‹ Contes de l'Ille-et-VilaineChapitre 38 sur 92 · 17.3

17.3

Le père Conan sembla rajeunir à la vue de son frais bébé, et se remit à la besogne avec une nouvelle ardeur afin de procurer à la mère et à l’enfant le plus de douceurs possible.

Désirée – c’était le nom donné au poupon si longtemps attendu – devint bientôt une belle fille douce et mignonne quoique très gâtée.

Un jour qu’elle jouait, sur le seuil de la cabane, avec une bague que son père lui avait achetée, une pie, perchée sur un arbre voisin, fondit tout à coup sur l’objet brillant et s’en empara.

Qu’on juge du chagrin de la fillette qui, au lieu d’appeler sa mère, occupée à l’intérieur de la maison, se mit à poursuivre la voleuse et à lui réclamer son jouet en pleurant. La méchante bête se sauvait devant l’enfant, tout doucement, de branche en branche, se plaisant à l’entraîner au loin par des sentiers détournés.

Elles arrivèrent ainsi jusqu’à la demeure des sept frères. L’oiseau alla se percher sur la cheminée de la maison, ouvrit un large bec pour laisser choir la bague dans le foyer, puis s’envola tout-à-fait au milieu des arbres en jetant en l’air de petits cris qui ressemblaient assez à des rires moqueurs.

La petite fille, exténuée de fatigue, s’aperçut seulement qu’elle était loin de chez elle et qu’il lui serait impossible de retrouver son chemin toute seule. D’un autre côté, désirant avoir sa bague elle surmonta sa timidité et entra dans la cabane.

— Tiens, s’écria un petit garçon en l’apercevant, te voilà, Désirée ! tu viens donc voir tes frères ?

— Comment ! mes frères ! – répondit la fillette rassurée par la figure franche et ouverte du petit bûcheron, – je n’en ai pas.

— Détrompe-toi, la petiote, tu en as sept, et je suis le plus jeune.

— Mais alors, pourquoi n’êtes vous pas chez nous ?

— Parce que le papa et la maman Conan ont trouvé la couvée trop nombreuse apparemment et qu’il a fallu déguerpir…

— Alors je suis contente d’être venue ici faire votre connaissance.

— Tu es mignonne tout plein ! dit le petit garçon en embrassant sa sœur qu’il avait reconnue pour l’avoir vue plusieurs fois aux abords de la maison paternelle.

« Assieds-toi, lui dit-il, mange une tartine de miel, et des alizes que je viens de cueillir, puis ensuite tu me diras comment il se fait que tu sois seule en ces lieux.

Désirée raconta l’histoire de la pie qui l’avait volée et de la bague tombée dans les cendres.

Les deux enfants se dirigèrent aussitôt vers le foyer où ils se livrèrent à de minutieuses recherches qui furent couronnées de succès. Les frères aînés arrivèrent un instant après, et firent fête à leur sœur qui, trouvant leur maison plus gaie et plus belle que la sienne, ne pensa plus à s’en aller.

Plusieurs des petits bûcherons étaient très adroits et s’étaient amusés à sculpter des saints, des vierges et des petits objets en bois, de toutes sortes qu’ils donnèrent à Désirée.

Malgré l’insistance de ses frères, la fillette ne voulait pas retourner chez ses parents et n’y consentit qu’après plusieurs jours de supplications. Hélas ! quand elle revint, il était trop tard. Les bonnes gens n’avaient pu survivre à la perte de leur fille qu’ils avaient cru dévorée par les bêtes fauves. Force fut donc aux jeunes bûcherons de ramener leur sœur chez eux et de se charger de son éducation.