pein(t) t avec feu, ou il pren(d) t un livre, ou ils mangeaien(t) t et buvaient, ne sont pas aussi indispensables que il e(st) t à Paris; pourtant ce sont encore les seules formes qui soient admissibles, quand on veut parler correctement.
Il en est de même pour les finales muettes en -ent: on dit assez facilement et de plus en plus, ils mange(nt) un morceau et recommence(nt) à travailler; mais ils mange(nt) t un morceau, ils aime(nt) t à rire, deux noires vale(nt) t une blanche sont encore des façons de parler beaucoup plus correctes, sans qu’on y puisse relever le moindre pédantisme.
Il n’y en a aucun non plus à lier les participes, surtout les plus employés: ceci est fai(t) t avec soin, est encore fort usité, et d’une diction plus soignée que fai(t) avec soin; de même ils étaient là mangean(t) t et buvant, encore que ce ne soit pas indispensable.
II. =Adjectifs et adverbes.=--Il y a ensuite la catégorie également innombrable des adjectifs et des adverbes. Mais ici encore il faut distinguer.
Dans le langage parlé, l’adjectif se lie à peu près uniquement, mais obligatoirement, avec le substantif qui le suit; seulement on ne peut mettre devant le substantif, dans la langue courante, qu’un très petit nombre d’adjectifs généralement courts. C’est d’abord cet et tout, qui se lient toujours, étant toujours devant le substantif: ce(t) t homme ou tou(t) t homme; puis quelques autres, dont la place peut varier: gran(d) t homme, sain(t) t homme, parfai(t) t honnête homme, secon(d) t acte; de même encore ving(t) t hommes ou cen(t) t hommes. Cette liaison est donc en somme assez restreinte, car une expression comme froi(d) t hiver appartient déjà au langage écrit; en parlant, on dit plutôt hiver froid. En tout cas, la liaison est nécessaire dans cette construction, parce que le lien y est plus étroit entre les mots ainsi placés, l’adjectif étant en quelque sorte proclitique et s’appuyant sur le substantif[916].
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Si l’adjectif n’est pas devant son substantif, il ne se lie plus guère qu’en vers, pour éviter l’hiatus, ou tout au plus dans la lecture. Dans le langage parlé, on dira bien encore, si l’on veut, j’ai froi(d) t aux pieds, parce qu’il y a là comme une expression toute faite où froid devient substantif, puisqu’on dit de même le froi(d) t aux pieds. Mais on ne dit pas le chau(d) t aux pieds; on dira donc j’ai chau(d) aux pieds, malgré l’hiatus de deux voyelles identiques; on dit même sans liaison chau(d) et froid, qui est pourtant une expression composée, mais composée de deux substantifs; on dira donc à fortiori alternativement chau(d) et froid; et de même presque uniquement il est gran(d) et fort, un sain(t) a pu seul..., le secon(d) est venu[917].
En revanche la préposition à requiert ordinairement la liaison de l’adjectif devant son complément, à cause du lien étroit qui les joint: tou(t) t à vous, prê(t) t à sortir[918].
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De même que l’adjectif se lie au substantif, l’adverbe de manière se lie nécessairement à l’adjectif. C’est d’abord tout, bien entendu; par exemple il est tou(t) t autre; de même vraimen(t) t aimable, tendremen(t) t aimé, tout à fai(t) t extraordinaire.
On dit de même encore commen(t) t allez-vous? à cause du lien intime qui unit les mots; et la liaison n’est pas moins indispensable dans quan(t) t à, comme elle se faisait autrefois dans quan(d) t et quand.
Quand le lien est moins intime, l’adverbe se lie encore, mais moins nécessairement: partou(t) t où vous serez, tan(t) t il est beau, tellemen(t) t on est serré; de même pour autant ou tantôt répétés, pour aussitôt, bientôt, souvent, cependant; mais on lie nécessairement dans aussitô(t) t après ou bientô(t) t après.
La négation point se lie toujours, étant inséparable de ce qui la suit: je ne t’ai poin(t) t aimé!
De même le pronom relatif dont et la conjonction quand: quan(d) t il viendra, don(t) t il est. De même ou à peu près les prépositions avant, pendant, devant et autres, avec leurs régimes: avan(t) t un jour, pendan(t) t un jour, devan(t) t une femme[919].
III. =Les substantifs.=--Les liaisons que nous venons d’examiner sont à peu près les seules. Par conséquent les substantifs en principe ne se lient plus, sauf en vers, bien entendu. Et encore, même en vers, le d ne se lie guère: un nœu(d) assorti, le ni(d) est vide, blon(d) ardent s’imposent partout et toujours. Que dis-je? Le petit cha(t) t est mort, si cher aux ingénues de la Comédie-Française, a bien de la peine à passer. Sans doute c’est ainsi que Molière prononçait; mais aujourd’hui on se demande s’il ne vaudrait pas mieux éviter l’hiatus avec une pause, ou simplement laisser l’hiatus.
Quant au langage courant, il ne lie plus guère ni d ni t, même quand le substantif est suivi de son adjectif. Ceci permet de distinguer par exemple un savan(t) t Allemand, où savant est adjectif, et un savan(t) allemand, où savant est substantif, distinction qu’on ne fait pas en vers, quand on dit:
Un sot savan(t) t est sot plus qu’un so(t) t ignorant[920].
En prose on évitera tout au plus l’hiatus de deux voyelles identiques: en quel endroi(t) t avez-vous vu; encore cette liaison convient-elle mieux à la lecture qu’à la conversation[921].
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Tout lui-même, qui se lie si facilement, et même si nécessairement, ne se lie plus dans le langage courant, quand il est substantif: le tou(t) et la partie, le tou(t) est de savoir, tandis que le pronom indéfini sujet se lie toujours: tou(t) t est fini.
Toutefois, ici encore, la préposition à, je ne dis plus requiert, mais admet régulièrement la liaison, nous avons droi(t) t à cette faveur.
De plus la liaison reste nécessaire, comme partout, dans les mots ou expressions composés: d’abord, naturellement, celles où entre le mot tout; puis d’autres, comme gue(t)-t apens, pon__(t) t aux ânes, mo(t) t à mot, po(t) t à eau, po(t) t au lait, po(t) t au feu, po(t) t au noir, po(t) t aux roses[922]; et aussi peti(t) t à petit, de hau(t) t en bas, d’un bou(t) t à l’autre, bou(t) t à bout, bu(t) t à but, de bou(t) t en bout, de bu(t) t en blanc, de fon(d) t en comble, de momen(t) t en moment, de poin(t) t en point[923]; et même accen(t) t aigu, et c’est un droi(t) t acquis. Et ainsi pied, qui avait perdu son d, et pour lequel Malherbe et Ménage n’acceptaient aucune liaison, a repris celles de pie(d) t à terre, de pie(d) t en cap, et même pie(d) t à pied; et l’on distingue avoir un pie(d) t à terre (logement) et avoir un pie(d) à terre (sens littéral).
En revanche, cha(t) échaudé ou cha(t) en poche ne sauraient passer pour des mots composés, et la liaison ne s’y fait plus guère, malgré Littré. Elle n’est même plus indispensable dans au doi(gt) et à l’œil, pas plus que dans mon(t) Etna, mon(t) Hécla ou mon(t) Œta, où elle est seulement possible[924].
IV. =Après un R.=--Mais il y a surtout une catégorie de liaisons qu’il importe absolument d’éviter, en vers aussi bien qu’en prose: c’est celle des finales où le t est précédé d’un r; ou plutôt la liaison s’y fait si naturellement par l’r, qu’on n’a nul besoin d’en chercher une autre, qui est depuis longtemps condamnée.
C’est une chose dont on ne convaincra pas facilement la plupart des comédiens! Et je ne parle pas seulement des chanteurs, qui ne croiraient pas vibrer suffisamment s’ils ne criaient pas Mor(t) t à l’impie! La tradition est pareille à la Comédie-Française, mais elle n’en est pas meilleure, et prendre par(t) t à, qu’on y entend, ne saurait pas plus passer que par(t) t à deux, qui serait grotesque.
De même, avec un d, bavar(d) impudent, regar(d) e ffaré, abor(d) aimable, sour(d) et muet, et aussi bien avec un t, ar t exquis ou même ar(t) oratoire, un quar(t) au moins, un rempar(t) infranchissable, déser(t) immense, por(t) ouvert, ver(t) et bleu, et à fortiori le sor(t) en est jeté, ne sauraient admettre de liaison en aucune circonstance et sous aucun prétexte.
Même si l’adjectif est devant le substantif, mieux vaut ne pas lier: un for(t) avantage, un cour(t) espace de temps. Il en est de même des verbes: il par(t) au matin, il conquier(t) un empire, il est mor(t) avant l’âge.
Ainsi la règle est presque absolue aujourd’hui et on n’y fait plus que fort peu d’exceptions.
L’usage s’est généralisé peu à peu de lier le t de l’adverbe fort, par analogie avec trop, tant et les autres; on dit donc aujourd’hui généralement for(t) t habile ou for(t) t aimable, mais jamais le for(t) t et le faible, ni le plus for(t) t en est fait, ni même for(t) t en gueule[925].
On lie aussi le t, bien entendu, dans les formes interrogatives, qui d’ailleurs sont de moins en moins usitées: par(t)-t il? d’où sor(t)-t il? On peut même dire cela ne ser(t) t à rien, pour éviter la cacophonie de rarien, mais jamais qui ser(t) t à table.
Enfin on dit généralement de la mor(t) t aux rats, pour le même motif[926].
C’est à peu près tout. Je ne conseille même pas plus par rappor(t) t à et de par(t) t et d’autre, qui se disent très souvent, que de par(t) t en par(t), qui est devenu fort rare, ou bor(d) t à bord, mor(t) t ou vif, souffrir mor(t) t et passion, à tor(t) t et à travers, qui ne se disent jamais.
On ne dit pas non plus du nor(d) t au midi; mais beaucoup de personnes disent nor(d)-d est et nor(d)-d ouest, sans doute par analogie avec su d-est et su d-ouest. Cette assimilation, d’ailleurs fort ancienne, est extrêmement contestable, car le d de su d se prononce toujours, et celui de nor(d) jamais; aussi le d de su d reste-t-il d dans su d-ouest, fort légitimement; mais à quel titre le d de nord peut-il se prononcer d dans nor(d)-ouest ou nor(d)-est? Sans doute il est possible de traiter le mot composé comme un mot simple, et il est vrai que les marins disent aussi nordet, par analogie avec sudet; mais en revanche ils disent noroit, et même suroit, ce qui est remarquable. Je conclus qu’il vaut mieux prononcer nor(d)-ouest, ce qui entraîne à peu près nécessairement nor(d)-est.
LIAISONS DES SPIRANTES
1º Les chuintantes et les fricatives.
Les chuintantes, n’étant jamais muettes à la fin d’un mot, n’ont pas de liaisons.
Les fricatives n’en ont pas davantage. Pourtant il y a une exception, reste de l’ancienne liaison de l’f avec changement en v[927]. Voici dans quel cas. Nous avons vu que neuf se prononçait neu fermé sans f devant un pluriel, ce qui doit amener régulièrement une liaison si ce pluriel commence par une voyelle. Or, dans cette liaison, l’f devrait se changer en v, comme dans neu v aine et neu v ième. Mais ce phénomène ne se retrouve guère en réalité que dans deux expressions, d’ailleurs extrêmement usitées, et qui pour ce motif se conservent intactes: d’une part, neu(f) v ans, dix-neu(f) v ans, etc., d’autre part, neu(f) v heures. C’est à peu près tout: à peine peut-on dire neu(f) v hommes; en tout cas il est bien difficile aujourd’hui de dire neu(f) v œufs ou neu(f) v enfants; c’est pourquoi, devant la plupart des pluriels commençant par une voyelle, la liaison, si c’est une liaison, se fait généralement par f; plus exactement, on prononce neu f, comme si le mot qui suit n’était pas un pluriel: neu f amis, et même neu f années, à côté de neu(f) v ans[928].
2º Les sifflantes, S, X, Z.
Restent les sifflantes, s et z, et aussi x, partout où il remplace l’s, c’est-à-dire partout où il ne se prononce pas.
Le cas des sifflantes est au moins aussi important que celui des dentales, et demande à être aussi étudié de près.
Là encore il y a beaucoup de liaisons qui, nécessaires en vers, sont facultatives en prose, d’autres qui sont encore obligatoires partout ou interdites partout.
De plus, les principes généraux sont sur beaucoup de points les mêmes que pour les dentales, ce qui nous permettra de passer plus rapidement sur ces points.
J’ajoute que la liaison se fait toujours en s doux ou z: c’est un cas particulier de la prononciation de l’s entre deux voyelles. Le phénomène est si général et si nécessaire, que l’s dur qui sonne à la fin des mots s’adoucit couramment devant une voyelle, quand les mots sont liés par le sens: on dit beaucoup moins fi(ls) s unique que fi(ls) z unique[929].
I. =Les différentes espèces de mots.=--Comme pour le t, les substantifs en principe ne se lient guère qu’en vers ou dans la lecture; je parle bien entendu des substantifs singuliers, le pluriel étant l’objet d’un examen spécial.
Même des expressions aussi courantes que la voix humaine, le temps est beau, ou même un avis important, qu’on peut encore lier si l’on veut, s’emploieront plutôt sans liaison dans la conversation courante[930].
La liaison n’est plus guère nécessaire que dans les expressions toutes faites, comme pa(s) z à pas, au pi(s) z aller, de temp(s) z en temp(s), de temp(s) z à autre, en temp(s) z et lieu, do(s) z à dos, do(s) z au feu et ventre à table, ou encore la pai(x) z et la guerre, pour éviter un hiatus désagréable. En revanche, il y a des substantifs qui n’admettent jamais aucune liaison, comme noix, nez ou riz: ne(z) aquilin, ne(z) au vent, nez à ne(z), ri(z) au lait.
On peut même dire que tous les noms propres sont dans ce cas: c’est à peine si l’on pourrait dire, dans la conversation, Pari(s) z est grand.
· · ·
Les adjectifs se lient aussi dans les mêmes conditions que pour le t, mais il y en a beaucoup moins. On dira donc ba s z étage toujours, ou encore gra s z à lard; mais ba(s) z et profond dans la lecture seulement, ba(s) et profond dans la langue parlée.
· · ·
Il en est de même encore pour les verbes. Dans les formes les plus courantes, la liaison est indispensable, et l’on ne conçoit guère les formes des verbes être et avoir sans liaison. Et pourtant elle est déjà moins indispensable dans l’usage à la suite de nous avons et vous avez qu’avec les monosyllabes du singulier, je suis, tu es, tu as, et aussi nous sommes, vous êtes; elle est même moins indispensable après tu as qu’après tu es[931].
Elle est encore évidemment nécessaire devant y et en toniques: va(s)-z y, alle(z)-z y, et même avec e muet: songe(s)-z y bien, donne(s)-z en[932].
La liaison est un peu moins nécessaire, mais c’est encore la prononciation correcte, comme pour le t, devant y et en atones, et devant un infinitif: je veu(x) z aller, je veu(x) z y aller ou vous aime(z) z à rire; moins encore dans tu va(s) z en Suisse, ou en est préposition. Pourtant beaucoup de personnes diront très naturellement si tu va(s) z à Paris, pour éviter l’hiatus désagréable de deux voyelles identiques, mais ce n’est point indispensable; pas davantage dans je rend(s) à César ou rende(z) à César. On parlera plus loin des formes à e muet suivi d’un s.
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La liaison est encore nécessaire avec les prépositions monosyllabiques, dans, dès, sans, chez, sous, devant leurs régimes[933]: dan(s) z un jour, san(s) z amour, che(z) z elle, sou(s) z un arbre; elle est un peu moins indispensable avec après ou depuis. Elle est réservée à la lecture avec ci-inclus, non compris ou même hormis, tout à fait inusitée avec hors, vers, envers, à travers, dont nous parlerons tout à l’heure.
La liaison doit se faire aussi correctement avec les mots négatifs pas, plus, jamais, si peu qu’ils soient liés au mot suivant: je n’aime pa(s) z à boire, nous n’irons plu(s) z au bois, jamai(s) z on a vu; de même avec les adverbes de quantité plus, moins, très, assez, portant sur le mot qui suit: plu(s) z aimable, moin(s) z il en fait, et même, en vers, asse(z) z et trop longtemps.
Elle se fait naturellement dans des expressions composées, comme de mieu(x) z en mieux, de plu(s) z en plus, de moin(s) z en moins, voire même, si l’on veut, d’ore(s) z et déjà, sans parler de vi(s)-z à-vis.
D’autres adverbes, comme autrefois, parfois, quelquefois, désormais, longtemps, puis, se lient encore très correctement, mais plutôt dans la lecture.
La conjonction mais se lie fort bien aussi, même par-dessus une virgule, car les conjonctions monosyllabiques, à moins qu’on ne veuille produire un effet spécial, ne se séparent guère des mots qui les suivent:
Mai(s), z en disant cela, songez-vous, je vous prie...[934].
II. =Les pluriels.=--Mais le rôle principal de la liaison ici, celui qu’elle paraît devoir jouer pendant longtemps encore, c’est de marquer le pluriel. Sur ce point, elle ne fléchit guère.
C’est pour cela que les articles pluriels, les, des, aux, ainsi que ces, les adjectifs possessifs ou indéfinis, mes, les, ses, nos, vos, leurs, certains, plusieurs, etc., les adjectifs numéraux, deux, trois, six, dix, quatre-vingt, se lient encore sans exception, devant un substantif, bien entendu, même précédé de son adjectif: le(s) z amis, ce(s) z hommes, certain(s) z auteurs, plusieur(s) z autres personnes, deu(x) z aimables personnes, et même deu(x) z ix(x) ou troi(s) z em (m), et aussi, avec double liaison, ce(s) z aimable(s) z enfants.
Ces liaisons sont si nécessaires que le peuple ajoute volontiers quatre à deux, trois, six et dix: le bal des Quat(re) z Arts et même par quatre z officiers.
Que dis-je? L’expression entre quat(re) z yeux a été l’objet de nombreuses discussions, beaucoup de grammairiens, et notamment Littré, l’ayant admise. Et il est certain que entre quatre yeux est difficile à prononcer, mais entre quat’yeux serait encore plus facile que entre quat’zyeux; ce n’est donc pas pour son euphonie que cette expression s’est répandue. En réalité, ce n’est même pas une question de liaison: l’expression vient tout simplement de ce que pour le peuple le mot œil n’a pas d’autre pluriel que zyeux, et non yeux, qu’il ignore[935].
Si ces mots ne sont pas suivis d’un substantif, la liaison ne se fait plus dans la conversation: ainsi plusieur(s) ont prétendu, où plusieurs devient pronom; de même deu(x) et deux quatre, troi(s) et trois six, ceu(x) et celles, toutes liaisons qui se font fort bien dans la lecture. On peut bien lier aussi troi(s) z avril, quoique ce soit tout autre chose que troi(s) z ans; mais ce sera uniquement pour éviter un hiatus désagréable; et l’on dira plus naturellement deu(x) avril, sans liaison.
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Les pronoms personnels nous, vous, ils, elles, et même les, devant les verbes ou devant en et y, sont à peu près dans la même situation que les adjectifs devant les substantifs. Aussi lie-t-on nécessairement: nou(s) z avons dit, je vou(s) z ai vu, elle(s) z ont fait, elle(s) z en ont, elle(s) z y vont, je le(s) z attends.
Mais quand ces mots ne sont pas dans cette position, ils ne se lient plus dans la conversation: pour vou(s) et pour nous, donne-le(s) à mon père; donne-le(s) z à mon père semble tout à fait prétentieux. Eux lui-même ne se lie pas devant le verbe, parce qu’il n’est pas proclitique comme ils: eu(x) ont été à Paris. Toutes ces liaisons se font naturellement dans la lecture.
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Il va sans dire que l’adjectif se lie avec le substantif qui le suit, puisque cette liaison se fait déjà au singulier; mais même les mots qui ne se lient pas au singulier, adjectifs ou substantifs, peuvent se lier au pluriel: grand(s) z et forts, les saint(s) z ont dit, les second(s) z ont fait, et aussi des gen(s) z âgés.
Et ceci pourra servir à l’occasion à marquer une différence de sens, car on distinguera correctement un marchand de drap(s) z anglais, où anglais est l’épithète de draps, et un marchand de drap(s) anglais, où anglais est l’épithète de marchand.
Cette liaison est particulièrement nécessaire dans les mots ou expressions composées qui n’ont pas de singulier comme Cham(ps)-z Élysées ou Éta(ts)-z Unis[936].
Il y a toutefois des mots qui ne pourraient pas supporter la liaison: on a vu des match(s) admirables[937]. Mais la tendance générale est si forte qu’on ajoute parfois l’s doux même à l’s dur: les mœur s z antiques, ce qui mène à mœurse zantiques.
En pareil cas, c’est l’s dur qui doit prévaloir, bien entendu: puisque l’s final sonne partout, il doit sonner devant une voyelle comme devant une consonne. On dira donc de préférence des our(s) s affamés, puisqu’on ne dit plus des our(s), et de même des fil(s) s aimables.
On préfère cependant tou(s) z ensemble, pour éviter la cacophonie de sansan. L’s de tous a d’ailleurs une tendance à s’adoucir devant une voyelle, ne fût-ce que par analogie avec celui de tou(s) atone et proclitique, qui est forcément doux: à tou(s) z égards, ceci étant un cas ordinaire de liaison.
Et voici encore une remarque curieuse. De ce que les substantifs et adjectifs qui ne se lient pas au singulier peuvent se lier au pluriel, il résulte cette conséquence inattendue, que les mots qui ont déjà un s final au singulier, et qui, au singulier, ne se lient pas dans la conversation, peuvent le faire au pluriel: un ca(s) intéressant, des ca(s) z intéressants, un repa(s) excellent, des repa(s) z excellents[938].
On voit même l’s s’intercaler et se lier nécessairement dans genti(ls)z hommes, soit parce qu’il ne fait qu’un mot, soit par analogie avec grand(s) z hommes[939].
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La liaison est également nécessaire quand une des conjonctions et, ou, unit deux substantifs sans article entre eux; et cela non seulement dans les expressions toutes faites qui ont un article en tête, comme les pont(s) z et chaussées, les voie(s) z et moyens, les voie(s) z et communications, mais même entre deux substantifs quelconques sans aucun article, comme vertu(s) z et vices, leçon(s) z ou devoirs, vin(s) z et liqueurs: outre que le lien est ainsi plus étroit, la liaison est nécessaire pour marquer le pluriel en l’absence d’article.
Quand il y a deux articles, la liaison avec la conjonction reste correcte, mais n’est plus nécessaire. On peut donc dire les messieur(s) z et les dames, ou plus simplement les messieur(s) et les dames, tout comme messieur(s) un tel et un tel[940].
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Au contraire, les mots composés ordinaires, j’entends ceux qui ont un singulier[941], sont traités comme les mots simples, et ne peuvent marquer leur pluriel qu’à la fin. Ainsi l’s intérieur du pluriel, quand il y en a un, et même s’il n’y en a pas d’autre, ne s’y prononce jamais, le pluriel se prononçant alors comme le singulier. On dira donc, sans exception, des orang(s)-outangs, des char(s)-à-bancs, et tout aussi bien des ar(cs)-k en-ciel, des cro(cs)-k enjambe, des por(cs)-k épics, des gue(ts)-t apens, des po(ts)-t au-feu, la consonne c ou t de ces mots, qui en fait sert d’initiale à la seconde syllabe, ne permettant pas l’introduction de l’s[942].
On dira même de préférence les du(cs) k et pairs, parce que duc(s) z et pairs ferait supposer qu’il s’agit de deux catégories distinctes. On dira de même sans liaison des moulin(s) à vent, des ciseau(x) à froid, des salle(s) à manger[943]. Dans l’exemple de salle(s) à manger, nous retrouvons encore la question de l’e muet, qu’il faut traiter à part.
III. =L’S après l’E muet.=--En principe, l’e muet a une tendance naturelle à s’élider sans liaison, quand il est suivi d’un s. Il est même assez rare que le peuple fasse la liaison de l’s après un e muet; il va jusqu’à dire elle(s) ont fait ou vous ête(s) un brave homme.
Pourtant l’s du pronom elles ne peut pas correctement ne pas se lier. Il en est de même, nous l’avons dit, des impératifs devant en et y: donne(s)-z en, songe(s)-z y bien; et aussi des formes verbales monosyllabiques si usitées, sommes et êtes: nous somm(es) z amis, vous ête(s) z un brave homme.
Il y a encore deux formes verbales pareilles, dites et faites, qui sont dans le même cas: dite(s) z un mot, vous faite(s) z un beau travail; on est peutêtre un peu moins exigeant pour dites que pour faites, mais ce n’est qu’une nuance[944].
On ne peut pas non plus ne pas lier l’adjectif pluriel placé devant le substantif: jeune(s) z années. On liera même très bien le substantif pluriel avec l’adjectif qui suit: les Inde(s) z occidentales, les Pyrénée(s)-z Orientales, qui sont d’ailleurs un mot composé, les femme(s) z anglaises[945]; et l’on pourra distinguer aussi une fabrique d’arme(s) z anglaises, où l’épithète qualifie armes, et une fabrique d’arme(s) anglaise, où l’épithète qualifie fabrique.
On dira aussi, sans article, homme(s) z et femmes, femme(s) z ou enfants, sage(s) z et fous, et la liaison restera possible avec l’article, sans être nécessaire.
De même, on peut dire à la rigueur deux livre(s) z et demie. Pourtant il n’est guère admis de dire deux heure(s) z et demie: cette prononciation a un air prétentieux, ou témoigne du moins d’une certaine recherche, qui n’est pas exempte d’un pédantisme inconscient, et l’on fera mieux de dire deux heures et demie, comme une heure et demie; quant à dire deux heure(s) z et quart ou deux heure(s) z un quart, je ne crois pas qu’on s’y risque beaucoup, non plus qu’à dire entre onze heure(s) z et midi ou trois heure(s) z après: ce serait presque ridicule, alors qu’on dit correctement trois an(s) z après. On ne dit pas davantage des pompe(s) z à vapeur, sans parler des maître(s) z ès arts, qui est imprononçable.
On dira même moins souvent ou moins facilement dans la conversation: ces homme(s) z ont fait leur devoir que: ces gen(s) z ont fait leur devoir.
On voit que la liaison de la syllabe muette avec s, au pluriel, est plus restreinte dans la langue parlée que celle de la syllabe tonique. Même dans la lecture ou le discours, elle est souvent évitée comme désagréable à l’oreille, et il y a une foule de cas où elle ne peut se faire qu’en vers. Mais là elle est naturellement indispensable, sans quoi les vers seraient faux:
Et fit tourner le sort des Perse(s) z aux Romains[946]. Nos prince(s) z ont-ils eu des soldats plus fidèles?[947].
A vrai dire, les poètes mettent quelquefois le lecteur à de rudes épreuves, jusqu’à Racine lui-même:
Mes promesse(s) z au(x) z un(s) z éblouirent les yeux[948].
Encore peut-on se tirer d’affaire ici par une pause après promesses; mais alors le vers paraît clocher, parce que l’e muet a l’air de s’élider. Ce sont des pauses qu’il faut éviter autant que possible, et l’on n’hésitera pas à dire, par exemple:
Quels reproche(s), z hélas! auriez-vous à vous faire?[949].
car le mot hélas! se lie assez bien à ce qui précède. Il y a d’ailleurs des pauses qui ne sont guère possibles, comme dans
Et le soir on lançait des flèche(s) z au(x) z étoiles,
où la liaison de flèches demande de la délicatesse[950].
Si l’s même du pluriel ne se prononce pas toujours volontiers dans l’usage courant après un e muet, il en est de même à fortiori pour celui de la seconde personne du singulier, à part l’impératif suivi de en ou y. Car on est bien obligé de dire songe(s)-z y ou donne(z)-en, puisque l’s a été mis là exprès pour cela. Ou plutôt l’s a été prononcé là avant qu’on ne l’écrivît; mais on dit de préférence sans liaison: tu aime(s) à rire, tu chante(s) à ravir.
Sans doute, tu chante(s) z à ravir irait encore assez bien en vers; mais que dire de Tu lâche(s) z Oscar, que Victor Hugo a mis dans la Forêt mouillée?
D’autre part, quand Lamartine écrit dans la Mort de Socrate:
Toi qui, m’accompagnant comme un oiseau fidèle, Caresse encor mon front au doux vent de ton aile,
il fait une faute d’orthographe, c’est certain, et il en a fait beaucoup de pareilles; mais peut-être a-t-il mieux aimé la faire que d’écrire Me caresse(s) z encore, qui était facile. On se demande lequel des deux valait le mieux. Tout bien considéré, je crois que les poètes auraient mieux fait d’élider franchement et par principe, malgré l’s, toutes ces secondes personnes de première conjugaison.
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Quant à l’s des noms propres, il est vraiment impossible de le prononcer, même dans la lecture ou le discours; si on ne le prononce pas après une consonne ou une voyelle simple, ce n’est pas pour le prononcer après un e muet: imagine-t-on Versaille(s) z est superbe, George(s) z Ohnet ou Charle(s)-z Albert?
Ces liaisons étaient sans doute possibles autrefois, mais il y a longtemps, et aujourd’hui les poètes eux-mêmes préfèrent supprimer l’s. Voici par exemple deux vers d’Aymerillot, où Victor Hugo avait le choix:
Le bon roi Charle est plein de douleur et d’ennui. Charle, en voyant ces tours, tressaille sur les monts.
Ni bon, ni en n’étaient indispensables; mais dans le premier vers, le poète n’a pas voulu d’une liaison qui contredisait si catégoriquement l’usage universel, et peut-être a-t-il ajouté bon uniquement pour l’éviter; dans le second, il a mieux aimé, ayant le choix, supprimer l’s que de supprimer en[951].
Victor Hugo, Edmond Rostand font généralement de même pour l’adverbe certes. Suivant les besoins du vers, Molière écrit certe ou certes, et grâce ou grâces.
IV. =L’S après un R.=--Enfin, de même que pour le t, il importe particulièrement d’éviter la liaison de l’s précédé d’un r, sauf deux cas: d’une part, dans un mot composé, comme tier(s)-z état, traité comme un mot simple[952]; d’autre part, au pluriel.
Et encore, au pluriel, il faut distinguer.
On dira uniquement plusieur(s) z enfants et diver(s) z auteurs, parce que l’adjectif est devant le substantif, et aussi des jour(s) z heureux, pour éviter une cacophonie. Mais déjà on pourra dire au choix des part(s) z égales, à cause du lien qui existe entre les mots, ou des part(s) égales, comme au singulier; de même des ver(s) z admirables ou des ver(s) admirables.
Et l’on dira plutôt des cor(s) anglais, parce que cor anglais est presque un mot composé, qui se prononce au pluriel comme au singulier; de même, à fortiori, des cuiller(s) à café, des fer(s) à repasser, des ver(s) à soie[953].
Si l’usage a fait prévaloir, du moins parmi les spécialistes, art(s) z et métiers, art(s) z et manufactures, c’est que ce sont là comme des mots composés dont le singulier n’existe pas, ce qui rappelle le cas de Cham(ps)-z Élysées.
On dira encore fort bien: aveugles, sourd(s) z et muets, tous guérissaient, parce qu’il s’agit de catégories différentes, mais on dira les sour(ds) et muets, comme au singulier, et aussi les sour(ds) et les muets, les bavar(ds) aiment à..., ses discour(s) ont quelque chose de...
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Telles sont les distinctions qu’on peut faire au pluriel. Au singulier, c’est plus simple: il n’y a pas de distinctions à faire. On dira uniquement un ver(s) admirable, comme une par(t) égale, et de même à fortiori l’univer(s) est immense, et cela où que ce soit, en vers comme en prose, puisqu’il n’y a pas d’hiatus à éviter, ni de vers qui fussent faux sans cela. La liaison ici est non seulement inutile, puisque l’r se lie naturellement avec la voyelle qui suit, mais de plus prétentieuse, n’étant plus employée nulle part. Il y a beau temps déjà que Legouvé, dans son Art de la lecture, raillait le corp(s) z ensanglanté d’un certain avocat.
On ne fait même pas de liaisons dans des expressions qui pourraient passer pour composées, comme corp(s) et âme ou corp(s) à corps ou prendre le mor(s) aux dents[954].
On n’en fait pas davantage dans les verbes: je par(s) aujourd’hui, tu sor(s) avec moi.
Avec l’adverbe toujours, la liaison, de moins en moins fréquente, est encore admise ou tolérée, même en parlant, sans doute en souvenir du pluriel qui est dans le mot. Mais les prépositions hors, vers, envers, à travers ne doivent pas plus se lier que les autres mots, même dans une expression toute faite, comme enver(s) et contre tous. Il y a peu de liaisons plus désagréables, je dirais presque plus désobligeantes, que celle de ver(s) z elle[955].
Je rappelle, pour terminer, que les liaisons les plus correctes, si elles ne sont pas absolument indispensables, doivent être évitées, même dans la lecture, si elles produisent une cacophonie. Or, c’est avec l’s que le cas se produit le plus facilement. Ainsi tu a(s) z ôté est parfaitement correct: tu le(s) z as est indispensable; mais tu le(s) z a(s) z ôtés est inadmissible; on dira donc tu le(s) a(s) ôtés, la seconde liaison n’étant pas indispensable comme la première.
LIAISONS DES NASALES
En résumé, nous n’avons trouvé jusqu’ici de liaisons importantes et vivantes qu’avec le son du t ou de l’s doux. Il y en a encore une, moins importante, mais très curieuse, c’est celle de l’n dans les finales nasales, l’m ne se liant jamais.
Les finales nasales se liaient autrefois, comme toutes les consonnes, et par suite ne faisaient pas en vers les hiatus qu’elles font aujourd’hui pour nous[956].
Aujourd’hui la liaison des nasales est réduite presque uniquement aux adjectifs placés devant le substantif, cas essentiel, comme on l’a vu, en matière de liaison. Or les adjectifs qui peuvent être à cette place sont en somme assez peu nombreux, surtout en prose.
La plupart des adjectifs qui peuvent se lier sont en =-ain=: cert ain, haut ain, loint ain, hum ain, proch ain, soud ain, souver ain, v ain et vil ain, avec pl ein, anci en et moy en. Mais la liaison offre ici un phénomène très remarquable, car la nasale se décompose, et c’est le son du féminin qu’on entend: certai-n auteur, un vai-n espoir, un vilai-n enfant, en plei-n air, le moye-n âge, un ancie-n ami, et même au prochai-n avertissement; et en vers, ou dans le style oratoire, un certai-n espoir, un soudai-n espoir, ou encore:
Agrippine, Seigneur, se l’était bien promis: Elle a repris sur vous son souverai-n empire[957].
On dit de même un mie-n ami, un sie-n ami, expressions d’ailleurs assez rares[958].
On conçoit que l’existence du féminin a singulièrement facilité, ou peut-être, pour mieux dire, a seule permis cette décomposition. On se rappelle d’ailleurs que la voyelle orale qui correspond phonétiquement au son in n’est pas i, mais bien è, ce qui facilite encore la décomposition: in devient è très naturellement[959].
Il est vrai que quelques personnes lient sans décomposer: plein n air; mais c’est encore une erreur, qui provient uniquement du fétichisme de l’orthographe, et du besoin de prononcer les mots comme ils sont écrits. Ou peut-être est-ce un respect scrupuleux d’anciennes traditions: l’abbé Rousselot a remarqué que cette prononciation se rencontre de préférence dans certains milieux traditionalistes et réactionnaires.
En tout cas, elle est presque aussi surannée que an-née, sol en-nel ou ard em-ment prononcés avec des nasales[960].
Naturellement on dira sans liaison: vain et faux, ancien et démodé, etc., l’adjectif n’étant pas devant un substantif.
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Il y a encore quelques autres adjectifs qui sont dans le même cas que les adjectifs en -ain.
Il n’y en a point en =-an=, et cette finale ne doit jamais se lier.
En =-on=, il y a bon, et le phénomène est exactement le même: un bo-n élève, et non un bon n élève[961]; alors qu’on dit bon à rien, bon à tirer, sans liaison.
L’exemple de bon est suivi par mon, ton, son, qui sont aussi des adjectifs, et sont traités comme si leurs féminins étaient monne, tonne, sonne: mo-n habit, to-n amour, so-n esprit[962].
Le cas des adjectifs en =-in= est plus délicat, car -in fait au féminin -ine, qui ne correspond pas phonétiquement au masculin. Pourtant la grande diffusion des cantiques de Noël a répandu et imposé l’expression divi-n enfant. Par analogie, on dira très correctement divi-n Achille, divi-n Ulysse, divi-n Homère; mais ici la décomposition de la nasale s’impose moins absolument, quoique la liaison soit également indispensable. C’est d’ailleurs le seul adjectif en -in qui puisse se décomposer: malin esprit ou fin esprit se lieront donc au besoin sans décomposition; mais je pense qu’esprit malin et surtout esprit fin vaudraient beaucoup mieux[963].
· · ·
On peut dire de =-un= la même chose que de -in: le féminin ne correspond pas phonétiquement au masculin[964]. Néanmoins l’adjectif un s’est longtemps décomposé comme les autres, et Littré disait encore u-n homme. Cette prononciation a disparu à peu près complètement, à Paris du moins, chez les personnes instruites. Cela tient sans doute à ce que des confusions de genre se sont produites. Par exemple le peuple faisait u-n omnibus du féminin. Dès lors les personnes instruites ont craint peut-être qu’on ne les accusât de faire féminins des noms masculins, et l’usage s’est établi de faire la liaison sans décomposer: un n homme, un n ami, un n un[965].
On dit aussi un n à un, et même, si l’on veut, l’un n et l’autre[966]; mais on dit sans liaison un ou deux, et même un et un font deux, l’un est venu, l’autre est resté; et à ving et un n ans, où ans est multiplié par ving et un, on opposera vingt et un avril, où avril n’est pas multiplié[967].
Aucun a fait exactement comme un, dont il est composé, et conserve aujourd’hui le son nasal en se liant devant un substantif: un n homme, aucun n homme. On dit aussi d’un commun n accord, ou encore chacun n un, qui évite un hiatus désagréable, et même, en géométrie, chacun n à chacun; mais, à part ces expressions, on lie très rarement chacun et quelqu’un, et seulement dans la lecture.
Outre les adjectifs, il y a encore cinq ou six mots invariables qui se lient: les pronoms indéfinis en (pronom ou adverbe), on et rien, l’adverbe bien et la préposition en, parfois même l’adverbe combien. Ces mots-là aussi se lient sans se dénasaliser, tout simplement sans doute parce qu’ils n’ont pas et ne peuvent pas avoir de féminin: ainsi je n’en n ai pas, s’en n aller, on n a dit, je n’ai rien n accepté, rien n à dire, rien n autre, vous êtes bien n aimable, ou bien n à plaindre, bien n entendu, c’est bien n à vous de..., en n Asie, en n argent, en n étourdi, en n aimant; et aussi, mais moins nécessairement, combien n avez-vous de...?[968].
Naturellement, pour que la liaison puisse se faire, il faut que le lien entre les mots soit suffisant, car on dira sans liaison donnez-m’en un peu, parlez-en à votre père, a-t-on été, je n’ai rien aujourd’hui, rien ou peu de chose, nous sommes bien ici, bien et vite, combien y a-t-il d’habitants à Paris? et cela même en vers, au moins dans les premiers exemples.
Mieux encore: il arrive que on est traité comme une sorte de nom propre, et en ce cas il ne se lie pas. Ainsi, à une phrase telle que on n a prétendu que..., il sera répondu, sans liaison: On est un sot, comme on dirait Caton est un grand homme.
CONCLUSION
En somme, et tout bien considéré, on a pu voir que même en prose, même dans la conversation la plus courante, il se fait encore un assez grand nombre de liaisons, dont certaines sont absolument indispensables. Il est même à noter que, pour quelques liaisons qu’on faisait autrefois et que nous ne faisons plus, en revanche la diffusion de l’enseignement a rétabli dans l’usage courant de la conversation beaucoup de liaisons que le XVIIᵉ siècle et le XVIIIᵉ n’y faisaient déjà plus. Au XVIIᵉ siècle, les personnes les plus instruites disaient couramment sans liaison, d’après le témoignage des meilleurs grammairiens, cités par Thurot: vene(z) ici, je sui(s) assez bien, voyon(s) un peu, avez-vou(s) appris, des cruauté(s) inouïes, des tromperie(s) inutiles, et même d’inutile(s) adresses; et encore commen(t) avez-vous dit, i(ls) doive(nt) arriver, nous somme(s) allés; toutes façons de parler qui subsistent plus ou moins dans le langage de la bonne compagnie, celle qui, par tradition, garde, dans la conversation comme dans les manières, cette simplicité qui est une de ses élégances.
Il nous faut répéter, pour conclure, ce que nous avons dit maintes fois dans cet ouvrage: le parler des gens du monde n’est pas celui des professeurs, des acteurs, et, en général, des gens qui font profession de la parole, avocats, hommes politiques, etc.
Molière avait bien remarqué ces nuances, comme il se voit par les recommandations qu’il adresse à l’un des comédiens de l’Impromptu de Versailles: «Vous faites le poète, vous, et vous devez vous remplir de ce personnage, marquer cet air pédant qui se conserve parmi le commerce du beau monde, ce ton de voix sentencieux, et cette exactitude de prononciation qui appuie sur toutes les syllabes, et ne laisse échapper aucune lettre de la plus sévère orthographe.»
Depuis le temps de Molière, et pour diverses raisons, les façons de parler prétentieuses qu’il raillait si bien ont gagné du terrain, et elles ont atteint des classes sociales qui, jusqu’à présent, en étaient exemptes. Mais, aujourd’hui comme autrefois, le dire de l’abbé d’Olivet reste vrai: «La conversation des honnêtes gens est pleine d’hiatus volontaires qui sont tellement autorisés par l’usage que, si l’on parlait autrement, cela serait d’un pédant ou d’un provincial.»
INDEX ALPHABÉTIQUE
DES FINALES
-a, 18.
-ab, -abe, 23.
-able, -âble, 30.
-abre, 32.
-ac, 21, 212.
-ace, -âce, 22.
-ache,-âche, 22.
-acle, -âcle, 30.
-acre, -âcre, 31.
-act, 215.
-ad, -ade, 24.
-adre, 31-32.
-af, -afe, 22.
-afle, 30.
-afre, -âfre, 31.
-ag, 24.
-age, 29.
-agne, 26.
-agre, 31.
-ague, 24.
-ah, 19.
-ai, 79.
-aï, 119.
-aid, 81, 229.
-aide, 83.
-aie, 56, 81.
-aigne, 83.
-ail, 26, 259.
-aile, 83.
-aille, 26, 28, 264.
-ailler, -ailleur, etc., 35-36.
-aime, 83-84.
-ain, 344.
-ainc, 213.
-aine, 84.
-aing, 236-37.
-ains, 308.
-air, -aire, 84, 292.
-airie, 85.
-ais, 81, 302.
-aise, 84.
-aisse, 83.
-ait, 81, 327.
-aite, 82.
-aître, 85.
-aix, 344.
-ak, 45.
-al, 24, 258.
-ale, -âle, -alle, 24.
-am, 24, 129-131, 274.
-ame, -âme, -amme, 24.
-amment, 276.
-an, 25, 134.
-anc, 213.
-and, 135, 228.
-ane, -âne, -anne, 25-26.
-ang, 236-238.
-ans, 303-309.
-ant, 135, 228, 329.
-ap, 21, 284.
-ape, -âpe, -appe, 21.
-aphe, 22.
-aple, 31.
-apre, -âpre, 31.
-aque, -âque, 21.
-ar, 28, 292.
-ard, 28, 228.
-are, -arre, 28, 29.
-archat, 222.
-archie, 224.
-aron, -arron, 36.
-art, 28, 330.
-as, 19-20, 23, 300-301.
-ase, 29.
-aser, -asif, etc., 34, 36.
-asme, 275, 315.
-ass, -asse, -âsse, 22.
-asser, 34.
-assion, 38.
-at, 19, 45, 325.
-ate, -âte, -atte, 19, 45.
-ateur, -ation, -atif, 38.
-atre, -âtre, 31.
-atrice, -ature, 38.
-au, 113, 116.
-aube, -auce, etc., 114.
-aud, 113, 229.
-aude, -auffe, etc., 114.
-auld, 229, 261.
-ault, 268, 328.
-aur, -aure, 114-15.
-aut, -aute, 113-14, 328.
-auté, 115.
-aux, 344.
-ave, 29.
-avre, 32.
-ay, 80.
-aye, 28, 83, 191.
-ayer, 163, 191, 193.
-az, -aze, 29, 350-51.
-berg, 67, 236, 238.
-bourg, -burg, 236, 238.
-burn, -burns, -bury, 126.
-chée, -chéen, 223.
-cher, 293-94.
-chi, 226.
-chin, 224.
-chine, -chique, -chisme, -chiste, 225.
-chite, 225.
-cueil, 93, 259.
-é, 52.
-e latin ou étranger, 52, 75-76.
-è, 54.
-eb, -èbe, 61.
-èble, -èbre, 68.
-ec, -ecq, -ecque, 57, 212.
-èce, 59-60.
-èche, -êche, 59.
-ècle, -ècre, 68.
-ect, 215-16.
-ed, -ède, 61.
-èdre, 68.
-ée, -ées, 56.
-éen, 137.
-ef, -effe, 59, 231.
-èfle, -effre, 68.
-eg, 61.
-ège, 65.
-ègle, 68.
-ègne, 64.
-ègre, 68.
-ègue, 61.
-eiche, -eige, etc., 82-85.
-eil, 65, 259.
-eille, 65, 83, 264.
-é-je, 65.
-el, 61, 258.
-èle, -ête, -elle, 61.
-elier, -elions, -eliez, 166.
-em, 62, 129, 131, 274.
-emble, -embre, 140.
-ème, -ême, -emme, 62-63.
-emment, 74, 131, 276.
-empe, -emple, 140.
-en, 64, 136-38, 279.
-enc, 140.
-ence, 140.
-end, 138.
-ende, -endre, 140.
-ène, -êne, -enne, 61.
-eng, 140, 237-38.
-ennal, -ennat, etc., 281.
-enné, -ennant, etc., 281.
-ens, 139-140, 308-309.
-ense, 140.
-ent, 138, 161, 329.
-ente, 140.
-entiel, -ention, 141.
-ep, -èpe, -êpe, -eppe, 57-58.
-eph, -èphe, 59.
-èpre, -êpre, 68.
-eps, 309-10.
-èque, -êque, 57.
-er, 53-54, 66-67, 292 sqq.
-erd, 228.
-ère, -erre, 66.
-èrement, 73.
-ers, 295, 310.
-ès, 55, 60, 301-302.
-esce, 59.
-èse, 68.
-esle, -esme, -esne, etc., 313.
-esse, 59-60.
-essible, -essif, etc., 323.
-et, 55, 58, 326-27.
-êt, 55.
-ète, -ête, -ette, 58.
-ètre, -être, -ettre, 69.
-etti, -etto, etc., 340.
-eu, -eue, 90.
-euble, 93.
-eude, 92.
-euf, 91, 93, 231.
-euil, 93, 259.
-euille, 93, 264.
-eul, 93, 258.
-eule, 92, 93.
-eumatique, 96.
-eume, 92.
-eune, -eûne, 92, 93.
-euple, 93.
-eur, 93-94, 292.
-eure, -eurre, 93-94.
-eurer, 96.
-eus, 92, 304.
-euse, 91.
-eusement, 95.
-eut, 91.
-eute, -eutre, 92.
-eutique, 96.
-euve, -euvre, 94.
-eux, 90, 91, 344.
-ève, êve, 67.
-èvre, 69-70.
-ey, 345.
-ey, 80.
-eyer, 163, 193.
-ez, 53, 68, 350-51.
-èze, 68.
-field, 78, 229.
-ford, 228.
-ger, 293-94.
-gua, 241.
-guë, 244.
-gueil, 93, 259.
-guier, -guière, 243.
-i, -ie, 117, 118.
-ibe, 118.
-ic, 118, 212.
-ict, 217.
-iez, 220, 352.
-ide, 118.
-ien, 136-37.
-iens, 308.
-ient, 138.
-ier, -iers, 53, 268, 293, 295.
-if, 118, 231.
-ig, igue, 118, 238, 241.
-iions, -iiez, 119, 189, 190.
-il, 259-60.
-ille, 265-67.
-illa, 268.
-illade, -illage, etc., 267, 270.
-im, -ime, 118, 274.
-in, 145, 279.
-inck, 146.
-inct, 217.
-ing, 120, 145-46, 237-38.
-ins, 309.
-ions, -iez, 268.
-ip, -ique, 118.
-ir, -ire, 118, 292.
-is, 117, 302-303
-ise, isse, 118.
-iser, 119.
-isme, 275, 315.
-issible, -issime, etc., 323.
-iste, 333.
-it, -ite, 117-18, 327-28.
-itz, 351.
-ix, 117, 344-46.
-iz, 350-51.
-land, 135, 228.
-lier, 262.
-machie, 224.
-man, -mann, 131, 279.
-mesnil, 313.
-o, 98.
-ob, -obe, 104.
-oble, obre, 108.
-oc, 100, 102, 212.
-oce, -oche, 102.
-ocle, -ocre, 108.
-od, 100, 229.
-ode, 104.
-oë anglais, 53.
-of, -ofe, 102.
-ofle, -ofre, 108.
-oge, -ogue, 104.
-ogre, 108.
-ogue, 104.
-oi, oie, 46.
-oï, 119.
-oide, -oif, -oile, etc., 47-48.
-oing, 236-37.
-oir, oire, 47, 292.
-ois, 46, 301.
-oit, oite, 40-47, 325-26.
-oix, 47, 344.
-ol, -ole, -olle, 104.
-ome, -omme, 104-6.
-ompt, 329.
-on, 148, 388.
-onc , 213.
-ond, 288.
-one, -onne, 106.
-ong, 236-38.
-onner, -onnaire, etc., 281.
-ons, 302.
-ont, 325.
-op, -ope, 100, 102.
-ophe, 102.
-ople, -opre, 108.
-ops, 309-10.
-ogue, 102.
-or, 108, 292.
-ord, 108, 228.
-ore, -orre, 108.
-orer, 111.
-ors, 108.
-ort, 108, 330.
-os, 98, 102, 304.
-ose, 101.
-oser, -oisif, -osion, 110.
-osité, -osition, 110.
-osse, 102.
-ost, 331.
-ot, 98-99, 327-28.
-ote, -otte, 102.
-oter, -otif, 111.
-otion, 110.
-otre, 108.
-ou, 121.
-oud, 121, 228.
-ouil, 259.
-ouille, 122, 264.
-ouiller, 122.
-oul, 258-59.
-ould, 229, 261.
-oult, 261, 328.
-oup, 284.
-our, -oure, 121, 292.
-ourd, 228.
-ourer, 122.
-ous, 121, 304-5.
-ouser, 122.
-out, 121, 328-29.
-oux, 344.
-ove, 104.
-ow, 341, 343.
-own, -owski, 343.
-oyau, 191.
-oyer, 163, 193-94.
-oz, 107, 351.
-put, 329.
-quin, -quine, 289.
-schi, 226.
-seur, -sion, -soir(e), 321.
-son anglais, 148.
-spect, 216, 330, 361-62.
-stadt, 325.
-tiaire, -tial, 333.
-tie, 333, 335, 337.
-tié, 334, 336.
-tiel et dér., 333.
-tième, 336.
-tien, -tienne, 333, 337.
-tier, tière, 336.
-tieux et dér., 333.
-tion et dér., 187, 333, 335.
-ton anglais, 148.
-u, ude, etc., 121-22
-ueil, 93.
-uite, 242.
-um, 123, 125.
-un, 149, 389.
-ur, -ure, 121, 292.
-urer, -urie, 122.
-us, 305-307.
-user, 122.
-ut, 329.
-ux, 344.
-uyer, 193.
-uz, 351.
-ville, 266-67.
-viller, villier, 270, 291.
-yen, 137.
INDEX ALPHABÉTIQUE
DES PRINCIPAUX MOTS ET NOMS PROPRES
N. B. Cet index eût été plus que doublé, si on y avait introduit tous les mots du texte et tous les noms propres. Mais c’eût été parfaitement inutile. D’abord une foule de mots sont cités comme exemples de prononciation normale pour les finales principales, et pour ceux-là l’index qui précède doit évidemment suffire. On peut même dire que cet index, qui est très étendu, en y joignant la Table des matières qui est fort développée, suffirait aisément pour trouver n’importe quel mot. On n’a pas voulu cependant refuser au lecteur un index alphabétique, qui dans certains cas peut être commode; mais on n’y a mis que l’utile, c’est-à-dire les mots sur la prononciation desquels on peut hésiter, ceux qui sont cités plus d’une fois, ceux qui sont l’objet de remarques spéciales, enfin tous ceux qui ont quelques chances d’y être cherchés. Par exemple certains mots techniques et rares ne sont employés que par les spécialistes, qui connaissent leur prononciation: à quoi bon en encombrer un index où personne ne les cherchera? D’autre part beaucoup de noms propres sont insérés dans des listes plus ou moins longues, où on les trouvera aussi facilement ou aussi rapidement avec la Table des matières qu’à l’aide d’un index alphabétique. A quoi bon répéter par exemple au W les listes qui sont déjà au chapitre du W? De même pour beaucoup de mots étrangers. Il suffit que le lecteur soit bien averti qu’un mot qui est absent de la liste n’est pas pour ce motif absent du livre. J’ajoute que les abréviations imprimées en italique représentent plusieurs mots qui sont dans la même page, ou même des séries nombreuses, comme les finales.
A
Abatucci, 125, 220.
abbaye, 190.
abject, 215, 330.
ab ovo, 111.
Abraham, 25, 129, 130.
abricotier, 111.
abrupt, 331.
Abruzzes, 351.
abs-, 202, 315.
accessit, 328.
accroc, 100, 212.
accueil, 93.
Achéron, 224.
achète, 222.
Achille, 225, 267.
achillée, -éide, 225-26, 270.
Achmet, 226.
aconit, 327.
acrimonie, 33.
Adam, 37, 129-30.
adéquat, 291, 325.
adosser, 110.
ad patres, 38.
adventice, 141, 142.
adventif, 141.
affairé, 85.
affres, 31, 32.
Agen, 138.
Agenais, 165.
agneau, 87.
Agnès, agnus, 245.
aigu, 85.
aigu-, 242-44.
aimer, 85.
Aïnos, 304.
ains, 308.
aisé, 85.
Aix, 344.
Ajaccio, 219, 255.
Alais, 302.
albatros, 102, 304.
albinos, 102, 304.
alcarazas, 300.
alcool, 104.
Alexis, 303.
Alger, 294.
Algésiras, 319.
alguazil, 36, 243, 260.
aliquante, 291.
Allah, 19.
alleluia, 193.
all right, 120.
almanach, 221.
Almeida, 88.
alors, 310.
aloyau, 190.
alphabet, 326.
Alsace, 315.
altier, 293.
amarrer, 34.
ambesas, 300.
amer, 294.
amict, 217, 330.
Amiens, 139, 309.
amitié, 334, 336.
Anchise, 226.
ancillaire, 270.
Angers, 295.
Angra-Pequeña, 280, 289.
anguille, 242, 265.
anis, 37.
ann-, 281.
Anne, 26.
année, 131, 281.
Annunzio, 149, 282.
anspect, 216.
antechrist, 331.
anti- devant voy., 383.
anti- devant s et voy., 317.
antienne, 337.
anus, 38.
Anvers, 310.
aoriste, Aoste, 41.
août, 39-40, 329.
aoûter, aoûteron, 40-41.
api, 37.
aplomb, 210.
app-, 286.
appendice, -icite, 142, 286.
appétit, 165.
appogiature, 246.
a priori, 38.
aqua-, 291.
aqueduc, 165.
aquilin, aquilon, 289.
arachide, 225.
araignée, 87.
arc-boutant, etc., 214.
archal, 222.
arché-, 223.
archi-, 225.
arctique, 217.
Arcueil, 93.
Argens, 139, 309.
Argueil, 93.
arguer, 241.
Arguin, 146, 243.
argutie, 337.
aristo, 100.
Arkansas, 319.
arr-, 297.
Arras, 301.
arriéré, 73.
arroser, 110.
arrow-root, 113, 343.
Ars-, 315.
arsenic, 213.
arts et métiers, 384.
Aruns, 149, 309.
as, 300.
aseptique, 317.
Asnières, 33.
aspect, 216.
ass-, 322.
Assas (d’), 301.
assez, 53, 350.
assied, assieds, 52, 228.
asthme, -atique, 315, 332.
asym-, 317.
atlas, 23, 300.
att-, 339.
atterrir, 73.
au- initial, 115-116.
Aubenas, 301.
Auch, 114, 221.
Auerstædt, 57, 61, 78.
Augsbourg, 244.
aujourd’hui, 116.
aulne, Auln-, 261-62.
Aunis, 303.
Aureng-Zeyb, 88, 238.
aurochs, 309.
Austerlitz, 351.
auto, 100.
automne, -al, 275.
autrui, 197.
Auxerre, -ois, 347.
Auxonne, 347.
avant-hier, 366.
avec, 213.
aveline, 37.
aveugle, 92, 93.
avril, 261.
Ay, 191.
ayant, 189.
aye, ayent, 163, 194.
Ayen, 191.
azimut, 329.
B
Baal, 24.
babil, 261.
baby, 43, 121.
Bacciochi, 220, 226.
Bacchus, 37.
bacille, 266.
Bædeker, 68, 78.
Bagration, 339.
Baïes, 28.
bairam, 88.
Balaam, 25.
balaye, 193.
balbutier, 336.
balsamique, 315.
Banyuls, 125, 310.
banzaï, 119.
bapt-, 285.
bardit, 327.
bar-maid, 88.
baroque, 37.
barricade, 34.
basa-, 36.
bascule, 38.
Basile, 36.
basileus, 72, 304, 318.
basilique, basoche, 36.
basquine, 289.
basset, bassesse, basson, 35.
bastonnade, 38.
Bataves, 37.
bay-, Bay-, 191.
Baylen, 88.
Bayreuth, 88, 92.
baz-, Baz-, 36.
Béarn, 280.
beaucoup, 284, 360.
Beauvaisis, 303.
Bebel, 76.
bec-, 212.
beefsteack, 43, 313.
Beethoven, 78.
béguin, béguine, 243.
Belfort, 262.
Belsunce, 149, 315.
Belzébuth, 332.
Ben-, 144.
bengali, 143.
Benjamin, 143.
benjoin, 143.
Benserade, 143.
Bentivoglio, 144, 246, 280.
benzine, 144.
Berlioz, 107.
Bernoulli, 269.
Besenval, 141.
besicles, 170.
besson, 171.
bêta, 18.
bêtise, 72.
Beu-, 96.
beugle, 92.
Beyrouth, 88.
bief, biez, 231, 350.
bien, 136, 390.
bigarré, -reau, 34, 37.
bill, 264.
billebaude, -vesée, 267.
Billom, 130.
bis, 303.
Biscaye, 28, 191.
blason, 36.
Blaye, 28, 191.
bleuet, bluet, 94.
blockhaus, 116, 304.
Blücher, 224, 295.
bluff, bluffer, 126.
boa, 112.
bobo, 111.
Bœcklin, 77, 146.
Boerhaave, 39, 78.
Boers, 66, 78.
bœuf, 91, 93, 231-32.
Bohême, 199.
Boilly, 269.
Bois-, 312.
bonneterie, 173.
book, 112.
bookmaker, 42-43.
Boson, 110.
Boullongne, 282.
bourg, Bourg, 236, 363.
bourgmestre, 236.
Bourgueil, 93.
bow-window, 343.
boy, 50.
boyard, 191.
boycotter, 50.
brahme, 25.
Bramante, 52.
brame, 25.
brasero, 76, 318.
brayette, 191.
bréchet, 170.
Bretagne, 87.
breuvage, 93.
breveté, 170, 173.
bric (de) et de broc, 212.
briqueterie, 173.
broc, 100, 212.
Broglie, 246.
bronch-, 222.
Brongniart, 232.
Brooklyn, 113, 146.
browning, 145, 238, 343.
Brown-Sequard, 291, 343.
bruire, bruit, etc., 197.
Brunswick, 149.
brut, 329.
Bruxelles, 347.
bruyant, 190, 192.
bruyère, 192.
Buch, 221.
budget, 126.
Buona-, 125.
Bueil, 53.
Buenos-Ayres, 60, 84, 88.
buffleterie, 172.
bulbul, 124.
bull, John Bull, 125.
burg, 124.
but, 329.
Buzenval, 143.
Byron, 121, 148.