‹ Contes de l'Ille-et-VilaineChapitre 13 sur 92 · 8.1

8.1

Trois compagnons du tour de France se rencontrèrent, un jour, sur une route, et se firent les signes cabalistiques d’usage pour s’assurer qu’ils avaient bien subi les épreuves exigées des vrais compagnons.

Satisfaits de voir qu’ils appartenaient, tous les trois, à la même corporation, ils se serrèrent la main, et allèrent boire un coup dans le prochain cabaret.

C’était en été, et la maison dans laquelle ils entrèrent était remplie de mouches.

Tout en buvant, l’un d’eux voyant les mouches se poser sur la table, à côté de son verre, frappa du poing sur les bestioles et en tua cinq.

— C’est peu, dit un des compagnons. Voyons combien je vais en faire passer de vie à trépas ? Il frappa sur la table et en tua huit.

— Ah ! par exemple, dit le troisième, vous vous y prenez mal, voici ce qu’il faut faire. Apercevant du lait dans un pot, il en versa sur la table, et aussitôt un véritable essaim de mouches s’abattit dessus. Il frappa juste au milieu et fit cinq cents victimes.

Ce fut un véritable hourra ! On écrivit sur un papier : cinq cents d’un coup de poing ! et cet écriteau fut cousu sur le devant de la casquette du terrible tueur de mouches.

Après cela les trois compagnons se séparèrent.