II
Après avoir vaillamment peiné, en bon père de famille, pendant toute la première partie du jour, Maso ôta son rustique chapeau de paille, essuya de son bras nu la sueur de son front, et dit en riant: «Mes enfants, je crois que c'est assez pour une fois! Allons voir si la maîtresse a pensé à nous. Qui m'aime me suive!»
Tous l'aimaient, tous le suivirent en riant jusqu'à l'endroit où la maîtresse avait préparé le repas des vendangeurs. C'était un repas frugal, mais il avait été apprêté avec tant de soin et de propreté, le travail avait si bien aiguisé l'appétit des travailleurs, que les convives le savourèrent comme si c'eût été un festin de nectar et d'ambroisie.
Le repas terminé, les vendangeurs se séparèrent, et chacun d'eux chercha un bon petit coin à l'ombre pour y faire la sieste.
Maso, au lieu de suivre leur exemple, tira sa femme à part et lui demanda ce qu'elle avait fait de Nino.
Nino était le dernier-né de la famille, et par conséquent le Benjamin.
Nino dormait du sommeil de l'innocence, dans une corbeille, à l'ombre. Maso pensa en lui-même que Nino aurait pu mieux choisir son temps pour dormir, mais il eut la sagesse de garder cette réflexion pour lui. Alors, prenant son parti en brave, il se donna le plaisir de regarder dormir Nino. Mais, en vérité, c'était un plaisir bien fade, comparé à celui de le prendre dans ses bras, de le taquiner pour le faire jaser, de se laisser tirer la barbe et les cheveux, ou même de se laisser égratigner les mains et la figure par ses griffes de chat.
La mère, ayant quelques ordres à donner et quelques soins à prendre, laissa ses deux enfants ensemble, le grand et le petit, non sans dire au grand: «Et surtout ne le réveille pas!»