‹ Contes à JeannotChapitre 2 sur 11 · II - I

II - I

LA FAUTE DE NONO

C'était, en cette belle terre classique de Sicile, un de ces coins charmants que Théocrite aimait à contempler et à dépeindre dans ses idylles.

Depuis la pointe du jour, la vendange occupait tous les bras et réjouissait tous les coeurs.

Le père de famille, semblable, dans sa robuste élégance, à quelque dieu rustique de l'ancienne Grèce, après avoir distribué la tâche aux vendangeurs et aux vendangeuses, avait mis lui-même la main à l'oeuvre pour donner le bon exemple.

Il avait ri et il avait chanté, parce que la joie de vivre était en lui; car les grappes étaient nombreuses et lourdes, et il voyait le pain de l'année assuré pour tous les siens.

Il avait ri et il avait chanté, parce que le ciel était sans nuages; parce que l'odeur du raisin écrasé, qui planait dans l'air, ajoutait en son âme quelque chose à l'ivresse du bonheur; parce que ses enfants étaient gais, alertes et bien portants, comme de jeunes faunes; parce que la compagne de sa vie était la matrone la plus belle et la plus sage de la paroisse, et qu'elle avait de la cervelle pour deux.

Et elle faisait bien d'avoir de la cervelle pour deux; car lui, Maso, en dépit de son faux air de dieu antique, en dépit de sa force, en dépit de sa barbe, n'était qu'un grand enfant.

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