CHAPITRE II
FÊTES ET PLEURS
Six jours après les événements relatés dans le précédent chapitre, la brillante capitale du duché de Brandenbourg resplendissait de pompe militaire et retentissait des cris joyeux du peuple loyal. Conrad, le jeune héritier de la couronne, était arrivé. Le cœur du vieux duc débordait de joie, car la belle prestance de Conrad et ses façons gracieuses l’avaient séduit aussitôt. Les grandes salles du palais étaient remplies de seigneurs, qui reçurent Conrad noblement. Et l’avenir s’annonçait sous des couleurs si attrayantes et si heureuses que les craintes et les soucis du duc s’évanouissaient, et faisaient place à une confortable satisfaction.
Mais dans une salle reculée du palais se passait une scène bien différente. A une fenêtre se tenait la fille unique du duc, dame Constance. Ses yeux étaient rouges et gonflés, et pleins de pleurs. Elle était seule. Elle se remit à gémir et dit à haute voix:
«Le cruel Detzin est venu,--mon beau duché a disparu--je ne l’aurais cru jamais,--hélas! ce n’est que trop vrai!--Et je l’aimais, je l’aimais,--j’ai osé l’aimer, bien que sachant--que mon père le noble duc,--ne me permettrait pas de l’épouser!--Je l’ai aimé--je le hais.--Qu’est-il arrivé de moi?--Je suis folle, folle, folle!--Tout est maintenant perdu!--»