C
1º Le C final.
Le =c= est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui normalement à la fin des mots:
I. Après une voyelle orale, d’abord, le c final sonne généralement: cogna c, ba c, la c, sa c, be c, se c, ave c, trafi c, publi c, cho c, blo c, ro c, bou c, du c, cadu c, su c, etc.[513].
La plupart de ces mots sont d’ailleurs des mots plus ou moins techniques ou étrangers, des substantifs verbaux, des adverbes, ou des mots où le c a reparu après éclipse, par analogie avec le plus grand nombre[514].
Contrairement à la majorité des mots, mais conformément à la règle des consonnes finales, le c est devenu ou resté muet dans un certain nombre de mots suffisamment populaires: dans estoma(c) et taba(c), et dans cotigna(c), moins usité, où il tend à se rétablir[515]; dans cri(c), machine; dans bro(c), cro(c), accro(c), raccro(c) et escro(c); dans caoutchou(c)[516].
Pendant longtemps la prononciation familière a volontiers omis le c d’ave c devant une consonne: ave(c) moi, ave(c) lui: cette prononciation est aujourd’hui dialectale, et on la tourne même en ridicule.
Le c d’arseni c, qui s’était amui, s’est aussi généralement rétabli[517].
Au pluriel, le c sonne aussi bien qu’au singulier, les deux nombres ayant pris peu à peu avec les siècles une prononciation identique[518]. Même dans le pluriel éche c s, qui s’est longtemps écrit échets, au sens de jeu, la suppression du c est tout à fait surannée, le pluriel s’étant à la fin, là aussi, assimilé au singulier.
Toutefois le c ne sonne pas devant l’s dans la(cs) et entrela(cs).
Le k ou le q joints au c final n’y ajoutent rien: colba c(k), bifte c(k), sti c(k), bo c(k), etc.[519].
II. Après une voyelle nasale, le c final est resté muet: ban(c), blan(c), flan(c) et fran(c), vain(c) et convain(c), jon(c), ajon(c) et tron(c)[520].
Le cas de donc est particulier. En principe, le c n’y sonne pas non plus. Toutefois, si le mot est en tête d’un membre de phrase, pour annoncer une conclusion (je pense, don c je suis), et, d’une façon générale, si l’on veut souligner le mot pour une raison quelconque, on prononce le c (ainsi que dans adon c et on c). En dehors de ces cas, on l’articule rarement, même quand il termine la phrase: laissez don(c). Surtout on ne l’articule pas devant une consonne: vous êtes don(c) bien riche? Devant une voyelle, il est encore correct ou élégant de le lier: où êtes-vous don c allé? Mais cela même n’est pas indispensable.
Le c de zin c, se prononce toujours, mais il sonne comme un g. On n’a jamais su pourquoi; car autrefois, c’était le g final qui s’assourdissait en c, comme toutes les sonores finales; or, c’est justement le contraire qui se fait ici. Mais c’est un fait contre lequel les efforts des grammairiens n’ont pu prévaloir[521].
III. Après une consonne articulée, le c final sonne généralement: tal c, ar c, tur c, fis c, mus c[522]. Il sonne même aujourd’hui dans les composés ar c-bouter et ar c-boutant ou ar c-doubleau, quoi qu’en disent les Dictionnaires, qui retardent sur ce point: telle est du moins la prononciation des architectes. Il faut seulement éviter ar que-boutant.
Toutefois, il ne se prononce pas encore dans mar(c), résidu: eau-de-vie de mar(c); ni dans mar(c), poids: au mar(c) le franc[523].
Le c ne sonne pas davantage dans cler(c)[524].
De plus, le c de por c, qui ne sonnait plus nulle part depuis longtemps, ne sonne toujours pas à la cuisine ou chez le charcutier: on n’y achète pas du por c frais, mais du por(c) frais, du por(c) salé, etc. Si au contraire on veut désigner l’animal lui-même, on rétablit volontiers le c, même au pluriel: un troupeau de por(cs) ou de por c(s), mais surtout au singulier: un por c, et plus encore si l’on prend le mot au figuré dans un sens injurieux. Le c sonne également dans le composé por c-épic.
2º Les mots en-CT.
Les mots en =-ct= demandent un examen particulier, car leur histoire est complexe et n’est pas terminée.
1º Dans ta ct, inta ct, conta ct, et dans compa ct, il semble que ct s’est toujours prononcé. Exact, plus populaire, a tendu à perdre le c ou le t, ou les deux; et si l’on ne prononce plus exa c(t) ni exa(c)t, on entend encore exa(ct); pourtant exa ct a fini par l’emporter, et sans doute on ne reviendra pas en arrière[525].
2º Parmi les mots en =-ect=, les mots dire ct et indire ct, corre ct et incorre ct ne paraissent pas avoir jamais perdu leurs consonnes finales, non plus que le mot savant intelle ct, sans parler de l’anglais sele ct. Il n’en est pas de même des autres.
Abje ct et infe ct ont flotté longtemps, avec préférence pour le son è, avant de reprendre définitivement ct[526].
Restent les mots en =-spect=: aspect, respect, suspect, circonspect. Ils ont longtemps flotté aussi entre trois ou quatre prononciations, et La Fontaine, pour rimer avec bec, n’hésite pas à écrire respec et circonspec[527]. La prononciation par t seul a complètement disparu, mais les prononciations par c ou ct ont encore l’espoir de vaincre. La seconde, par ct, admissible peut-être pour suspe ct, est certainement la plus mauvaise pour aspe(ct) et respe(ct); l’autre, par c seul, est admissible en liaison, et même tout à fait générale dans respec(t) humain; mais, en dehors de la liaison, je crois qu’on peut encore provisoirement la condamner, et s’en tenir à respe(ct), aussi bien qu’à aspe(ct), circonspe(ct), et même suspe(ct)[528].
En revanche, le c et le t se prononcent également dans suspe ct e et circonspe ct e: sur ce point, il n’y a pas de discussion.
Il ne faut pas assimiler aux autres mots en -spect le mot technique anspe c(t), terme de marine, qui n’a pris un t dans l’orthographe que par une fausse analogie avec les autres: c’est le seul mot où le c doive toujours se prononcer, et toujours seul.
3º Parmi les mots en =-ict=, le c et le t se prononcent encore dans stri ct et distri ct, et naturellement dans l’anglais verdi ct et convi ct, mais non dans ami(ct), terme de liturgie, qui n’est guère employé que par des gens du métier, ce qui est une garantie contre l’altération.
4º Les mots en =-inct= ont flotté longtemps, comme les mots en -ect, avant de perdre leurs consonnes finales. Mais distin ct et succin ct les ont reprises au cours du dernier siècle, et sans doute ne les perdront plus: succin(ct), et par suite succin te, sont surannés. Au contraire, instin(ct) résiste fort bien sans c ni t, et l’on doit encore condamner instin c(t)[529].
3º Le C intérieur.
Dans le corps des mots, le =c= n’a le son guttural que devant =a=, =o=, =u=, et devant une consonne: c alibre, dé c oller, re c uler, a c tion, instin c tif, et même ar c tique, où le c amui s’est rétabli; il a le son sifflant devant e et i: c e c i, dé c ence, c ygne, lar c in[530].
On donne au =c= le son sifflant devant =a=, =o=, =u=, au moyen d’une cédille; mais aucun artifice ne lui donne le son guttural devant =e= et =i=, sauf le changement de eu en œu, dans c œur (c’est-à-dire l’addition ou le maintien d’un o), et d’autre part l’addition ou le maintien d’un u dans le groupe cueil (keuil): cu eillir, ac cu eillir, etc.[531]. Partout ailleurs le c est remplacé dans ce rôle par qu dans les mots français, par k ou ck dans les mots étrangers, comme jo ck ey[532].
Devant une consonne, le =c= intérieur sonne aujourd’hui partout, même après une nasale, comme dans san c tuaire, san c tion ou san c tifier[533].
Le =c= ne prend pas le son du =g= seulement dans zin c; il le prend aussi dans se c ond et tous ses dérivés (même dans le latin se c undo), qui devraient s’écrire avec un g, comme on le fait en d’autres langues[534].
Le c a eu longtemps aussi le son du g dans reine-C laude[535]; mais il a peu à peu repris le son de la forte sous l’influence de l’écriture, et le son du g y devient aujourd’hui populaire ou dialectal.
Ajoutons pour terminer qu’un grave défaut à éviter dans la prononciation du c consiste à mouiller le c initial, par exemple dans cœur, qu’on entend quelquefois sonner presque comme kyeur.
· · ·
Le =c= double se prononce comme un c simple devant =a=, =o=, =u=, et devant =l= ou =r=, dans les mots d’usage courant: a(c)c abler, a(c)c aparer, ba(c)c alauréat, a(c)c limater, a(c)c réditer, a(c)c roc, e(c)c lésiastique, o(c)c asion, su(c)c omber, etc.; les deux c peuvent se prononcer dans e c-c hymose, o c-c lusion et o c-c ulte, et, si l’on veut, ba c-c hante, humeurs pe c-c antes, impe c-c able, pe cc adille et pe c-c avi; encore n’est-ce pas indispensable, sauf dans le latin pe c-c avi[536].
Devant =e= et =i=, ils se prononcent toujours tous les deux, le premier guttural, le second sifflant: a c-c ident, vac-c in, a c-c ès[537]; au contraire sc se réduit ordinairement à un s ou un c seul: ob(s)cène, s(c)ie[538].
Devant les mêmes voyelles e et i, quand le c est suivi de qu, on ne prononce qu’une gutturale: a(c)quitter, a(c)quérir, à fortiori be(c)queter ou gre(c)que[539].
· · ·
Devant =e= et =i= toujours, le =c= italien reste sifflant, si le mot est suffisamment francisé, comme dans gra c ioso, con c etti, ac-c elerando (trop voisin d’ac-c élérer pour se prononcer autrement) et quattro c entiste[540]. Autrement, et surtout quand il est double, il se prononce tch: dol c e, sotto vo c e, a pia c ere, furia fran c ese, fanto cc ini[541]. Pour sc, le son de ch suffit, sans t: cre sc endo (chèn), la sc iate ogni speranza.
Czar se prononce gsar plutôt que c s ar; mais c’est là une mauvaise graphie, due sans doute à la fausse étymologie cæsar; ce mot, qui en polonais s’écrie car, doit se transcrire et se prononcer tsar[542].
CH
Le son normal de =ch= en français n’a guère de rapport avec le son du c, qui est le son de ch en latin; mais, étant donné l’ordre suivi dans ce chapitre, sa place normale est pratiquement ici. D’ailleurs ch prend souvent le son du c, même en français.
1º Le CH final.
A la fin des mots, ch appartient presque uniquement à des mots étrangers, et garde presque partout le son du c guttural: krac(h), varec(h) et loc(h), et aussi yac(ht)[543].
Il garde pourtant le son chuintant du français dans mat ch et tzaréwit ch, dans chaou ch, tarbou ch et farou ch, dans lun ch et pun ch francisés[544].
Ch est muet dans almana(ch), où la réaction orthographique n’a pas encore réussi à le rétablir, le mot étant trop populaire, et connu par l’oreille encore plus que par l’œil, comme estoma(c) et taba(c)[545].
2º Le CH intérieur.
Dans le corps ou en tête des mots proprement français, ch a naturellement le son chuintant devant une voyelle; chuintante forte, bien entendu, et non chuintante douce: il faut se garder de prononcer ajète pour achète, comme il arrive trop souvent à Paris[546].
Toutefois, dans un très grand nombre de mots plus ou moins savants, et notamment des mots tirés du grec, ch a gardé, parfois même il a repris, après l’avoir perdu, le son que nous lui donnons en latin, c’est-à-dire celui du c guttural.
I. =Devant a, o, u.=--Devant les voyelles =a=, =o=, =u=, le phénomène ne souffrait pas de difficultés, parce que l’oreille était accoutumée au son guttural du c devant ces voyelles. Par suite:
1º On prononce ca (ou can) dans gutta-per c(h)a et les mots en -archat, dans c(h)aos, c(h)alcédoine, c(h)alcographie, bacc(h)anale et bacc(h)ante, dans arc(h)ange, arc(h)aïque, troc(h)anter, euc(h)aristie, sacc(h)arifère; mais non dans fil d’ar ch al, qui est français et très ancien[547].
2º On prononce co dans éc(h)o; dans tous les mots commençant par chol- et chor-, comme c(h)oléra, c(h)orus, c(h)oral, etc., avec c(h)œur, et leurs dérivés ou composés, comme anac(h)orète; dans psyc(h)ologie[548], calc(h)ographie, inc(h)oatif, batrac(h)omyomachie, dic(h)otomie, bronc(h)opneumonie ou bronc(h)otomie (malgré bron ch e et bron ch ite), dans arc(h)onte et péric(h)ondre et quelques autres mots moins répandus; mais non dans maille ch ort (tiré des noms propres français Maillot et Chorier), ni dans vit ch oura, où tch représente le polonais cz[549].
3º On prononce =cu= dans catéc(h)umène ou isc(h)urie[550].
II. =Devant e et i.=--Devant =e= et surtout devant =i=, le phénomène est moins régulier, parce que l’oreille n’était pas habituée jadis chez nous au son guttural devant ces voyelles, et que même le ch grec, ou le ch latin venu du grec, s’y prononçait, au XVIᵉ siècle, comme le ch français. Aussi la francisation du ch en son chuintant était-elle générale autrefois devant e et i.
Toutefois beaucoup de mots, même francisés complètement, ont pris depuis le son guttural, comme les mots grecs ou latins correspondants, non sans beaucoup de fluctuations et d’incertitude.
1º Devant un e muet, le son chuintant s’est maintenu partout, dans ar ch evêque, bron ch es ou aristolo ch e, comme dans mar ch epied, bron ch er ou brio ch e. Il en est de même dans la finale =-chée=: tra ch ée, ar ch ée, tro ch ée, aussi bien que bou ch ée ou ni ch ée[551].
Mais on prononce aujourd’hui =ké= dans a ch éen, mani ch éen ou euty ch éen[552]; dans ar ch éologie et ar ch étype; dans ch eiroptères (keye), ch élidoine, ch élonien, ch énisque et ch énopode; dans li ch en, épi ch érème, or ch estre et ch étodon; dans tres ch eur ou tré ch eur et dans tra ch éotomie (malgré tra ch ée). En revanche, on chuinte dans ca ch exie et ca ch ectique, aussi bien que dans ch érif et ch érubin[553].
2º C’est surtout pour le groupe =chi= que la question est délicate, car cette syllabe est beaucoup plus fréquente que la syllabe =che=, et il n’est pas toujours facile d’indiquer l’usage le plus répandu.
En général, les mots savants d’usage ancien ont gardé le son chuintant: non seulement ch imie, ch imère ou ch irurgie (et très souvent ch iromancie), mais tous les mots en -archie ou -machie, avec entélé ch ie et bran ch ie[554]; de même tous les mots en -chin et -chine, en -chique, -chisme et -chiste: c’est ainsi que Bacc(h)us ou psyc(h)ologie, qui ont le son guttural, n’empêchent nullement ba ch ique ou psy ch ique de chuinter[555].
En tête des mots, le préfixe archi- fait de même partout. Seul le mot ar ch iépiscopal, étant plus récent, s’est prononcé arki, au moins depuis Ménage, et les dictionnaires continuent à l’excepter; mais il a fini par suivre l’analogie des autres, au moins dans l’usage le plus ordinaire, et c’est bien à tort que beaucoup de personnes se croient encore obligées de suivre les dictionnaires[556].
On chuinte encore dans ra ch is (d’où ra ch itique) et ara ch ide, dans kami ch i, let ch i et mamamou ch i, dans ch ibouque et ba ch i-bouzouck, dans ch impanzé, enfin devant y grec, dans ch yle, ch yme et ses composés et dia ch ylon[557].
En revanche, on prononce aujourd’hui ki dans beaucoup d’autres mots savants, généralement les plus récents et les moins usités; d’abord dans les mots en -chite (sauf bron ch ite, à cause de bron ch e et bron ch ial), dans le chi grec, dans tri ch inose (malgré tri ch ine, qui par suite tend à devenir trikine), dans a ch illée le plus souvent (malgré A ch ille), dans ch iragre, ch irographaire et souvent ch iromancie (malgré ch irurgie), dans or ch is et or ch idée, bra ch ial et bra ch iopode, is ch ion, et aussi dans bra ch ycéphale, con ch yliologie, ec ch ymose, tra ch yte, et, le plus souvent, pa ch yderme et ta ch ygraphie, sur lesquels on hésite encore[558].
Ajoutons ici, pour en finir avec les mots français, que, devant les consonnes, le ch est toujours d’origine savante et garde partout le son guttural. Ces consonnes sont les liquides, =l=, =m=, =n=, =r=, et parfois =s= et =t=: c(h)lore, dra c(h)me, te c(h)nique, c(h)rétien, fu c(h)sine, i c(h)tyologie[559].
· · ·
Le =ch= anglais se prononce tch en principe: spee ch, sandwi ch, mail-coa ch, rocking-ch air et steeple-ch ase; de même l’espagnol ch ulo, ca ch etera ou ca ch u ch a. On francise pourtant le ch dans ch ester, comme dans ch in ch illa et ch ipolata, souvent aussi quand il est final comme dans spee ch ou sandwi ch[560].
Le groupe étranger =sch= a partout le son du ch français: ha(s)ch i(s)ch, scotti(s)ch, kir(s)ch ou (s)ch abraque, (s)ch lague et (s)ch nick, et (s)ch ibboleth, et même p(s)ch ent qu’on prononce aussi pskent[561].
Le son chuintant de ce groupe est si connu qu’il est passé même à des mots d’origine grecque (devant e et i), où il n’est pas justifié du tout: (s)ch éma ou (s)ch ème, (s)ch isme et (s)ch iste auraient dû se prononcer par sk, comme nous prononçons s ch ola cantorum, es ch are, ou l’italien s ch erzo[562].
D
A la fin des mots, le =d= est muet dans les mots français ou tout à fait francisés. Ces mots se terminent presque tous en -and, -end (prononcé an) et -ond, comme gourman(d), défen(d) ou fécon(d); en -aud et -oud, comme chau(d) et cou(d); en -ard, -erd, -ord et -ourd, comme regar(d), per(d), accor(d) et sour(d), tous avec ou sans s[563].
C’est par un abus tout à fait injustifié qu’on prononce parfois le d de quan(d) devant une consonne, comme s’il y avait une liaison, c’est-à-dire avec le son d’un t[564].
Parmi ces finales, seule la finale -and comprend quelques mots étrangers où le d se prononce: hinterlan d, stan d[565].
Pour les autres finales, le d est également muet dans les mots proprement français; mais ils sont peu nombreux: pie(d), longtemps écrit pié, et sie(d), avec leurs composés; nœu(d), lai(d) et plai(d), poi(ds) et froi(d), ni(d) et mui(d), avec palino(d), et, par analogie, l’anglais plai(d), qui n’a pas de rapport avec l’autre.
· · ·
A part plai(d), le d final se fait entendre dans tous les mots étrangers: la d, oue d, caï d, celluloï d, lloy d, li(e)d, zen d, épho d, yo d, kobol d, talmu d et su d, avec le latin a d[566].
· · ·
Dans le corps des mots, le d autrefois tombait devant une consonne[567]. Il a revécu progressivement dans un certain nombre de mots où l’orthographe l’a conservé, comme a d juger, a d judant, a d joindre, a d versaire, a d verbe, a d mirer, etc., si bien que le d intérieur n’est plus muet nulle part, pas plus dans les mots français que dans les mots étrangers, comme bri d ge, lan d grave, lan d sturm, etc., sauf peut-être fel(d)spath[568].
Dans mad(e)moiselle, le d tombe facilement quand on parle vite, mais ce n’est pas correct; quant à mamzelle, c’est un peu familier ou même impertinent.
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Le d double, assez rare, se prononce double dans a d-d enda et qui d-d ité, dans a d-d ucteur et même, si l’on veut, dans re d-d ition[569]; mais non dans des mots d’usage aussi courant que a(d)dition et a(d)ditionner, quoiqu’on l’y ait prononcé double autrefois.
F
L’f est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui normalement à la fin des mots, notamment dans les mots en -ef, -euf, et surtout -if, ceux-ci très nombreux[570].
Les exceptions sont rares.
1º Il y a d’abord cle(f), qui peut aussi s’écrire clé. C’est le seul mot dont l’f final ne se prononce jamais: pourquoi l’écrit-on encore[571]?
2º On prononce sans f che(f)-d’œuvre, mais l’e reste ouvert: c’est un reste de la prononciation ancienne qui supprimait l’f devant une consonne. L’f s’est rétabli dans che f-lieu.
3º De plus on prononce encore au pluriel œu(fs) et bœu(fs), reste de la prononciation des pluriels, car autrefois on disait également des habits neu(fs). Même au singulier, si l’on ne dit plus, sans f, du bœu(f) salé, un œu(f) frais, un œu(f) dur, comme on faisait encore assez généralement il n’y a pas cent ans, on dit toujours le bœu(f) gras, nouveau reste de la prononciation qui supprimait l’f devant une consonne. Mais je crois bien que cette prononciation est en voie de disparaître. Je ne sais ce que durera bœu(f) gras, mais il me semble bien que l’f est destiné à se rétablir partout, un jour ou l’autre, dans les pluriels œu(fs) et bœu(fs), car on voit très bien le mouvement de réviviscence de l’f se continuer. Beaucoup de personnes déjà ne prononcent œu(fs) qu’à la suite d’un s doux: trois œu(fs), douze œu(fs), quinze œu(fs), par analogie sans doute avec les œu(fs), des œu(fs), dont la prononciation ne peut pas s’altérer facilement; mais elles disent avec l’f quatre œu fs, huit œu fs, combien d’œu fs, un cent d’œu fs. Cette distinction, d’autant plus curieuse qu’elle est naturellement involontaire, est sans doute l’étape qui nous mènera un jour à prononcer l’f partout, car œu(fs) et bœu(fs) sont presque aujourd’hui les seuls mots qui se prononcent encore au pluriel autrement qu’au singulier; et sans doute il est temps que cela finisse[572].
4º Dans cer f, où l’amuissement de l’f a été général jusqu’à une époque toute récente, l’f a revécu quelque peu aujourd’hui, même au pluriel. Cer(f) et même cer(fs) seront peut-être un jour surannés; dès maintenant il semble qu’ils ne sont admis qu’en vénerie, dans le style très oratoire, et en poésie, surtout pour la rime. Cer(f)-volant continue à se passer d’f; il lui serait, du reste, difficile de faire autrement.
5º L’évolution de ner f est beaucoup moins avancée. Au pluriel on prononce encore uniquement ner(fs), et je ne crois pas qu’on ait jamais dit encore une attaque de ner f(s). Au singulier, cela dépend des cas, et il faut distinguer le sens propre du figuré; car il y a fort longtemps qu’on dit par exemple: ce style a du ner f; on dira même: cet homme a du ner f ou manque de ner f, voire même le ner f de la guerre ou le ner f de l’intrigue; mais ceci est déjà moins général. Quant au sens propre, quoi qu’en disent les dictionnaires et les livres, c’est encore ner(f) qui l’emporte, et de beaucoup, non seulement chez le boucher, où l’on ne se plaint pas d’avoir du ner f dans sa viande, mais aussi bien à l’amphithéâtre, où le mot ner(f) a un sens fort différent. Ner f viendra certainement, mais n’est pas encore venu. A fortiori prononce-t-on encore ner(f) de bœuf, sans parler de ner(f) foulé ou ner(f)-férure, qu’on pourrait difficilement prononcer d’une autre manière.
6º Enfin il y a encore l’adjectif numéral neu f. Nous avons vu[573] qu’on prononce encore neu(f) fermé dans certains cas. Mais, de même que pour bœu f ou cer f, ces cas se sont fort réduits. Le phénomène a lieu, non pas devant une consonne, comme on le dit souvent, mais devant un pluriel commençant par une consonne[574]. Ainsi les personnes qui savent le français disent encore le plus généralement neu(f) sous, les neu(f) premiers, neu(f) fois neu f, dix-neu(f) cents, neu(f) mille; mais, avec f sonore et eu ouvert, le neu f mai, comme le neu f de cœur, neu f par neu f, en voilà neu f de faits, de même que page neu f, ou j’en ai neu f. On peut même distinguer au besoin trois Japonais et neu(f) Chinois, de trois panneaux japonais et neu f chinois, parce qu’il y a ellipse ici entre neu f et chinois. Ce n’est donc pas la consonne seulement qui détermine la prononciation neu, ni même proprement le pluriel, mais le lien étroit qui existe entre neuf et le mot suivant, lien qui ne se réalise qu’avec un pluriel, c’est-à-dire par la multiplication de l’objet par neuf.
C’est un des points sur lesquels on se trompe le plus dans la prononciation courante. Beaucoup de personnes disent encore le neu(f) mai; mais cette prononciation est surannée; elle se maintient encore çà et là, parce que le lien semble étroit entre le chiffre et le nom du mois, mais ce lien est fort loin d’être aussi étroit qu’avec un pluriel: on sait bien ou on doit savoir que neuf mai est en réalité une abréviation de neuvième (jour du mois) de mai, ou neuf de mai; c’est pourquoi l’f s’y prononce depuis longtemps déjà.
En revanche d’autres prononcent neu f sous, avec eu ouvert et f sonore: erreur encore plus grave, mais qui, hélas! tend fort à se répandre, et qui les conduit naturellement à prononcer avec f dix-neu f-cents, au lieu de dix-neu(f)-cents, qui est encore seul correct, dix-neuf multipliant cent.
Il est d’ailleurs fort possible que pour neu f, comme pour œu f et œu fs, le mouvement commencé soit destiné à s’achever, et que le son de l’f soit destiné à s’imposer partout un jour ou l’autre; mais nous n’en sommes pas là, et il y a encore une prononciation spéciale, seule correcte provisoirement, pour les adjectifs numéraux suivis d’un pluriel: on doit s’y tenir. Ce qui est le plus surprenant, c’est que ceux qui disent neu f cents avec f sont généralement ceux-là même qui disent neu(f) mai sans f!
Cette prononciation de neuf sans f est naturellement réservée aux pluriels commençant par une consonne, par la raison bien simple que devant une voyelle il se produit un phénomène de liaison. Mais ici encore il y a une remarque à faire. En principe, cette liaison devrait maintenir le son eu fermé, avec changement de f en v, phénomène qui était général autrefois[575]. A vrai dire, le phénomène n’a pas complètement disparu, mais il ne s’est maintenu que dans neu(f) vans et neu(f) vheures; ailleurs on prononce généralement neuf ouvert, comme partout[576].
· · ·
Dans le corps des mots, l’f ne se met plus devant une consonne[577].
· · ·
L’=f= double final se prononce comme un f simple, le double f intérieur aussi: a(f)faire, a(f)faissé, a(f)fiche, a(f)franchi, en e(f)fet, o(f)fice, su(f)fire, di(f)férence. Toutefois, comme nous avons affaire ici à une spirante, la prononciation des deux f, devenue plus facile, est une tentation à laquelle on ne résiste pas toujours, et on les prononce volontiers dans quelques mots savants: a f-f ixe et su f-f ixe, a f-f usion, e f-f usion, di f-f usion (mais non di f-f us), su f-f usion, e f-f lorescence, di f-f ringent et di f-f raction, su f-f ète; on hésite même pour des mots comme a ff abulation, di ff luent, e ff luve, di ff amer, e ff ervescence, cause e ff iciente, e ff raction; enfin l’accent oratoire sépare volontiers les f dans a f-f amé, a f-f ecté, a f-f éterie, a f-f irmer, a f-f olant, e f-f aré, e f-f éminé, e f-f lanqué, e f-f réné, et même e f-f royable, et quelques autres[578].
G
1º Le G final.
A la fin des mots, le =g= ne se prononce pas dans les mots français. D’ailleurs il ne s’est guère maintenu dans l’écriture que dans deux cas: d’une part dans bour(g) et ses composés, avec faubour(g)[579]; d’autre part après une nasale: ran(g), san(g) ou san(g)sue, étan(g) et haren(g); sein(g), vin(gt) et ses dérivés, coin(g), poin(g), vieux oin(g), lon(g) et lon(g)temps[580].
En dehors de ces deux cas, il y a encore trois mots français qui ont un g final, et ce g ne devrait pas davantage s’y prononcer: ce sont doi(gt), jou(g) et le(gs).
Pour doi(gt), il n’y a pas de discussion, le mot étant appris par l’oreille et non par l’œil.
Mais beaucoup de gens prononcent jougue, et depuis fort longtemps l’Académie a autorisé cette prononciation. Je crois cependant que la majeure partie des gens instruits continue à préférer jou(g), au moins devant une consonne, ou en fin de phrase[581].
Je crois aussi, malheureusement, que la prononciation du g est encore plus fréquente dans le(gs), orthographe déplorable d’un mot qui devrait s’écrire lais, du verbe laisser, dont il vient: il est fort à craindre que la prononciation lègue ne finisse par s’imposer un jour ou l’autre, malgré l’usage ordinaire des hommes de loi et des professeurs de droit, de même que s’est établie l’orthographe legs, par une fausse analogie avec léguer[582].
Le g final ne se prononce pas non plus dans quelques finales nasales étrangères, où il sert seulement à marquer la nasalité, ou bien qui se sont francisées: mustan(g), oran(g)-outan(g), parpain(g), shampoin(g), et, si l’on veut, shellin(g) et sterlin(g)[583].
Le g final se prononce dans les autres mots étrangers: dans dra g, thalwe g, wi gh, bo g, gro g, tou g, etc., ainsi que dans l’onomatopée zigza g et le populaire bon zi g; dans er g et iceber g; dans rotan g, ginsen g et gon g, peut-être à tort; dans l’onomatopée di g din don et la plupart des mots anglais en -ing: brownin g, poudin g, skatin g, meetin g, etc. La prononciation exacte de cette finale anglaise est peut-être difficile aux Français; mais il ne s’agit pas ici de prononcer de l’anglais: il s’agit d’accommoder au français une finale qui reste connue comme étrangère, et garde une allure exotique[584].
2º Le G devant une voyelle.
Dans le corps ou en tête des mots, devant une voyelle, le g n’a le son guttural que devant =a=, =o=, =u=: g alon, bri g and, g orille, g onfler, fi g ure; il a le son chuintant devant e et i: g énie, g entil, g in g embre, a g ir, g ymnase[585]. Les deux sons sont réunis dans g i g ot ou g i g antesque[586].
On doit cependant pouvoir donner au g le son chuintant devant a, o, u, et le son guttural devant e et i.
I.--On donne au g le son chuintant devant =a=, =o=, =u=, par l’intercalation d’un e qui ne se prononce pas: man g(e)a, man g(e)aille, man g(e)ons, man g(e)ure (de vers), g(e)ai, rou g(e)ole, pi g(e)on, na g(e)oire, etc.[587].
Ce procédé bizarre a amené plus d’une confusion. Ainsi l’e de g(e)ôle, qui d’ailleurs n’est pas artificiel, mais qui aurait pu disparaître, puisqu’il ne se prononçait plus[588], conduit encore beaucoup de gens à prononcer gé-ôle, comme s’il y avait un accent aigu sur l’é, cela parce que g(e)ôle a été remplacé dans l’usage courant par prison, et que le mot est de ceux qu’on apprend par l’œil et non par l’oreille; et naturellement gé-ôle amène souvent gé-ôlier.
Autre exemple, pire peut-être, et dû à la même cause: depuis que le mot ga g(e)ure a cédé la place dans l’usage courant au mot pari, beaucoup de personnes ont cru reconnaître dans le mot écrit la finale -eure, et la prononciation par eure est extrêmement répandue. Elle n’en est pas plus acceptable, car le suffixe -eure n’existe en français que dans quelques féminins de comparatifs de formation ancienne: meill-eure, pri-eure, min-eure, maj-eure, et ceux des adjectifs en -érieur; mais les substantifs ne connaissent que le suffixe -ure: blesser-blessure, brocher-brochure, coiffer-coiffure, peler-pelure, couper-coupure, etc.; d’où, étant donné le procédé orthographique, gager-gag(e)ure, verger-verg(e)ure (du papier), manger-mang(e)ure (de vers), et charger-charg(e)ure (terme de blason)[589].
II.--D’autre part on donne au g le son guttural devant =e= et =i=, y compris l’=e= muet, par l’addition d’un u, qui ne se prononce pas plus que l’e de pig e on: g u erre, g u érir, fatig u er, narg u er, g u irlande, g u ider, g u impe, lig u e, dog u e.
Ce procédé n’est guère moins contestable, car il amène d’autres confusions. Il y a, en effet, des mots où l’u ainsi placé appartient au radical, comme dans ai gu ille, et doit se prononcer, tout en faisant diphtongue d’ordinaire avec la voyelle; et alors comment savoir si l’u de -gué- ou -gui- se prononce? Celle des deux prononciations qui était la plus fréquente, c’est-à-dire ghé et ghi, ne pouvait manquer d’attirer l’autre. Aussi est-ce ghé et ghi, et non gué et gui, qu’on aurait dû écrire, pour éviter les confusions.
Il faut donc que nous recherchions les cas où l’u se fait entendre dans les groupes gué et gui.
Mais auparavant je dois faire une observation: c’est qu’il faut éviter désormais de mouiller le g guttural, aussi bien que le c, par exemple de dire à peu près ghyamin ou ghyerre pour gamin ou guerre: la distinction que Nodier établissait à ce point de vue au profit des voyelles é et i a cessé d’être admise dans la prononciation correcte.
3º Le groupe GU devant une voyelle.
I.--Devant un =e=, l’u ne se prononce à part en français que dans le verbe arg u-er, et devant l’e muet final des quatre adjectifs féminins aig uë, ambig uë, contig uë, exig uë, et des deux substantifs besaig uë et cig uë. On voit que cet e, quoique muet, porte un tréma pour marquer la prononciation de l’u.
Dans le verbe ar gu-er, le suffixe étant naturellement -er, l’u appartient au radical, qui est le même que dans ar gu-ment. Les gens de loi savent très bien qu’on prononce ar gu-er, j’ar gu-e, nous ar gu-ons, j’ar gu-ais, comme tu-er, je tue, etc.; mais que de gens, voire des professeurs, articulent ar gh er, comme narguer, j’ar gh e, il ar gh ait!
On a mis parfois un tréma dans j’ar guë, il ar guë, comme dans ci guë, ambi guë, et cette orthographe, qui épargnerait beaucoup d’erreurs, devrait être la seule correcte.
Partout ailleurs les groupes gue et gué se prononcent ghe et ghé: gu enille, gu érir, dra gu er, etc.[590].
II.--Devant un =I= le cas est bien plus grave, parce que -gui- est plus fréquent que -gué-. Aussi la plupart des u qui devraient se prononcer ont cessé de le faire, depuis un temps plus ou moins long.
Aiguille et aiguillon, avec leurs dérivés, sont les derniers mots d’usage courant qui aient conservé la prononciation de l’u. Encore faut-il faire une distinction. Aiguille paraît trop commun pour être altéré facilement: c’est un de ces mots qu’on apprend par l’oreille et non par l’œil. Et pourtant ai gh ille n’est déjà pas sans exemple. Quand à aiguillon, il est déjà, hélas! très fréquemment altéré en ai gh illon, étant moins populaire ou moins général qu’aiguille; pourtant on peut lutter encore pour la prononciation correcte, soutenue qu’elle est par le voisinage d’ai gu ille.
Outre ces deux mots, on prononce ui naturellement dans ambi g uïté, conti g uïté, exi g uïté, comme dans tous les mots en -uité (u-ité chez les poètes); et enfin dans quelques mots savants, consan g uinité ou san g uification, lin g uiste et lin g uistique, inextin g uible, in g uinal, on g uiculé et un g uis, ou des mots purement latins, comme an g uis in herba[591].
Partout ailleurs on prononce ghi aujourd’hui, notamment en tête des mots: gu ichet, gu imauve, gu itare, etc.[592]; de même, malgré le latin, dans an gu ille et dans les mots de la racine de sang (sauf consan g uinité et san g uification): san gu in et consan gu in, san gu ine, san gu inaire, san gu inolent; aussi dans bé gu ine et bé gu in, et dans ai gu ière[593]; enfin dans ai gu iser, le dernier des mots de cette catégorie dont l’orthographe a altéré la prononciation.
Il est vrai que quelques puristes soutiennent encore ai g uiser par u, mais presque tout le monde aujourd’hui prononce aighiser, et nul n’a raison contre tout le monde. Ce mot a peut-être résisté plus longtemps au sens figuré, plus littéraire et plus restreint que le sens propre; mais là même il a dû céder au courant, et il faut renoncer à réagir[594].
III.--Ce n’est pas tout. Les groupes =gua= et =guo= ne sont pas français, sauf dans les verbes en -guer, où l’u se conserve partout, pour l’unité de la conjugaison: navi gu a, navi gu ons, navi gu ait. Il suit de là que, hors ce cas, gua ne se prononce pas ga: il se prononce goua (gwa), comme en latin, tout en faisant diphtongue, bien entendu. Ainsi dans ja g uar et cou g uar, dans g uano, i g uane et al g uazil, et même dans lin g ual. Pourtant l’u a cessé de se prononcer dans ai gu ade, ai gu ail ou ai gu ayer, et aussi dans para gu ante, qui est d’ailleurs passé de mode.
Quant à -guo-, même en latin, il se prononce go: distin g(u)o[595].
4º Le G devant une consonne.
Les consonnes devant lesquelles on rencontre quelquefois g en français sont les liquides, =l=, =m=, =n=, =r=, et =d= ou =g=[596].
Les groupes =gl= et =gr= n’offrent pas de difficultés.
Devant un =m= ou un =d=, le g se prononce toujours; il ne s’y trouve d’ailleurs que dans des mots d’origine savante, comme amy g dale ou au g menter[597].
Devant =n=, la question est moins simple, car le français =gn= n’est normalement qu’un n mouillé[598]. Aussi le groupe =gn= est-il mouillé presque partout, notamment devant un e muet, sans exception, et même dans les mots d’origine savante, pourvu qu’ils soient suffisamment répandus, comme ma gn étisme, depuis Mesmer. On a même longtemps mouillé un mot latin comme agnus, parce qu’il était fort usité. Il en résulte qu’on ne sépare le g de l’n que dans quelques mots savants moins usités, ou des mots étrangers, notamment en tête des mots: g neiss; g nome et g nomique, g nomon et g nomonique, avec physio g nomie; g nose et g nostique, avec dia g nostic, géo g nosie, reco g nition et inco g nito, celui-ci par confusion, car il est italien, et on le mouille encore quelquefois, comme en italien; de plus, dans ma g-nificat et a g-nus, mots latins; dans a g-nat et ma g-nat, dans co g-nat, et co g-nation, dans sta g-nant et sta g-nation, dans re g-nicole et inexpu g-nable, dans i g-né et tous les mots commençant par igne- et igni-; souvent aussi dans li g-nite (mais non ligneux) et dans pi g-noratif[599]. Dans ma gn olia, on mouille encore, mais la cacophonie de nyolya est en voie de séparer l’n du g[600].
Il ne faut pas séparer le g de l’n dans d’autres mots, même d’apparence plus ou moins savante, comme co gn assier, dési gn atif, impré gn ation, ma gn ésie ou même ma gn ifier.
Enfin le =g= double, devant une consonne, se prononce comme un seul g: a(g)g lomérer, a(g)g lutiner, a(g)graver; mais on peut aussi prononcer les deux. Devant e ou i, on a naturellement un g guttural, puis un g chuintant: su g-g érer[601].
· · ·
Dans les mots italiens non francisés, le =g= simple ou double se prononce dj devant i, par exemple dans a g iorno, dramma g iocoso ou risor g imento; mais appo g iature est francisé, puisqu’il n’a même pas l’orthographe italienne[602].
On prononce de même dj dans g iaour et g entry; mais on peut prononcer indifféremment gentleman par jan ou djen, quoique man ne soit jamais nasal, et gin par jin nasal ou djin non nasal; on francise encore à volonté g ipsy et bostan g i.
=Gh= est proprement le g guttural étranger devant e et i, et quelquefois ailleurs: gh etto, slou gh i, yo gh i[603]. On ne l’entend pas dans hi gh, ri gh t, dreadnou gh t[604].
Le =gli= italien n’est pas autre chose qu’un =l= mouillé, c’est-à-dire chez nous un y, et ne fait pas syllabe à part; mais nous avons complètement francisé, en y ajoutant une syllabe, imbrogli-o et vegli-one[605].
H
1º L’H final ou intérieur.
Après une voyelle finale, l’=h= allongeait la voyelle dans quelques mots étrangers; mais nous avons vu que le phénomène n’est plus guère sensible chez nous[606]. Il l’est davantage dans le corps des mots, où l’h peut encore parfois fermer et allonger la voyelle qui précède; mais ce sont aussi des mots étrangers: o h m, fœ h n[607].
Après une consonne, sauf le groupe français =ch=, étudié plus haut, l’=h= ne change rien généralement au son de cette consonne: ainsi =kh= égale k partout; quant au =g=, l’h ne fait que lui rendre le son guttural devant e et i; =th= égale t pour nous, =rh= égale r.
Dans le Midi, =lh= et =nh= représentent l et n mouillés.
D’autre part, =sch= allemand et =sh= anglais ou russe ont le son du ch français[608].
Tous ces groupes se prononcent à la fin des mots, sauf ch final dans almana(ch), et gh final ou devant t en anglais[609].
2º L’H initial, muet ou aspiré.
Mais ce n’est pas après une autre lettre, voyelle ou consonne, c’est en tête des mots que l’h joue un rôle intéressant en français. Il est vrai que ce rôle a été contesté. Et assurément l’h dit muet ne sert absolument à rien et aurait dû disparaître depuis longtemps de l’orthographe, ou plutôt n’aurait jamais dû y être introduit sous prétexte d’étymologie.
Mais quoi qu’on en dise, il n’en est pas de même, de l’h aspiré. J’avoue que, d’aspiration proprement dite, il n’y en a plus guère depuis plus d’un siècle. Pourtant il y en a certainement une dans quelques onomatopées ou exclamations comme h a, h é, h ola, h om, h ue; il y a aussi aspiration entre oh! oh! et ah! ah! quoique ici l’h soit final et non initial, et aussi, par emphase, quand on exprime un sentiment violent: je le h ais, c’est une h onte. Mais ce n’est pas tout: même sans accent oratoire, il y a toujours l’interdiction absolue de l’élision et de la liaison, et par suite l’obligation de l’hiatus, qui est une caractéristique assez remarquable.
Il est parfaitement vrai qu’on prononce il est h ardi ou des h omards sans plus d’aspiration que dans il est allé à Paris ou alvéole; mais tout de même, tant qu’on dira il est h ardi ou des h omards sans liaison, et par suite avec hiatus, tant qu’on dira le h ameau ou la h otte sans élision, et par suite encore avec hiatus, et cela en vers comme en prose, par nécessité, tant qu’on distinguera, par la liaison, en eau de en h aut, les auteurs de les h auteurs, etc., aussi longtemps l’h jouera son rôle, à moins qu’on ne le remplace par un autre signe diacritique, ce qui est parfaitement inutile[610].
Je sais bien que ces finesses n’appartiennent pas à la langue populaire, et que même les erreurs nombreuses que fait le peuple en cette matière montrent bien la répugnance instinctive qu’il a pour l’h aspiré: si la langue était livrée à elle-même, l’h aspiré deviendrait promptement identique à l’h muet. Mais ces erreurs, les gens instruits ne les font pas, et c’est la langue des gens instruits qu’on enseigne ici.
Il y a donc en français un h aspiré. Toutefois nous sortirions de notre sujet pour entrer dans le domaine de la grammaire ou de la lexicographie, si nous énumérions ici les mots dont l’h est aspiré. D’ailleurs, les dictionnaires sont là pour renseigner sur ce point, s’il en est besoin. Il convient toutefois d’énoncer la loi générale qui domine ici les faits, en indiquant les exceptions essentielles.
3º La loi de l’H initial.
La loi est celle-ci: l’__=h= est muet quand il est d’origine latine ou grecque, aspiré ailleurs, et surtout quand il est d’origine germanique.
I.--L’h est muet quand il vient du latin: (h)abile, (h)abit, (h)erbe, (h)omme et (h)umain, (h)ospice, (h)ôtel, (h)umeur, etc.; à fortiori dans quelques mots qui ne devraient point avoir d’h, n’en ayant point en latin: (h)eur, (h)ermine, (h)ièble, (h)uile, (h)uis, (h)uître[611].
Il n’y a donc pas lieu d’aspirer (h)ameçon, (h)allucination ou (h)altères, ni (h)iatus, malgré le sens, ni (h)irsute, ni (h)oir et (h)oirie, ni enfin les dérivés d’(h)uile[612].
L’h est tout aussi muet quand il remplace, très inutilement, l’esprit rude du grec, notamment dans tous les mots qui commencent par hecto-, hélio-, hémi-, hémo-, hepta-, hétéro-, hexa-, hiéro-, hippo-, homo-, etc., et tous ceux qui commencent par hy-[613].
Il y a aujourd’hui une tendance très marquée à aspirer l’h dans (h)y-ène; mais il n’y a à cela aucune raison; et si l’(h)yène paraît dur avec diphtongue, il est assez simple de dire l’(h)y-ène, comme Victor Hugo, conformément à l’étymologie grecque, tout comme on dit l’(h)y-acinthe et non le h yacinthe; cela vaut certainement mieux que la h yène, ou des h yènes sans liaison[614].
II. L’h qui n’est pas latin ou grec est presque toujours aspiré.
Il l’est d’abord dans nombre d’exclamations ou d’onomatopées sûres ou probables, ou même simplement prises pour telles, h aleter, h an, h ennir, h isser, h ola, h oquet (qui a peut-être altéré h oqueton), h oup, h ourra, h uer, etc. L’h n’est pas aspiré dans hallali.
Il l’est surtout dans un grand nombre de mots (une centaine de racines) d’origine germanique. On y voit figurer en majorité le haut et le bas allemand[615].
On y trouve aussi l’anglais, avec h andicap ou h éler; les dialectes scandinaves, avec h auban, h isser et h une; le néerlandais avec h apper, h être, h ie, h obereau, h oublon et h ouille, et vingt ou trente racines d’origine inconnue, qui ont toutes les chances d’être germaniques, ne pouvant être latines ou grecques[616].
4º Les exceptions.
Il y a, avons-nous dit, des exceptions. Cette distinction entre ces deux catégories de mots, mots latins et mots germaniques, est si certaine et si caractéristique que c’est précisément et uniquement l’influence des mots germaniques qui a fait aspirer l’h de certains mots d’origine latine, par l’effet d’une fausse analogie: ainsi h arpon a été altéré probablement par h arpe, h uguenot par H ugues, h uppe par l’allemand aussi, et surtout tous les mots de la famille de haut, qui ne devraient point avoir d’h, par l’allemand hoch, quoique l’origine latine de h aut ne soit pas douteuse[617].
Il y a encore d’autres aspirations irrégulières qui s’expliquent plus ou moins bien. Ainsi, parmi les mots qui viennent du grec, on trouve h alo, peut-être par euphonie pour éviter l’(h)alo, comme on dit le h ulan; et encore h alurgie et h arpye, quoique (H)arpagon ait l’h muet.
On dit aussi, sans doute par euphonie, la h iérarchie; mais l’h de ce mot est muet par ailleurs, et généralement aussi dans (h)iérarchique, toujours dans (h)iérophante, (h)iéroglyphe ou (h)iératique.
On s’explique assez bien l’aspiration dans h ors qui vient du latin, parce que l’h remplace un f[618]; et aussi dans voilà le h ic[619].
Dans h arceler et h argneux, il y a peut-être une espèce d’onomatopée. H érisser ou h érisson ont pu s’aspirer aussi à cause du sens. D’autres aspirations s’expliquent difficilement[620].
Enfin il y a des racines qui ont pris un caractère hybride, tantôt aspirées, tantôt non.
1º Huit n’a même pas d’h en latin[621]. Il s’est aspiré pourtant, mais seulement en qualité de nom de nombre, comme un et onze, afin de s’isoler nettement des mots voisins, comme tous les noms de nombre: le un, le deux, le sept, le h uit, le onze, le h uitième, la h uitaine; de même chapitre h uit et livre h uit, quoiqu’on dise page (h)uit; de même encore trois h uit sans liaison. Toutefois huit n’est plus aspiré quand il n’est pas initial; ainsi on fait la liaison dans dix-(h)uit par s doux comme dans dix hommes et l’on prononce vingt-(h)uit comme quarant(e)-(h)uit où l’e s’élide; de même mill(e)-(h)uit cents[622].
2º L’h de h éros s’est aspiré aussi par une sorte d’euphonie, et sans doute pour éviter la confusion ou plutôt le calembour que la liaison aurait faite au pluriel avec les zéros. Mais tous les autres mots de la même racine, (h)éroïque, (h)éroïsme, (h)éroïne, (h)éroïde, ont gardé l’h muet qu’ils tenaient du latin.
3º Le mot (h)uis, qui a l’h muet, comme son dérivé (h)uissier, s’aspire dans l’expression h uis clos.
4º Inversement, h anse, de l’ancien haut allemand, a gardé son h aspiré, car on ne saurait dire l’(h)anse; mais on dit, avec élision ou liaison, la ligue (h)anséatique, les villes (h)anséatiques.
5º De même h éraut, probablement de même origine que h anse, a gardé aussi son h aspiré; mais (h)éraldique et (h)éraldiste ont l’h muet, parce qu’ils nous sont venus par l’intermédiaire de formes latines[623].
J
Le j, qui n’est autre que i consonne, transformé en chuintante douce ou sonore, ne se trouve jamais à la fin des mots[624].
Dans le corps des mots et surtout en tête, il est toujours devant une voyelle et se prononce devant toutes comme g devant e et i[625].
Le j étranger n’est non plus que l’i consonne, mais il se prononce le plus généralement comme un yod; ainsi dans l’italien j ettatura ou dans le hongrois el j en[626].
En anglais et dans quelques autres langues, il se prononce comme dj: ainsi dans ban j o[627].
K
Le =k= n’est pas autre chose qu’un c guttural, dont le son ne change pas. Mais ce n’est pas une lettre proprement française, pas plus que latine d’ailleurs, le français ayant adopté, après le latin, c et qu pour noter le même son.
Le k intérieur ou final est toujours étranger: mo k a.
A la fin des mots, le k se prononce toujours, comme ailleurs: ainsi mar k[628]; mais il s’ajoute presque toujours au c, au moins après une voyelle, sans d’ailleurs modifier le son; ainsi de beefsteak nous avons fait bifte ck, avec addition d’un c.
On trouve exceptionnellement un k devant un e muet dans co k e[629].
Les mots qui commencent par k sont d’origine étrangère ou tirés du grec, comme k épi, k nout ou k ilogramme[630].