20.3
Un cousin du père Guenoche, qui habitait le petit village de la Ferté, près de celui des Riais, vint un jour pour inviter Boniface et sa femme à son mariage qui devait avoir lieu le lendemain. Il n’y avait à la maison que Jeanne qui lui promit d’y aller et de faire part de son invitation à son mari.
Comme Jeanne l’Hébétée voulait emmener son cochon à la noce, elle lui essaya, le matin de la fête, plusieurs toilettes, le para de ses plus beaux atours, lui mit une couronne de fleurs sur la tête et l’enrubanna le mieux qu’elle put.
L’animal, ainsi affublé, sortit dans le chemin du village où il fut aperçu par un chien qui, peu habitué à voir des cochons semblables, se mit à le poursuivre tant et si bien que la bête prit la fuite.
Un peu plus tard, Jeanne qui s’était occupée de sa toilette à son tour, ne voyant pas rentrer son favori, l’appela et le chercha sans pouvoir le trouver. Elle pleurait comme une mère qui a perdu son enfant. Boniface en eut pitié et lui dit : « Va de ton côté et moi du mien ; en agissant ainsi nous le retrouverons plus facilement, et si tu découvres quelque chose d’extraordinaire ne manque pas de m’appeler. »
Chacun prit un chemin différent.
Il n’y avait pas dix minutes qu’ils s’étaient quittés que Boniface l’entendit crier de toutes ses forces.
Il accourut promptement, et fut tout surpris de trouver sa femme occupée à regarder un grand genêt qui avait une bouse de vache sur la branche la plus élevée.
— Vois donc, vois donc, disait-elle, la vache qui a fait cela devait-elle être grande !
— Innocente ! répondit Boniface en haussant les épaules, c’était bien la peine de me déranger. Tu ne vois donc pas que ce genêt avait été couché par terre, et qu’il s’est relevé ensuite avec cette bouse qui fait ton admiration. Tu seras, je le crains bien, bête jusqu’à la fin de tes jours.
Jeanne, satisfaite de l’explication, continua ses recherches, et le père Guenoche retourna vers l’endroit d’où il était venu.
Mais quelques minutes plus tard ce fut lui qui, de son côté, appela sa femme pour lui aider à charger sur son épaule une valise remplie de pièces d’or qu’il avait trouvée.
Ils retournèrent chez eux cacher leur trésor, et Boniface ayant fait comprendre à sa moitié qu’avec cette fortune il pourrait lui acheter tous les cochons qu’elle souhaiterait, l’innocente se consola.
Ils partirent ensuite pour aller à la noce de leur cousin.