17.5
Le lendemain matin, l’ogre s’en alla frapper à la porte des bûcherons qui étaient déjà au travail. Désirée l’entendit et passa la main par l’endroit convenu. Le monstre lui suça le petit doigt jusqu’au sang.
Le surlendemain ce fut de même, ainsi que les jours suivants.
De fraîche et rose qu’elle était, l’infortunée fillette devint promptement maigre comme un hareng.
De plus, ses doigts, sa main, son bras enflèrent, et elle ne put bientôt plus s’en servir.
Ses frères lui demandèrent souvent ce qu’elle avait, mais elle répondit toujours invariablement : « Ce n’est rien. Je me suis coupée en taillant le pain de la soupe ; mais je suis presque guérie. »
Il arriva cependant qu’un matin la pauvre enfant ne put passer sa main par le trou, tellement elle était enflée.
L’ogre fut obligé d’avancer la tête à l’intérieur de la maison pour arriver à ses fins.
Les bûcherons s’alarmèrent de l’état de santé de leur sœur et finirent, à force de questions, par connaître la vérité.
Après s’être bien consultés, ils décidèrent que le lendemain matin, lorsque le monstre viendrait pour sucer le doigt de Désirée, ils se cacheraient, armés de haches, des deux côtés de la porte, et lui abattraient la tête.
En effet, le lendemain, l’ogre arriva comme de coutume, frappa à la porte de la cabane et avança la tête comme il avait fait la veille. Aussitôt les haches s’abattirent et lui coupèrent le cou.
Leur joie fut grande, à ces pauvres enfants, en se voyant pour toujours débarrassés du monstre qui désolait la contrée et faisait frémir d’effroi.