IV
Après le premier mouvement de terreur enfantine, il se tourna de nouveau vers son père, et, comme son père lui tendait les bras, il lui tendit les bras de son côté.
La paix était faite; mais la paix ne se fait jamais sans que le vaincu accepte les conditions du vainqueur. Le vaincu, c'était Maso. Les vainqueurs, c'étaient la mère et le petit garçon.
La mère, avant de livrer son précieux fardeau aux mains robustes et hâlées qui se tendaient vers lui, dit à son mari d'un petit air moqueur qui lui allait bien: «Surtout ne l'écrase pas, et ne le laisse pas tomber.
--Bon, c'est convenu», répondit le dieu antique du ton le plus bénévole.
Et alors seulement il put prendre possession du second vainqueur.
Le second vainqueur s'attaqua à la barbe, aux lèvres, aux yeux, aux sourcils du vaincu, et revint finalement à son chapeau.
Le vainqueur était si agressif et si téméraire, le vaincu si patient et si heureux d'être malmené et maltraité, que le grand chien en poussait de petits cris de tendresse, et frottait sa tête contre la jambe du vaincu, les yeux fixés sur le vainqueur, pour bien montrer qu'il entrait dans l'esprit de la chose, et qu'il prenait sa part de toute cette joie.
En ce moment, deux personnages nouveaux entrèrent en scène: Stella, la soeur aînée, qui avait sept ans, et Nono, le frère cadet, qui en avait trois.
Tous deux étaient couronnés de pampres, en l'honneur des vendanges.
Ni le grand chien, ni le père, ni le petit Nino ne s'aperçurent de leur arrivée; mais les mères de famille ont l'oeil à tout, même dans les moments les plus pathétiques, et la mère de famille s'aperçut tout de suite que la bonne harmonie ne régnait pas entre Nono et Stella.