17.6
Les bûcherons traînèrent le cadavre de leur ennemi dans un petit jardin qu’ils avaient défriché derrière leur habitation. Ils le coupèrent en plusieurs morceaux et l’enfouirent dans une fosse qu’ils recouvrirent de terre.
Pour se souvenir de l’endroit où ils l’avaient enterré, ils y semèrent une fève.
Qu’on juge de leur surprise lorsqu’ils virent cette plante croître dans l’espace de quelques jours, d’une façon prodigieuse. Elle atteignit promptement la hauteur des arbres les plus élevés et finit par disparaître dans les nuages.
L’aîné des frères voulant connaître son élévation grimpa le long des rameaux qui étaient opposés l’un à l’autre, et formaient pour ainsi dire une échelle, ce qui en facilitait l’ascension.
Il monta toute la journée et arriva enfin à la porte du ciel, où il trouva saint Pierre qui, après lui avoir demandé son nom et divers renseignements auxquels le jeune homme répondit sans hésiter, lui dit :
« Entre dans le Paradis. Ta place y est marquée, car tu as toujours été honnête et bon.
Plusieurs jours s’écoulèrent et ses frères furent très inquiets de ne pas le voir revenir.
Le cadet voulut s’assurer de ce qu’il était devenu, et monta, lui aussi, le long de la fève. Il eut le même sort que son aîné.
Tous montèrent les uns après les autres, et furent admis dans le Paradis.
Quand vint le tour du plus jeune, Désirée se mit à pleurer comme une Madeleine, en s’écriant :
— Oh ! ne me quitte pas, je t’en supplie. Toi aussi, tu ne reviendras plus, j’en suis persuadée, et alors je serai seule ici.
— Rassure-toi, sœur, lui répondit l’enfant, dans quelques heures, tu me reverras.
En effet, lorsque saint Pierre lui ouvrit la porte du Paradis, le petit garçon refusa d’entrer à cause de la promesse qu’il avait faite à sa sœur. Mais quand le saint lui eut assuré que Désirée le rejoindrait, il consentit à pénétrer dans le séjour des bienheureux.
La pauvre fillette l’attendit vainement pendant un long mois, et voyant qu’il ne revenait pas, elle porta un escabeau au pied de la fève afin d’atteindre les premières branches, puis monta, elle aussi, le mieux qu’elle put.
Tout alla bien pendant quelques heures ; bientôt cependant, elle eut le vertige en regardant au-dessous d’elle ; ses forces l’abandonnèrent, elle perdit courage, eut peur et s’empressa de descendre.
Ne voulant pourtant pas rester au milieu des bois, elle recommença le lendemain et ne fut pas plus heureuse, bien qu’elle montât un peu plus haut.
Enfin, après de ferventes prières à tous les saints, et à force de temps et de persévérance, elle arriva à la porte du ciel, où saint Pierre l’attendait.
Il lui ouvrit la porte toute grande.
Elle aperçut aussitôt ses frères, ainsi que son père et sa mère, qui étaient autour d’une table somptueusement servie.
Elle se précipita dans leurs bras, et, après les avoir tous embrassés avec effusion, elle continua avec eux le festin commencé, ce qui lui rendit les forces qu’elle avait perdues dans son voyage.
(Conté par Julie Jamelot,
ravaudeuse, à Rennes).
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